Ce titre provocateur (pour un blog) est issu de l’introduction faite par Le Monde dans son article récapitulant les premiers temps des Etats Généraux de la Presse.
Loin de refléter la volonté du Chef de l’Etat lors de son discours d’ouverture, cette phrase résume pourtant bien la façon dont beaucoup d’acteurs de la presse écrite perçoivent les enjeux auxquels ils font face aujourd’hui.
Une impression de déjà vu
A peu de choses près, on est proche du discours martelé par les maisons de disque depuis bientôt dix ans : trouver l’arbre qui masque la forêt. On voit aujourd’hui où cette analyse les a mené, transformant en moins d’une génération une industrie en perpétuelle création de valeur en organismes réduits à la gestion agressive d’un capital accumulé en des temps qui leurs étaient plus favorables ; appelés à la disparition pour certains, au fast food là où elles excellaient à la gastronomie pour d’autres.
Derrière le méchant pirate qui télécharge des mp3 se trouve le même internaute qui n’achète plus de presse, car il s’agit bien de la même personne, et le problème se résume en un mot : ses usages.
En dix ans, l’usage fait de la musique, comme de l’information, a considérablement évolué. L’industrie de la presse – comme de la musique – est restée sourde à ces évolutions, préférant protéger ses acquis à travers ses capacités de lobbying ou son habilité à recueillir des subventions.
Il reste probablement moins de dix ans à la presse pour trouver une solution, et contrairement aux maisons de disques, il n’y a pas de refuge dans la gestion de droits sur des contenus acquis depuis des lustres, ceux de la presse sont périssables, il n’existe pas en la matière de trésors tels que le catalogue des Rolling Stones ou celui de Johnny Halliday (et encore).
A (très) long terme, le problème du papier
Ce n’est pas tant que les jeunes ne lisent plus, ils n’achètent plus de papier pour le faire, nuance. Il restera toujours un public pour préférer la lecture sur papier, mais les technologies de type ebook s’affinant d’année en année, et ce public, inéluctablement atteint par la sénilité ou la myopie, s’amenuisant, on ne peut que légitimement se demander si, d’ici à quelques dizaine d’années, on distribuera encore l’information sur un support papier.
Ajoutez à cela les coûts écologiques liés au papier (encre, transformation du bois, transports, etc)… Même si nous pouvons encore faire semblant de l’ignorer aujourd’hui, nous allons au devant d’une ère où l’humanité sera contrainte d’être économe par tous les moyens possibles.
Ce mode de transport (de l’information) semblera dans une génération aussi archaïque que le transport à cheval : un loisir chic réservé à une élite ou à de fins connaisseurs, hors de porté des masses, qui n’y verront, de toutes façons, aucun intérêt.
Le papier comme support est condamné à terme, même si ce n’est pas pour demain, l’augmentation ces dernières années de son coût ne fait que souligner une tendance qui n’a aucune raison de s’atténuer, miser son avenir sur le papier n’a pas plus de sens que de le faire sur le pétrole, tôt où tard, la réalité frappera à la porte de ceux qui se voilent la face.
Dans une perspective de long terme, d’ordre générationnelle, le papier ne peut être aujourd’hui qu’un support de transition vers autre chose, et cet autre chose – le web aujourd’hui, et Dieu sait quoi demain – ne donne pas pour l’instant de signes encourageants à ceux qui s’étaient installés dans un confort qu’ils croyaient éternel.
Un rapide calcul, réalisé avec brio par Frédéric Filloux et Jean-Louis Gassé souligne la dure réalité des revenus que l’on peu espérer tirer d’une publication gratuite sur le web : en aucun cas les organes de presse actuels, fussent-ils dégraissés de leur couteux outils industriels et de leur embarrassantes méthodes de distribution, ne peuvent espérer survivre sur le modèle économique du gratuit. Le payant ne faisant, pour ainsi dire, pas recette, l’avenir immédiat est sombre.
