
Il était temps. Il faut dire que la législation Française ne facilite pas vraiment les choses, et c’est la raison majeure qui fait que la France soit l’un des derniers pays dans lequel apparaisse les plateformes d’emprunts entre particuliers en Europe, après le Danemark, les Pays Bas, l’Italie et l’Allemagne.
Ce nouveau type de plateformes, apparu en 2005 en Corée du Sud puis en Angleterre, aux Etats-Unis et en Chine, mêle l’internet social et le prêt entre particuliers. Version moderne de système coopératifs apparu aux XVIIIe siècle comme la tontine, ces plateformes permettent de s’affranchir de toute intermédiation bancaire et viennent concurrencer les banques et les sociétés de crédit qui avaient, jusqu’ici, le monopole du marché du prêt aux particuliers.
Le principe est simple : des particuliers souhaitant prêter de l’argent (moyennant intérêts), et d’autres souhaitant en emprunter, se retrouvent sur la plateforme pour y concrétiser un accord, cette dernière offrant une palette de services qui vont de la fourniture d’un cadre juridique pour sécuriser la transaction, à la répartition de l’argent des préteurs sur plusieurs emprunteurs afin de moyenner les risques.
Quand il s’agit de se contenter de fournir un cadre juridique, nul besoin de licence bancaire, et c’est par cela que Friendsclear commence, le temps de s’allier à un partenaire bancaire Européen, afin de passer à l’étape suivante, celle d’une véritable organisme financier, qui proposera aux prêteurs de répartir leur risque sur une multitude d’emprunteurs.
Dans un premier temps, donc, il n’est pas question de mettre en relation emprunteur et prêteur, mais juste de leur fournir un environnement juridique qui les mettra à l’abri en cas de problème et leur permettra de porter un éventuel conflit devant un tribunal.
Le taux de risque pour ce type de prêt est étonnamment plus faible qu’un emprunt classique (entre 0,6% et 3% de taux de défaut de paiement contre 5,8% dans le secteur bancaire), et en temps normal, le site se contentera, une fois la fourniture des documents juridiques pour sécuriser l’emprunt, de rappeler à intervalle régulier emprunteur et bailleur à leurs obligations.
Les acteurs du marché
Circlelending (aujourd’hui VirginMoney) est l’ancêtre du secteur, apparu en 2001, il est encore leader sur le marché. En 2005 sont apparu Zopa (UK), troisième acteur du secteur aujourd’hui, Kiva (US) et Donjoy (Corée), puis en 2006 Paltrust (US) et Prosper (US), deuxième acteur du secteur.
2007 fut l’année de l’explosion de tels services, avec pas moins de 13 nouvelles plateformes, suivies de 13 autres en 2008. Certaines plateformes comme Zopa sont présentes sur plusieurs pays, mais les contraintes juridiques locales sont telles que ce type de business n’est pas facile à internationaliser (sans même parler des risques de change).
Trois types de plateformes de P2P lending
Parmi la trentaine d’acteurs présents sur le marché, les leaders actuels se nomment Zopa en Angleterre, ou Prosper aux Etats Unis, le premier acteur du secteur, en terme d’encours de crédit est Virgin Money (anciennement Circlelending).
Selon la dimension ‘sociale’ de la plateforme, elles s’adressent à des cibles différentes.
Les plateformes qui proposent simplement un cadre juridique à des personnes se connaissant au préalable (amis, famille), n’utilisent pas la dimension sociale de l’internet et s’adressent en priorité à une cible qui pratique déjà ce type d’emprunts, en leur apportant un surplus de sécurisation juridique.
Il existe aussi des plateforme purement sociales, proposant le financement de projets solidaires, souvent sélectionnées par des institutions de micro finance, on fait alors appel à ceux qui souhaitent prêter leur argent pour aider au développement de projets qui sont susceptibles de les toucher, dans leur propre pays ou dans des pays en voie de développement.
La dernière famille est constituée des plateformes à vocation financière, qui proposent aux prêteurs des placements avec des taux attractifs et un risque calculé, et aux emprunteurs des prêts à un taux intéressant et plus facile à obtenir que dans un organisme financier classique.
Evidemment, ces familles ne sont pas exclusives l’une de l’autre, certains acteurs jouant sur plusieurs tableaux.
La stratégie de Friendsclear est de commencer – juridiction Française oblige – a se positionner dans la première famille, pour évoluer par le suite dans la dernière.
Quelle est la taille de ce marché ?
A titre indicatif, en France, le marché du crédit à la consommation est de 80 milliards d’euros par an. Celui – informel – des emprunts entre particuliers est de 2 milliards.
