Défendre la presse écrite face à la menace d’internet

Ce titre provocateur (pour un blog) est issu de l’introduction faite par Le Monde dans son article récapitulant les premiers temps des Etats Généraux de la Presse.
Loin de refléter la volonté du Chef de l’Etat lors de son discours d’ouverture, cette phrase résume pourtant bien la façon dont beaucoup d’acteurs de la presse écrite perçoivent les enjeux auxquels ils font face aujourd’hui.

Une impression de déjà vu

A peu de choses près, on est proche du discours martelé par les maisons de disque depuis bientôt dix ans : trouver l’arbre qui masque la forêt. On voit aujourd’hui où cette analyse les a mené, transformant en moins d’une génération une industrie en perpétuelle création de valeur en organismes réduits à la gestion agressive d’un capital accumulé en des temps qui leurs étaient plus favorables ; appelés à la disparition pour certains, au fast food là  où elles excellaient à la gastronomie pour d’autres.

Derrière le méchant pirate qui télécharge des mp3 se trouve le même internaute qui n’achète plus de presse, car il s’agit bien de la même personne, et le problème se résume en un mot : ses usages.

En dix ans, l’usage fait de la musique, comme de l’information, a considérablement évolué. L’industrie de la presse – comme de la musique – est restée sourde à ces évolutions, préférant protéger ses acquis à travers ses capacités de lobbying ou son habilité à recueillir des subventions.
Il reste probablement moins de dix ans à la presse pour trouver une solution, et contrairement aux maisons de disques, il n’y a pas de refuge dans la gestion de droits sur des contenus acquis depuis des lustres, ceux de la presse sont périssables, il n’existe pas en la matière de trésors tels que le catalogue des Rolling Stones ou celui de Johnny Halliday (et encore).

A (très) long terme, le problème du papier

Ce n’est pas tant que les jeunes ne lisent plus, ils n’achètent plus de papier pour le faire, nuance. Il restera toujours un public pour préférer la lecture sur papier, mais les technologies de type ebook s’affinant d’année en année, et ce public, inéluctablement atteint par la sénilité ou la myopie, s’amenuisant, on ne peut que légitimement se demander si, d’ici à quelques dizaine d’années, on distribuera encore l’information sur un support papier.

Ajoutez à cela les coûts écologiques liés au papier (encre, transformation du bois, transports, etc)… Même si nous pouvons encore faire semblant de l’ignorer aujourd’hui, nous allons au devant d’une ère où l’humanité sera contrainte d’être économe par tous les moyens possibles.

Ce mode de transport (de l’information) semblera dans une génération aussi archaïque que le transport à cheval : un loisir chic réservé à une élite ou à de fins connaisseurs, hors de porté des masses, qui n’y verront, de toutes façons, aucun intérêt.

Le papier comme support est condamné à terme, même si ce n’est pas pour demain, l’augmentation ces dernières années de son coût ne fait que souligner une tendance qui n’a aucune raison de s’atténuer, miser son avenir sur le papier n’a pas plus de sens que de le faire sur le pétrole, tôt où tard, la réalité frappera à la porte de ceux qui se voilent la face.

Dans une perspective de long terme, d’ordre générationnelle, le papier ne peut être aujourd’hui qu’un support de transition vers autre chose, et cet autre chose – le web aujourd’hui, et Dieu sait quoi demain – ne donne pas pour l’instant de signes encourageants à ceux qui s’étaient installés dans un confort qu’ils croyaient éternel.

Un rapide calcul, réalisé avec brio par Frédéric Filloux et Jean-Louis Gassé souligne la dure réalité des revenus que l’on peu espérer tirer d’une publication gratuite sur le web : en aucun cas les organes de presse actuels, fussent-ils dégraissés de leur couteux outils industriels et de leur embarrassantes méthodes de distribution, ne peuvent espérer survivre sur le modèle économique du gratuit. Le payant ne faisant, pour ainsi dire, pas recette, l’avenir immédiat est sombre.

