eBanking 2.0 : l’état du marché américain

Il fut un temps où gérer son argent avec un ordinateur consistait à utiliser des applications Desktop comme Money de Microsoft, mais depuis quelques années, ce n’est plus du tout le cas. Une multitude d’applications en ligne se sont lancées pour répondre à ce besoin, et aujourd’hui, nous vous proposons un aperçu du marché américain.

Ces applications en ligne ne sont pas une version simplifiée de leurs ancêtres desktop, au contraire, elle tirent une multitude d’avantages de leur statut d’applications en ligne internet, se mettent à jour toutes seules, rafraichissent leurs contenus automatiquement pour certaines, et se révèlent bien plus efficaces pour la gestion de vos finances personnelles que ne l’étaient leurs ancêtres. Du coup, un marché autrement plus conséquent s’ouvre à elles.

Alors que bien des spécialistes (dont moi) s’attendaient à ce que les banques s’accaparent ce marché, force est de constater que bien qu’existant depuis plus de 15 années, les banques en ligne n’ont jamais fait le moindre effort en ce sens. Du coup, ce sont de nouveaux intermédiaires qui sont apparus pour combler le vide que nous pouvons tous constater à la vue (et à l’usage) de ce que nos banques nous fournissent en matière d’interface de banque en ligne. (disclaimer : j’ai travaillé pour un grand nombre d’acteurs majeurs du secteur banque/finance, notamment sur leurs problématiques banque en ligne et trading en ligne)

Mint

Mint.com est la plus connue des applications d’eBanking, si ce n’est la plus branchée. Le site revendique 400.000 utilisateurs, gère plus de 21 milliards de dollars en transactions, et a fait économiser plus de 100 millions de dollars à ses utilisateurs. Sur Mint.com, vous pouvez gérer vos comptes bancaires, vos crédits (revolving, emprunts, etc), vos investissements, etc. Le site propose également des contenus sous forme de guides pour vous aider à prendre des décisions financières, comme l’achat d’une maison ou d’une voiture. Ce qui rend Mint.com unique est sa capacité à parcourir vos comptes et vos transactions afin d’y trouver des économies à réaliser, essentiellement en vous proposant de meilleurs produits et services financiers que ceux que vous possédez déjà, ou en vous assistant dans la négociation de meilleurs taux sur vos produits financiers existants.

Wesabe

Wesabe transforme ce qui est habituellement une activité privée – la gestion de son argent – en activité sociale. Comme les autres applications eBanking, Wesabe vous permet d’agréger vos relevés bancaires en un seul endroit, et vous permet également de les organiser afin de vous offrir des vues synthétiques de vos débits et crédits. La où Wesabe innove, c’est en anonymisant vos données et en les partageant au sein de la communauté Wesabe. Vous pourrez ainsi comparer certains types de dépenses avec une moyenne afin de vous rendre compte d’une éventuelle économie à réaliser.

Geezeo

Geezeo ressemble beaucoup à Mint : un point unique où agréger vos comptes bancaires, vos crédits, vos emprunts, etc. La différence se situe sur son aspect communautaire. Plutôt que de passer par une phase d’anonymisation des données de leurs utilisateurs, le site propose des espaces communautaires génériques ou orientés sur un but précis (et financier) à atteindre, où vous pouvez rencontrer d’autres utilisateurs partageant vos préocuppations. Geezeo vous permet également d’uploader manuellement vos comptes pour ceux qui ne voudraient pas d’un système automatisé. Les transactions, elles aussi, peuvent être entrés manuellement une à une. Enfin, Geezeo propose une interface mobile.

Expensr

Expensr est une application de gestion de finances personnelle récemment acquise par le moteur de recommandation Strands. Le site est actuellement en cours d’intégration avec la technologie Strands afin de donner naissance à un nouveau produit : moneyStrands. Celui-ci analysera votre historique financier afin de vous recommander des produits et des services financiers susceptibles de vous intéresser. Le site vous permet d’uploader vos états bancaires via un formulaire sécurisé et catégorise ensuite automatiquement vos mouvements financiers. Le site propose également une multitude de graphiques afin de mieux appréhender vos finances. Vous pouvez également comparer votre situation financière en vous taggant afin de vous rattacher à un groupe d’utilisateurs. Expensr offre également des outils vous permettant d’établir un budget et de le suivre au plus près.

moneyStrands

Après avoir acquis Expensr, Strands l’a intégré à son moteur de recommandation maison. Le résultat final est moneyStrands, qui est toujours en beta privée à l’heure qu’il est. Le but du site est de vous permettre d’agréger en un point toutes vos données financières afin d’en avoir un aperçu global. Les différents moteurs de recommandations vous suggèreront des produits et des services susceptibles de vous intéresser, et vous pourrez vous comparer, de façon anonyme, à d’autres utilisateurs. Pour le moment, Expensr et moneyStrands sont deux sites distincts, mais ils devraient être intégrés à l’avenir.

