Vers une nouvelle fracture numérique ?

La redéfinition du territoire de l’intime par les adolescents sur les réseaux sociaux est l’un des points qui suscite le plus d’incompréhension chez les adultes. Ne nous y trompons pas, ce n’est que la partie émergée d’un iceberg autrement plus conséquent, vers lequel le Titanic de notre société se dirige à pleine vitesse, sûre de son insubmersibilité.

Comme souvent, ce qui n’est pas compris est rejeté, et plutôt que d’essayer d’analyser et de mettre en perspective un phénomène que l’on retrouve aux quatre coins du monde, on le condamne. Classique.

Partant du constat qu’imposer une conduite aux jeunes n’a, ces cinquante dernières années, jamais donné grand chose, peut être serait il plus judicieux de comprendre et d’appréhender de façon plus intelligente ce que la génération Y et la génération digitale nous préparent comme société pour demain; tout comme il était plus malin d’essayer d’appréhender la fin du XXe siècle en mai 68 plutôt que de taxer les jeunes d’alors (qui sont les vieux d’aujourd’hui) d’agitateurs.

Avoir 500 amis à 14 ans, soit la moitié du collège, et arriver à 1000 d’ici à la terminale aura un impact profond sur la société que mettrons en place les participants à ces réseaux sociaux dans 10 à 20 ans. Les revendications de liberté et d’égalité des soixantehuitards, conjuguées à la première grande crise économique de l’après guerre en 1971, ont donné naissance à une société qui, quelle que soit la façon dont on la juge, n’a pas sa place dans le XXIe siècle, ne serait-ce que par la trace carbone qu’elle laisse derrière elle. Sortie brutale d’une période d’euphorie économique, et fossé culturel entre deux générations, ne nous y trompons pas : les conditions sont réunies, encore une fois.

Alors, sur quelles bases nos rejetons vont-ils refaire le monde ? Un monde où les individus sont massivement connectés les uns aux autres, où l’intimité est devenu – si ce n’est transparente – bien plus ouverte, où la distinction entre vie privée et vie publique n’est plus délimitée par une frontière opaque mais par un vaste territoire, dont les frontières floues sont tracées aux grès des réseaux, des partages, et des échanges.

Nous allons le découvrir dans les décennies à venir, mais une chose saute aux yeux, les notions de solidarité, de responsabilité collective, d’action commune et d’engagement (et cette liste est loin d’être exhaustive) vont radicalement changer, et dans un sens qui pourrait bien amener des solutions à des problèmes que les génération précédentes ont été incapables de résoudre, et ce, malgré le danger imminent – à l’échelle d’une génération – d’un armagédon collectif.

Il est temps de cesser d’empêcher la société d’évoluer (à moins de considérer qu’elle soit parfaite et armée pour répondre aux défis du XXIe siècle), il est temps d’aider les jeunes générations à se saisir de la société et à la réinventer, dans le calme et la réflexion, plutôt que de se borner à vouloir les intégrer à un monde qui n’apporte pas de réponses satisfaisantes aux défis auxquels ils auront à faire face.

Les multiples campagnes à venir : filtrage, surveillance, exclusion du champ du numérique, sont, ouvrons les yeux, une résurgence d’une peur millénariste, et devraient avant tout questionner ceux qui hurlent avec les loups sur leurs propres peurs, leur incompréhensions, et leur faillite à apporter des réponses. Cette fracture numérique là est générationelle, et elle ne peut mener qu’à un conflit qui fera passer mai 68 pour une joyeuse fête de quartier.

L’opposition massive de cette génération 68, aujourd’hui au pouvoir, – tout courants politiques confondus – à cette inévitable évolution est non seulement vaine – on ne peut que repousser l’inévitable – mais contre productive. Elle ne peut que creuser plus encore le retard qui fera de notre société un pays du tiers monde numérique.

 

 

 

 

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24 commentaires pour cet article

  1. anham

    Il faut bien voir que chaque nou­veau média (impri­me­rie et presse, radio, tv puis web) a, en son temps, sus­cité bien des peurs, des craintes et des mou­ve­ments, par­fois vio­lents, de rejet. Ces nou­veaux médias sont tous venus, à leur manière, bous­cu­ler l’ordre poli­tique ou social établi.

