Google répond à la presse

Certains acteurs de la presse – en France plus qu’aux Etats-Unis, il faut bien le reconnaître – accusent Google d’être à l’origine de leurs déboires financiers. Dans une interview donnée mercredi dernier au magazine Fortune, Eric Schmidt, le CEO de Google répond à la presse et apporte un (timide) début de solution, qui, il le reconnaît lui même, ne suffira pas à régler la descente aux enfers économique que subi le secteur tout entier à travers le monde.

“Google ne peut pas faire baisser les coûts de la presse papier”, lance Eric Schmidt, pas plus qu’il ne peut “matériellement changer les usages des consommateurs, et les consommateurs, en pratique, vivent de plus en plus en ligne”.

Interrogé sur l’importance de la presse dans une société démocratique, le patron de Google insiste sur la fait qu’il considère leur survie comme essentielle, mais rejette l’idée de les subventionner ou d’en acquérir : “Nous pourrions les acheter. Nous avons le cash pour cela. Mais je ne pense pas que si nous les achetions nous réglerions pour autan leur problèmes”. “Nous faisons de gros chèques quand nous avons une grande stratégie. Et nous n’avons pas cette stratégie pour l’instant”.

Car force est de constater que rien n’existe pour l’instant pour remplacer la presse et le rôle qu’elle joue dans les démocraties : “A mon sens, c’est une réelle tragédie car le journalisme est un élément central de la démocratie. S’il ne peut être financé parce que le business [de l’information] a des problèmes, alors ce sera une grande perte en terme d’expression et de diversité, et je ne pense pas que les bloggeurs pourront combler ce manque. Le modèle historique du journalisme d’investigation est quelque chose de particulièrement fondamental.”.

Au rayon des alternatives, il ajoute : “Aujourd’hui, vous avez des sociétés commerciales dans une situation économique terrible qui néanmoins apportent un service utile à tous. Quelles sont les moyens alternatifs pour financer ce service ? L’un d’entre eux est Pro Publica”  [ndlr: une organisation à but non lucratif de journalisme d’investigation, dirigée par un ancien du Wall Street Journal et financée, entre autre, par la Fondation Sandler]

La seule amorce de solution qu’entrevoit Eric Schmidt est une “intégration plus étroite”, “une ‘fusion sans acquisition’, permise par le web, où vous pouvez faire en sorte que les systèmes web de chaque organisation soient relativement bien intégrés l’un à l’autre, et ceci sans nécessairement avoir recours à une exclusivité”.

Si l’on considère que Google News est un premier pas vers une telle intégration – une idée qui ferait bondir bon nombre d’éditeurs de presse, malgré l’apport de trafic de Google News – il reste à imaginer ce que pourrait être la suite. Le New York Times, récemment, a mis à disposition du public des API permettant, entre autre, un accès à l’ensemble des comptes de campagnes des élections américaines. De telles technologies pourraient être mise en place à travers une collaboration étroite entre un organe de presse – garant de la fiabilité des informations – et Google, garant de la fiabilité du sytème d’information. Ceci dit, on peut imaginer une multitude d’autres choses, nées d’une collaboration intelligente entre un géant technologique et un ou des organes de presse, à partir du moment où ceux-ci cesseraient d’être dans une guerre perdue d’avance.

En conclusion de son interview, Eric Schmidt avoue que “pour être honnête, nous cherchons toujours la bonne réponse [à donner au problème]”

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7 commentaires pour cet article

  1. Marc Thouvenin

    A mon avis, le pro­blème de la presse écrite réside moins dans leur modèle écono­mique que dans la valeur perçue par le consommateur.

    Le canard enchainé conserve son modèle gagnant, achat d’un jour­nal sans pub, avec une infor­ma­tion dense et exclu­sive.
    Je ne sais pas com­bien de temps, ça durera mais en 2007, il y a eu plus d’exemplaires ven­dus qu’en 2006. Avec un CA et un béné­fice en hausse.

