Le phénomène n’est pas nouveau, depuis les débuts du web, les marques se sont fait ‘squatter’ sur internet. La plupart du temps, ceci dit, il s’agissait pour les squatteurs de tirer profit de leur forfait.
On se souvient des marques de luxe attaquant un Google, peu regardant sur les mots clé vendus dans le cadre d’adWords, qui ne se souciait guère de voir des marques achetés sous forme de mots-clé par la concurrence.
C’était hier. La situation était simple, il suffisait d’attirer l’attention de la justice pour régler le problème.
Aujourd’hui, cela devient plus compliqué, car c’est l’attention que certains cherchent à attirer en squattant une marque dans le web social, une attention dont certaines marques se seraient volontiers passés, la justice pouvant les amener tout droit vers la cour pénale internationale de La Haye.
Il y a quelques mois, Jeremiah Owyang, un analyste de chez Forrester, spécialisé dans les média sociaux, et dont le blog est l’un des plus intéressant au monde sur le sujet, avait révélé (après s’être fait avoir) le squattage de la marque Exxon par un particulier. L’affaire n’était pas bien grave (pour Exxon), ceux-ci avaient eu la chance de voir leur marque squatté par un fan (cela peut paraître incroyable, mais il existe des fans d’Exxon).
Aujourd’hui, c’est sur une affaire autrement plus délicate sur laquelle nous souhaitons apporter un éclairage, car cette fois, le squatteur est tout sauf un fan. Areva, fleuron (nucléaire) de l’industrie Française, s’est fait squatter sur Twitter.
Avant d’aller plus loin, et comme il est de coutume sur les blogs, laissez moi me fendre d’un petit disclaimer, je suis, à titre personnel, pas du tout opposé à l’énergie nucléaire (c’est parti pour le flamming), je suis convaincu que c’est, au jour d’aujourd’hui, la seule solution qui s’offre à nous pour produire de l’énergie sans augmenter l’effet de serre, et j’ai une confiance, que certains de mes proches qualifient d’aveugle, en la Science (c’est génétique, il n’y a rien à faire).
Ceci dit, ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi.
Areva respecte les Droits de l’Homme
En France.
A l’étranger, c’est une autre histoire. Une sale histoire. Autant la moindre petite fuite radioactive sur le territoire Français provoque un émoi généralisé dès qu’il s’agit de mettre potentiellement en danger nos précieuses vies, autant dès qu’il s’agit d’un nigérian (pdf), pauvre qui plus est, tout le monde s’en fout.
N’ayant pas repéré le moindre article dans la Déclaration des droits de l’Homme stipulant que la vie d’un pauvre, d’un noir, ou d’un étranger, avait de facto moins de valeur que celle d’un riche Français blanc, certains se sont émus des actions d’Areva dans de lointains pays. Le but de ce billet n’est pas de dénoncer les actions d’Areva (d’autres font ca bien mieux et sont infiniment plus informés), mais de montrer comment, par le biais des média sociaux, et de Twitter en particulier, des individus, armés de leur seule volonté, font passer le militantisme dans une nouvelle ère.
En France, il existe encore peu d’action de militantisme utilisant des outils sociaux pointus (j’entends par là l’utilisation d’autre chose qu’un blog, ce qui est déjà très bien, mais pas suffisamment pointu pour en faire un article – quoi que).
@areva fait parti de cette nouvelle génération d’activistes, et son histoire est surprenante. A l’origine de sa vocation, un banal ‘événement’ au Niger – banal car il y en a eu beaucoup d’autres du même ordre, mais celui-ci fut la goute qui a fait déborder le vase.
Alors qu’il (ou elle, son identité reste un mystère) n’avait jamais milité auparavant, @areva s’est décidé à agir. Seul. Sans organisation, sans réseaux, sans appuis, sans affiches et sans colle : seul, armé de son ordinateur et de sa volonté. Une telle volonté n’aurait rien pu donner il y a dix ans, mais les temps changent, et de nos jour, un simple individu peu avoir, à travers les média sociaux, une audience conséquente.
Rencontre avec un activiste 2.0
Après avoir dialogué avec @areva sur Twitter, nous avons échangé quelques mails afin de réaliser une interview, @areva est resté anonyme (vue les méthodes d’Areva, on peut le comprendre), nous avons bien sûr vérifié que les faits qu’il dénonce sont exacts. Cela fait froid dans le dos, mais ils le sont.
RWW : Bonjour @areva, pourriez-vous vous présenter ?
@areva : Vous donner mon nom ne va pas être possible, et d’ailleurs il ne vous dirait rien, je suis un internaute lambda, un parmi les millions qui s’ébattent sur le web. Par contre je peux vous dire que, tous les matins, je passe devant le siège d’AREVA à Paris, et cela me fait bien rire. Je compte bien publier prochainement sur twitter une photo de cette provocation quotidienne.
RWW : C’est votre premier coup d’éclat sur le net ? Avez vous déjà expérimenté d’autres formes d’activisme sur internet ?
@areva : J’ai alloué mes services d’activiste 2.0 (gracieusement cela s’entend) à d’autres causes. Et pas toujours en utilisant le cybersquatting !
Cette fois ci il s’agit d’une nouveauté. Une opportunité. Areva n’avait pas réservé son compte Twitter.RWW : Dans la ‘vraie vie’ (brick n’ mortar), êtes vous militant ?
@areva : Non je n’ai aucun rapport avec une quelconque association ou un groupe militant. Je suis un pur UGC (User Generated Content).
RWW : Pourquoi Areva ? Avez vous une histoire particulière avec cette société ?