    De la presse qui a contesté à l’Eglise le mono­pole de la trans­mis­sion de l’histoire et du savoir. De la radio qui a faci­lité la prise de parole de citoyens, sans grands moyens, avant l’arrivée d’Internet. De la télé­vi­sion, qui avait déjà bou­le­versé notre per­cep­tion de l’intimité. Et du web enfin.

    Tout en étant d’accord avec votre ana­lyse de la situa­tion, il ne faut pas non plus ver­ser dans un trop grand angé­lisme. Les aînés peuvent en effet ten­ter d’analyser la situa­tion afin de parer à des com­por­te­ments qui paraissent dérai­son­nables. Sans être, loin s’en faut, un ardent sou­tien de la cam­pagne de publi­cité lan­cée par le secré­ta­riat d’Etat à la Famille, il faut bien admettre que les crimes et délits existent aussi sur Internet, comme ailleurs, que les com­por­te­ments d’enfermement et de repli existent aussi sur Internet, comme ailleurs, et qu’il convient de veiller, comme ailleurs, au res­pect des règles dont notre République n’accepte pas la trans­gres­sion (pro­tec­tion des plus faibles, soli­da­rité, etc.)

  2. Cédric DENIAUD

    Ce fossé géné­ra­tion­nel dont tu parles passe égale­ment par un élément que je trouve saillant, dans le cadre de la com­mu­ni­ca­tion per­son­nelle, celui de l’utilisation de la vidéo per­son­nelle. J’ai écrit sur ce sujet ce matin dans Est-on prêt à la com­mu­ni­ca­tion visuelle per­son­nelle ou l’utilisation per­son­nelle de la vidéo pour com­mu­niquer ? ( http://cdeniaud.canalblog.com/archives/2008/12/15/11711105.html )

  3. Hubert Guillaud

    Ce n’est pas une nou­velle frac­ture. Elle est déjà là depuis long­temps, cette oppo­si­tion entre géné­ra­tions qui uti­lisent et celles qui n’utilisent pas. C’est même le fon­de­ment de la frac­ture numé­rique. Et d’ailleurs, ces frac­tures géné­ra­tion­nelles n’ont-elles pas toujours existé, même si elles se cris­ta­lisent désor­mais avec des outils qui les rendent toujours plus vives. 

    Il y effec­ti­ve­ment quelque chose d’étrange et même de dan­ge­reux à voir par­tout le web culpa­bi­lisé ( http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/12/14/895-le-web-forcement-coupable — http://www.internetactu.net/2008/12/08/sur-linternet-les-enfants-ne-seduquent-pas-seuls/ ). Assurément, ce n’est pas là une solu­tion poli­tique à terme, nous sommes d’accord.

    Mais atten­tion non plus à ne pas jouer au mil­lé­na­riste, avoir 1000 amis sur Facebook ne change pas for­cé­ment le monde. Pour que la coopé­ra­tion existe, il va à un moment ou un autre la vou­loir. Or les outils du web 2.0 ont ten­dance à créer une par­ti­ci­pa­tion peu impliquante qui a pour l’instant du mal à exis­ter dans le monde réel : pas seule­ment parce que les géné­ra­tions aux pou­voirs la nient, mais aussi parce que les sys­tèmes socio­tech­niques n’ont pas la même impli­ca­tion que le réel. Cf. : http://www.internetactu.net/2008/06/27/vouloir-un-web-cooperatif/

  4. qyrool

    Très bonne article.
    Toutefois, je penses que la frac­ture numé­rique va être double et qu’une géné­ra­tion va être pris en sandwich.

    Non seule­ment la géné­ra­tion Y va prendre la main très rapi­de­ment et se faire entendre grâce à son hyper conne­ci­ti­vité comme tu l’as expliqué.
    Mais en plus les babys boo­mers, n’ont pas dit leur der­nier mot et notam­ment sur Internet. Les jeunes retrai­tés passent en moyenne 3h par jour sur Internet, ils ne sont pas encore tres web2.0 mais quand ils vont s’y mettre, ça risque de chan­ger la donne (à quand un Facebook pour les plus de 55 ans ??).

    Au final, je penses que c’est la géné­ra­tion X (qui porte de plus en plus bien son sur­nom de géné­ra­tion sacri­fiée) qui va faire les frais de fracture…

  5. Fabrice Epelboin

    @Hubert Si, si, je crois bien que c’est une nou­velle frac­ture, qui vient s’ajouter à la frac­ture exis­tante. Une frac­ture qui prend tout son sens si on la regarde face à des pro­blé­ma­tiques comme Hadopi et les cam­pagnes à venir du gouvernement.