Ceci dit, il n’est nullement question de faire la transition dans les années à venir, l’avenir d’une presse sans papier est lointain, très lointain, aussi lointain qu’il est certain, et la presse papier doit avant tout aujourd’hui se préoccuper de sa survie immédiate. Survie qui ne peut, en l’état des outils de monétisation web existants, que passer par le papier, et par une remontée fulgurante de ses ventes (l’Italie, pour ne citer qu’elle, a connu une telle remontée ces dernières années).
A (très) court terme, le problème de la prise de conscience
Longtemps, la presse a joué à un jeu fort curieux consistant, en interne, à critiquer la paille dans l’œil du voisin plutôt que de s’attaquer à sa propre poutre.
Les éditeurs blâmant la distribution, la distribution les journalistes, et ainsi de suite (Nicolas Sarkozy, dans son discours d’introduction des Etats Généraux de la Presse dénonce cela à merveille). Tout allait pour le mieux dans le meilleurs des monde (en vase clos), jusqu’à ce qu’apparaissent la victime expiatoire parfaite : internet.
Frappé de tous les maux, internet fut coup sur coup dénoncé, freiné dans son utilisation, soupçonné de tous les vices, et après une longue période passé à essayer de convaincre le plus grand nombre que son usage était réservé aux pédophiles, ou pire, aux bloggeurs et à la désinformation, la presse Française a du se rendre à l’évidence, ses confrères à l’étranger (eux même loin d’être sortis d’affaire) avaient pour la plupart mutés et s’étaient adaptés, pendant qu’ils étaient restés aveugles à ce qui compte le plus : leurs lecteurs, et plus précisément, leurs usages.
Ce petit jeu n’a pas seulement servi à rendre confortable un immobilisme qui, d’année en année, ressemblait à une mort clinique ; il a également servit à repousser à plus tard, des décennies durant, la résolution d’un ensemble de problèmes touchant tous les acteurs du système : production, fabrication, distribution, financement, pas une composante qui n’ait aujourd’hui un problème de taille a résoudre.
Aujourd’hui, l’écosystème de la presse vit sous perfusion, maintenu en vie par un pouvoir en place qui, considérant que le quatrième pouvoir est tout de même plus facile à maitriser que la populace, ne s’imagine pas vivre sans lui. Mais comme le rappelait fort justement Nicolas Sarkozy dans son discours d’ouverture des Etats Généraux de la Presse, la meilleure garantie d’une presse libre, c’est sa rentabilité (on pourrait ajouter la diversité de ses intérêts économiques, mais c’est une autre histoire).
La question de sa survie immédiate ne semble pas être réellement posée, l’Etat se portera à son secours comme il se porte au secours des banques mal gérées, mais une fois nationalisée, sa mort clinique sera connue de tous, et la maintenir en vie sera plus de l’ordre de l’acharnement thérapeutique que de l’intérêt du malade.
En attendant la mort clinique, la presse Française est pour l’instant sous perfusion, et à plus d’un titre. Derrière ce que les journalistes étrangers nomment pudiquement « exception Française » se cache une réalité qui est peut être à l’origine du désamour des journalistes avec leur direction et de la perte de confiance des lecteurs : la presse Française, pour une (très) large part, appartient à des Groupes vivant, pour l’essentiel, des commandes de l’Etat. Difficile de parler d’indépendance, probablement pas de corruption, mais le mot perfusion s’impose.
Le compte a rebours a commencé… il y a longtemps…
Il reste à la presse écrite peu de temps pour se réinventer, se diversifier, devenir, comme le prescrit Emmanuel Parody dans son excellent (et cinglant) blog, (ainsi que Ulrik Haagerup) plus multimédia… et donc cesser d’être une presse écrite. Car le multimédia, outre l’intérêt économique lié à sa survie à court terme, est également la seule position qui permettra aux meilleurs de trouver à l’avenir de nouveaux modèles, de profiter des tous les outils de monétisations existants ou à venir, et de continuer, demain, et après demain, à faire que l’information et son analyse soit un métier, qui apporte réellement un valeur ajoutée.