    Les médias se plaignent mais fran­che­ment, il y a pas mal de sou­cis dans leur écosys­tème :
    - trop de concur­rence : tous les médias disent la même chose
    - pas ou peu d’investigation : rubrique chiens écra­sés et dépeches AFP
    - jour­na­listes payés trop cher
    - jour­na­listes dont la cré­di­bi­lité baissent (ne véri­fient plus leurs sources…)
    - pas ou peu d’exploitation de l’UGC : pour­tant rue89 et lepost.fr marchent bien, pourquoi pas un pen­dant papier mixte(quelques page dans le style de vendredi.fr)

    Alors ensuite, on cherche un bouc émis­saire qui gagne beau­coup d’argent, et hop ;-)

    Cela dit, je pense que puisque Google s’appuie sur la valeur des éditeurs pour faire du busi­ness, il devrait redis­tri­buer une par­tie de ces reve­nus. Quand il n’y aura plus d’éditeurs (tous morts), ce sera dur de vendre des adsenses sur des pages de résul­tats vides.
    Quoique, car Google vend plus de publi­cite quand il ne pré­sente aucun résul­tat pertinent !

  2. Domi

    Internet pose un pro­blème à la presse c’est clair. Et ce pro­blème n’est pas a réduire à Google (si ce n’était pas cette entre­prise, ce serait une autre). Le moyen tech­nique est là, il faut s’y adap­ter.
    Gageons que les jour­naux de qua­lité s’en tire­ront et s’adapteront (Le Monde, le Canard, La Croix…). 

    Ce que je vou­lais sou­le­ver, c’est qu’il fau­drait déjà, pour la France, les libé­rer du bou­let du mono­pole du “syn­di­cat du livre”, qui par dés­équi­libre des forces — ils bloquent quand ils veulent toute paru­tion d’un quo­ti­dien — ont mené depuis plus de 30 ans à un cout de pro­duc­tion bien supé­rieur à ce qui se pra­tique dans les autres pays !

  3. AbriCoCotier

    Je suis d’accord avec Marc Thouvenin : la presse doit se poser de sérieuses ques­tions si elle veut se sor­tir de la tombe qu’elle est en train de creuser.

    Or je crois que si elle ne s’en sort plus, c’est qu’il y a aujourd’hui un manque de valeur ajouté à l’information (ce que Marc appelle “- pas ou peu d’investigation : rubrique chiens écra­sés et dépêches AFP”), d’où l’essor des blogs (où les passionnés/experts s’expriment).

    Le web est une affaire de qua­lité de contenu (à mon avis), or c’est cette qua­lité qui fait aujourd’hui défaut chez la plu­part des médias papier tra­di­tion­nels. A cela il faut rajou­ter un manque de réac­ti­vité (criant au niveau veille tech­no­lo­gique), un manque d’adaptabilité aux goûts et envie des clients (les sujets abor­dés ne pas­sionnent pas for­cé­ment les lec­teurs), bref, un cer­tain nombre de gros défauts qu’a la presse se révèlent aujourd’hui avec inter­net (mais ils exis­taient déjà hier), et entrainent la baisses méchantes de chiffre d’affaire.

  4. lagavulin

    Ce n’est pas Google, c’est le web qui menace les jour­naux. Google pro­fite de l’existence de la presse ? Certes, tout comme la presse pro­fite de l’existence des chiens écra­sés, des poli­ti­ciens bling bling ou des finan­ciers véreux. Ce sont eux qui se tapent tout le tra­vail, la presse se contente d’en vendre le compte-rendu ! Cela dit, Google a des défauts aussi, comme l’a mon­tré Randall Stross dans “Planet Google” (dont la tra­duc­tion française doit paraître cou­rant jan­vier 2009).

  5. Emmanuel

    Articles et com­men­taires tota­le­ment à côté de la plaque. Désolé les gars… Ce n’est pas le moteur de recherche qui est en cause mais la ques­tion publi­ci­taire et l’équilibre de ce mar­ché.
    Quant à la popu­la­rité de la presse, arrê­tez de pen­ser qu’il n’y a qu’un pro­blème d’offre, la presse en ligne a désor­mais une audience plus que satis­fai­sante. Ne mélan­geons pas les cri­tiques faites au contenu et la ques­tion des usages qui condamne peu à peu le papier.
    On veut de l’info exclu­sive, véri­fiée, du tra­vail de fond? OK mais le modèle ne peut pas le payer (je ne parle même pas de Google qui lui ne rému­nère même pas le reco­piage). Ce n’est pas la faute en soi de Google mais sa posi­tion de mono­pole influe sur la redis­tri­bu­tion de valeur.

