Autrans 2009 : comment sauver l’industrie culturelle ?

Fabrice Epelboin, qui est l’un des piliers de ReadWriteWeb France, pose la question dans une interview qu’il a donné lors des rencontres d’Autrans 2009. Il ouvre le débat sur la diffusion des contenus numériques, l’impact supposé du piratage, et la réforme des copyrights. Les Creative Commons sont une première réponse à cette réforme, cruciale pour la « génération digitale » dont les nouvelles habitudes de consommation bouleversent l’ordre établi.

Les remarques de Fabrice sont justes, et me semblent faire partie d’une réflexion globale enclenchée depuis des années, mais à qui le numérique donne un coup d’accélérateur magistral. La réflexion autour des copyrights et de leur ré-aménagement n’est qu’une partie de la remise en cause totale de la chaine de la valeur de la création au global, avec des spécificités ensuite selon le medium (écrit, parlé, filmé).

Le numérique apporte avec lui, identiquement à Gutenberg en son temps, la capacité de dupliquer à l’identique une création et d’en simplifier la diffusion. Mais ici les reproductions se font à l’infini à un coût marginalement décroissant, sans perte de qualité, et la diffusion est facilitée par le format « dématérialisé » qui permet de démultiplier les canaux et les supports de lecture. Mais là où le numérique porte le coup de grâce au schéma mit en place au XXe siècle, c’est concernant les monopoles de la production et de la diffusion : dans un monde numérique, fini les imprimeurs ou les « presseurs » de disques industriels, le schéma tourne à l’avantage de structures plus légères, jusqu’à descendre au consommateur qui peut devenir lui-même producteur et diffuseur, via éventuellement des plateformes mutualisées et indépendantes des acteurs traditionnels. C’est cette « confusion de genres », inédite depuis que l’industrie de la culture existe, qui porte atteinte à la logique de copyright et déstabilise les institutions actuelles qui ne savent plus comment réagir . Sauf à diaboliser bien sur, la peur étant un réflexe pavlovien surtout face à l’inconnu.

Or, cette situation inédite ouvre un champ des possibles incroyable, or l’essence même de l’innovation est de naviguer en avenir incertain (ce qui est d’autant plus inconfortable et porteur de dissonance cognitive pour beaucoup de nos capitaines d’industries). Cela ne fera pas sans casse, inévitablement. A l’instar des années 70-80 et des douloureuses restructurations industrielles (notammet du charbon, du textile et de l’acier), le numérique apporte avec lui la nécessité de revoir son outil de production au global pour le repositionner face à un consomm’acteur désormais au centre du mécanisme. Comme toujours, on a vu venir le risque de loin… La musique a été la première à y passer… et tous les autres attendent leur heure, partagés entre anticiper au mieux les choses, et retarder l’échéance. D’où le mouvement de fond gouvernemental actuel, très nettement lié à des lobbys qui espèrent pouvoir enrayer « quelque chose ». Or ce « quelque chose » étant une hydre aux mille têtes et le débat assez « technique », il faut emporter l’adhésion de la population en surfant sur deux sujets « compréhensibles » : les vils pirates qui saccagent la création culturelle, et l’internet comme zone de non-droit pour nos enfants, sujets assez « épidermiques » pour permettre de brouiller tout débat serein et construit.

En fait, la précipitation avec laquelle agissent les acteurs aujourd’hui est une réaction d’urgence face à une situation inconnue qui les dépasse, et face surtout à une génération « digital native » qui maitrise totalement ce nouveau monde et ses codes. Ne pas se faire dépasser par ses propres enfants et finir du mauvais côté de la fracture, voilà l’enjeu ! Sans compter une économie qui a du mal à se renouveler son modèle, pour qui le numérique présente une épine de plus dans son modèle claudiquant. Or, le mouvement Open-Source a prouvé qu’il était possible de construire durablement et de manière intelligente, répartie et rentable. Le Peer to Peer ne sert pas qu’aux pirates, c’est avant tout une technologie qui permet d’imaginer des nouveaux services (comme Twinverse) économiquement plus rentables par des économies d’échelles mondiales. La « Freelosophy » prone la dépénalisation du partage de la connaissance et la criminalisation des entraves à ce partage. Il part du prinicipe que l’information n’est pas une propriété privée. Bref, de nouveaux paradigmes sont possibles, il faut juste se donner la peine et l’envie de les étudier.

