A quel point l’économie de l’innovation est décorellée du reste de l’économie ?

Alors que la Web2expo a lieu à New York, nous somme en plein crise financière, et il semble opportun de se demander si l’économie de l’innovation et celle qui s’effondre en ce moment même un peu partout sur la planète sont à ce point decorellées. Malgré quelques signes alarmants, nous écrivions en février dernier, lors de l’arrivée de la crise des subprimes que celà n’avait rien a voir avec le web, mais malgré tout, on peu légitimement de demander combien de temps encore le web va-t-il être épargné ?

Ces temps-ci, les évènements rassemblant les startups à travers le monde font salle comble, mais beaucoup de startuppers sont trop jeunes pour avoir vécu l’hiver nucléaire qui a suivi l’éclatement de la bulle en mars 2000.

Dot Com 2.0 ? Très peu pour moi…

Quand la bulle a explosé en 2000, a plupart pensaient que cela ne concernant que les startups « dot com », mais il a fallu rapidement se rendre à l’évidence, tout le secteur des technologies a plongé.

18 mois après le début de la crise, durant l’été 2002, tout le monde se calfeutrait dans des abris anti nucléaires, vous pouviez acheter des actions de Rational Corp (un géant du logiciel) à une valorisation d’un milliard de dollars alors même que la société avait un milliard en banque et réalisait un chiffre d’affaire annuel d’un milliard (bien sûr, la société connaissait des résultats décevants, mais de là à imaginer que plus personne n’achèterait de logiciels…). Vous pouviez proposer à un VC un brevet pour transformer le plomb en or et vous entendre rétorquer que les cours de l’or pouvaient descendre au dessous de ceux du plomb, et que tout cela paraissait bien risqué. Disposer d’un logiciel susceptible de faire économiser des millions à des milliers d’entreprises ne suffisait pas à passer la barrière des secrétaires… L’hiver nucléaire fut froid, très froid.

Alors, l’hiver revient-il dans le monde des technologies ? Plus de financements ? Plus de levées de fonds ? Plus de fêtes ?

L’économie de l’innovation est toujours florissante

Même si cela n’en a pas vraiment l’air, l’économie de l’innovation est en plein boom. Les Capitaux Risqueurs sont satisfaits des performances de leur portefeuille, les sociétés voient leurs revenus grossir, ou lèvent de nouveaux capitaux, voir les deux. Deux sociétés que nous avons rencontré récemment lors de la Web2expo de New York nous ont confié faire désormais des profits.

Il y a devant nous des annonces de deal de grande ampleur entre de grosses sociétés et des startups, ainsi que l’arrivée imminente de site ‘sociaux’ lancés par de grandes sociétés.

Tout ceci n’est pas très bon pour les géants de la technologie, mais pour les petits, c’est excellent. Les sociétés ‘agiles’, aux coûts réduits, qui proposent de réels bénéfices sans ajouter de risques à leurs clients sont à la fête. Quel risque avez vous à implanter Basecamp ou Zoho ? Pas grand chose…

La nouvelle économie est certainement morte avec la bulle, mais l’économie de l’innovation est, elle, en pleine forme, et il semblerait qu’elle ne suive pas, pour l’instant, les cycles de l’économie traditionnelle car si les géants tels que Microsoft, Dell, IBM ou Cisco ont un cours de bourse qui suit les aléas de l’économie mondiale, il ne faut pas se leurrer : les géants ne font plus partit depuis longtemps de l’économie de l’innovation.

Le pouvoir change de mains pour aller aux petits

Tout cela a plus à voir avec un transfert de pouvoir fondamental qui s’opère des géants vers les petites sociétés innovantes. L’internet et la loi de Coase serait le terreau théorique de tout cela. Une disruption énorme pourrait bien être en marche, discrètement, faisant du jeu de l’innovation non pas un terrain d’affrontement des géants face aux petites structures, mais un domaine qui soit exclusivement réservé à ces dernières. Cela a peut être à voir avec le jeu qui consiste à déployer des structures globales avec peu ou pas de coût d’infrastructure. Les petits sont plus souples et plus flexibles que les gros.

Conclusion

Les turbulences des marchés ces derniers jours sont sans précédents dans l’histoire de l’économie, bien pire que ce que les plus pessimistes redoutaient, et c’est une mauvaise nouvelle pour tous. Cela aura un impact pour tout le monde, beaucoup d’acteurs du web 2.0 en subiront les conséquences, particulièrement ceux qui dépendent de la publicité ou des services financiers.

Mais les petits entrepreneurs créent de la valeur et beaucoup font des profits, et les opportunités en période de crise sont plus faciles à saisir pour eux. Les capitaux risqueurs qui sauront garder leur calme devraient faire des profits énormes, tout comme ceux qui ont su garder la tête froide durant l’hiver nucléaire de la période d’après bulle.

(adapté d’un article de Bernard Lunn)


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