Ceci dit, il n’est nullement question de faire la transition dans les années à venir, l’avenir d’une presse sans papier est lointain, très lointain, aussi lointain qu’il est certain, et la presse papier doit avant tout aujourd’hui se préoccuper de sa survie immédiate. Survie qui ne peut, en l’état des outils de monétisation web existants, que passer par le papier, et par une remontée fulgurante de ses ventes (l’Italie, pour ne citer qu’elle, a connu une telle remontée ces dernières années).

A (très) court terme, le problème de la prise de conscience

Longtemps, la presse a joué à un jeu fort curieux consistant, en interne, à critiquer la paille dans l’œil du voisin plutôt que de s’attaquer à sa propre poutre.

Les éditeurs blâmant la distribution, la distribution les journalistes, et ainsi de suite (Nicolas Sarkozy, dans son discours d’introduction des Etats Généraux de la Presse dénonce cela à merveille). Tout allait pour le mieux dans le meilleurs des monde (en vase clos), jusqu’à ce qu’apparaissent la victime expiatoire parfaite : internet.

Frappé de tous les maux, internet fut coup sur coup dénoncé, freiné dans son utilisation, soupçonné de tous les vices, et après une longue période passé à essayer de convaincre le plus grand nombre que son usage était réservé aux pédophiles, ou pire, aux bloggeurs et à la désinformation, la presse Française a du se rendre à l’évidence, ses confrères à l’étranger (eux même loin d’être sortis d’affaire) avaient pour la plupart mutés et s’étaient adaptés, pendant qu’ils étaient restés aveugles à ce qui compte le plus : leurs lecteurs, et plus précisément, leurs usages.

Ce petit jeu n’a pas seulement servi à rendre confortable un immobilisme qui, d’année en année, ressemblait à une mort clinique ; il a également servit à repousser à plus tard, des décennies durant, la résolution d’un ensemble de problèmes touchant tous les acteurs du système : production, fabrication, distribution, financement, pas une composante qui n’ait aujourd’hui un problème de taille a résoudre.

Aujourd’hui, l’écosystème de la presse vit sous perfusion, maintenu en vie par un pouvoir en place qui, considérant que le quatrième pouvoir est tout de même plus facile à maitriser que la populace, ne s’imagine pas vivre sans lui. Mais comme le rappelait fort justement Nicolas Sarkozy dans son discours d’ouverture des Etats Généraux de la Presse, la meilleure garantie d’une presse libre, c’est sa rentabilité (on pourrait ajouter la diversité de ses intérêts économiques, mais c’est une autre histoire).

La question de sa survie immédiate ne semble pas être réellement posée, l’Etat se portera à son secours comme il se porte au secours des banques mal gérées, mais une fois nationalisée, sa mort clinique sera connue de tous, et la maintenir en vie sera plus de l’ordre de l’acharnement thérapeutique que de l’intérêt du malade.

En attendant la mort clinique, la presse Française est pour l’instant sous perfusion, et à plus d’un titre. Derrière ce que les journalistes étrangers nomment pudiquement « exception Française » se cache une réalité qui est peut être à l’origine du désamour des journalistes avec leur direction et de la perte de confiance des lecteurs : la presse Française, pour une (très) large part, appartient à des Groupes vivant, pour l’essentiel, des commandes de l’Etat. Difficile de parler d’indépendance, probablement pas de corruption, mais le mot perfusion s’impose.
Le compte a rebours a commencé… il y a longtemps…
Il reste à la presse écrite peu de temps pour se réinventer, se diversifier, devenir, comme le prescrit Emmanuel Parody dans son excellent (et cinglant) blog, (ainsi que Ulrik Haagerup) plus multimédia… et donc cesser d’être une presse écrite. Car le multimédia, outre l’intérêt économique lié à sa survie à court terme, est également la seule position qui permettra aux meilleurs de trouver à l’avenir de nouveaux modèles, de profiter des tous les outils de monétisations existants ou à venir, et de continuer, demain, et après demain, à faire que l’information et son analyse soit un métier, qui apporte réellement un valeur ajoutée.