Il reste à la presse à remettre profondément en question son rapport avec internet, et la balle est largement dans le camp des journalistes. Après une bataille rangée gagnée contre les blogs (Versac vs. Une hordes de journaliste), ceux ci, plutôt que de se réjouir, pourraient se demander pourquoi d’éminents (et rentables) confrères tels que le New York Times ouvrent leurs colonnes aux bloggeurs « influents » (ReadWriteWeb a récemment signé un partenariat avec le NYT, et alimente en contenus sa rubrique Technologies), et comment le Washington Post s’est récemment mis au link journalism, réponse journalistique à l’agrégation sociale.
Alors que l’un des rares organes de presse réellement indépendants se posait sans rire la question de l’utilité des commentaires, faisant preuve une fois de plus d’une ignorance crasse des usages établis depuis des années dans son lectorat, alors que la fin du blog de Versac sonne comme une balle que la presse s’est tiré dans le pied, il est temps de réfléchir à l’avenir, qui ne pourra se faire sans lecteurs, sans communautés, et sans bloggeurs. Bloggeurs par ailleurs curieusement absents des Etats Généraux de la Presse alors qu’ils sont régulièrement conviés à des pinces fesses sans conséquences, l’Etat ayant bien compris, comme les entreprises, l’intérêt du buzz marketing.
Si l’avenir peut se faire sans la presse telle qu’on la conçoit aujourd’hui (demandez à un Chinois), il ne peut pas se faire sans internet. Ce triste constat devrait porter les acteurs de la presse écrite à cesser de considérer internet comme un ennemi, c’est une bataille qu’ils ne peuvent que perdre.
L’iPod dicte sa loi aux majors, qui dictera sa loi à la presse ?
Mais allons plus loin, qui aurait imaginé, il y a une génération – ou même il y a dix ans – qu’un fabricant de baladeurs imposerait aux majors leurs marges, leur distribution et l’avenir de leur modèle économique ? C’est pourtant ce qui vient de se passer dans le bras de fer que se sont livré récemment Apple et les majors.
Qui pourrait imaginer dans une génération – peut être même dix ans – qu’un fabricant d’eBook (enfin, d’un objet mobile interactif et communicant à bas prix), impose à la presse écrite ses conditions de distribution, de monétisation, de production ? Un scénario qui fera regretter le temps où les NMPP et le syndicat du livre avaient, somme toutes, des revendications fort raisonnables. Un scénario plus que crédible, dont certains, comme Amazon, ont commencé l’écriture.
Le papier a cet avantage de n’appartenir à personne, pas de brevets, et des lois par le passé en ont même garanti à tous un accès équitable, mais qu’en sera-t-il de l’iPod de l’écrit ?
C’est là probablement l’un des plus grands dangers qui menace la presse dans la décennie à venir, et c’est une raison de plus pour se ressaisir et se remettre en ordre de marche car la crise actuelle n’est probablement qu’une bataille parmi d’autre. Internet et les bloggeurs peuvent devenir demain des alliés, mais il en sera autrement d’un Apple, d’un Amazon, d’un Microsoft ou d’un Toshiba.
A lire également :
- Colloque “la presse écrite peut-elle se réinventer” le 8 avril ...
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- La technologie des “Smart Grid” est-elle une menace pour la vie privée ? ...
- Les usines à contenus, une menace pour les media, les blogs et Google ...
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- Le cinéma en pleine réinvention face au web ...
- ACTA : le traité secret qui pourrait changer la face d’internet ...


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27 octobre 2008 à 14:32
Le futur “iPod de l’écrit” pourrait bien être simplement … l’iPod.
27 octobre 2008 à 14:33
@antOine C’est bien mon avis, mais Amazon a déja son iTunes… donc ce n’est pas joué ;)
27 octobre 2008 à 16:11
Sur la question des pratiques, une petite expérience personnelle. Alors que j’étais un gros consommateur de presse quotidienne, je n’achète plus de journaux papier depuis que le monde est passé en pdf. Je lis tout en ligne avec l’aide des n° d’abonnements de ma boite (avoir des bonnes relations avec le service pub). En revanche il m’est arrivé 2 ou 3 fois ces dernières semaines de chercher de l’info et de tomber sur le site de Mediapart… Si l’idée de payer pour une information me semblait débile il y a quelques mois encore, la frustration de ne pas pouvoir accéder à ce contenu dépasse aujourd’hui largement mon avarice d’internaute moyen.
