« Imaginez ce que votre téléphone portable pourrait connaitre sur vous » a lancé Sandro Hawke (Développeur au W3C spécialisé en Web sémantique), lors de la Conférence Web 3.0 à Santa Clara en Californie cette semaine.
« Il entend tout ce qu’il se passe autour de vous, il sait où vous êtes, connaît le moindre de vos mouvements, il voit à travers sa caméra intégrée, connaît votre carnet d’adresse et entend vos conversations ». Imaginez les possibilités…
Malheureusement, les possibilités qu’offre le web 3.0 sont également pour beaucoup une raison de le craindre. Alors que la plupart des utilisateurs du web 2.0 réalisent que beaucoup de leur données personnelles sont déjà là, quelque part, personne ne sait vraiment où elle est stockées et qui les contrôle, et il y a de quoi avoir peur.
La peur de l’inconnu n’est pas quelque chose de nouveau, nous sommes tous familier avec ce concept, et Hawke suggère de faire avec et de nous pencher sur les possibilités offertes par le web 3.0, mais pour cela, il nous faut trouver au préalable une façon appropriée de contrôler toutes ces données. Cette question est aujourd’hui d’une importance capitale, car les réponses sont à trouver – et à adopter – aujourd’hui et dans les mois et années qui viennent. Après, il sera trop tard. Se réveiller demain n’offrira qu’une seule et unique alternative : accepter ce que d’autres ont construit alors que l’on dormait, ou aller rejoindre, de l’autre coté de la fracture numérique, ceux qui vivent déconnectés.
Mais par où commencer ? Selon Hawke, le contrat de base consisterait en un arrangement clair, durable et aussi simple que possible, basé sur un consensus entre les droits et les devoirs, de façon à rendre prévisible les conséquences de nos actes pour chacune des parties liées par ce contrat, et à partager le contrôle entre les parties. Ce n’est pas pour autant sans risques, reconnaît Hawke, mais cela semble un bon point de départ pour avancer dans cette nouvelle ère de l’internet qui s’annonce aujourd’hui.
Les avantages et les enjeux de la portabilité des données
Daniela Barbosa (co-fondateur du projet DataPortability) a commencé sa présentation avec une vidéo montrant pourquoi la plupart d’entre nous souffrons de ‘fatigue’ sur le réseau, et en quoi il est indispensable que nous gardions le contrôle de nos données personnelles.
DataPortability – Connect, Control, Share, Remix from Smashcut on Vimeo.
Selon Barbosa, la difficulté consiste à convaincre les propriétaires de sites de ne pas verrouiller les données de leurs utilisateurs. Alors que la plupart des internautes voient clairement l’avantage pour eux de la portabilité des données, la majorité des sites se posent des questions, au premier rang desquelles :
- Pourquoi un site laisserait ses utilisateurs le quitter ?
- Pourquoi faciliter la tâche aux utilisateurs souhaitant exporter leurs données pour les réutiliser sur d’autres sites ?
- Comment justifier cela d’un point de vue business ?
Sa réponse consiste à montrer comment les entreprises qui fonctionnent ainsi sont perdantes. « Cela vaut il vraiment la peine d’enfermer vos utilisateurs ? En faisant cela, vous n’obtiendrez qu’une infime partie de leurs informations »
C’est un point important : quand un utilisateur s’inscrit sur un nouveau service, il paramètre son compte une fois pour toute la plupart du temps, toute modification de son réseau social ou de ses données personnelles, faite ultérieurement sur un autre service, ne sera généralement pas répercutée. Un site qui fonctionne de façon fermée n’a aucun moyen d’être au courant de l’évolution de la vie de ses utilisateurs en dehors de ses murs, sauf à imaginer un internaute qui mettrait régulièrement à jour ses informations personnelles sur tous les services qu’il utilise… Mais qui fait cela ? Personne, ou presque.