    @Qyrool En effet (dis­clai­mer: je fais parti de la géné­ra­tion X), c’est une géné­ra­tion sacri­fiée… ou en tout cas, une géné­ra­tion qui va devoir choi­sir un camps sans en faire réel­le­ment parti. Pour ce qui est des séniors, je doute que cela arrive en France.

  6. Alexis Mons

    Je ne sais plus qui a dit que de tout temps la géné­ra­tion sui­vante pren­drait posi­tion dans un nou­veau ter­ri­toire pour reven­diquer auprès de celle au pou­voir qu’elle lui laisse de la place. Je n’apprendrai donc à per­sonne en disant que la nou­velle géné­ra­tion s’est saisi du web pour cela. La vraie nou­veauté c’est que le ter­rain de la lutte ne par­ti­cipe plus bar­ri­cades faites de pavé et d’arbres abat­tus à la force des bras.
    L’épisode Envoyé Spécial/Facebook est à ce titre éclai­rant. Facebook y est pré­senté comme un uni­vers mal­sain. Le web a réagis et le res­pon­sable de F2 pro­pose un contre-reportage … sur le web. Bref, la contes­ta­tion sera vir­tuelle, mais pas dans un méa-culpa télé­vi­suel.
    Sauf que le web change le monde et bous­cule l’ordre établi. La défense des inté­rêts de l’industrie du disque est à ce titre éclai­rante de ce refus d’une réa­lité (vir­tuelle) qui s’imposent à eux. La même que celle de la mine décon­fite des petits com­merçants à qui je démon­trait la réa­lité du web mar­chand qu’il n’avaient pas vu venir et qu’ils avaient du mal à admettre car ils n’ont pas la boite à outil pour com­prendre et faire avec. Ils sont juste dépas­sés.
    La frac­ture, elle est donc dans une incom­pré­hen­sion totale entre deux socié­tés, sauf qu’on est en droit de se deman­der, à l’heure où les papys et mamies jouent à la WII dans les mai­sons de retraite (ce matin dans ma PQR de pro­vince, ndr), que les familles se retrouvent autour de leurs dou­zaine d’écrans (Télérama cette semaine) et qu’en 2012 on aura atteint le pla­fond de péné­tra­tion du web, où elle est cette frac­ture en fait.
    Je pense qu’elle est dans une cer­taine idée que se fait notre classe poli­tique. Sarkozy a été élu en pre­nant un appui fort sur les géné­ra­tions du passé. De fait, il déve­loppe une approche conser­va­trice et défen­sive par­tant du prin­cipe que son public n’est pas connecté. Et je veux bien prendre les paris qu’il a tort sur ce point.
    Non, la VRAIE frac­ture n’est pas géné­ra­tion­nelle, elle est ins­ti­tu­tion­nelle. La société de l’information est par­tout, sauf au par­le­ment et dans les cercles du pou­voir. Ceux-ci pensent et fonc­tionnent à l’ère du média (TV) roi et ne com­prennent pas un iota de ce que signi­fie le web d’aujourd’hui. Cela n’empêche pour autant pas de s’être appro­prié à plein ce web là pour les der­nières com­pagnes, mais c’est parce que le web n’est vu que comme un moyen, une tac­tique. Quand Nadine Morano fait ses spots de pubs, elle envoie un mes­sage sécu­ri­taire qui stig­ma­tisent le web comme un moyen, sans se rendre compte des effets col­la­té­raux. Elle point, en creux, aussi et sur­tout un énorme pro­blème éduca­tif.
    Tant qu’au niveau ins­ti­tu­tion­nel, pas seule­ment à l’Elysée, mais aussi au niveau de nos villes, il n’y aura pas une vraie arti­cu­la­tion avec la réa­lité du monde moderne, connecté et en réseau, on res­tera sur une incom­pré­hen­sion. Mais comme l’ont fait remarquer quelques bons socio­logues, le résul­tat des courses sera une forme de rejet de la géné­ra­tion entrante envers la pré­cé­dente, un phé­no­mène bien engagé, lui.

  7. Fabrice Epelboin

    @ Alexis Fracture ins­ti­tu­tion­nelle, certes, il suf­fit en effet pour s’en convaincre de voir à quel point les bou­le­ver­se­ment que subit France Télévision n’agitent pas du tout la blo­go­sphère et les forums (Damien Van Achter a cher­ché pour la RTBF et il s’est résolu à deman­der à France2 des infos la des­sus, qui lui a sug­géré… le blog du média­teur de France Télévision et celui de Télérama, mais rien, abso­lu­ment rien dans la blogosphère). 