Dans mon vocable personnel, j’appelle le type de séquence que nous vivons actuellement « la mécanique des engrenages » : tous les ingrédients (analyses, usages, besoins, technologies) sont là depuis longtemps, mais se mettent en place et murissent à des vitesses différentes. A un moment, les différents engrenages se mettent en place de telle sorte qu’ils peuvent se mettre à tourner ensemble harmonieusement. Cet alignement n’est pas le fruit du hasard, il provient à la fois des hommes et des femmes, de leurs envies, de leurs visions, de leurs aspirations, des innovations et du progrès technique, et du sens de l’histoire. Mais ne sachant pas vraiment où cet mécanique peut nous emmener, la seule manière d’y pallier est de mettre du sable…

Le débat est ouvert, et mérite certainement plus qu’un énième « Grenelle du numérique » que le gouvernement serait tenté de proposer, à l’image des Assises de la Création qui avaient très discrètement lieu fin 2008, et où aucun représentant du public et des professionnels d’Internet n’étaient conviés. De fait, facile de norcir le tableau quand toutes les personnes et organisations présentes ont intérêt à ce qu’il soit le plus sombre possible. Cassons le thermomètre plutôt que de soigner la fièvre. L’organisateur de ce colloque était… Frédéric Lefebvre.

UPDATE

En bonus track, deux interviews réalisées par Ludovic Coutant pour la webradio d’Autrans :

Sur ReadWriteWeb et la sémantique

Sur la free-culture, le copyright, la politique et la démocratie de la réputation

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15 commentaires pour cet article

  1. Hans

    Attendez, le député (je ne me rap­pelle plus son nom) qui sera peut-être secré­taire d’Etat au numé­rique ne sait même pas ce qu’est le Web 2.0. Dans un cli­mat d’inculture numé­rique pareille, com­ment voulez-vous un débat serein ? Et pire, avec des préju­gés et une incom­pré­hen­sion pareils, croyez-vous un jour que cette géné­ra­tion (géné­ra­lité pour tous ceux qui ne s’intéressent pas au sujet bien sur) passe de l’autre côté de la frac­ture ?
    Et je dis ça en pre­nant cet exemple parce que c’est cette popu­la­tion qui forme le gou­ver­ne­ment, seul pou­voir qui ait capa­cité à impo­ser des cadres légaux à l’utilisation d’Internet. Et si eux ne com­prennent pas ce genre d’enjeux, ils se f(er)ont allè­gre­ment mani­pu­ler par les lob­bys média­tiques, qui eux, ne chan­ge­ront pas, non pas parce qu’ils ne com­prennent pas ces enjeux, mais parce qu’ils veulent gar­der le maxi­mum de fric avec le mini­mum d’engagement…

  2. SALUT

    C’est un jour­na­liste de rww le gars qui parle sur la freeculture?…

    Il est cool, je n’aime pas trop le cynisme et je crois qu’il gagne­rai en affec­tion s’il était moins cynique ou alors c’était juste l’humeur de jour, ce n’est pas bien grave…

    En tout cas ce blog et ce qu’il dit est très bien, mais on a quand même du mal a voir les appli­ca­tions concrètes de ces idées aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elle ne peuvent vivre que sur le net, c’est dif­fi­cile pour tout a cha­cun de consi­dé­rer le net comme le grand tout, je trouve ça même assez déprimant…

    Bon l’internet mobile avoir ses infos, sa musique, sa culture, sur des appa­reils qui serait des exten­sions de nos oreille de nos doigt etc… un peu à l’image de la sou­ris à un bou­ton et l’idée que s’en fait apple, .… je crois qu’il y’a encore de “grosses” inova­tions tech­niques a faire avec que le cco­mons puissent être la norme et a la porté de tous.
    la vrai ques­tion c’est com­ment les créa­teurs de contenu cultu­rels peuvent res­ter indé­pen­dant et gagner leur vie avec ce qu’il propages.

