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De l’information au social : pourquoi les site d’info mutent vers le web social ?

Ecrit par Fabrice Epelboin le 16 octobre 2008 à 15:09 / Commentaires (11)

C’est un phénomène désormais courant aux Etats-Unis (la presse Française a pour l’instant d’autres problème à régler) : les sites d’informations adoptent de plus en plus les fonctionnalités des sites web 2.0 en s’appropriant deux fonctionnalités en particulier jusqu’ici impensables, le réseau social et l’agrégation.

Mes infos, mon réseau ?

Adosser un réseau social à un site d’information est une démarche pour le moins originale, c’est jusqu’ici l’inverse qui avait traditionnellement lieu, et qui consistait à faire un site d’info à partir d’une communauté. Digg a montré la voie, mais tous ou presque dans le secteur web 2.0 ont tenté en organisant le social de faire de même avec de l’information. Certaines tentatives ont donné lieu à des réussites majeures, d’autres à des échec cuisants, mais c’est sans nul doute l’une de formules magiques à appliquer aux célèbres contenus utilisateurs si l’on veut en tirer de la valeur.

Le problème pour les sites d’information est inverse. L’information ne vient pas, pour celle que l’on cherche à mettre en avant tout du moins, des utilisateurs mais de journalistes, et il convient de profiter de l’aspect particulièrement fidélisant des réseaux sociaux pour démultiplier ses pages vues et augmenter ses revenus.
Le New York times (disclaimer : ReadWriteWeb est partenaire du NYT) en est à sa deuxième expérimentation. Le prestigieux quotidien américain a tout d’abord conclu un partenariat avec Linkedin, particulièrement malin dans la mesure où l’on imagine aisément que la cible de l’un et l’audience de l’autre sont très proches, avant de greffer à son site un embryon de réseau social, limité – pour l’instant – à la gestion d’un profil et des commentaires que chaque utilisateur dépose ça et là sur le site (il y a bien quelques autres fonctionnalités, mais cela reste rudimentaire).

Le New York Times, encore eux, a récemment transformé en profondeur sa rubrique Technology en s’ouvrant à l’univers des blogs et en a sélectionné trois (Readwriteweb, Venturebeat et GigaOm) pour renforcer sa capacité éditoriale en la matière.

Social Networking, agrégation… il y a quelques années, il aurait été impensable qu’une institution comme le New York Times se lance dans de telles aventures, mais les américains sont pragmatiques, et – alors que le NYT n’est vraiment pas le plus à plaindre dans le secteur  - les recettes s’effondrant, ils mettent en application le vieil adage de l’internet : evolve or die.

Et ils ne sont pas seuls : beaucoup de sites d’information entament cette mue pour désormais proposer à leurs lecteurs des fonctions d’agrégation et de Networking social. Fonctions qui peuvent, à première vue, sembler opposées en terme de gestion de trafic sur un site : là où le Networking social aurait tendance à augmenter les temps de visite, l’agrégation aura plutôt tendance à les raccourcir (car proposant des liens vers des sites tiers). Oui, mais voilà, l’objectif à long terme est de fidéliser et de monétiser, et dans cette optique, l’ensemble est cohérent s’il est bien fait.

Comme l’a relevé Publishing 2.0, l’agrégation est une fonctionnalité hautement monétisable et fidélisante, quant au Networking social, un œil sur les chiffres de Facebook suffisent pour se convaincre que c’est la voie à suivre pour fidéliser ses visiteurs.

Reste que le problème ne se limite pas à une simple greffe technologique sur un site de gestion de contenu mais donne également naissance à de nouveaux métiers, à coté de la salle de rédaction, dont personne ne sait pour l’instant comment ils trouveront leur place dans l’écosystème de la presse traditionnelle.
La fonction de community manager, indispensable pour réussir de tels projets semble, en particulier, délicate. Au sens strict, le rôle d’un community manager est de représenter les utilisateurs auprès d’une entreprise et l’entreprise auprès des utilisateurs, mais dans le cadre d’un site d’information, cette fonction est à redéfinir en profondeur, et il conviendra de ne pas faire de ce poste un webmaster bis, que les journalistes ont tous fini par considérer comme subalterne peu générateur de valeur ajoutée.
Dans un tel cadre, le community manager s’avèrera générer une valeur ajoutée énorme, au point de devenir aussi important qu’un journaliste, voir qu’un rédacteur en chef. Il est par ailleurs probable que ceux ci soient appelés à être  plus nombreux, plus structurés dans leur travails, et surtout, plus visibles et mieux identifiés, au même titre qu’un journaliste.