    D’un coté, on a un barouf incroyable dans les média pour pro­tes­ter contre quelque chose dont — sur inter­net — per­sonne n’a rien a faire, de l’autre coté, on a un barouf incroyable sur le web pour pro­tes­ter contre Hadopi et les média s’en foutent (ou se taisent de façon com­plices pour pas mal d’entres eux).

    Donc oui, frac­ture ins­ti­tu­tion­nelle, si on ajoute aux ins­ti­tu­tions les média dont les patrons sont ‘proches’ du pou­voir (c’est à dire 99% des média Français). Pour preuve, faute d’un sou­tien popu­laire, un son­dage a été com­man­dité à la va vite pour affir­mer (dans le JDD) que les Français était contre (tout comme pas mal de trucs dont ils se foutent tout autant).

    Ceci dit, mon inten­tion ici est de sou­li­gner une autre frac­ture, car nous n’en manquons pas en France, et celle-ci, j’insiste, est géné­ra­tio­nelle. Pas évident à mettre en évidence tant elle est étouf­fée et peu étudiée (inter­ne­tActu à fait des choses inté­res­santes des­sus ceci dit). Le CREDOC a même réus­sit l’exploit de pas­ser à coté dans sa der­nière enquête, pour­tant, cer­tains de ses son­dages ont du mal à cacher un cer­tain malaise géné­ra­tio­nel quant aux usages de l’ordinateur… 

  8. KerniX

    Bon article mais un peu naïf. J’aurais aimé plus de chiffres.
    et “qui fera pas­ser mai 68 pour une joyeuse fête de quar­tier” : n’était-ce pas cela, après tout ? C’est plus gran­di­lo­quent, bour­geois et eth­no­cen­trés que réel­le­ment his­to­rique, dans l’histoire des peuples, mai 68.

  9. Fabrice Epelboin

    Bon com­men­taire, mais un peu court… qu’y a-t-il de naïf ?

  10. Hubert Guillaud

    Je suis assez d’accord avec Alexis. Il n’y a pas de “nou­velle” frac­ture géné­ra­tion­nelle. Il y en a toujours eu une et elle est toujours là : elle est docu­men­tée depuis long­temps, et rien ne fait qu’elle se réduise ou aug­mente : http://www.internetactu.net/2007/09/03/le-numerique-sous-langle-generationnel/

    Mais elle masque oui, une autre frac­ture, ins­ti­tu­tion­nelle (très juste Alexis), elle, qui me semble plus à même de nous per­mettre de com­prendre le fossé qui se creuse chaque jour plus avant entre une audience et ceux qui font des conte­nus pour elle, entre de citoyens et ceux qui font les lois, etc.

  11. Hubert Guillaud

    PS : Une frac­ture ins­ti­tu­tion­nelle, c’est d’ailleurs ce que dit en fili­grane cette étude de Marsouin, en mon­trant que la frac­ture se résoud sur le web local ins­ti­tu­tion­nel, là où les élus pra­tiquent l’internet, et pas ailleurs : http://www.internetactu.net/2008/11/03/la-fracture-numerique-des-collectivites-rurales/

  12. Fabrice Epelboin

    @Alexis @Hubert Bon, les gars, pre­nons un verre pour en par­ler, vous m’avez convaincu, non pas qu’il n’y a pas de frac­ture géné­ra­tio­nelle (va fal­loir en faire plus), mais qu’il existe bel et bien une frac­ture ins­ti­tu­tion­nelle… J’aime beau­coup le concept. Parlons-en, fai­sons un bar­camp, quelque chose, quoi…

  13. Alexis Mons

    @Fabrice @Hubert : un BarCamp, en effet ! voilà un bon sujet pour la 27e Région (Stéphane, tu nous écoutes ?).
    Là on parle de Société de l’Information. J’ai la même avec l’Economie de la Connaissance. Vous savez, le truc dont tous les poli­tiques parlent mais que per­sonne ne com­prend …
    Sinon, pour te ras­su­rer, il y quand même une frac­ture géné­ra­tion­nelle dans les usages des réseaux sociaux. C’est un des résul­tats de SocioGeek (cf FING+Orange Labs).