    Parce que comme il le dit, ça se limite sur­tout a des lol­cat ce pré­tendu par­tage de l’information et le sample est com­plè­te­ment assi­milé et accepté par les mai­sons de disques aujourd’hui

  3. Fabrice Epelboin

    Heu… non, je ne dis pas que la culture du remix se limite aux LOLcats, Mozinor est un bon exemple qu’il y a un poten­tiel autre­ment plus grand en matière d’humour, et Michel Gondry peut même être mis dans le lot tant son uni­vers est basé sur ce concept (“Be kind rewind” parle d’ailleurs de celà).

    La culture du remix va bien au delà des Lolcats, et poten­tiel­le­ment, elle est infi­ni­ment plus grande que ce qu’elle arrive a expri­mer aujourd’hui sous le joug du copyright.

    Sinon, oui, il m’arrive d’être cynique, c’est dans ma nature, et non je ne suis pas jour­na­liste (en tout cas, je n’ai pas de carte de presse). Ceci dit, je ne voit pas bien le cynisme la dedans… mais en même temps, j’ai fini par ne plus trop y faire atten­tion (ce qui n’est pas bien, j’en conviens ;-)

  4. Fabrice Epelboin

    @Hans Il ne faut déses­pé­rer, il y a des poli­tiques ouverts au dia­logue, et sur­tout curieux de com­prendre ce qu’il y a der­rière ce mou­ve­ment free­cul­ture.
    Le fait que Barrack Obama ai passé ses sites web en Creative Commons et uti­lise ope­nID a fait bru­ta­le­ment réa­li­ser aux poli­tiques Français que tout cela était vrai­sem­bla­ble­ment plus sérieux que cela en avait l’air et que quelque chose leur avait vrai­sem­bla­ble­ment échappé.

  5. Ginko

    @Salut,

    Bien que ce soit flou, j’ai l’impression que vous vous situez du mau­vais côté de la fracture.

    Je pense que la free­cul­ture dont parle Damien Douani est un cou­rant de culture porté par des valeurs déri­vées de celles du logi­ciel libre selon Stallman et la FSF. En d’autres termes, une appli­ca­tion des prin­cipes des licences libres à autre chose que du logiciel.

    Vous consta­tez que ce modèle a encore beau­coup de che­min à par­cou­rir, c’est sur. Mais s’il prend le même che­min que le logi­ciel libre, il y a toutes les chances que ça marche étant donné le suc­cès du logi­ciel libre.
    De plus cette culture du par­tage se retrouve sur tous les wikis, sur tous les sites qui pro­posent du contenu sous crea­tive com­mons. Flickr a un immense réser­voir de pho­tos publiées sous CC!
    Les lol­cats ne sont pas gra­phique­ment très avan­cés! Faites un tour sur un forum de jeu en ligne, tout le monde a une ban­nière autre­ment plus sophis­tiquée. Comment? Parce que les brush, fon­dus et autres calques d’Adobe Photoshp n’ont plus aucun secret pour beau­coup de “digi­tal natives”.
    La blo­go­sphère française regorge de web­co­mics ou encore de blogs video. N’est-ce pas la preuve que la nou­velle géné­ra­tion mai­trise plei­ne­ment les outils d’édition?

    Alors vous avez tout à fait rai­son quand vous vous deman­dez: “la vrai ques­tion c’est com­ment les créa­teurs de contenu cultu­rels peuvent res­ter indé­pen­dant et gagner leur vie avec ce qu’il pro­pages”. C’est la vrai ques­tion (que je me per­mets de refor­mu­ler): “Comment les créa­teurs actuels dont le modèle actuel est dépassé peuvent s’adapter à la nou­velle méca­nique cultu­relle?”
    Sachant qu’à mon sens, intro­duire du sable les rouages qui semblent ne pas prendre la direc­tion dési­rée et la plus mau­vaise chose qu’ils peuvent faire: la seule chose qu’ils gagnent c’est du retard.