Selon Gartner, les plateforme de P2P lending pourraient conquérir 10% du marché du crédit d’ici 2010. Cela semble bien optimiste, et ce chiffre ne concerne pas la France, mais au vu de l’importance du marché, sachant qu’en France 1% du marché représente pas loin d’un milliard de dollars, on peut comprendre que l’apparition de la première plateforme de lending P2P suscite beaucoup d’attention (d’autant qu’à l’évidence, la prime au premier entrant semble être très forte sur ce secteur).
« C’est un marché pour les personnes solvable, mais atypiques » souligne Jean-Christophe Capelli, le président de Friendsclear, et il faut faire preuve de pédagogie : réorienter les personnes en difficulté sociale, ainsi que les mal endettés.
Une fois Friendsclear adossé à un organisme bancaire, les prochaines étapes de son développement devraient être le prêt entre personnes ne se connaissant pas au préalable, ainsi que le prêt aux TPE. A ce stade, Friendsclear sera un concurrent redoutable pour des banques qui sont en proie actuellement à de sérieuses difficultés. « la crise dope le secteur » souligne Capelli, qui a fondé Friendsclear avec trois autres associés et qui prévoit de lever des fonds dans peu de temps.
Un placement intéressant, une ouverture du marché du crédit à des emprunteurs qui en sont pour l’instant exclu malgré leur solvabilité, il n’y a aucune raison pour que le succès rencontrés par les plateformes de P2P lending à l’étranger ne soit pas présent en France.
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, je vous conseille l’excellent dossier réalisé par Cepheid Consulting sur le sujet.
(Image d’illustration en Creative Commons de kiki99)
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06 décembre 2008 à 12:17
taux de risque : attention, ça bouge très vite –surtout quand on quitte l’aspect “liens sociaux” de ces plate formes. Voir les contentieux d’enfer testés par Prosper aux US
http://www.wiseclerk.com/group-news/services/prosper-loses-several-lawsuits-against-non-payers/
06 décembre 2008 à 23:58
Enfin, comme vous dites. J’en parlais notamment en début d’année:
http://www.marketing-pub.fr/2008/01/prosper-dot-com-virgin-money.html
08 décembre 2008 à 4:19
Vous avez oublié de mentionner l’acteur le plus prometteur aux US Lending Club, lequel –lancé en Mai dernier– est le premier acteur américain a avoir bénéficié de l’autorisation de SEC en Octobre dernier
Les autres éléments de différentiation de Lending Club (hormis l’autorisation de la SEC qui leur a permis d’ouvrir un second marché)
- taux de defaut de 1.7% grâce à une sélection drastique des demandeurs de crédit (86% des demandes de crédit sont refusées)
“Lending Club also sets the borrowers’ interest rate based on FICO scores and determines who gets funded. Once a rate is set, Lending Club matches lenders and borrowers by personal interests through their Web site or via Facebook. Borrowers share their stories, and then have a time window to see if enough lenders are willing to fund the loan. ”
- un taux d’interet moyen de 12%
“Stated interest rates of 6.69 to 18.63 percent — after a 1 percent service charge is applied”
Plusieurs articles intéressants sur le sujet:
http://www.forbes.com/entrepreneurs/2008/02/11/lending-online-banking-ent-fin-cx_mf_0211capital.html
http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1718569,00.html
http://www.nytimes.com/2008/10/16/technology/start-ups/16peer.html?_r=2&pagewanted=2&sq=peer-to-peer%20lending&st=cse&scp=2
09 décembre 2008 à 14:14
Vous pouvez aussi aller voir le site http://www.p2pcredit.fr qui proposera bientôt ce genre de service entre des particuliers ne se connaissant pas
22 avril 2009 à 16:28
http://www.p2pcredit.fr ne peut tout simplement pas s’implanter en France car la législation ne le permet pas.
Sinon pour Friendsclear c’est pas du peer to peer lending mais du notariat en ligne.
Attention il n’y a aucune emergence d’un marche du credit sur ce site car le model ne le permet pas. Ca n’a donc rien a voir avec un prosper ou un zopa.
22 avril 2009 à 16:56
@Georges
Il me semble bien qu’un motage avec un partenaire titulaire d’une licence bancaire permettrait le P2P lending en France, mais il est clair que cela ne va pas être facile ;-)
Ceci dit, la problématique est — me semble t-il — plutôt à un niveau Européen qu’à un niveau Français (avec les inévitables couacs entre ces deux organisations ;-)
De toutes évidence, c’est du coté de Friendclear qu’il faut regarder pour surveiller le mamrché Français.
13 juin 2009 à 17:29
Des nouvelles un peu plus fraiches (mi mai 2009)
FriendsClear est labellisé par le Pôle de compétitivité mondial Finance Innovation de Paris Europlace et a obtenu le prix du « meilleur potentiel de croissance » lors de Capital-Week 2008.
Friendclear est en ce moment en pleine levée de fonds, et ça a l’air plutôt bien parti.
http://www.jeanchristophecapelli.com/capelli/2009/05/augmentation-de-capital-de-friendsclear.html