Il reste à la presse à remettre profondément en question son rapport avec internet, et la balle est largement dans le camp des journalistes. Après une bataille rangée gagnée contre les blogs (Versac vs. Une hordes de journaliste), ceux ci, plutôt que de se réjouir, pourraient se demander pourquoi d’éminents (et rentables) confrères tels que le New York Times ouvrent leurs colonnes aux bloggeurs « influents » (ReadWriteWeb a récemment signé un partenariat avec le NYT, et alimente en contenus sa rubrique Technologies), et comment le Washington Post s’est récemment mis au link journalism, réponse journalistique à l’agrégation sociale.

Alors que l’un des rares organes de presse réellement indépendants se posait sans rire la question de l’utilité des commentaires, faisant preuve une fois de plus d’une ignorance crasse des usages établis depuis des années dans son lectorat, alors que la fin du blog de Versac sonne comme une balle que la presse s’est tiré dans le pied, il est temps de réfléchir à l’avenir, qui ne pourra se faire sans lecteurs, sans communautés, et sans bloggeurs. Bloggeurs par ailleurs curieusement absents des Etats Généraux de la Presse alors qu’ils sont régulièrement conviés à des pinces fesses sans conséquences, l’Etat ayant bien compris, comme les entreprises, l’intérêt du buzz marketing.

Si l’avenir peut se faire sans la presse telle qu’on la conçoit aujourd’hui (demandez à un Chinois), il ne peut pas se faire sans internet. Ce triste constat devrait porter les acteurs de la presse écrite à cesser de considérer internet comme un ennemi, c’est une bataille qu’ils ne peuvent que perdre.

L’iPod dicte sa loi aux majors, qui dictera sa loi à la presse ?
Mais allons plus loin, qui aurait imaginé, il y a une génération – ou même il y a dix ans – qu’un fabricant de baladeurs imposerait aux majors leurs marges, leur distribution et l’avenir de leur modèle économique ? C’est pourtant ce qui vient de se passer dans le bras de fer que se sont livré récemment Apple et les majors.

Qui pourrait imaginer dans une génération – peut être même dix ans – qu’un fabricant d’eBook (enfin, d’un objet mobile interactif et communicant à bas prix), impose à la presse écrite ses conditions de distribution, de monétisation, de production ? Un scénario qui fera regretter le temps où les NMPP et le syndicat du livre avaient, somme toutes, des revendications fort raisonnables. Un scénario plus que crédible, dont certains, comme Amazon, ont commencé l’écriture.
Le papier a cet avantage de n’appartenir à personne, pas de brevets, et des lois par le passé en ont même garanti à tous un accès équitable, mais qu’en sera-t-il de l’iPod de l’écrit ?

C’est là probablement l’un des plus grands dangers qui menace la presse dans la décennie à venir, et c’est une raison de plus pour se ressaisir et se remettre en ordre de marche car la crise actuelle n’est probablement qu’une bataille parmi d’autre. Internet et les bloggeurs peuvent devenir demain des alliés, mais il en sera autrement d’un Apple, d’un Amazon, d’un Microsoft ou d’un Toshiba.

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22 commentaires pour cet article

  1. ant0ine

    Le futur “iPod de l’écrit” pour­rait bien être sim­ple­ment … l’iPod.

  2. Fabrice Epelboin

    @antOine C’est bien mon avis, mais Amazon a déja son iTunes… donc ce n’est pas joué ;)

  3. chris

    Sur la ques­tion des pra­tiques, une petite expé­rience per­son­nelle. Alors que j’étais un gros consom­ma­teur de presse quo­ti­dienne, je n’achète plus de jour­naux papier depuis que le monde est passé en pdf. Je lis tout en ligne avec l’aide des n° d’abonnements de ma boite (avoir des bonnes rela­tions avec le ser­vice pub). En revanche il m’est arrivé 2 ou 3 fois ces der­nières semaines de cher­cher de l’info et de tom­ber sur le site de Mediapart… Si l’idée de payer pour une infor­ma­tion me sem­blait débile il y a quelques mois encore, la frus­tra­tion de ne pas pou­voir accé­der à ce contenu dépasse aujourd’hui lar­ge­ment mon ava­rice d’internaute moyen.