La situation de moneyStrands, fruit du mariage entre une technologie de recommandation et d’un système d’ebanking 2.0 n’est pas sans rappeler celle de DebitCredit.fr, récemment acheté par Kredity. Le résultat de cette union, Optissima, sur lequel nous reviendrons sous peu, semble avoir déjà tiré les leçons de ce qui se trame en ce moment même sur le marché Américain.

Xero

Si Mint.com est la solution parfaite pour les utilisateurs de Quicken, Xero.com est plutôt destiné à ceux qui se servent de Quickbooks.  Il vous permet de suivre et de vérifier vos relevés bancaires, vos factures, dépenses, et autres tâches comptables. Pour ceux qui envisagent de passer de Quickbooks à Xero, une page destinée à votre comptable permet de faire un point détaillé sur les différences afin de prendre la bonne décision. C’est une approche très ‘comptable’ des finances personnelles que propose Xero, qui ne conviendra qu’à ceux qui ont déjà cette approche.

Rudder

Rudder a fait ses débuts à la conférence DEMO de San Diego. Contrairement aux applications ci dessus, Rudder est orienté sur vos factures plutôt que sur votre compte en banque. Le but est de vous donner une vision claire de ce qu’il vous reste à dépenser après avoir payé toutes vos factures. L’application agrège vos comptes bancaires et vos réserves de crédit mais plutôt que de s’intéresser au passé, Ruddler s’efforce de vous projeter dans l’avenir en vous donnant une vision claire de ce que vous pouvez emprunter ou épargner. L’une des fonctionnalités les plus utiles de Rudder est sa capacité à vous envoyer régulièrement par email un rapport complet plutôt que de vous forcer à revenir sans cesse sur son site web. Ca paraît simple, mais ils sont les seuls à proposer une telle fonctionnalité.

Green Sherpa

Egalement présent à la conférence DEMO, Green Sherpa ressemble beaucoup à la concurrence. Agrégation de comptes courants, outils pour mettre en place un budget et le suivre… Le site est complet, et se destine plutôt à ceux qui utilisent déjà une application Desktop. Il vous permet de faire des saisie manuelle, et sa gestion avancée du cash flow est supérieure à ce qu’offre le leader Mint. Le point le plus différenciant de cette application est sa capacité au partage : vous pouvez donner l’autorisation à d’autres personnes d’accéder à votre compte (un membre de votre famille, votre comptable…). Cela suffira-t-il à Green Sherpa pour sortir du lot ? Par évident, tant la concurrence est forte sur ce secteur dans le marché US.

Buxfer

Buxfer peut automatiser le téléchargement de vos données financières, catégoriser vos transactions, et vous aider à tenir un budget. A noter, son intégration à Google Gears lui fait revendiquer une plus grande sécurisation (et aussi un surplus de vitesse), vos données financières étant stockées sur votre ordinateur. Buxfer dispose également d’une fonctionnalité de partage et de groupe, vous permettant de partager vos comptes, et même de gérer des dettes entre individus (comme pour l’organisation d’une fête ou d’une sortie où tout le monde participe). L’application est clairement destinée à un public plus jeune que ses concurrents, on peut y accéder par SMS, via Twitter, avec un mobile et par email.

Shryk

Bien que ce ne soit pas une application eBanking 2.0 à proprement parler, Shryk mérite d’être signalé dans cet aperçu du marché américain, ne serait-ce que pour en souligner la spécificité culturelle en matière de rapport à l’argent. Shryk, qui vient de se lancer il y a quelques semaines lors de la Techcrunch50, a pour but d’éduquer les plus jeunes aux finances personnelles. La première application de Shryk, appelée iThryv, enseigne aux enfants les notions de gains, d’épargne, et de gestion. Elle est vendue à travers les banques et les organismes de crédit, et offerte aux écoles.
La seconde application de Shryk s’apelle WeProsper.org et se présente sous la forme d’une communauté où les enseignants, les écoles et les institutions financières peuvent se rencontrer afin de mettre au point des outils et des méthodes pour mieux enseigner le B.A.BA des finances personnelles. Une initiative intéressante qui souligne à quel point la culture américaine est différente de la notre, où l’illettrisme financier règne en maitre à l’école et n’a, c’est le moins que l’on puisse dire, pas le droit de cité. Une aubaine pour les organismes de crédit qui vivent de cette ignorance.