  14. Fabrice Epelboin

    J’étais passé à coté des résul­tats de SocioGeek…

    http://www.fing.org/jsp/fiche_actualite.jsp?CODE=1228228376416&LANGUE=0
    http://sociogeek.admin-mag.com/resultat/Echantillon.html

  15. Fabrice Epelboin

    @Alexis @Hubert Je vous envoi un mail, orga­ni­sons quelque chose :)

  16. Lucile Reynard

    De mon côté, vu avec qui je traine sur la toile, je pense qu’il ne s’agit pas for­cé­ment d’une frac­ture géné­ra­tio­nelle dont il s’agit seule­ment sur la toile.

    Quand on voit des gens comme JM Billaut et d’autre de la géné­ra­tion W voir V qui uti­lisent le net avec dex­té­rité et de jeunes étudients sor­tis de fac de lettres qui savent à peine chat­ter sur Facebook une ques­tion se pose : celle des usages, du but que l’on a lorsque l’on surfe sur la toile et pas seule­ment de l’installation ou de la péda­go­gie faite autour.

    Ce but est dif­fé­rent selon les typo­lo­gies de sur­fers : mes col­lègues férues de lettres vont avoir une grande dex­té­rité pour faire mumuse avec Facebook mais pas for­cé­ment cap­ter les inter­ac­tions entre les sites, le réseau et ses points de connexions et tout ce qui en découle…elles ne se sentent pas pros de l’internet mais l’utilisent pour­tant 80% plus que la majo­rité des gens je pense. Ce qui fait que quand on y pense, peu de gens uti­lisent vrai­ment le Net très souvent.

    Comme elles, pleins de gens de toutes les géné­ra­tions pia­no­te­ront sans fin, pen­dant que d’autres conti­nue­ront à vivre à l’âge de pierre du numé­rique et que cer­tains conti ueront d’inventer les ser­vices numé­riques de demain…

    Je trouve en fait qu’au lieu de rup­ture géné­ra­tion­nel, il y a une rup­ture idéo­lo­gique (ancienne égale­ment d’ailleurs) entre ceux qui croient que les nou­velles tech­nos révo­lu­tionnent le monde au sens lit­té­ral et ceux pour qui ça ne change pas grand chose au propre comme au figuré…

    Il y a toujours eu des rup­tures tech­no­lo­giques qui ont fait les âges de l’homme, mais aussi des excep­tions qui ont conti­nué à vivre selon leurs propre temps, sans bas­cu­ler dans le nou­veau paradigme.

    Aujourd’hui ceux qui ne se connectent pas 4h00 par jour nous appa­raissent comme des attar­dés, demain, ceux qui conti­nue­ront d’utiliser un ter­mi­nal pour aller sur inter­net seront des rin­gards face à ceux qui auront une puce gref­fées dans le cer­veau et dans l’oeil !

    La vrai ques­tion c’est de savoir si cela change vrai­ment les rela­tions et la com­pré­hen­sion entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas : oui, sur­ement, mais au fond l’homme ne reste-t-il pas un homme avec ses limites, mêmes repoussées,ne reste-t-il pas lui-même, humain et c’est tout ?

    Les failles online sont les mêmes sur le net qu’offline…Il y a donc les mêmes vices et pos­si­bi­li­tés, le tout ampli­fié par l’immensité du réseau : c’est sur­ement cela qui fait peur, cette infi­nité de pos­si­bi­li­tés, ce véri­table uni­vers virtuel !

  17. Hubert Guillaud

    Pourquoi la télé dia­bo­lise Facebook : http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/12/15/894-pourquoi-la-tele-diabolise-facebook?

  18. PetitPiteux

    ins­ti­tu­tion­nel vs géné­ra­tion­nel: Vu l’age moyen des res­pon­sables ins­ti­tu­tion­nels (quoi qui se cache der­rière ca), est-ce que ce n’est pas un peu la même de fracture? 