  4. Fabrice Epelboin

    @chris j’ai toujours eu de gros doutes sur Mediapart, mais bon, il n’y a que les imbé­ciles qui ne changent pas d’avis, et je serai ravi de me tromper ;)

  5. Zyyne

    Il existe pour­tant des solu­tions inno­vantes, qui per­mettent de creer un pont entre la presse papier et le Web. L’une d’elle est française et s’appelle Zyyne.
    En quelques mots, il suf­fit de 5 minutes pour qu’ à par­tir du Bon a Tirer , l’éditeur puisse pro­po­ser sur son site une ver­sion feuille­table de sa publi­ca­tion. Mais aussi une ver­sion acces­sible aux mal voyants, voca­lisé, une ver­sion E-book, et bien­tot une ver­sion IPhone.

    En créant Zyyne l’année der­nière, j’etais déjà convaincu que la presse devait évoluer et s’approprier le Web, en pro­po­sant plus qu’un simple por­tage du papier au html (ou flash). Hélas, beau­coup d’editeurs voient ca comme un gad­get. D’autre sont pieds et points liés par des contrats d’exclusivités avec des grandes pla­te­forme de dif­fu­sion (Relais H …), qui impose leur méthodes, leur drm, leur lecteur …

  6. Fabrice Epelboin

    @Zyyne Pour aller plus loin, je laisse la parole à mon estimé confrère Michael Arrington : http://www.techcrunch.com/2008/10/28/ten-comments-you-think-are-cool-and-insightful-but-arent/#comment-2515305

  7. Fabrice Epelboin

    @Zyyne solu­tion inno­vante?
    Sincèrement, croire qu’en ren­dant un tant soi peu inter­ac­tif un pdf, et qu’avec deux trois effets de style du type ‘ma page elle tourne comme c’est beau’, on va régler le pro­blème de la presse…
    Ce genre de solu­tions existent en open source en flash, et des solu­tions de ce genre existent depuis pas mal de temps, soit en client léger, soit au sein du brow­ser avec Flash, comme Zyyne (avec le kiosque, les for­mule d’abonnement, etc), elles ont été tes­tés sans le moindre suc­cès par la presse US et elles ont été aban­don­nés… au pro­fit de sites web avec des fonc­tion­na­li­tés sociale ;)
    Il existe par ailleurs, pour ceux qui veulent dis­tri­buer un BAT en lieu et place d’une véri­table stra­té­gie inter­net, une solu­tion simple, multi sup­port, acces­sible, pour mobile, ebook, et tout le tou­tim, et cela s’appelle le PDF. Chaque fois que les NMPP sont en grève, on y a droit.

  8. Youssef Rahoui

    Bon article Fabrice. Je ne sais pas quelle est la solu­tion pour les organes de presse, mais poin­ter du doigt Internet, c’est juste une stu­pide perte de temps : c’est déjà trop tard. Le NYT fait des choses vrai­ment inté­res­santes mais… oublie un peu la moné­ti­sa­tion au pas­sage selon moi.

    L’équation est com­pliquée à résoudre :
    - news­room à finan­cer
    - coûts IT
    - pub online beau­coup moins lucra­tive que l’offline
    - audience frag­men­tée sur Internet.

  9. Fabrice Epelboin

    @Youssef Pour ce qui est de la moné­ti­sa­tion, c’est clair, le web ne rap­por­tera pas autant que le print, et au delà de l’audience frag­menté, il y a le pro­blème de l’information qui devient ‘liquide’ (je sais plus où j’ai lu ça), à savoir que tout comme l’album de musique a laissé place au tracks comme unité de consom­ma­tion, le jour­nal à laissé place à la news…
    Ils sont pas sor­tis de l’auberge, mais le NYT a vrai­ment pris une lon­gueur d’avance (avec le Washington Post, qui fait autre chose — du link jour­na­lism — et que je ne lit pas, mais qui est intéressant).