    Quand est-ce que la France va ces­ser d’être en retard? En retard sur inter­net, sur un paquet de nou­velles tech­no­lo­gies, et main­te­nant sur l’évolution de la culture.
    Les poli­tiques français devraient obser­ver Obama et en prendre de la graine. C’est pas en s’entourant de frac­tu­rés numé­riques comme ce cher député que notre pré­sident va rele­ver le défi du numérique…

  6. Fabrice Epelboin

    @Ginko tiens, les signa­tures de forum… je n’y avais pas pensé… Un bon exemple de ReadWriteCulture, en effet… Bien vu, ça méri­te­rait un billet.

  7. SALUT

    Oui mais la ques­tion prin­ci­pal au delà même de lui trou­ver une réponse n’est tj pas abordé, com­ment les créa­teurs peuvent t’il gagner de l’argent?
    Les lol­cats que j’adore, les digi­tal natives qui maî­trise tout de Photoshop à after affects c’est très bien, Yahoo ou Barack obama qui a tout com­pris au CC, c’est cool!

    Mais com­ment faire pour que les créa­teurs aient assez d’argent pour conti­nuer à créer,
    Il ne fau­drait pas que le « free culture » suive le même che­min que la « contre culture » et que ce soit le fait d’une classe sociale, cela aurait encore moins de sens a l’heure ou tout le monde est un « pro­lé­taire post moderne »

    Et au delà de l’engouement que sus­cite l’open source a t’ont déjà seule­ment quan­ti­fié sa pro­pa­ga­tion?
    Son impli­ca­tion concrète, mis a part le web qui s’est bâti sur des tech­niques très mar­gi­nales pour tout à cha­cun (PHP, html…) et qui plus est doit son suc­cès grâce a un acteur omni­po­tent Google!
    Firefox lui même doit son suc­cès en grande par­tie grâce à Google…

    Moi je suis plu­tôt aller­gique à l’idée de tout bre­ve­ter, mais com­ment on fait pour gagner des sous..?

  8. Ginko

    Je ne sais pas si c’est extra­po­lable, mais des groupes comme Nine Inch Nails ou Radiohead ont signé des titres licen­ciés sous CC et qui pour­tant se sont très bien ven­dus par ailleurs.

    Certains groupes vivent essen­tiel­le­ment sur leurs concerts. (Je n’ai pas d’exemple sous le coude, désolé)

    Par ailleurs le mar­ché glo­bal de la musique se porte pas si mal que les majors veulent nous le faire croire. Ce sont les ventes de CD qui s’effondrent (logique à l’ère de l’ipod…)

    Il y a encore lar­ge­ment la place pour une indus­trie cultu­relle. Mais le modèle actuel n’est plus adapté. Ils doivent le renouveler.

    Cependant, ils ne font que retar­der cette évolu­tion parce que toute évolu­tion brusque fait de la casse et que per­sonne ne veut prendre le risque de cou­ler dans la manœuvre… au risque que tous y passent…

    Quand au pro­blème de la créa­tion can­ton­née à une classe, les plus pauvres en seront vrai­sem­bla­ble­ment exclus. C’est regret­table mais on sort du débat pré­sent. En revanche, je pense qu’une autre frac­ture, dont on parle beau­coup ici sur RWW va se faire sen­tir dans les pro­chaines années/se fait déjà sentir…

    Par rap­port au libre, il n’y a pas que le web et fire­fox. Il y a aussi OpenOffice.org, vlc, Linux (essayez Ubuntu!!!, voire Linux Mint ;) ), etc…

    Je ne suis pas sur de la santé finan­cière de Sun ou de novell, mais il me semble que Redhat, SuSe et Mandriva ne s’en sortent pas trop mal.

    Mais le modèle du logi­ciel libre n’est pas uti­li­sable tel quel pour la culture en géné­ral. Les logi­ciels sont des outils. Le logi­ciel libre per­met par exemple d’externaliser des coûts de pro­duc­tion et donc d’économiser de l’argent (poten­tiel­le­ment d’en “gagner”, donc) ce qui n’est pas le cas d’une œuvre culturelle.

