En un an, le trafic généré par Facebook sur les sites média aux Etats Unis a totalement distancé celui de Google News. Equivalent en mars 2009, le nombre de visiteurs arrivant via Facebook aujourd’hui est trois fois supérieur à ceux arrivant à partir du moteur de recherche d’actualité de Google, et la tendance semble partie pour durer : chute de Google News et montée inexorable de Facebook en terme d’apport de visiteurs sur les sites média.

Les sites sur lesquels Facebook génère du trafic ne sont pas les mêmes que ceux qui étaient les chouchou de Google News : Le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post, qui sont dans le trio de tête de Google News au Etats Unis sont ainsi absents du tiercé de Facebook, et ne sont pas même classés dans les dix premiers. Sur Facebook, on pointe vers de l’information plus légère : La chaîne météo, People Magazine et Fox News, mais également CNN et MSNBC ou des agrégateurs tels que Topix, Drudge Report ou… Google News.

On peut ainsi voir apparaitre une couche sociale qui s’ajoute – plus qu’elle ne remplace – à la couche algorithmique de Google News, et cette dimension d’intermédiation sociale dans l’accès à l’info est en train de prendre une place de plus en plus importante.
Heather Hopkins de son coté, note que ce sont les chaînes de télévision qui sont les grandes gagnantes face à la presse écrite dans ce bouleversement qui s’annonce, ce que Brian Stelter du New York Time voit comme le signe d’une possible relation symbiotique entre la télévision et l’internet (disclosure : ReadWriteWeb est partenaire du New York Times).
Et en France ?
Nous ne disposons pas de statistiques similaires pour la France, mais il n’y a aucune raison pour qu’à terme cette tendance soit différente. Les conséquences, en terme de communication et de stratégie pour les média Français, pourraient être, au mieux, loufoques, au pire, dramatiques.
Google, choisi l’année dernière de façon quasi unanime lors des derniers états généraux de la presse comme bouc émissaire de tous les déboires de la presse Française, présentait beaucoup d’avantages. Fortement générateur de trafic, piloté dans le plus grand secret par un algorithme de classement mystérieux, et riche à millions, si ce n’est milliards.
Avec Facebook, la position consistant à cracher sur internet risque d’éclabousser… les lecteurs de ces même média. Ici, il n’est pas question d’un mystérieux algorithme qui détermine la vie ou la mort d’un article pondu dans une rédaction, mais de lecteurs qui en recommandent la visite à leurs amis. Désigner Facebook comme l’ennemi à abattre risque de s’avérer plus délicat. Qui plus est, Facebook est loin, très loin, de générer autant de cash que Google, et une taxe, aussi élevée soit elle, sur le chiffre d’affaire de Facebook en France permettra, au mieux, de payer le café consommé au sein des rédactions.
Enfin, et c’est peu être là que se situe l’une des grandes mutations de la presse en France dans les années qui viennent, les stats américaines montrent de façon flagrante que les grand vainqueurs – en terme de trafic – de cette passation de pouvoir dans l’intermédiation du trafic, sont des sites très différents de ceux que Google News inondait en visiteurs.
Aux US, le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post sont les grands perdants. Qui, en France, perdra des plumes à cette inexorable montée en puissance de l’intermédiation sociale du trafic sur les sites d’info ?
Plutôt que de jouer au jeu cruel des perdants, il est peu être plus réjouissant de regarder du coté de ceux qui auraient tout à gagner dans cette couche sociale de recommandation, à commencer par les média en ligne qui ont su constituer des communautés autour d’eux plutôt que d’ouvrir un espace de commentaires dans lequel les auteurs des articles ne daignaient pas mettre les pieds. Rue89 et Le Post semblent des pronostics assez faciles sur le podium des vainqueurs, ces deux là ayant depuis longtemps transformés leurs lecteurs en communauté.
Le rêve de l’arrivée de systèmes de recommandation sociale de l’information est peut être en train de se réaliser sous nos yeux au sein de Facebook, et il n’est pas évident, au vu des gagnants en terme d’audience sur le territoire US, que cela favorise l’information de qualité. Ceci dit, ces données sont issues de la masse des utilisateurs, rien n’empêche d’imaginer la mise en place de communautés de veilleurs sur Facebook se donnant comme mission de trouver de l’information de qualité auprès d’une communauté qu’ils agrègeraient autour d’eux, on pourrait même imaginer qu’une telle stratégie soit mise en place par un groupe de presse ou une organisation professionnelle.
Quoi qu’il en soit, pour les média en général, c’est un signal d’alarme : il est temps de mettre en place une véritable stratégie de community management spécifique à Facebook avant qu’il ne soit trop tard.













28 octobre 2010 à 18:50
A titre d’information, Linfluent.com est une nouvelle initiative française de Link Journalism. Sur la forme en tout cas, une sorte de Drudge Report français…