27 octobre 2008 à 16:25
@chris j’ai toujours eu de gros doutes sur Mediapart, mais bon, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et je serai ravi de me tromper ;)
28 octobre 2008 à 14:54
Il existe pourtant des solutions innovantes, qui permettent de creer un pont entre la presse papier et le Web. L’une d’elle est française et s’appelle Zyyne.
En quelques mots, il suffit de 5 minutes pour qu’ à partir du Bon a Tirer , l’éditeur puisse proposer sur son site une version feuilletable de sa publication. Mais aussi une version accessible aux mal voyants, vocalisé, une version E-book, et bientot une version IPhone.
En créant Zyyne l’année dernière, j’etais déjà convaincu que la presse devait évoluer et s’approprier le Web, en proposant plus qu’un simple portage du papier au html (ou flash). Hélas, beaucoup d’editeurs voient ca comme un gadget. D’autre sont pieds et points liés par des contrats d’exclusivités avec des grandes plateforme de diffusion (Relais H …), qui impose leur méthodes, leur drm, leur lecteur …
28 octobre 2008 à 19:27
@Zyyne Pour aller plus loin, je laisse la parole à mon estimé confrère Michael Arrington : http://www.techcrunch.com/2008/10/28/ten-comments-you-think-are-cool-and-insightful-but-arent/#comment-2515305
28 octobre 2008 à 18:30
@Zyyne solution innovante?
Sincèrement, croire qu’en rendant un tant soi peu interactif un pdf, et qu’avec deux trois effets de style du type ‘ma page elle tourne comme c’est beau’, on va régler le problème de la presse…
Ce genre de solutions existent en open source en flash, et des solutions de ce genre existent depuis pas mal de temps, soit en client léger, soit au sein du browser avec Flash, comme Zyyne (avec le kiosque, les formule d’abonnement, etc), elles ont été testés sans le moindre succès par la presse US et elles ont été abandonnés… au profit de sites web avec des fonctionnalités sociale ;)
Il existe par ailleurs, pour ceux qui veulent distribuer un BAT en lieu et place d’une véritable stratégie internet, une solution simple, multi support, accessible, pour mobile, ebook, et tout le toutim, et cela s’appelle le PDF. Chaque fois que les NMPP sont en grève, on y a droit.
28 octobre 2008 à 20:38
Bon article Fabrice. Je ne sais pas quelle est la solution pour les organes de presse, mais pointer du doigt Internet, c’est juste une stupide perte de temps : c’est déjà trop tard. Le NYT fait des choses vraiment intéressantes mais… oublie un peu la monétisation au passage selon moi.
L’équation est compliquée à résoudre :
- newsroom à financer
- coûts IT
- pub online beaucoup moins lucrative que l’offline
- audience fragmentée sur Internet.
28 octobre 2008 à 20:45
@Youssef Pour ce qui est de la monétisation, c’est clair, le web ne rapportera pas autant que le print, et au delà de l’audience fragmenté, il y a le problème de l’information qui devient ‘liquide’ (je sais plus où j’ai lu ça), à savoir que tout comme l’album de musique a laissé place au tracks comme unité de consommation, le journal à laissé place à la news…
Ils sont pas sortis de l’auberge, mais le NYT a vraiment pris une longueur d’avance (avec le Washington Post, qui fait autre chose — du link journalism — et que je ne lit pas, mais qui est intéressant).
Solutions? Mutualiser les couts IT (qui ne sont pas si faramineux si on se base sur de l’open source), dégraisser les newsrooms (aïe), collaborer avec des blogs (cf NYT+RWW+GigaOM+VentureBeat), plutôt que d’avoir sa propre plateforme (Libé, LeMonde — voir le dossier de stratégie de cette semaine qui n’a pas vraiment compris de quoi ils parlent)…
28 octobre 2008 à 22:37
En grande partie d’accord avec votre analyse.
Juste une petite précision : selon Jeff Jarvis (conférence de cuny de la semaine dernière), ce n’est parce que le print va disparaitre que les marges vont s’effondrer.
En effet, il dit que le papier (sa chaine : impression, traitement, distribution, …) c’est 60% des coûts d’un journal.