    Solutions? Mutualiser les couts IT (qui ne sont pas si fara­mi­neux si on se base sur de l’open source), dégrais­ser les news­rooms (aïe), col­la­bo­rer avec des blogs (cf NYT+RWW+GigaOM+VentureBeat), plu­tôt que d’avoir sa propre pla­te­forme (Libé, LeMonde — voir le dos­sier de stra­té­gie de cette semaine qui n’a pas vrai­ment com­pris de quoi ils parlent)…

  10. Olivier Bauchat

    En grande par­tie d’accord avec votre analyse.

    Juste une petite pré­ci­sion : selon Jeff Jarvis (confé­rence de cuny de la semaine der­nière), ce n’est parce que le print va dis­pa­raitre que les marges vont s’effondrer.

    En effet, il dit que le papier (sa chaine : impres­sion, trai­te­ment, dis­tri­bu­tion, …) c’est 60% des coûts d’un journal.

    Dès lors il est tout à fait pos­sible de conser­ver le même niveau de marge, voire l’augmenter tout en rédui­sant les recettes de 60%.

    Le même phé­no­mène que vous décri­vez pour la presse com­mence aussi à se pro­duire pour l’édition. Les livres papier eux aussi sont ame­nés à disparaître.

    Qui achète encore aujourd’hui des ency­clo­pé­dies papier ?

    Et qui s’en plain­dra ? Ni les uti­li­sa­teurs d’éditions élec­tro­niques, ni ceux de wikipedia.

  11. Fabrice Epelboin

    @Olivier On peut écono­mi­ser 60% en élimi­nant l’impression, le papier et la dis­tri­bu­tion, mais les recettes publi­ci­taires inter­net ne suf­fisent pas à cou­vrir ce qui reste, j’en ai peur. Il va fal­loir pro­duire autre chose que du texte sans aug­men­ter (voir en dimi­nuant) la masse sala­riale, diver­si­fier les reve­nus, explo­rer les ser­vices (cf l’API du NYT)…

    Quand au livre, oui, beau­coup d’entre eux sont appe­lés à dis­pa­raitre sous leur forme papier (à mon sens, tout livre qui n’est pas un objet en tant que tel, ainsi que — pro­ba­ble­ment — la lit­té­ra­ture, soit une large par­tie de ce que l’on appelle livre aujourd’hui).

    Pour ce qui est des ency­clo­pé­dies, même si Wikipédia n’est pas la réponse à tout, elle a mis au pla­card toutes celles qui n’ont pas su s’adapter (autant dire tout le monde ou presque). J’ai tra­vaillé pour un acteur impor­tant du sec­teur, j’y revien­drais. Il existe pour cer­tains ency­clo­pé­distes des oppor­tu­ni­tés uniques dans le web 3.0, mais encore faut il les com­prendre. Pas gagné, là encore.

  12. Youssef Rahoui

    Je n’avais pas entendu par­ler de cette “infor­ma­tion liquide” mais cela me paraît assez juste aussi. Cela des­sert les jour­na­listes je pense, car c’est plus dif­fi­cile pour un ama­teur d’écrire un long article nuancé et docu­menté qu’un billet.
    Le vrai dan­ger de dégrais­ser les news­rooms, c’est de bana­li­ser la pro­duc­tion (des articles AFP+) et de réduire l’étendue des domaines cou­verts (http://bit.ly/4kuYbi).

  13. Fabrice Epelboin

    Ce n’est pas bon pour les jour­na­listes pour un autre et bonne rai­son, cela ne laisse plus la place pour la médio­crité — du moins dans sa ver­sion payante. C’est ainsi que des pans entiers de la presse pour­raient dis­pa­raitre s’il ne connaissent pas un elec­tro­choc qua­li­ta­tif. Je ne vais pas me poser en cen­seur, mais cer­tains thèmes sont très mal trai­tés dans la presse faute de com­pé­tences.
    Pour par­ler du sec­teur tech­no­lo­gie, c’est assez dra­ma­tique. Le fameux trou noir censé mettre fin au monde et annoncé par tous les média a défi­ni­ti­ve­ment dis­cré­dité la presse au sein de la com­mu­nauté scien­ti­fique, et pour faire dans le léger, qui, parmi les jour­na­listes qui ont droit à un peu de visi­bi­lité, pos­sède un compte Twitter ? (en dehors de Cédric Ingrand, certes tout a fait com­pé­tent, mais mal­heu­reu­se­ment coincé dans un rôle idiot dans une émis­sion éco pour troi­sième âge sur TF1)

    (au fait, moi c’est @epelboin — fol­low me on twitter!)