    C’est la que le confé­rence de Laurence Lessig (merci Fabrice Epelboin!) est inté­res­sante. Elle montre vers quels chan­ge­ment il faut orien­ter le copy­right pour l’adapter à la nou­velle méca­nique culturelle.

    PS: Connaissez-vous jamendo et magna­tune? Je ne pense pas que ces pla­te­forme fassent vivre les artistes, mais ça montre que c’est pas parce que les majors dis­pa­raissent qu’on manquera de musique!

  9. SALUT

    Je suis d’accord avec tout ce que vous dites;
    Vous ter­mi­nez en disant:
    “Connaissez-vous jamendo et magna­tune? Je ne pense pas que ces pla­te­forme fassent vivre les artistes, mais ça montre que c’est pas parce que les majors dis­pa­raissent qu’on manquera de musique!”

    C’est jus­te­ment le pro­blème de ce débat, il faut sor­tir de cette enthou­siasme et réflé­chir a com­ment gagner de l’argent parce que les jamendo et com­pa­gnie ne rap­porte pas d’argent. (Tout comme face­book d’ailleurs et bcp de pla­te­forme ou le par­tage de l’information est très important)

    Les artistes qui gagnent des sous, les gagnent parce qu’ils savent gérer leur label, leur pro­mos et leur car­rière…
    Ca n’a pas grand chose en com­mun avec le CC.
    Les exemples de radio­head ou NIN sont ni extra­po­lable ni sym­bo­lique, c’était juste un gros coup de promo.
    Le pro­blème en France en géné­ral (et en Belgique) je crois est que les ini­tia­tives per­son­nelles ne sont pas encou­ra­ger, mais ça c’est un débat “gauche/droite” On pré­fère don­ner bcp d’argent a Bouygues plu­tôt que bcp d’argent à bcp de gens… c’est du capi­ta­lisme d’état pour aller vite…

    C’est cer­tains qu’une vie existe avec ou sans les grosses majors du disque ou de la culture, leur air désolé qu’ils traînent est le seul moyen qu’ils aient trouvé pour influen­cer les medias et l’opinion en leur faveur.
    C’est la peste ou le cho­lera, la fai­blesse de l’industrie du disque pro­fite à clear­chan­nel.
    Madonna, U2 Jay Z, on changé de maitre, mais c’est le même fouet.

    Par contre c’est cer­tains qu’il faut revoir le copy­right et vou­loir bre­ve­ter « l’intelligence » est très néfaste.
    Une free culture qui pro­fite à tout à cha­cun, une longue traîne qui ne pro­fite pas qu’à ama­zon, google, ebay ou obama mais à tout le monde, c’est sur ça je pense que le débat doit acti­ve­ment porter

  10. Ginko

    Bon, ça tourne à la dis­cus­sion en tête-à-tête, je vais essayer de recen­trer le débat:

    Je cite l’article:

    “le schéma tourne à l’avantage de struc­tures plus légères, jusqu’à des­cendre au consom­ma­teur qui peut deve­nir lui-même pro­duc­teur et dif­fu­seur, via éven­tuel­le­ment des pla­te­formes mutua­li­sées et indé­pen­dantes des acteurs traditionnels”

    “le numé­rique apporte avec lui la néces­sité de revoir son outil de pro­duc­tion au glo­bal pour le repo­si­tion­ner face à un consomm’acteur désor­mais au centre du mécanisme”

    Tous ces échanges directe de consomm’acteur à consomm’acteur vont sor­tir du champs de l’économie de mar­ché puisque ces échanges ne sont pas moné­taires! Il n’y aura pas d’argent généré hor­mis par cer­tains acteurs qui four­ni­ront des pla­te­formes comme Google par exemple. Comme le dit Laurence Lessig, le temps du grand mono­pole du read-only est révolu, le read-write revient en force.