Et la sécurité ?

C’est évident, gérer ses finances sur un site web peut en effrayer plus d’un. Ce type de données requière, après tout, une sécurisation extrême. Cependant, avec l’offre d’eBanking des banques traditionnelles – bien faible en regard de ce que proposent ces startups – de plus en plus d’utilisateurs arrivent à passer outre ces craintes.
En pratique, avoir ses données financières sur les serveurs d’une société est souvent bien plus sécure que de les stocker sur le disque dur de son portable, celui-ci ayant bien plus de chances de se faire voler. Qui plus est, la plupart des internautes n’ayant pas pour habitude de faire des sauvegardes régulières de leurs données, risquent tôt ou tard de les perdre. Les arguments, au final, ne manquent pas pour passer à l’eBanking.

Les américains vont-ils débarquer ?

Malgrè la profusion de solution d’eBanking 2.0 disponibles aux Etats Unis, celles-ci ne sont pas prêtes à débarquer sur le marché Français. Ces sociétés étant américaines, elles ne fonctionnent, pour la plupart, qu’avec des banques américaines, et sont inutilisables ici. Certaines startups promettent de s’ouvrir à l’international, mais vu la lutte acharnée qui s’annonce entre elles, cela n’a que très peu de chance d’arriver rapidement, elles préfèreront se concentrer sur leur marché avant de s’aventurer à l’étranger, laissant par là même un champ d’opportunités pour les acteurs locaux qui ne manqueront pas de tirer des leçons de ce qui se passe sur le marché US.

Conclusion

L’eBanking 2.0 commence a faire ses premières armes, et c’est un mouvement qui de toute évidence échappe aux banques et aux institutions financières traditionnelles. Avec l’arrivé sur le marché du travail d’une génération qui n’envisagerait pas un instant de gérer quoi que ce soit autrement qu’avec des outils numériques, ce mouvement a un avenir tout tracé devant lui, et la génération Y, contrairement à la X, aura plus tendance à choisir, si ce n’est sa banque pour ses interface eBanking, du moins pour sa compatibilité avec les solutions qu’elle aura adoptée.

Cette génération n’est pas connue pour sa loyauté envers une marque, et la crise actuelle aura fini de la convaincre que faire confiance à une banque n’est qu’un vœu pieux issu du service marketing. L’arrivée de ces nouveaux intermédiaires représente à terme pour l’industrie bancaire – les banques de guichets tout du moins, ainsi que les organismes de crédit – une menace qu’elle aurait tord de ne pas prendre au sérieux.

De récentes études concernant l’agrégation de contenu faites auprès de la génération Y montrent de façon flagrante que la marque de l’agrégateur est la seule qui reste à l’esprit du consommateur, et à voir s’installer de tels agrégateurs, les banques risquent tôt ou tard de se voir reléguer à de vulgaires fournisseurs de services.

Dans un secteur où la loi rend la comparaison des offres plus facile qu’ailleurs, ce sont leurs marges qui vont fondre au profit de ces nouveaux entrants du monde de la finance.
En France comme aux Etats-Unis, de nombreux projets eBanking on eu lieu au sein d’établissement bancaires, d’organismes de crédit ou de solutions d’épargne, et toutes les innovations ont été systématiquement tuées dans l’œuf. Des propositions aussi innovantes que celles qui apparaissent aujourd’hui dans l’eBanking 2.0 existaient depuis très longtemps dans les cartons des spécialistes, mais leurs propositions sont pour l’instant restées lettre morte.

Les banques Françaises vont-elle tirer la leçon de ce qui est en train de se passer aux Etats-Unis, où vont-elle attendre patiemment de voir leurs confortables marges rognées par des intermédiaires plus malins et plus agiles ?  La question reste ouverte, mais pas pour longtemps.

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7 commentaires pour cet article

  1. Jean-Christophe Capelli

    Bravo Fabrice pour ce pano­rama ! Quelques remarques :

    Dans le Social Money, au côté de Buxfer, il convient d’ajouter BillMonk — qui appar­tient à Obopay– et Expensure (oui, avec un “u”). Sans oublier les euro­péens : Scred et MoneyTrackin.

    Dans le Personal Finance Management, il y a égale­ment NetWorthIQ (qui vient de rejoindre la galaxie Strands) et Quicken Online qui reste quand même une valeur sure !(et dont l’utilisation est gratuite), 

    A pro­pos de péda­go­gie, j’aime beau­coup ce nou­veau site qui se pro­pose d’apprendre la Bourse aux amé­ri­cains : WeSeed.