Comment ces deux cultures vont elles se fondre au sein d’une même entité ? Il faudra attendre quelques années pour obtenir les premières réponses, les expérimentations actuelles étant trop récentes (NYT) ou ayant bien compris qu’il valait mieux pour l’instant faire l’impasse sur le problème (LeMonde.fr, LePost.fr).

L’agrégation, la porte ouverte sur la concurrence

Pour proposer des fonctionnalités d’agrégation au sein d’un site de news, il convient, au pire, de comprendre qu’il vaut mieux amener ses lecteurs vers d’autres sources d’information que de les laisser les découvrir eux même au risque de ne plus les voir revenir. C’est un pas qu’on franchit deux média d’un type particulier ces derniers temps, deux média qui avait tout bonnement, durant le Web 1.0, copié le modèle des média d’information traditionnels : Yahoo et AOL.
AOL a longtemps compté sur l’illettrisme de ses utilisateurs pour leur faire croire qu’AOL était l’internet, un mensonge que toute la presse traditionnelle fait à ses lecteurs en tentant de leur faire croire qu’ils couvrent l’info dans sa totalité. Le problème, c’est que l’illettrisme ne dure que quelques années pour un nouvel utilisateur internet, et qu’il fini inévitablement par découvrir d’autres sources d’informations. Souvent, cette découverte est fatale au média traditionnel (déception du lecteur ? sentiment d’avoir été maintenu dans l’ignorance ? Ou simple érosion de l’audience due à une offre pléthorique… On manque d’études à ce sujet pour expliquer les chiffres)

Pour éviter une dégringolade similaire à celle que connaît la presse, Yahoo et AOL ont décidé de prendre les devants (et plusieurs sites d’information on fait de même), ils proposent désormais à leurs visiteurs une agrégation d’informations en provenance de site tiers.

Les chiffres montrent par ailleurs que pour les jeunes lecteurs (18-35 ans), lors de l’accès à un site via un agrégateur, seul la marque de l’agrégateur est retenue. Cela pose un problème en matière de responsabilité dans la sélection des contenus – ils doivent se faire en adéquation avec le média qui propose l’agrégateur – mais c’est tout de même rassurant de voir son lecteur partir et lire autre chose tout en ayant sa marque en tête.

Le Washington Post pousse un peu plus loin la logique de l’agrégation en faisant filtrer au préalable les news politiques par une équipe de journalistes. On se rapproche du  « link journalism », un concept cher à Publishing 2.0, qui explique dans un long billet comment l’une des références de la presse quotidienne politique américaine a modifié en profondeur son site pour y accueillir des fonctionnalités d’agrégation, utilisant par la même occasion les bookmarks de son équipe pour les proposer à ses lecteurs.

Les technologies mutent elles aussi

Les outils de gestion de contenus on eu, pour simplifier, deux époques. La première (qui date du Web 1.0, vous l’aurez deviné) est celle des CMS. Longtemps dominé par de couteux outils propriétaires, c’est aujourd’hui le terrain de solutions open source comme Joomla ou Drupal, ce dernier étant au fil des ans devenu d’une puissance redoutable au point qu’on peut lui demander n’importe quoi (au prix d’une certaine complexité, il faut bien l’avouer).

Puis sont apparu les blogs, et d’un coup, l’information s’est transformée en conversations.