Monétiser vos données
Michael Benedek (Vice President de AlmondNet) commence lui sa présentation en citant Imran Khan, un spécialiste de l’internet chez JPMorgan :
Plus de 80% de l’inventaire en espace publicitaire sur internet se vend pour moins de 1$ le CPM aujourd’hui. Cela signifie que beaucoup de pages vues sont sans valeur aux yeux des annonceurs si les informations utilisateurs ne permettent pas un ciblage précis. Pour augmenter la précision de ce ciblage publicitaire, les sites doivent pouvoir accéder à des données comportementales nécessitant de suivre leurs utilisateurs au delà de leurs murs. Les annonceurs, en effet, souhaitent suivre leurs cibles d’un site à l’autre afin de répéter leurs messages de la façon la plus efficace possible.
« Nous savons tous à quel point les dépenses publicitaires sur internet augmentent, les annonceurs raffolent d’internet car leurs efforts peut être dirigés de façon précise et parce que le retour sur investissement peut être mesurable » souligne Benedek. « Pourtant, la grande majorité de la publicité sur internet n’est pas vraiment ciblée. Je suis citoyen Canadien, je ne vote pas aux Etats-Unis, et je n’arrête pas de voir des pubs pour Obama ».
Benedek pense qu’il existe un énorme potentiel pour le web 3.0 à utiliser les données utilisateurs existantes afin d’affiner le ciblage publicitaire, mais il faut cependant prendre garde à bien mesurer les enjeux :
Enjeux concernant la vie privée
- Le rôle des gouvernements : auto régulation vs. Régulation par la loi
- Le rôle des technologies : inspection des paquet IP transmis sur le réseau vs. Adware vs. Cookies en provenance des sites visités vs. Cookies en provenance de systèmes tiers.
- Type de données : Données Personnelles Identifiables (DPI) vs. Mélange de données non personnelles et de DPI, vs. Donnes sensibles non personnelles vs. Données non personnelles.
- Consentement et avertissement : Opt-in (pour le DPI) vs. Opt-out (non DPI)
Enjeux business
- Standardisation : Qui fait quoi ?
- Montée en charge : Opt-in vs. Opt-out (faisable quand des données non personnelles sont collectées et/ou partagées)
- Propriété des données : Annonceurs (serveur de publicité/cookie) vs. Site support vs. Utilisateur final.
Conclusion(s)
Le web 3.0 a encore du chemin à faire, et le débat fait encore rage sur la signification même du terme, mais tout cela s’annonce très intéressant. Devons-nous suivre les recommandations du W3C et chercher un standard commun ? Voulons-nous de la possibilité promise par le DataPortability Workgroup qui propose de partager et transporter nos données à travers le réseau ? Devons-nous nous résoudre à admettre que la publicité est là pour durer et aider les entreprises à mieux cibler les internautes, comme le recommande AlmondNet ?
Il nous faut, en France en particulier, organiser le débat public, et aller au delà des craintes et des peurs, car celles-ci ne servent pour l’instant qu’à repousser à plus tard un débat qui ne pourra avoir lieu qu’aujourd’hui, à l’heure ou tout est encore possible.
Au delà du débat public, il semble indispensable que les gouvernements se saisissent du problème, et vite, car au rythme où vont les choses sur internet, la seule réponses qui serait à leur portée s’il ne s’y mettent pas dès maintenant serait de censurer l’internet de demain, créant une nouvelle fracture numérique et freinant l’innovation, comme ce fut le cas récemment avec, en France, le jugement rendu dans l’affaire Fuzz, qui trahi plus une législation pensée pour le web 1.0 et appliqué de façon aveugle à un enjeu du web 2.0.
Il nous faut faire bien des choses, et le temps presse, alors… quelles sont vos suggestions ? Faites nous part de vos propositions…
(adapté et augmenté à partir d’un article de Lidija Davis)
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04 février 2010 à 13:45
Très bon article.
Je pense qu’au dela de l’aspect sémantique, le web 3.0 sera plutôt porté sur le temps réel de l’information, accessible sur n’importe quel support (ordinateur, mais également téléphone portable, iPad et Kindle, etc…)