    Elle se résor­bera au fur et a mesure que le renou­vel­le­ment des cadres se fera. Et comme celui-ci com­mence au niveau local…

    L’autre aspect de la frac­ture (celle avec l’industrie du disque par exemple) m’a l’air moins lié a une frac­ture numé­rique qu’a un choix de société infi­ni­ment plus fon­da­men­tale: il se trouve que pous­ser a l’extrême, la société occi­den­tal se passe très bien, voir est gêné par, les humains qui la com­pose. L’extrême deve­nant de plus en plus clai­re­ment pré­sent (le numé­rique n’étant qu’un révé­la­teur), les dit humains se rebiffe…

  19. yenayer

    Sans remettre en cause les cri­tiques faites au repor­tage d’Envoyé Spécial , sur son alar­mise et son côté anxio­gène, il y a de vraies ques­tions urgentes à se poser sur Facebook.
    Et c’est sur ReadWriteWeb (anglais) : 

    Facebook Connect Will Be Game-Changing…and Dangerous

    http://www.readwriteweb.com/archives/facebook_connect_will_be_gamec.php

    “In the past, user pri­vacy on Facebook see­med always see­med to be an after­thought. Although their direc­tion appears to be chan­ging a bit now — recent updates to Facebook today make sure to cover how your pri­vacy is going to be affec­ted — it’s only because they’ve lear­ned to cater to their users’ demands. It’s har­der to believe that it’s because they genui­nely care.

    Facebook has always known that their value — that is, their mone­tary value — is sel­ling off bits and pieces of your pri­vacy to adver­ti­sers. The “real you” on Facebook is a holy grail for mar­ke­ters. Now, with the power to spread that to sites across the entire web, Facebook will need to figure out how to cash in. In the pro­cess, they may again make ano­ther miss­tep. The pro­blem is that this time it might not be some­thing as inno­cuous as the video you ren­ted at Blockbuster that finds its way back to your Facebook pro­file. As more of the cor­po­rate and business-oriented web adopts Friend Connect, the grea­ter the chance for pri­vacy intrusion. ”

  20. Fabrice Epelboin

    Au final, près de deux semaines après avoir posté cet article, et après en avoir parlé à de mul­tiples per­sonnes de tous les âges, il semble bien qu’il y ai deux visions. Bon nombre de per­sonnes — les plus jeunes ainsi que les plus ‘gau­chistes’ (notez les guille­mets), sont ali­gnées avec cette vision d’une frac­ture géné­ra­tio­nelle. Les autres voient une frac­ture institutionnelle. 

    Je ne suis pas du tout convaincu qu’il s’agit de la même chose, et une frac­ture n’empêche pas l’autre. Mais une chose est claire, dans les mul­tiples conver­sa­tions que j’ai eu avec des jeunes issus de la géné­ra­tion Y et digi­tale, ils res­sentent une pro­fonde rup­ture avec les géné­ra­tions qui les pré­cèdent, qu’elles soient ou non uti­li­sa­trice d’internet.

    @yenayer Mon inten­tion n’est abso­lu­ment pas d’angéliser FB, loin, très loin de là. Par contre, lut­ter contre la dia­bo­li­sa­tion d’internet, oui.

  21. Fabrice Epelboin

    Trouvé chez Benoit Raphaël

    L’accès clas­sique aux médias (TV, radio, imprimé) est mino­ri­taire chez les 15 – 24 ans français.

    Les « autres pra­tiques mul­ti­mé­dias » (ordi­na­teur, télé­phone mobile, bala­deur mul­ti­mé­dia, jeux vidéos, etc.) consti­tuent 50,3 % des contacts avec les médias des 15 – 24 ans français, contre 29,5 % pour l’ensemble de la popu­la­tion. Pour les trois médias clas­siques pris dans leur ensemble, la rup­ture géné­ra­tion­nelle est réelle.
    Médiamétrie – Media In Life – Lundi-Dimanche Janv-Fév 2006, 2007 et 2008, 00h-24h. Ensemble 13 ans et plus

  22. Hubert Guillaud

    @Fabrice : mince moi qui m’voyait encore en jeune gauchiste ;-).

  23. Fabrice Epelboin

    Mon Dieu, cela fai­sait bien long­temps que la lec­ture du Monde ne m’avait réjouit de la sorte…
    Une belle ana­lyse dans le Monde de fin décembre sur les mani­fes­ta­tions étudiantes, qui lit les évène­ments sous l’angle de la confron­ta­tion entre deux modèles de socié­tés, celle, nais­sante, issue des réseaux sociaux et consti­tuée des géné­ra­tions Y et Digital natives, et l’ancienne, qui fonc­tionne sur des schéma ver­ti­caux et hié­rar­chique tra­di­tion­nels. Enfin un média mains­tream qui adopte ce prisme de lec­ture, qui per­met de mieux sai­sir le dia­logue de sourd entre le gou­ver­ne­ment et les jeunes, a lire abso­lu­ment !!! (comme quoi je ne suis pas le seul à voir là une frac­ture générationelle ;)

  24. artypunk

    Je tombe sur ton article, très très inter­es­sant. Les com­men­taires aussi.