Dès lors il est tout à fait possible de conserver le même niveau de marge, voire l’augmenter tout en réduisant les recettes de 60%.
Le même phénomène que vous décrivez pour la presse commence aussi à se produire pour l’édition. Les livres papier eux aussi sont amenés à disparaître.
Qui achète encore aujourd’hui des encyclopédies papier ?
Et qui s’en plaindra ? Ni les utilisateurs d’éditions électroniques, ni ceux de wikipedia.
28 octobre 2008 à 23:02
@Olivier On peut économiser 60% en éliminant l’impression, le papier et la distribution, mais les recettes publicitaires internet ne suffisent pas à couvrir ce qui reste, j’en ai peur. Il va falloir produire autre chose que du texte sans augmenter (voir en diminuant) la masse salariale, diversifier les revenus, explorer les services (cf l’API du NYT)…
Quand au livre, oui, beaucoup d’entre eux sont appelés à disparaitre sous leur forme papier (à mon sens, tout livre qui n’est pas un objet en tant que tel, ainsi que — probablement — la littérature, soit une large partie de ce que l’on appelle livre aujourd’hui).
Pour ce qui est des encyclopédies, même si Wikipédia n’est pas la réponse à tout, elle a mis au placard toutes celles qui n’ont pas su s’adapter (autant dire tout le monde ou presque). J’ai travaillé pour un acteur important du secteur, j’y reviendrais. Il existe pour certains encyclopédistes des opportunités uniques dans le web 3.0, mais encore faut il les comprendre. Pas gagné, là encore.
29 octobre 2008 à 6:36
Je n’avais pas entendu parler de cette “information liquide” mais cela me paraît assez juste aussi. Cela dessert les journalistes je pense, car c’est plus difficile pour un amateur d’écrire un long article nuancé et documenté qu’un billet.
Le vrai danger de dégraisser les newsrooms, c’est de banaliser la production (des articles AFP+) et de réduire l’étendue des domaines couverts (http://bit.ly/4kuYbi).
29 octobre 2008 à 10:18
Ce n’est pas bon pour les journalistes pour un autre et bonne raison, cela ne laisse plus la place pour la médiocrité — du moins dans sa version payante. C’est ainsi que des pans entiers de la presse pourraient disparaitre s’il ne connaissent pas un electrochoc qualitatif. Je ne vais pas me poser en censeur, mais certains thèmes sont très mal traités dans la presse faute de compétences.
Pour parler du secteur technologie, c’est assez dramatique. Le fameux trou noir censé mettre fin au monde et annoncé par tous les média a définitivement discrédité la presse au sein de la communauté scientifique, et pour faire dans le léger, qui, parmi les journalistes qui ont droit à un peu de visibilité, possède un compte Twitter ? (en dehors de Cédric Ingrand, certes tout a fait compétent, mais malheureusement coincé dans un rôle idiot dans une émission éco pour troisième âge sur TF1)
(au fait, moi c’est @epelboin — follow me on twitter!)
29 octobre 2008 à 14:36
“Un scénario qui fera regretter le temps où les NMPP et le syndicat du livre avaient, somme toutes, des revendications fort raisonnables.” En êtes vous sur ? le modèle des journaux en Grande Bretagne est intéressant avec un prix de vente inférieur de plus de 50% au prix pratiqué en FRANCE.
29 octobre 2008 à 14:57
@Michel Non, pas vraiment, c’est plus un trait ironique qu’autre chose ;)
C’est vrai que les NMPP, la CGT du livre et tout le toutim sont un boulet au pied de la presse Française, mais objectivement, l’internet permet de s’en abstraire facilement.
C’est également à mon sens l’arbre qui masque la forêt.
Si on attend que ce type d’acteurs bouge pour sortir la presse d’une mort annoncée, autant l’enterrer tout de suite, il faut faire avec, ou sans (et donc sans papier).
