Feedbooks : l’e-reading vu de la France

feedbooksPour continuer sur le marché de la culture et du divertissement, après le jeu vidéo, attaquons-nous au livre et surtout au livre numérique. Un secteur encore peu connu du grand public qui est en train de subir de profondes mutations pour séduire le grand public.

> Rencontre avec Hadrien Gardeur, co-fondateur de Feedbooks, plateforme universelle multi-supports de diffusion d’e-books.

JM : Salut Hadrien ! Peux-tu nous présenter Feedbooks, pourquoi avez vous lancé ce projet ?

HG : Nous sommes 2 à avoir lancé Feedbooks avec Loic Roussel pendant nos études à l’ESIEA. Tout a débuté en 2006 juste avant que ne sorte le premier prototype de Sony Reader. Pour nous, il manquait vraiment un site, une technologie qui respectaient le livre pour permettre de reproduire l’expérience papier sur des supports numériques. En regardant vers les Etats-Unis, on s’est vite rendu compte que le marché du livre numérique commençait à se développer, alors qu’en France rien ne se passait réellement. L’arrivée du Sony Reader puis du Kindle d’Amazon et de l’iPhone ont vraiment ouvert les possibilités d’usage pour différents publics. Du coup nous nous sommes lancés dans le développement d’une application en ligne pour permettre de lire n’importe quel contenu texte sur n’importe quel format tout en gardant en tête une expérience proche du livre papier (navigation page par page, sans scroll, sommaire, chapitres…)

JM : En quoi votre approche du livre numérique diffère-t-elle de ce qui se faisait / fait sur le marché ?

HG : Nous voulons vraiment nous démarquer par rapport à ce qu’on peut trouver sur Amazon par exemple. Finalement, ils proposent une conversion du livre en fichier texte. Une version scribée digitale d’un livre. Pour nous cette vision est très réductrice et n’est pas professionnelle pour un contenu numérique.

Notre envie principale est d’insérer la sémantique dans le livre numérique. Si on base sur le projet LaTeX, il a été précurseur dans la génération de documents structurés, au format PDF à partir de textes papiers. Du coup nous nous sommes rapprochés de ce qui peut se faire du côté des éditeurs avec le format DTbook. Il faut voir le livre comme un webservice qui s’adapte au terminal qui va lire les données. Cela permet d’ouvrir les possibilités de mise en forme et de choisir des contenus très variés.

Les deux mots d’ordres aujourd’hui pour notre technologie sont standard et ouverture. Nous nous basons sur les standards du marché et nous n’avons aucune contrainte en entrée comme en sortie de données. Feedbooks est là pour évangéliser le grand public sur les possibilités de lire en numérique. Nous souhaitons donc nous intégrer dans un, plusieurs écosystèmes et ne pas nous cantonner dans notre site.

JM : En terme de business, quelle est votre approche ? vos envies ?

Toujours pour garder cette idée de souplesse, nous ne sommes pas figés sur un modèle. Nous pouvons travailler en webservice pour faire profiter les autres portails de notre techno, nous pouvons aussi faire du e-commerce pour la vente de livres numériques, publier des éditeurs papiers, faire découvrir des éditeurs numériques. Nous sommes très ouverts et vu l’état du marché, nous n’avons pas de certitude absolue sur ce qui marchera ou ne marchera pas.

La partie sociale du service est importante pour nous. Au départ les gens viennent pour trouver un auteur classique mais pourquoi ne pas lui pousser un nouvel auteur qui se lance. Les systèmes de recommandation, de notation et d’échange d’informations sur le contenu sont très importants pour nous également.

Pour finir, nous ne sommes pas fixés uniquement sur le livre électronique, on peut se raccorder à notre application pour faire de l’impression à la demande également…

JM : Concernant le livre numérique, quelles ont été les évolutions principales en terme de format pour les lecteurs ?

HG : La génération de documents numériques s’est d’abord faite au format Acrobat PDF, encore utilisé par pas mal de monde aujourd’hui. Mais nous nous sommes très rapidement penché sur le format epub qui tend à devenir le standard du futur pour le livre numérique. Nous avons sorti notre application avec ce format 1 semaine seulement après sa sortie ! Un beau coup de force qui nous a permis d’être toujours à la pointe de l’innovation sur ce format. Il y a aussi le format Mobipocket qui est sorti. Mobipocket est en fait un ancien format basé sur un standard de 1999. Nous avons ajouté un support pour ce format sur Feedbooks car il est utilisé par défaut sur le Kindle.

Notre politique d’ouverture d’ailleurs ne se limite pas aux technologies du livre, nous avons aussi adopté du RDFa sur le site ce qui nous a permis d’être présent au lancement d’une initiative web sémantique comme SearchMonkey de Yahoo.

JM : Où en êtes vous en terme de développement ? Avez vous déja reçu des financements ?

HG : Nous avons rejoint rapidement le consortium IDPF qui est l’autorité suprême en terme de livre numérique aujourd’hui. Nous avons créée la société en juin 2007 et depuis nous avons gagné les prix Emergence et R&D via Oseo qui nous ont permis d’avoir 330k€ pour débuter. Aujourd’hui nous sommes toujours 2 mais nous comptons bien nous agrandir un peu pour développer encore le produit.