De la multitude de solution de bloging disponible pour disposer de sa propre plateforme de blog, deux sortent clairement du lot aujourd’hui : Typepad et Wordpress. Or ces deux solutions on cette année évoluée pour fournir, devinez quoi, des solutions intégrées de Networking social.
Toute plateforme Wordpress ou Typepad, soit l’essentiel des plateforme de blogs proposées par divers portails et média à travers le monde, peuvent potentiellement devenir des réseaux sociaux, et ce sans bouleversement technologique majeur.
Apprêtez vous à voir une quantité de réseaux sociaux arriver, là où vous pensiez avoir à faire à des plateformes de blogs.

C’est le moment de s’y mettre

Les technologies sont là, les usages également, et parmi les acteurs de la presse traditionnelle, beaucoup ont désormais compris que le passage au numérique effectué à travers des sites web 1.0 il y a quelques années ne suffirait pas à assurer leur survie. Il y a fort à parier que l’on assiste en France dans les années à venir (je suis optimiste) au même mouvement quoi touche la presse américaine depuis plus d’un an : une socialisation massive et une ouverture aux contenus tiers.

Mais cette mutation est délicate, tant en interne que vis à vis des lecteurs, il y aura des gagnants et des perdants, sans compter bien sûr ceux qui préfèrerons attendre pour voir (une attitude qui pardonne de moins en moins avec internet). Un mouvement à suivre de près.

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Commentaires

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  • Sur ce thème il y a bien sur l’expérience de la presse américaine (et française) mais aussi le secteur du voyage. Les producteurs d’informations pour les voyageurs sont obligés sous la pression de site comme Tripadvisor d’intégrer les fonctionnalités de réseaux communautaires. Comme le dit bien l’auteur de l’article c’est aussi parce que les CMS opensource du type Drupal permettent des intégrations beaucoup moins coûteuses que les développements maison. Bref la mutation est déjà en place. Pourtant une question me taraude sur ces communautés : quelle est la part de la majorité silencieuse : 80% ? 95% ? 99% ? Cela pose la questions de la représentativité ?

    Ecrit par : chris | 16 octobre 2008 à 17:35



  • [...] sur readwriteweb.com, article de Fabrice [...]

    Ecrit par : Vu d’ici bas - De l’information au social : pourquoi les site d’info mutent vers le web social ? | 16 octobre 2008 à 18:57



  • @chris

    En règle générale, on considère qu’il y a 90% de silencieux, 9% de participants et 1% de véritables contributeurs dans les communautés web2 - ces chiffres varient d’une communauté à l’autre, ceci dit.

    Jeremiah a écrit un bon post récemment là dessus (sur le modèle proposé par Gartner pour etre précis), une très bonne lecture - son blog est excellent par ailleurs : http://www.web-strategist.com/blog/2008/08/11/understanding-gartners-generation-virtual/

    Ecrit par : Fabrice Epelboin | 16 octobre 2008 à 21:06



  • On est en train d’assister à une désillusion autour du web participatif. En effet, on s’aperçoit que de nombreuses contributions sont tout simplement…mauvaises. Donc n’intéressent personne ou pas grand monde. Combien de blogs “morts” ou sans visite sur les Skyblogs ?

    On va revenir à une sélection “traditionnelle” pour les contributeurs aux sites de presse. Les meilleurs seront rémunérés par les éditeurs. Cela s’appellera donc des pigistes. Seule différence, le mode de recrutement. Ils ne passeront pas obligatoirement pas les écoles de journalisme mais par leur présence remarquable sur le web.

    Ecrit par : benjamin | 16 octobre 2008 à 22:59



  • très chouette billet ! (et félicitations pour cette version françaises de rww !)

    Ecrit par : damien | 17 octobre 2008 à 9:06



  • @benjamin I care to disagree (strongly), jettes un oeil à l’article suivant : http://fr.readwriteweb.com/2008/09/23/a-la-une/letat-de-la-blogosphere-en-2008-selon-technorati-le-blogging-est-une-activite-de-niche-en-ralentissement/
    En effet, 98% des blogs sont ‘morts’, mais les 2% restants représentent 1,6 millions de participant actifs, et il n’y a absolument aucun signe ou que ce soit sur terre d’un abandon du phénomène de l’auto publication au profit de la presse…

    Ecrit par : Fabrice Epelboin | 18 octobre 2008 à 12:22



  • [...] entre autres extraits très instructifs (écrivez court et misez sur le texte et vos titres !) De l’information au social : pourquoi les site d’info mutent vers le web social ? | ReadWriteWeb… Et les sites d’info ne sont pas les seuls : social-média ou plus rien ? (via palpitt/via [...]