  2. Fabrice Epelboin

    Ha ha… voilà de quoi faire une suite à ce billet, merci :)

    Je ne compte pas aban­don­ner ce sujet de si tôt, j’y ai consa­cré de nom­breuses années, autant en faire quelque chose ;)

    Si quelqu’un a d’autres site à pro­po­ser, n’hésitez pas !

  3. Amaury de Buchet

    Merci Fabrice pour ce pano­rama. Voici ma (modeste) contri­bu­tion (et désolé d’avance de l’usage de Crunchbase … pas eu le temps de cher­cher des réfé­rences dans RWW) :

    MyThings (Menlo Park) : http://www.crunchbase.com/company/mythings

    CleverSet (Seattle) : http://www.crunchbase.com/product/cleverset

    Loomia (San Francisco) : http://www.crunchbase.com/company/loomia

  4. Fabrice Epelboin

    Décidément, ce sec­teur est vrai­ment encom­bré aux States… L’alliance de l’eBanking et de moteur de recom­man­da­tion semble une évidence, d’autant plus que c’est une voie que ne pour­ront suivre les banques (si elles se réveillent).

    Pas de sou­cis pour les liens vers la Crunchbase, c’est une réfé­rence, et c’est bien plus pra­tique en effet qu’un lien vers un article.

  5. Laurent

    Bonjour à tous,

    Fabrice bravo pour cet article. Nous pou­vons dire que ReadWriteWeb France démarre très fort ! 

    Etant un des « papas » de la solu­tion française Optissima. Je peux vous dire que ce sujet en est encore a ses bal­bu­tie­ments sur notre vieux conti­nent et que peu de per­sonne ont eu l’occasion de com­men­ter ce phé­no­mène pour le moment can­tonné au mar­ché américain !

    Je sou­hai­te­rai com­plé­ter cette pho­to­gra­phie en vous indiquant que :

    1– les 3 lea­ders sur le mar­ché US sont Mint, Geezeo et Wasabee (en nombre de user).
    2– Que Buxfer pro­pose une ver­sion multi lingue (dispo en français) et per­met le télé­char­ge­ment auto­ma­tique des opé­ra­tions ban­caires via un plug­gin Firefox (et cela marche avec un très grand nombre de banque)

    Pour conclure ma modeste contri­bu­tion, je pense que le sec­teur du eban­king va énor­mé­ment évolué dans les pro­chains mois et que la plu­part des banques vont se retrou­ver au pied du mur et vont devoir agir.
    Une des rai­sons prin­ci­pales est la crise actuelle. Afin de rega­gner la confiance des clients, les banques vont devoir accen­tuer l’aspect “conseil et ser­vice” et mettre un peu de coté l’aspect vente de leurs pro­duits mai­son (je sais, je suis un peu idéa­liste, mais vous ver­rez bien !). Ils se tour­ne­ront alors natu­rel­le­ment vers les nou­velles tech­no­lo­gies pour assoir ce chan­ge­ment de posi­tion­ne­ment et défi­nir une nou­velle stra­té­gie (Marketing ?).

    @+

  6. Jeannette

    Bonjour,

    A quels articles faites-vous réfé­rence lorsque vous écrivez,

    “De récentes études concer­nant l’agrégation de contenu faites auprès de la géné­ra­tion Y montrent de façon fla­grante que la marque de l’agrégateur est la seule qui reste à l’esprit du consom­ma­teur, et à voir s’installer de tels agré­ga­teurs, les banques risquent tôt ou tard de se voir relé­guer à de vul­gaires four­nis­seurs de services.”

    Merci d’avance pour votre réponse.

  7. Fabrice Epelboin

    @jeanette

    Arg… faut que je remette la main des­sus… je vais fouiller…

2 Trackbacks For This Post

  1. Optissima : l’eBanking 2.0 débarque en France | ReadWriteWeb France :

    […] une place confor­table à prendre. Les appli­ca­tions en ligne de ges­tion de finances per­son­nelles sont aujourd’hui nom­breuses de l’autre coté de l’Atlantique, et se font une place aux cotés des logi­ciels dédiés comme Microsoft Money, mais celles ci ne […]

  2. etude bank service online « mensonblog :

    […] Il fut un temps où gérer son argent avec un ordi­na­teur consis­tait à uti­li­ser des appli­ca­tions Desktop comme Money de Microsoft, mais depuis quelques années, ce n’est plus du tout le cas. Une mul­ti­tude d’applications en ligne se sont lan­cées pour répondre à ce besoin, et aujourd’hui, nous vous pro­po­sons un aperçu du mar­ché américain.ReadWriteWeb France […]

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