    Dans ce contexte, le mar­ché écono­mique de la culture va sans doute perdre de l’importance. (Si j’écoute plus de musique libre, a priori, j’écoute moins de musique pro­prié­taire). Mais ça ne signi­fie pas la mort de la culture “pro­prié­taire”, seule­ment un mar­ché écono­mique affai­bli auxquels les acteurs actuels doivent s’adapter ou dis­pa­raitre.
    Comme le dit Damien Douani, “Bref, de nou­veaux para­digmes sont pos­sibles, il faut juste se don­ner la peine et l’envie de les étudier.”

    Pour finir: der­nière cita­tion de l’article: “Le débat est ouvert”. Le seul pro­blème c’est quand nos déci­deurs sont encore à mille lieux de ce débat…

  11. SALUT

    Je resume ce que je dis:
    cela me gêne que les acteurs du read-write soit unique­ment google ou clear­chan­nel ou …lagar­dere sur le web, sur­tout que clear­chan­nel cloi­sonne déjà la culture en dehors.

    Les sem­pi­ter­nelles exemples cité sont des coups de promo, si dans 10 les consom’acteur existes tj, on vivra dans un monde par­fait. mais les exemples type: http://www.mymajorcompany.com/
    sont com­plè­te­ment marginaux.

    le copy­right est né de la néces­sité de pro­té­ger et rému­né­rer dans notre sys­tème écono­mique les créa­teurs.
    Aujourd’hui, le droit d’auteur dans l’industrie du disque, appar­tient à 5 mai­sons de disques, c’est ce mono­pole qui est assas­sin et même anti créa­tif, mais le capi­ta­lisme à su (comme tj) s’adapter et se mue désor­mais en pla­te­fome neutre qui se limite à indexer l’information, c’est le cas du mono­pole google.
    Mais c’est aussi le cas du mono­pole myspace/clearchannel/livenation qui a dors et déjà indexé toute la musique.

    Ma crainte du CC c’est qu’il puisses béné­fi­cier d’abord au mono­pole, et que comme les petit com­merçant se dis­putes les miettes les miettes de la longues traînes que leur laissent ebay et ama­zon, les petits labels se dis­putes les miettes de mys­pace ou google audio.

    “le schéma tourne à l’avantage de struc­tures plus légères, jusqu’à des­cendre au consom­ma­teur qui peut deve­nir lui-même pro­duc­teur et dif­fu­seur, via éven­tuel­le­ment des pla­te­formes mutua­li­sées et indé­pen­dantes des acteurs traditionnels”

    Si c’est struc­tures n’ont pas d’argent pour dif­fu­ser la culture c’est google qui le fera, et google ne fait tout cela que pour son mil­lions d’annonceur.

    Alors oui le débats est ouvert mais j’attends que les béni oui oui du CC nous disent com­ment gagner des sous, sinon je pré­fère “m’atteler” à d’autre com­bat, com­ment faire tom­ber ces mono­poles écono­miques qui ont suc­cédé en toute logique au mono­pole d’état, me semble plus inté­res­sant que le CC. 

    Itunes c’est bien beau, mais il est emmi­tou­flé au chaud dans para­dis fis­cal luxem­bour­geois, com­ment on fait pour le taxer, ce grand acteur a sa manière du read-write

  12. Fabrice Epelboin

    @SALUT Vous sou­li­gnez un point essen­tiel, je cite “Il ne fau­drait pas que le « free culture » suive le même che­min que la « contre culture »”. Je ne peux qu’être d’accord (je n’irai pas jusqu’à la pirouette Marxiste pro­lé­ta­ri­sante, mais bon… on a un com­pro­mis, non ?). 

