Carnet de bord et notes personnelles d’une ballade high-tech dans la Bay de San Francisco. Première rencontre dans la Bay, nous avançons en terrain connu : Bouygues Télécom. Ce nom ne nous est absolument pas inconnu, et pour cause : il s’agit ici de l’antenne américaine de l’opérateur français. Surprenant pour une société qui n’a pas d’activité commerciale dans ce pays. Alors, pourquoi une présence ici ?
« Cet endroit est dans la lignée de la démarche d’innovation continue depuis 1996 de l’opérateur » nous confie son responsable, Stéphane Allaire, accompagné de Guillaume Dumortier. Créé en 2001, ce bureau local composé de trois salariés a pour mission principale de détecter le futur de la stratégie de Bouygues Télécom sur la base de l’environnement US, et cela selon quatre axes d’activités :
• Veille technologique et stratégique à destination des équipes France : roadmap service, stratégie…
• Développement d’affaires dans les entreprises de la Silicon Valley
• Analyse du marché Mobile /web / media
• Organisation des visites du management de Bouygues Télécom (prospective et expérimentation, innovation, marketing…)
Leurs « clients » sont Bouygues Télécom (entreprises et grand public), mais aussi toutes les structures du groupe (e-TF1, e-lab, TF1 video). Leurs résultats sont communiqués au moyen de différents outils, dont un blog interne (« The Silicon Post »), et aussi des études, notes de synthèses, couverture des conférences professionnelles.
Réflexions sur le marché mobile américain
Alors que jusqu’à présent l’innovation dans le mobile était plutôt du côté du Japon, le mobile devenant un vrai ordinateur constamment connecté (à l’image du iPhone entre autres), fait désormais pencher la balance côté américain et de son écosystème « web » .
Cependant, la difficulté à trouver des innovations mobiles sur le marché US est double :
• Les opérateurs américains ont avant tout une démarche de qualité de réseau et de couverture (les zones blanches sont très nombreuses sur le territoire et les protocoles hétérogènes : ATT et T-Mobile en GSM (avec carte SIM) et Verizon et Sprint en CDMA (sans carte SIM)) plus que de proposer de multiples services à l’utilisateur. Le principe « d’inspiration-duplication » d’innovations est donc plus difficile à appliquer, et nécessite de savoir identifier par soi-même des services potentiellement adaptables au marché européen.
• Trouver des services qui soient adaptables avec tous les mobiles de l’opérateur : l’hétérogénéité du parc est donc un frein non négligeable.
La tendance à venir dans le mobile, c’est le couple « réseau-mobile + l’écosystème associé », ce qui constitue un grand danger pour le modèle actuel des opérateurs téléphoniques. De fait, l’importance des services proposés devient primordiale. S’il fallait résumer l’équation, ce serait : proposer le bon réseau, le bon terminal et un catalogue de services innovants et exclusifs.
Aujourd’hui tout le monde s’agrège, et le 2.0 s’essouffle. Donc la question de la portabilité est cruciale : une fois qu’on a une application qui marche bien sur facebook, comment je la mets ailleurs ? C’est la question aujourd’hui adressée notamment par Open Social.
« La vision sans l’exécution est une hallucination » (proverbe de la Bay)
Venir à la Silicon Valley c’est important pour avoir le statut, pour la coo-pétition parce que tout le monde écoute tout le monde pour avancer ensemble.
Les Venture Capital (VC) ont aujourd’hui besoin d’argent frais, et ne parient plus sur des idées « pures ». Le financement par des Business Angels permet de faire la preuve de concept, et de démontrer que l’on a des utilisateurs et/ou du revenu ; ensuite on peut aller voir des VC (pour des tours de tables A, B…).
Les VC investissent maintenant (après la crise) à 70% dans ce qu’ils ont déjà en portefeuille, et 30% dans du nouveau ; ce qui veut dire que si le projet proposé est solide et qu’ils investissent c’est très bon signe. Cet état va certainement durer 6 mois (ils investissent dans leur catalogue actuel pour se positionner et ne pas se faire dépasser par un outsider). « La » bonne tendance : le green tech.
Et si l’on désire venir s’installer dans la Silicon Valley ?
Il y a deux points importants à avoir en tête :
• Le statut légal sur place : cela se détermine en répondant à la question « qu’est ce qui ramène l’argent ? » (vente, consulting, etc…). Il faudra alors passer par le bon cabinet d’avocat qui va faire l’intégration dans les lois, les démarches de visa… Il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur la communauté française qui est très soudée (50000 personnes dans la Vallée).
• L’important ce sont les compétences, plus que le concept : il faut éventuellement savoir changer de projet en route (même si on doit pas se laisser trop influencer par ses investisseurs et savoir défendre sa vision).
En fin de rencontre, Stéphane Allaire le responsable de ce bureau a accepté de répondre à chaud à quelques questions de RWW France (interview en français) :
Voyage dans la Silicon Valley : Bouygues Télécom USA from ReadWriteWeb France on Vimeo.













08 décembre 2008 à 10:31
Merci Dam’ de nous faire suivre ton parcours.
08 décembre 2008 à 15:51
@Cédric : et ce n’est que le début ;)
08 décembre 2008 à 19:58
Hello Damien,
merci pour cet excellent post.
Une correction néanmoins et que ses fans se rassurent (http://www.franckperrier.com/2008/11/17/que-fait-bouygues-telecom-dans-la-sillicon-valley/) , il s’agit bien de Stéphane Allaire et non Christophe comme mentionné.
09 décembre 2008 à 1:22
@Guillaume oups excuse moi auprès de Stéphane, je me suis mélangé les crayons :) C’est corrigé. Au plaisir de te recroiser !