    Ecrit par : Blogueurs : Nos usages changent (ce n’est pas sale) : :: Nues Blog par Nicolas Voisin :: | 20 octobre 2008 à 9:29



  • Excellent billet qui mériterait un apéro.

    Cependant un network de blogs comme wordpressMu ou autre movable type au sein d’un media ne suffit pas. Il est vrai qu’ils planchent sur la couche sociale et mes impressions est que sixapart est plus avancée qu’automattic.

    Le modèle de Facebook est exemplaire. Il répond aux besoins des différents types d’utilisateurs grâce à une multitude d’applications.

    Les médias doivent donc regarder au-delà du simple titre, descriptif, lien, conversations. Ils doivent comprendre à maîtriser les flux brouillons de données, les flux d’activités des membres, la portabilité avec les outils sociaux, les containers thématiques et auto-gérés, les différents formats possibles de données, par exemple le microblogging, sans oublier la compatibilité avec le support mobile ou pire la mise en place d’une API (le NYtimes en est à ses balbutiements). Ce qui attend les médias, s’ils souhaitent répondre aux nouvelles demandes, qui s’éloignent encore une fois du simple blogging, c’est la mise à disposition d’une pléthore d’outils, sans nul doute plus calqués sur Facebook que n’importe quelle autre plateforme -regardons ce que Yahoo! va proposer comme arme de guerre, au final, une fois déployé-. Dans tous les cas, la bataille actuelle est

    - faciliter et simplifier openID
    - intégrer opensocial et facebook connect dans son architecture
    - repenser la notion de forum (les linkedin groups sont vraiment efficaces, hélas)
    - Définir son type d’API: level1, level2, level3 ? - http://blog.pmarca.com/2007/09/the-three-kinds.html
    - essayer de se projeter dans le futur, fort fort lointain

    Ecrit par : Raphael | 23 octobre 2008 à 23:28



  • [...] De l’information au social : pourquoi les site d’info mutent vers le web social ? | ReadWrite… [...]

    Ecrit par : Blogueurs : Nos usages changent (ce n’est pas sale) : :: Nues Blog par Nicolas Voisin :: | 24 octobre 2008 à 11:29



  • @Raphael J’avoue qu’autant je connais bien la solution BuddyPress, autant je suis très léger sur la solution de SixApart. Je vais investiguer dans les semaines et mois a venir la dessus pour faire un point/comparatif des deux solutions. Buddypress, pour ceux que cela intéresse, sera ‘lancé’ véritablement en France d’ici la fin de l’année (début 2009 grand max), avec à la tête de la communauté Buddypress Amaury Balmer qui fait déjà parti des piliers de Wordpress en France.

    Ecrit par : Fabrice Epelboin | 24 octobre 2008 à 11:45



  • Pour info, un site BuddyPress dédié aux ressources francophones a ouvert le 15 décembre.
    http://www.buddypress-fr.net

    A mon avis BuddyPress représente une évolution vers des réseaux sociaux plus matures, plus ciblés. BuddyPress fait sauter la barrière à l’entrée, avec une offre clef en main (enfin presque, mais infiniment moins complexe à gérer qu’une solution de type Elgg, par exemple) en open source, simple à installer du moment que vous savez installer WordPress Mu, sur lequel se greffe BuddyPress.

    Il y a déjà quelques exemples parlant d’intégration de BuddyPress au sein d’un site à vocation éditoriale et communautaire: http://www.weheartthis.com (en Anglais, à voir) me vient à l’esprit.

    Ca permet d’imaginer le potentiel au delà de la démo active sur http://www.buddypress.org (en anglais) ou sur http://www.buddypress-fr.net ( en français).

    Ecrit par : Gilbert.C. | 30 décembre 2008 à 19:47



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