    Mais pour cela, il ne faut pas rendre la free­cul­ture clan­des­tine, ce que s’apprête à faire les poli­tiques de façon una­nimes. Cela aura des conséquence lourdes à court terme pour les indus­tries cultu­relles, mais leur per­met­tra de sur­vivre à long terme. Aujourd’hui, on prend le che­min inverse, c’est clai­re­ment (enfin, je crois) le sens de mon inter­ven­tion à Autrans.
    Quant à savoir com­ment faire de l’argent en tant que créa­teur dans cette nou­velle donne écono­mique, je vous ren­voi à Lessig et à sa théo­rie de l’économie hybride ;)

  13. Je suis d'accord avec Salut

    Je suis tota­le­ment d’accord avec les com­men­taires de Salut, il n’y a pas de modèle écono­mique alter­na­tif au droit d’auteur !

    Y’en a marre d’être taxé de réac­tion­naire lorsque l’on défend la créa­tion ou pire d’être pris de haut par des soit disant intellectuels !

    Je vous rap­pelle sim­ple­ment que le droit d’auteur est anté­rieur à la liberté d’expression et à mon humble avis ce n’est pas pour rien. Si on a pas de quoi crou­ter avec ces créa­tions à quoi bon être libre de créer.

    Ce modèle que les “moder­nistes” prônent, le sup­pres­sion du droit d’auteur, a une conséquence néga­tive : le nivel­le­ment de la culture !

    Qui créera demain si les auteur ne peuvent plus vivre de leurs créa­tions : ce pour qui la créa­tion artis­tique sera une acti­vité acces­soire. Belle perspective !

  14. Damien Douani

    @Je suis d’accord avec Salut : il ne s’agit pas de trai­ter qui que ce soit de réac­tion­naire. D’ailleurs, cela n’a été fait par aucune des per­sonnes ici pré­sente dans ces colonnes. Il s’agit juste de pro­voquer le débat, en posant les ques­tions qui “fâchent”, ou plu­tôt qui “inter­pellent”. Pas d’idéologie, mais la mise en exergue de modèles alter­na­tifs qui peuvent éviter à terme un clash cultu­rel majeur et extrême. Or les extrêmes n’ont jamais le jeu de la démo­cra­tie et des créateurs. 

    Je ne crois pas une seconde au débat “modernes contre anciens”, et ce n’est pas là l’épicentre des choses. La ques­tion est de savoir s’il faut faire évoluer le modèle actuel, et si oui com­ment. De par la même, il n’est pas ques­tion de sup­pri­mer les droits d’auteurs (certes cer­tains défendent cela, mais je n’y crois guère), mais de le faire évoluer en revoyant ses moda­li­tés, voire sa nature même. 

    Les artistes et créa­teurs se doivent de vivre, et d’ailleurs l’ère numé­rique qui s’ouvre à nous tous est une oppor­tu­nité unique pour cela, puisque le pou­voir de dif­fu­sion et de par­tage est beau­coup plus à la por­tée de cha­cun que par le passé.

    L’interrogation est donc : faut-il faire évoluer le modèle pour l’adapter aux enjeux à venir, et faire en sorte qu’il y ait des créa­teurs gagnants et une dif­fu­sion la plus large pos­sible des œuvres ? L’open-source a prouvé qu’il y avait des alter­na­tives viables (qui aurait cru qu’un navi­ga­teur comme Firefox puisse tenir un jour la dra­gée haute à Microsoft ?).

    Ne pas se poser la ques­tion, c’est à mon sens hypo­théquer les chances des artistes de pou­voir vivre de leur art, et nivel­ler par le bas avec ce qui restera.

  15. Pascal Coulougnon

    La ques­tion me semble plus com­plexe et devrait être étudier par sec­teurs d’activité.

    Pour les média audio/video, nous savons tous que le P2P ne porte pas réel­le­ment atteinte aux artistes pour peu que l’industrie s’y adapte.

    De toutes manière, le “pira­tage” de ce genre de fichiers ne pourra que s’accroitre quelles que soient les mesures prisent pour s’en priver.

    Maintenant, de la à aban­don­ner tota­le­ment le copy­right dans l’ensemble des domaines ne me semble pas sage.

