Suite de l’article paru hier sur ReadWriteWeb France consacré au « crowdsourcing », ces bénévoles qui mettent un peu de temps et de compétences au service d’une « cause » virtuelle. Voici deux exemples supplémentaires.
Facebook en français : la « cause »
Un évènement dont qui n’est pas passé inaperçu il y a quelques mois : l’arrivée de Facebook dans la langue de Molière. Cette traduction, ainsi que bien d’autres (allemand et espagnol notamment) n’est pas le fait de la société Facebook qui aurait payé des sociétés de traduction pour une localisation pour chacun des pays visés, mais le fait de la communauté des facebookers qui, via une application, vont chacun traduire le produit dans sa langue.
Excellente initiative, qui renforce le côté « appartenance à une grande famille où l’on me fait tellement confiance que je contribue à la version dans ma langue ». Un vrai souffle 2.0 ! Oui, quand il s’agit d’une petite start-up sans trop le sou telle que Meebo (qui a utilisé la même méthode pour localiser mondialement son produit). En revanche, venant de Facebook, je trouve ça limite vulgaire.
Il n’empêche que cela marche : plus de 2000 personnes ont participé, et toute l’interface a été finalement traduite ! En revanche, cela pose des problèmes d’homogénéité : quand des francophones (principalement français, belges, suisses, canadiens) traduisent « poker », faut-il choisir « coucouter », « titiller », « dire bonjour », « attirer votre attention », ou « poker » ? Si vous regardez attentivement et régulièrement l’interface de Facebook en français, vous remarquerez que le terme a fortement tendance à fluctuer selon les périodes. Gênant si l’on désire avoir une « expérience produit » cohérente.
Innocentive : la recherche collaborative
Apparu en 2002, cette société a pour objet la recherche et le développement pour le compte de société biomédicales et pharmaceutiques.
Elle fait appel aux milliers à des scientifiques volontaires, et organise la rencontre de « chercheurs » (les sociétés qui investissent en R&D pour trouver de nouveaux médicaments, des gourvernements, des ONG) et de « contributeurs » (la communauté de membres enregistrés auprès d’InnoCentive qui acceptent de donner des solutions aux « chercheurs »).
InnoCentive rétribue les solutions sélectionnées, jouant ainsi le rôle de tiers de confiance et de « négociant » entre les deux populations : une bourse au savoir en somme. InnoCentive touche 50% des rétributions versées aux contributeurs (sommes pouvant aller de 5000 à 1000000$). Recemment InnoCentive a élargit son spectre en ouvrant des sortes « chaires » sponsorisées par des sociétés ou des associations afin de créer une réflexion permanente autour de sujets innovants.
InnoCentive est-elle un modèle pour une collaboration intelligente entre mondes ayant traditionnellmeent du mal à se parler, à savoir la recherche et le « business » ?
Quelles conséquences réelles du crowdsourcing ?
Au-delà de l’aspect « passe temps oisif » du crowdsourcing, les impacts sur la vie réelle sont plus importants qu’on ne croit, et s’apparente presque à du dumping social.
Trois impacts sont à relever :
- Un impact sur le marché du travail et l’évolution des métiers : tout le monde devient « main d’oeuvre » potentielle, entrainant un nivellement par le bas des compétences.
- Un impact sur le transfert des droits de propriété intellectuelle: droits d’auteur, quid si un brevet est déposé ?
- L’impact fiscal (si l’on travailleur indépendant, contournement de la TVA) ;
Sans compter la qualité du travail fourni : rien ne prouve qu’au final les entreprises recourant à ce mécanisme ne devront pas « repasser derrière » le travail fourni, réduisant pour elles l’intérêt économique (mais qui peut constituer un objet de régulation du principe de crowdsourcing).
Va-t-on vers une division du travail telle qu’on le voit actuellement (productions à valeur ajoutée dans les pays occidentaux, taches pénibles et peu gratifiantes dans les pays émergents) ? Le crowdsourcing, source de dérégulation larvée du droit du travail ? Ou bien est justement une chance de changer cette donne, voire de réinsérer des personnes qui ne trouvent plus leur place dans le monde du travail “classique” et de faire sortir par le haut certaines populations ?
L’entraide communautaire est un puissant outil, auquel je crois profondément. Mais attention de ne pas dévoyer la « beauté » du système et de l’esprit qui l’anime, et ainsi d’engendrer des conséquences réelles sur la propre vie de ses participants.
Précision : merci à Catherine Ramus pour son aide et ses conseils.
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Commentaires
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> Quelles conséquences réelles du crowdsourcing ?
Enormes il me semble.
Tu aborde le problème de la fiscalité mais on peut de manière générale poser la question du droit du travail, de la concurrence (voir par exemple le problème posé par Fotolia qui propose des Photo à 1 euros en contournant les lois Françaises (1) ).
Enormes parce que l’on arrive parfois à produire grâce au numérique (web 2.0 mais Internet en général) avec 10 fois moins. Benoït raphael faisait état des rédaction de journaux de demains : on pourrait passer de 200 personnes à 35 (2)
Internet habitue à la gratuité (gratuité de logiciels comme gmail, gratuité de la musique que l’on télécharge, …) mais la gratuité à un prix. Ce prix ce sont des pans entiers de l’économie qui disparaissent (et qui ne vont plus enrichir les ouvriers Chinois) mais qui ne reviendront jamais.
Il faudra certainement inventer rapidement la société qui va avec parce à la vitesse ou ça va, des gens oisif il va y en avoir pas mal très rapidement …
1) http://www.blogwaves.com/2008/05/fotolia-la-phot.html
2)http://www.linutop-blog.com/2008/11/crise-consequences-sur-l-emploi/
Ecrit par : ~laurent | 15 novembre 2008 à 7:33