  14. Michel

    “Un scé­na­rio qui fera regret­ter le temps où les NMPP et le syn­di­cat du livre avaient, somme toutes, des reven­di­ca­tions fort rai­son­nables.” En êtes vous sur ? le modèle des jour­naux en Grande Bretagne est inté­res­sant avec un prix de vente infé­rieur de plus de 50% au prix pra­tiqué en FRANCE.

  15. Fabrice Epelboin

    @Michel Non, pas vrai­ment, c’est plus un trait iro­nique qu’autre chose ;)

    C’est vrai que les NMPP, la CGT du livre et tout le tou­tim sont un bou­let au pied de la presse Française, mais objec­ti­ve­ment, l’internet per­met de s’en abs­traire faci­le­ment.
    C’est égale­ment à mon sens l’arbre qui masque la forêt.
    Si on attend que ce type d’acteurs bouge pour sor­tir la presse d’une mort annon­cée, autant l’enterrer tout de suite, il faut faire avec, ou sans (et donc sans papier).

    Par ailleurs, com­pa­rer la consom­ma­tion de la presse en Grande Bretagne avec celle en France n’est pas évident, cultu­rel­le­ment, ce n’est pas du tout la même chose, et en matière de conte­nus, idem. Alors pour ce qui est des tirages, effec­ti­ve­ment, il y a un gouffre. Est-ce du à leur prix plus bas? Je doute que l’explication soit si simple. Est-ce du aux pinups à gros sein en page 2 ? Peut être… Allez savoir ;)

  16. Fabrice Epelboin

    A LIRE, le billet de Gilles Bruno (observatoiredesmedias.com), qui donne un aperçu de ce qui s’est dit à la confé­rence “New Business Models for News” de New York : http://www.observatoiredesmedias.com/2008/10/24/trouver-les-nouveaux-modeles-economiques-du-web/

  17. Raphael

    La com­pa­rai­son entre le milieu de la musique et les médias est fon­da­men­tale.
    L’écoute d’un disque s’est trans­for­mée avec l’arrivée du mp3 au pro­fit du “single-track”. 

    Contrairement à la musique qui baigne dans la culture du mix depuis la nais­sance de la radio, la presse a décou­vert dès la nais­sance des moteurs de recherche cette nou­velle façon de consom­mer à l’unité, aidant évidem­ment des maga­zines comme le Courrier inter­na­tio­nal à amé­lio­rer leur recherche et offrir le meilleur en revues de presse, bien­tôt renommé en Link Journalism. Mais c’est réel­le­ment via les sytèmes d’aggrégations RSS– popu­la­ri­sés dès 2005 grâce à des blo­glines, net­vibes et digg– que la muta­tion de la consom­ma­tion de la presse est deve­nue concrète: décen­tra­li­sa­tion de l’objet “article”, réduc­tion à son essence, et perte de l’identité visuelle de la source, la marque. 

    La réac­tion des jour­naux a été de tailler dans leur flux, n’octroyant qu’une accroche en guise d’appât. Et per­sonne n’est venu cou­pler au flux un coup de “crawl” pour recons­ti­tuer l’article dans son entier, à l’exception évidem­ment de Google. Une autre réac­tion a été de tra­vailler sur le bran­ding des wid­gets offrant ses flux, créant de nou­veaux emplois et des oppor­tu­ni­tés com­mer­ciales –net­vibes encore-, mais une vision “tout dans le wid­get” n’est pas tenable, encore du point du vue du consom­ma­teur qui attend autre chose qu’une grille trois-colonnes pein­tur­lu­rée de cou­leurs différentes.