    Je bosse dans les nou­veaux usages où j’ai accès à des stats et je vois tous les jours qu’il y a une frac­ture géné­ra­tion­nelle dans les usages (temps devant la TV, usage de l’IM vs mail, envoi de sms, rap­port à l’image, accès à l’internet…)
    Ces dif­fé­rences s’atténuent un peu avec le temps qui passe (les nou­veaux usages gagnent les plus agés) mais c’est très lent. Et les plus jeunes ne changent pas vrai­ment leurs usages en vieillissant 

    La pos­ture de trans­pa­rence est égale­ment très dif­fé­rente.
    Ceci dit, je ne sais si elle est durable
    Par exemple, étant plu­tôt de l’autre géné­ra­tion (X), je suis obligé de blog­guer de façon ano­nyme pour pro­té­ger mon job, où j’ai envie d’exprimer des idées poli­tiques
    Je ne sais pas si dans 10 ans, on sera plus tolé­rant qu’aujourd’hui envers un jeune can­di­dat au recru­te­ment qui se montre pares­seux, ou obsédé sexuel, sur son blog.
    Après tout, au bou­lot, le cos­tume se porte toujours depuis plus d’un siècle.
    De plus, comme le fait remarquer l’étude SocioGeek que tu cites, la trans­pa­rence que l’on affiche est quand même fausse, dans la mesure où l’on montre son meilleur jour
    Il pour­rait y avoir une frac­ture de classe: “l’elite” se mon­trant plus dis­crète que le “peuple”

    Sur la frac­ture ins­ti­tu­tion­nelle, j’aurais ten­dance à pen­ser qu’elle est réelle.
    Au-delà des arrière-pensées poli­tiques pour récu­pé­rer un elec­to­rat vieillis­sant un peu réac qui l’a élu, notre pré­sident semble s’entourer de per­sonnes qui n’utilisent ni ne com­prennent le web de… (de qui ?).
    A ce titre la publi­cité com­man­dée par Morano est abso­lu­ment effa­rante. Elle est abso­lu­ment contraire à la réa­lité des risques (la pédo­phi­lie est majo­ri­tai­re­ment le fait de proches de la famille et repré­sente quand même un risque limité (autour d’1 agres­sion pour 1000 enfants par an)), mais elle est pro­ba­ble­ment réa­li­sée de bonne foi.
    Espérons qu’en ces temps de crise, cer­tains experts sau­ront rap­pe­ler à ces “ins­ti­tu­tions” les énormes poten­tiels d’innovation et de pro­duc­ti­vité qui se trouvent dans les TIC, et que les men­ta­li­tés évolue­ront…
    On a bien vu ça avec la santé qui est passé en quelques années d’un poids pour l’économie à un gise­ment d’emploi et de croissance.

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  1. Fracture numérique | Chroniques du web :

    […] Les mul­tiples cam­pagnes à venir : fil­trage, sur­veillance, exclu­sion du champ du numé­rique, sont, ouvrons les yeux, une résur­gence d’une peur mil­lé­na­riste, et devraient avant tout ques­tion­ner ceux qui hurlent avec les loups sur leurs propres peurs, leur incom­pré­hen­sions, et leur faillite à appor­ter des réponses. Cette frac­ture numé­rique là est géné­ra­tio­nelle, et elle ne peut mener qu’à un conflit qui fera pas­ser mai 68 pour une joyeuse fête de quar­tier. L’opposition mas­sive de cette géné­ra­tion 68, aujourd’hui au pouvoir, — tout cou­rants poli­tiques confon­dus — à cette inévi­table évolu­tion est non seule­ment vaine — on ne peut que repous­ser l’inévitable — mais contre pro­duc­tive. Elle ne peut que creu­ser plus encore le retard qui fera de notre société un pays du tiers monde numé­rique. Fabrice Epelboin — Read Write Web : Vers une nou­velle frac­ture numérique […]

  2. [En vrac] Révolution numérique « Reflexio :

    […] Vers une nou­velle frac­ture numérique? […]

  3. Le rejet « Reflexio :

    […] com­men­cer, un extrait d’un article: Vers une nou­velle frac­ture numé­rique, qui m’a inter­pelé et qui est donc à l’origine de ce billet. Comme sou­vent, ce qui […]

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