Par ailleurs, comparer la consommation de la presse en Grande Bretagne avec celle en France n’est pas évident, culturellement, ce n’est pas du tout la même chose, et en matière de contenus, idem. Alors pour ce qui est des tirages, effectivement, il y a un gouffre. Est-ce du à leur prix plus bas? Je doute que l’explication soit si simple. Est-ce du aux pinups à gros sein en page 2 ? Peut être… Allez savoir ;)
30 octobre 2008 à 14:25
A LIRE, le billet de Gilles Bruno (observatoiredesmedias.com), qui donne un aperçu de ce qui s’est dit à la conférence “New Business Models for News” de New York : http://www.observatoiredesmedias.com/2008/10/24/trouver-les-nouveaux-modeles-economiques-du-web/
31 octobre 2008 à 11:09
La comparaison entre le milieu de la musique et les médias est fondamentale.
L’écoute d’un disque s’est transformée avec l’arrivée du mp3 au profit du “single-track”.
Contrairement à la musique qui baigne dans la culture du mix depuis la naissance de la radio, la presse a découvert dès la naissance des moteurs de recherche cette nouvelle façon de consommer à l’unité, aidant évidemment des magazines comme le Courrier international à améliorer leur recherche et offrir le meilleur en revues de presse, bientôt renommé en Link Journalism. Mais c’est réellement via les sytèmes d’aggrégations RSS– popularisés dès 2005 grâce à des bloglines, netvibes et digg– que la mutation de la consommation de la presse est devenue concrète: décentralisation de l’objet “article”, réduction à son essence, et perte de l’identité visuelle de la source, la marque.
La réaction des journaux a été de tailler dans leur flux, n’octroyant qu’une accroche en guise d’appât. Et personne n’est venu coupler au flux un coup de “crawl” pour reconstituer l’article dans son entier, à l’exception évidemment de Google. Une autre réaction a été de travailler sur le branding des widgets offrant ses flux, créant de nouveaux emplois et des opportunités commerciales –netvibes encore-, mais une vision “tout dans le widget” n’est pas tenable, encore du point du vue du consommateur qui attend autre chose qu’une grille trois-colonnes peinturlurée de couleurs différentes.
Le Guardian comme vous l’avez annoncé il y a quelques jours vient d’ouvrir l’entier du flux http://www.readwriteweb.com/archives/the_guardian_full_text_rss.php
Ce qui est logique du point de vue du consommateur: basculant via un “reader rss classique” d’un article de blog à un article d’un journal, il ne peut qu’être frustré de voir sa lecture bridée dès qu’il s’agit d’un titre d’un “média traditionnel”.
Sur le point de vue du branding, il doit exister sans nul doute d’autres solutions:
- ajouter le brand en début d’article
- améliorer la visibilité des contenus relatifs propres au même titre et permettre une navigation d’article à article
Pour la mise en relation d’articles, hélas les standards RSS sont insuffisants et c’est peut-être dans ce sens que les éditeurs devraient développer des groupes de travail et de lobbying.
Les seuls média presse qui peuvent mieux respirer face à ces transformations sont les magazines, les papiers-glacés et glamours, les Gala et autres Voici ou encore Marie-Claire. Leurs ventes continuent à décoller. A l’inverse, leur pénétration sur les médias numériques est difficile, problématique souvent sur le plan technique et éditorial.
Il y a donc lieu également de se pencher sur ce secteur et d’évaluer leurs opportunités. Vont-ils se lâcher sur des plateformes comme http://issuu.com/ Systèmes à même de digérer au plus vite leurs contenus non-aggrégables ?
Avantages du papier versus internet pour le consommateur
- zapping très agréable dans les pages
- titres et visuels plus accrocheurs
- sentiment de propriété sur le produit
- grille graphique potentiellement plus riche
- pas de consommation d’énergie lors de l’usage
- pas besoin de connexion
- création d’une bibliothèque individuelle (at home), donc identificatrice
- mutualisable, en bistrot, en entreprise, dans le cabinet dentaire
Inconvénients du papier versus internet pour le consommateur
- index souvent confus
- pas de conversation en direct
- impossibilité de payer qu’une portion du produit
Me concernant, je lis chaque matin le journal pendant une demi-heure, comprenant 5 minutes de gratuit. Puis une lecture “numérique” d’environ une heure, sauf les jours de tempête opérationnelle.