  6. Fabrice Epelboin

    Tu n’as pas tord Emmanuel, mais que dire du mono­pole des média info/entertainment et son impact sur la situa­tion ? Si on avait eu à faire à une mul­ti­tude d’entreprises, on aurait vu une mul­ti­tude de stra­té­gies mise en oeuvre et les cartes auraient été redis­tri­buées. La concen­tra­tion à ici géné­rée de l’inaction (la presse a mis tous ses oeufs dans le même panier), et ça, Google n’y est pas pour grand chose.

    Quant à l’article, objec­ti­ve­ment, c’est un rap­port fait à par­tir de celui de Fortune que je met en lien, pas grand chose de plus. Que tu ne soit pas d’accord avec les vues de Schmidt, soit, mais je ne fais guère qu’en rendre compte ici. Et j’insiste bien sur le fait que Google n’apporte pas réel­le­ment de solu­tion (pas plus que le nucléaire n’a apporté de solu­tion à la crise des mines de Lorraine au début des années 80).

    Pour ter­mi­ner, il est évident aujourd’hui pour tous (sauf ceux qui sont dans le déni), que le ‘trai­te­ment de l’info’, au sens large du terme, rap­por­tera désor­mais beau­coup moins d’argent, ce qui sem­ble­rait dire qu’il n’y aura pas de quoi payer autant de jour­na­listes demain qu’hier, et qu’il va fal­loir une méchante réor­ga­ni­sa­tion. J’avoue que si j’étais jour­na­liste, j’aurais ten­dance à paniquer, et je com­prends tout a fait que tout cela sucite de leur part de l’aggrésivité et des com­por­te­ment qui — vus de l’extérieur — semblent com­plè­te­ment ‘à coté de la pla­sue’, pour reprendre ton expression.

    Le pré­su­posé, nul­le­ment remis en ques­tion par la cor­po­ra­tion, de concepts comme le droit d’auteur (j’étais hier à la SCAM), ou l’affirmation péremp­toire et car­ré­ment sous enten­due — et donc impos­sible à remettre en cause — que le modèle écono­mique de la presse est une droit absolu et fon­da­men­tal, semblent — de l’extérieur, j’insiste — tota­le­ment à coté de la plaque.
    En même temps, j’ai bien conscience non seule­ment d’avoir tra­versé des crises simi­laires dans ma pro­fes­sion (écla­te­ment de la bulle), et de vivre dans un milieu ou tout peu chan­ger du jour au len­de­main et où aucun modèle écono­mique n’est un droit acquis, bien au contraire. Ceci dit, c’est vrai que c’est stres­sant et que l’on se prend sou­vent à rêver de sta­bi­lité et de légi­ti­mité acquise une bonne fois pour toute. Malheureusement ce n’est pas le cas, ‘ou pas’, car cette insta­bi­lité est aussi à l’origine de l’innovation.

    En bref, pas sûr que nous soyons ici “à coté de la plaque”, on est juste à coté de la tienne, qui ceci dit, méri­te­rai un billet. J’y ai pensé, mais après avoir lu le billet de Filloux (sur l’économie des jour­naux, je retrouve plus le lien), je ne vois pas bien ce que je peux appor­ter de plus au débat. Leur démons­tra­tion (le billet est écrit avec J.L. Gassé) est claire : il n’y aura pas suf­fi­sam­ment d’argent à l’avenir pour payer une salle de presse, c’est à ça que la presse devrait s’attaquer, plu­tôt qu’à une mou­lin à vent nommé Google, non ?

  7. Fabrice Epelboin

    Josh Cohen, le patron de Google News qui s’est fait étrip­per lors des Etats Généraux de la Presse répond à son tour (et il est plus diplo­mate ;), c’est chez Ecrans.fr

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  1. Le journalisme expérimental selon GoogleNews « Enketi :

    […] le grand patron de Google, qui don­nait récem­ment sa vision de l’avenir de la presse (voir sur ReadWriteWeb), c’est Josh Cohen, le patron de Google News, qui est inter­rogé par Frédérique Roussel […]

  2. Une presse qui meurt, un journalisme qui renaît et quelques ovnis qui passent… | Enketi :

    […] Google répond à la presse […]

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