    Le Guardian comme vous l’avez annoncé il y a quelques jours vient d’ouvrir l’entier du flux http://www.readwriteweb.com/archives/the_guardian_full_text_rss.php

    Ce qui est logique du point de vue du consom­ma­teur: bas­cu­lant via un “rea­der rss clas­sique” d’un article de blog à un article d’un jour­nal, il ne peut qu’être frus­tré de voir sa lec­ture bri­dée dès qu’il s’agit d’un titre d’un “média traditionnel”.

    Sur le point de vue du bran­ding, il doit exis­ter sans nul doute d’autres solu­tions:
    - ajou­ter le brand en début d’article
    - amé­lio­rer la visi­bi­lité des conte­nus rela­tifs propres au même titre et per­mettre une navi­ga­tion d’article à article

    Pour la mise en rela­tion d’articles, hélas les stan­dards RSS sont insuf­fi­sants et c’est peut-être dans ce sens que les éditeurs devraient déve­lop­per des groupes de tra­vail et de lobbying.

    Les seuls média presse qui peuvent mieux res­pi­rer face à ces trans­for­ma­tions sont les maga­zines, les papiers-glacés et gla­mours, les Gala et autres Voici ou encore Marie-Claire. Leurs ventes conti­nuent à décol­ler. A l’inverse, leur péné­tra­tion sur les médias numé­riques est dif­fi­cile, pro­blé­ma­tique sou­vent sur le plan tech­nique et éditorial.

    Il y a donc lieu égale­ment de se pen­cher sur ce sec­teur et d’évaluer leurs oppor­tu­ni­tés. Vont-ils se lâcher sur des pla­te­formes comme http://issuu.com/ Systèmes à même de digé­rer au plus vite leurs conte­nus non-aggrégables ?

    Avantages du papier ver­sus inter­net pour le consommateur 

    - zap­ping très agréable dans les pages
    - titres et visuels plus accro­cheurs
    - sen­ti­ment de pro­priété sur le pro­duit
    - grille gra­phique poten­tiel­le­ment plus riche
    - pas de consom­ma­tion d’énergie lors de l’usage
    - pas besoin de connexion
    - créa­tion d’une biblio­thèque indi­vi­duelle (at home), donc iden­ti­fi­ca­trice
    - mutua­li­sable, en bis­trot, en entre­prise, dans le cabi­net dentaire

    Inconvénients du papier ver­sus inter­net pour le consommateur

    - index sou­vent confus
    - pas de conver­sa­tion en direct
    - impos­si­bi­lité de payer qu’une por­tion du produit

    Me concer­nant, je lis chaque matin le jour­nal pen­dant une demi-heure, com­pre­nant 5 minutes de gra­tuit. Puis une lec­ture “numé­rique” d’environ une heure, sauf les jours de tem­pête opérationnelle.

  18. Fabrice Epelboin

    @Raphael
    Merci pour cette longue et inté­res­sante contri­bu­tion, il fau­dra que j’y revienne en détail (et que je jette un oeil aux pro­duits que tu mentionne).

    Quelques remarques cepen­dant — qui ne remettent pas en cause ton ana­lyse et ton point de vue — dans ton bench­mark du papier vs. web :

    - zap­ping très agréable dans les pages

    Cela me semble vrai­ment lié à un gout, pas sûr que la géné­ra­tion Y soit d’accord avec cela

    - titres et visuels plus accrocheurs

    C’est clair, le SEO ne per­met pas d’être très créa­tif dans les titres.