@areva : Moussa KAKA a été emprisonné après avoir interviewé des « rebelles » touaregs au régime du Niger. Ceux-ci ne font que demander une juste répartition des revenus de l’uranium extrait sur leur territoire.
J’ai fait le rapprochement entre Moussa kaka et Areva. Je crois avoir été le premier à faire le rapprochement entre Areva et cette affaire, mais beaucoup l’ont fait par la suite.
L’État français n’a pas bougé pour protéger les intérêts économiques d’Areva dans ce pays.
J’ai trouvé cela scandaleux, j’ai vu que le pseudo Twitter ‘areva’ était disponible, j’ai sauté sur l’occasion.RWW : C’est donc l’emprisonnement de Moussa Kaka qui a déclenché votre envie d’agir et de dénoncer les actions d’Areva hors de France ?
@areva : Tout est parti de l’histoire Moussa KAKA. Puis j’ai découvert, de fil en aiguille, que l’action d’AREVA ne se limitait pas au seul Niger, mais à toute l’Afrique, et plus encore.
Je ne suis pas un militant écologiste. Disons plutôt que je ne souhaite pas de nouveaux Tchernobyl, ou que l’énergie nucléaire ne me greensatisfait pas entièrement.
Ce qui me gène plus c’est l’exploitation des peuples par des lobbys industriels et économiques protégés par des puissants. Je le répète, les revendications du peuple touareg sont légitimes: le partage des revenus de l’uraniumRWW : Areva vous a-t-il repéré ? Quelles actions ont-ils entrepris ?
@areva : Je sais que les fameux communicants online d’Areva suivent de près mon compte Twitter. A vous de les trouver ;-)
RWW : Agissez vous seul(e) ? Utilisez vous les réseaux sociaux pour vous coordonner avec d’autres activistes ?
@areva : Oui j’agis seul. Certaines associations et groupes ont tenté de m’approcher indirectement.
RWW : Avez vous mesuré l’impact de votre action ? En dehors du nombre de followers sur Twitter ?
@areva : Je pense que l’impact sur Twitter ne se mesure pas au nombre de followers, mais à la « profondeur de l’information ».
J’entends par là que j’ai le premier fait le rapprochement objectif entre Areva et Moussa KAKA.
Quelques semaines plus tard, d’autres militants ont pris le relais, puis le buzz et la presse a suivi.
Je Twitte aussi pour informer la communauté anglo-saxonne. J’internationalise le problème.RWW : Quels conseil donneriez vous à un activiste voulant se mettre au numérique ?
@areva : « Fonce coco, ils sont tous aussi cons les uns que les autres, il n’y comprennent rien au web »
RWW : En dehors de votre compte Twitter, quelles ressources web nous conseillez-vous pour suivre l’actu d’Areva ?
@areva : Je veille toute la conversation d’areva avec technorati (rss), ainsi qu’avec Google news (rss).
Mon objectif est d’occuper 80% de la conversation sur le mot clé « Areva » dans twitter. C’est le cas je crois.
Vous pouvez suivre @areva sur Twitter ou via le flux rss issu de ses Twitts.
Sommes-nous devant un phénomène appelé à se généraliser ?
Alors que coller des affiches sur un secteur géographique restreint demande des moyens matériels et humain conséquents, ainsi qu’une organisation et un véritable savoir faire, l’action d’@areva est à la porté de tous, et risque bien de susciter des vocations, tant il y a de choses à dénoncer.
Le plus impressionnant (ou effrayant, c’est une question de point de vue), est qu’@areva n’est pas un militant ‘professionnel’, ni même expérimenté, qu’il n’appartient à aucun mouvement, aucune association, aucun parti. C’est, dans l’univers des grosses associations internationales comme Greenpeace, le WWF ou Amnesty, un ‘one man company’, qui fait cela sur son temps de loisir, et sans aucun moyens. Si des milliers d’internautes s’y mettaient, ils auraient tôt fait de monopoliser les résultats de Google et de forcer, petit à petit, à plus de transparence. Sur le milliard d’internautes connectés aujourd’hui, cela ne représente pas grand monde.
Pour les entreprises, les Etats, les politiques et les lobbies pointés du doigt par ce nouveau type de militants, la gestion de crise risque d’être infiniment plus délicate qu’auparavant. La méthode forte est difficile à envisager (@areva se cache derrière un email jetable), le recours légal expose le plaignant à un buzz qu’il ne pourra jamais maitriser, et qui a toute les chances de porter sur l’affaire une attention internationale.
La transparence, et donc le minimum d’éthique qui va avec, semble être la seule voie possible.
Idéaliste ? Oui, certainement. En pratique, il est plus que probable que tout celà n’ai qu’une seule et unique conséquence, nous rendre conscient que le prix à payer pour s’éclairer tous les jour va bien au delà d’une facture EDF. C’est déjà un grand pas.
A lire également :
- Pirates ou terroristes : Le Monde prend-t-il les députés pour des imbéciles ? ...
- La génération Y va tout changer ...
- Lift France : Marseille au coeur du monde des nouvelles technologies pour 3 jours ...
- Comment Friendfeed va changer Facebook ...
- TweetDeck et Seesmic entrent dans le monde de Facebook ...
- Comment Twitter change le monde du poker professionnel… et ses média ...











10 novembre 2008 à 18:43
La gloire, @areva a le droit deux jours plus tard à un encadré dans Le Monde…
15 mai 2009 à 10:49
A noter que le compte @areva a été suspendu par Twitter depuis…
15 mai 2009 à 10:50
Curieux… je le contacte pour en savoir plus…
06 juillet 2009 à 18:14
ouep, suspendu, peut-être lié à la lutte contre le cybersquatting.
dommage car j’ai pas pu le lire…