    Je suis pour ma part info­gra­phiste et je suis par­ti­san du Créative Common dans cer­tains cas. Je n’hésite pas à lais­ser libre de droits mes créa­tions de tex­tures 3D, cer­taines illus­tra­tions non accep­tées par un client…

    Maintenant, si je réa­lise un logo­type pour une société, ce der­nier doit être pro­tégé par le Copyright. Le logo en ques­tion repré­sente l’image de mon client et ne dois pas pou­voir être réuti­lisé par un de ses concur­rents! Ce serait très dan­ge­reux car nous pour­rions vite faire l’amalgame d’une société à l’autre et cela devient trompeur!

    Au même titre, la presse telle que nous la connais­sons est décé­dée, j’en suis convaincu. Cela ne doit pas pour autant per­mettre à cha­cun de dif­fu­ser libre­ment le tra­vail d’un autre.
    Car si la presse actuelle doit trou­ver d’autres pistes, par exemple per­mettre un télé­char­ge­ment à moindre prix des articles afin que nous puis­sions les consul­ter sur un livre numé­rique, voire per­mettre de récu­pé­rer l’article gra­tui­te­ment en finançant peut être unique­ment par la publicité…? 

    Mais il serait trop facile par exemple que je puisse réa­li­ser un copier/coller de l’ensemble des articles réa­li­sés par RWW pour les publier sur mon blog!
    Car de la sorte, il ne me reste qu’à réa­li­ser un inter­face gra­phique plus convi­viale que celle de RWW et je vais récu­pé­rer 70% de vos lec­teurs alors que tout le bou­lot de recherche & rédac­tion vous revient.
    Quelle solu­tion aurait donc RWW pour sur­vivre? Vous arrê­te­riez pro­ba­ble­ment même de publier.

    Autre exemple encore plus dan­ge­reux : une indus­trie qui crée des pro­duits inno­vants ne trou­vera plus aucun inté­rêt à être lea­der en design, tech­ni­cité ou autre et d’investir 3 ans de tra­vaux sur un projet qui pourra être pompé en 3 moins par son concur­rent direct.

    Maintenant, il y a cer­tains domaines dans lequel l’abandon des droits peuvent pro­ba­ble­ment être inté­res­sants, notam­ment l’industrie des disques qui peut conti­nuer à sur­vivre mal­grés le pira­tage. Procédé qui risque d’ailleurs fort de s’accentuer avec la loi HADOPI étant donné que bra­ver l’interdit est sou­vent (chez les jeunes prin­ci­pa­le­ment) un inté­rêt qui risque fort de les pous­ser à davan­tage pirater !

    Il est égale­ment ridi­cule qu’une oeuvre soit sou­mise au copy­right durant presque un siècle comme actuellement.

    Une per­iode de 1 à 5 ans me semble bien mieux indiquée. Cela per­met­trait d’amortir le tra­vail réa­lisé par le créa­teur et les inves­tis­seurs, et de pro­fi­ter de son avance.
    Mais per­met­trait égale­ment aux autres de béné­fi­cier du tra­vail accom­pli une fois celui-ci amor­tit par ses créa­teurs, et de s’en ser­vir de base pour amé­lio­rer le pro­ces­sus, tout en gar­dant l’obligation de citer les inves­ti­ga­teurs ori­gi­nels, comme sous licence CC du reste.

    D’ailleurs, n’est-ce pas ce prin­cipe qui est uti­lisé dans l’industrie phar­ma­ceu­tique avec les médi­ca­ments génériques!??

    En résumé, il faut bien évidem­ment pou­voir uti­li­ser un tra­vail déjà réa­lisé par d’autres pour déve­lop­per autre chose, mais le créa­teur 1er doit pou­voir d’abord avoir amor­tit ses travaux.

    Nous ne pou­vons donc aban­don­ner les droits d’auteurs dans l’ensemble des pro­fes­sions! Maintenant, ces droits doivent impé­ra­ti­ve­ment être revus, et per­mettre à la concur­rence de s’installer. 

    Au même titre, les lois ne doivent plus pro­té­ger une mino­rité de socié­tés indé­fi­ni­ment en leur assu­rant le mono­pole dans leur sec­teur et pro­ner en même temps la libre concur­rence, je pense là par exemple à la télé­pho­nie mobile!

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