    - grille gra­phique poten­tiel­le­ment plus riche

    Mais pas de video, d’audio, d’animation, de simu­la­teur, d’interactivité…

    - pas de consom­ma­tion d’énergie lors de l’usage

    Non, là, désolé, je ne peux pas te las­ser dire cela. Les coût écolo­giques liés à la dis­tri­bu­tion de l’information sur papier vs. numé­rique sont ahu­ris­sants : arbres à abattre, à trans­por­ter, à trans­for­mer en papier, puis a trans­por­ter a nou­veau, puis à impri­mer, puis à trans­por­ter encore une fois, puis à dis­tri­buer, puis — dans le meilleur des cas — à recy­cler. Le bilan est tout sim­ple­ment inac­cep­table, et sera pro­ba­ble­ment inabor­dable dans 20 ans. On ne peut en aucun cas com­pa­rer cela à l’énergie consommé par un ordinateur…

    - créa­tion d’une biblio­thèque indi­vi­duelle (at home), donc identificatrice

    On a trouvé d’autre façons de fri­mer, sans avoir besoin d’afficher une biblio­thèque consti­tué de libre reliés pleine peau : le nombre de fol­lo­wers sur Twitter, le nombre d’abonnés à votre blog, etc. Là encore, gene­ra­tion gap.

    - mutua­li­sable, en bis­trot, en entre­prise, dans le cabi­net dentaire

    Quoi de plus mutua­li­sable qu’un site web ? 

    Bon, ceci dit, j’insiste, ton approche est inté­res­sante, je regarde les pro­duits que tu men­tionne et j’y reviendrais…

  19. Raphael

    - zap­ping très agréable dans les pages

    Dans le bus ou le train, regar­der les 20 jeunes en train de feuille­ter les gra­tuits, ça suf­fit à com­prendre qu’ils sont tout à fait deman­deur d’une info légère, réso­lu­ment réduite, simi­laire à celle du tele­text (le site teletext.ch en Suisse est encore un des sites les plus consultés…)

    - pas de consom­ma­tion d’énergie lors de l’usage

    FE: Non, là, désolé, je ne peux pas te las­ser dire cela. 

    RB: Point de vue consom­ma­teur ! Mon iPhone est sou­vent en rade. Pas le journal.

    - créa­tion d’une biblio­thèque indi­vi­duelle (at home), donc identificatrice

    RB: Mon twit­ter est de loin pas aussi sexy qu’une col­lec­tion de tech­ni­kart, cour­rier inter­na­tio­nal et autres vieux paris match d’après-guerre.

    - mutua­li­sable, en bis­trot, en entre­prise, dans le cabi­net dentaire

    FE: Quoi de plus mutua­li­sable qu’un site web ?

    RB: Mon iPhone ou lap­top n’est pas mutualisable.

  20. Fabrice Epelboin

    - pas de consom­ma­tion d’énergie lors de l’usage

    FE: Non, là, désolé, je ne peux pas te las­ser dire cela.

    RB: Point de vue consom­ma­teur ! Mon iPhone est sou­vent en rade. Pas le journal.

    FE: C’est clair, le iPhone n’est pas fait pour ca (et c’est vrai que ques­tion auto­no­mie, il y a un pro­bleme), mais d’ici quelques année, ce genre de tech­no­lo­gie pour­rait com­plè­te­ment remettre les choses en question.

    - créa­tion d’une biblio­thèque indi­vi­duelle (at home), donc identificatrice

    RB: Mon twit­ter est de loin pas aussi sexy qu’une col­lec­tion de tech­ni­kart, cour­rier inter­na­tio­nal et autres vieux paris match d’après-guerre.

    FE: ques­tion de point de vue, et très vrai­sem­bla­ble­ment de génération ;)

    - mutua­li­sable, en bis­trot, en entre­prise, dans le cabi­net dentaire

    FE: Quoi de plus mutua­li­sable qu’un site web ?

    RB: Mon iPhone ou lap­top n’est pas mutualisable.

    FE: non, non, je parle bien sur site web, pas de ce que tu uti­lise pour y accéder :)

  21. oops

    le cadre legal française vous parait il adapte à l’evolution de la presse ecrite confronté à l’internet?

  22. Fabrice Epelboin

    @oops
    Ce ne me semble pas etre le pro­blème prin­ci­pal, en tout cas…

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    […] fast food là  où elles excel­laient à la gas­tro­no­mie pour d’autres.ReadWriteWeb France, Oct […]

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