31 octobre 2008 à 11:40
@Raphael
Merci pour cette longue et intéressante contribution, il faudra que j’y revienne en détail (et que je jette un oeil aux produits que tu mentionne).
Quelques remarques cependant — qui ne remettent pas en cause ton analyse et ton point de vue — dans ton benchmark du papier vs. web :
- zapping très agréable dans les pages
Cela me semble vraiment lié à un gout, pas sûr que la génération Y soit d’accord avec cela
- titres et visuels plus accrocheurs
C’est clair, le SEO ne permet pas d’être très créatif dans les titres.
- grille graphique potentiellement plus riche
Mais pas de video, d’audio, d’animation, de simulateur, d’interactivité…
- pas de consommation d’énergie lors de l’usage
Non, là, désolé, je ne peux pas te lasser dire cela. Les coût écologiques liés à la distribution de l’information sur papier vs. numérique sont ahurissants : arbres à abattre, à transporter, à transformer en papier, puis a transporter a nouveau, puis à imprimer, puis à transporter encore une fois, puis à distribuer, puis — dans le meilleur des cas — à recycler. Le bilan est tout simplement inacceptable, et sera probablement inabordable dans 20 ans. On ne peut en aucun cas comparer cela à l’énergie consommé par un ordinateur…
- création d’une bibliothèque individuelle (at home), donc identificatrice
On a trouvé d’autre façons de frimer, sans avoir besoin d’afficher une bibliothèque constitué de libre reliés pleine peau : le nombre de followers sur Twitter, le nombre d’abonnés à votre blog, etc. Là encore, generation gap.
- mutualisable, en bistrot, en entreprise, dans le cabinet dentaire
Quoi de plus mutualisable qu’un site web ?
Bon, ceci dit, j’insiste, ton approche est intéressante, je regarde les produits que tu mentionne et j’y reviendrais…
31 octobre 2008 à 15:43
- zapping très agréable dans les pages
Dans le bus ou le train, regarder les 20 jeunes en train de feuilleter les gratuits, ça suffit à comprendre qu’ils sont tout à fait demandeur d’une info légère, résolument réduite, similaire à celle du teletext (le site teletext.ch en Suisse est encore un des sites les plus consultés…)
- pas de consommation d’énergie lors de l’usage
FE: Non, là, désolé, je ne peux pas te lasser dire cela.
RB: Point de vue consommateur ! Mon iPhone est souvent en rade. Pas le journal.
- création d’une bibliothèque individuelle (at home), donc identificatrice
RB: Mon twitter est de loin pas aussi sexy qu’une collection de technikart, courrier international et autres vieux paris match d’après-guerre.
- mutualisable, en bistrot, en entreprise, dans le cabinet dentaire
FE: Quoi de plus mutualisable qu’un site web ?
RB: Mon iPhone ou laptop n’est pas mutualisable.
01 novembre 2008 à 12:34
- pas de consommation d’énergie lors de l’usage
FE: Non, là, désolé, je ne peux pas te lasser dire cela.
RB: Point de vue consommateur ! Mon iPhone est souvent en rade. Pas le journal.
FE: C’est clair, le iPhone n’est pas fait pour ca (et c’est vrai que question autonomie, il y a un probleme), mais d’ici quelques année, ce genre de technologie pourrait complètement remettre les choses en question.
- création d’une bibliothèque individuelle (at home), donc identificatrice
RB: Mon twitter est de loin pas aussi sexy qu’une collection de technikart, courrier international et autres vieux paris match d’après-guerre.
FE: question de point de vue, et très vraisemblablement de génération ;)
- mutualisable, en bistrot, en entreprise, dans le cabinet dentaire
FE: Quoi de plus mutualisable qu’un site web ?
RB: Mon iPhone ou laptop n’est pas mutualisable.
FE: non, non, je parle bien sur site web, pas de ce que tu utilise pour y accéder :)
23 novembre 2008 à 12:23
le cadre legal française vous parait il adapte à l’evolution de la presse ecrite confronté à l’internet?
23 novembre 2008 à 12:53
@oops
Ce ne me semble pas etre le problème principal, en tout cas…