JM : Quelles ont été les bonnes surprises jusqu’à présent ?

iphone01-200x300Le vrai boost est venu de l’application iPhone qui est sortie en même temps que l’AppStore via Stanza/Lexcycle. 600 000 utilisateurs à date ! Nous ne nous attendions pas à un tel succès mais aujourd’hui c’est notre plus belle carte de visite ! Rentrer dans le top 20 de l’AppStore était un moment sympa aussi :-) Les utilisateurs peuvent avoir le catalogue fourni par Feedbooks sur leur iPhone, en dynamique et avec la possibilité de changer la couleur du fond, les typos. Les possibilités de personnalisation de la forme du contenu sont très poussées.

JM : Pour terminer, les gens pensent qu’aujourd’hui le livre électronique est encore réservé aux alpha geeks fans de littérature, tu saurais les faire changer d’avis ?

HG :  :-) Il est clair qu’aujourd’hui le marché est centralisé sur les Etats-Unis mais la bascule au numérique est en cours. Pour la première année, le livre papier baisse selon le dernier panel GFK alors que le marché du livre électronique croît de 75% par an depuis 2 ans.  La France est très en retard sur le sujet mais d’ici 2-3 le marché aura basculé vers le grand public aux USA.

La multiplication des lecteurs dédiés couplés à des technos souples vont développer l’usage. Les plateformes mobiles comme lL’iPhone ou l’Android vont permettre de recruter des utilisateurs et de les faire passer sur un lecteur dédié par la suite  (baisse du prix, techno évoluée, découverte de ces nouveaux terminaux).

Quelques chiffres pour vous convaincre :

  • 600 000 users Iphone utilisent Feedbooks
  • 300 000 acheteurs de Sony Reader
  • 250 000 acheteurs de Kindle

> Il y a déja plus d’1 million d’utilisateurs  !

Les lecteurs vont devenir également de plus en plus connectés et les nouveaux terminaux comme le Plastic Logic vont conquérir le marché professionnel aussi (avocats, médecins, architectes par exemple).


JM : Un dernier chiffre ?

HG : 10% des ventes se font par Kindle chez Amazon quand un titre est disponible en papier et digital.

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4 commentaires pour cet article

  1. leafar

    Juste à titre indi­ca­tif, il existe un site de biblio­thèque en ligne dédié au livre (un copy­cat de libra­ry­thing) qui s’appelle http://www.babelio.com
    Tres bien réa­lisé, il pourra conve­nir pour tous

    Et puis de manière un peu plus géné­rique dans le monde de la biblio­thèque vir­tuelle, il y aussi le site dont je m’occupe : http://www.ulike.net

    Intéressant et vive­ment 2010 (année pro­bable pour les ebook) en 2009 on va juste com­men­cer a expé­ri­men­ter vrai­ment. Il aura fallu 7 ans ;-D

  2. Jeremie Moritz

    Honnetement je connais­sais peu les sites, le Sony Reader et j’ai vrai­ment été bluffé par rap­port à ce qui se fai­sait il y a 3 – 4 ans. Et encore je pense que l’ergonomie est super optimisable.

    Sinon je me suis mis à GoodReads et c’est exac­te­ment ce qui me manquait pour trou­ver de nou­veaux livres en dehors des recos Fnac ou Amazon qui ne changent pas beaucoup…

  3. Fabrice Epelboin

    Je ‘plu­soie’ : pas du tout convaincu par l’ergonomie du pro­duit, mais en ce qui concerne le confort de lec­ture, c’est tout sim­ple­ment bluf­fant, très hon­nê­te­ment (et j’adore le livre, j’ai été éditeur il y a long­temps), c’est d’un confort de lec­ture incroyable, bien supé­rieur à la plu­part des livres (en gros, très supé­rieur à un livre de poche, mieux qu’un livre du type ‘édition gal­li­mard’, il faut vrai­ment taper dans des éditions de luxe que l’on trouve dans les livres d’art pour voir un texte papier qui peut encore tenir le choc face au Sony Reader en terme de confort de lecture).

    C’était la pre­mière fois que je voyais en eBook ‘en vrai’, je ne m’attendais pas à celà… 

    Au niveau des moins, l’ergo est vrai­ment nulle, c’est du noir et blanc (niveaux de gris, bon, pas for­cé­ment un drame). Mais ajou­tez un écran tac­tile, un gros bou­lot d’ergo et un prix frô­lant les 100€ et vous avez un pro­duit avec le poten­tiel de l’iPod. Pour l’instant, on en est à 300€… il va encore fal­loir quelques années.

    Sinon, pour reve­nir à la boite d’Hadrien, c’est très très malin, et c’est des Français, ça fait toujours plaisir :)

  4. [Enikao]

    J’utilise Mobireader sur Palm, ou de Stanza sur iPhone. Il y a des avan­tages que l’on ne men­tionne pas sou­vent : lire dans le noir grâce à l’écran rétro-éclairé !
    Le truc, c’est que mes livres néces­sitent de la bat­te­rie, et il est dif­fi­cile de les faire dédi­ca­cer par l’auteur ou de les prêter…

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