Le Buzz Frédéric Lefebvre : on crowdsource l’analyse !

Le Buzz sur Frédéric Lefebvre a été, de loin, ce qui a été fait de plus efficace pour diffuser au plus grand nombre les idées que nous défendons et peser sur le débat politique concernant les nouvelles technologies.

Après avoir lutté contre Hadopi, et écrit moultes billets sur le sujet, force est de constater que les ‘blogs’ n’ont pas jusqu’ici eu droit à la parole dans le débat qui – il faut le reconnaitre-, n’intéressait pas jusqu’ici les média mainstream. Leur préoccupation du moment, en terme de média, est très auto centrée (la suppression de la pub : des centaines d’heures de programme TV ces derniers mois. Hadopi et la Net Neutrality : quelques minutes, tout au plus).

Au bout d’un moment, on se pose des questions

A partir du moment où les journalistes amateurs que nous sommes ne sont pas écoutés, peut être que les professionnels de l’internet que nous sommes également peuvent se faire entendre. Pour cela, il ne faut pas utiliser les outils de la presse mais les nôtres, ceux que nous concevons tous les jours pour nos clients ou nos startups, au premier rang desquels le fameux «buzz marketing».

Ce sera chose faite le lundi 5 janvier 2009, dix jours avant le remaniement gouvernemental, alors que Frédéric Lefebvre est annoncé au secrétariat à l’économie numérique par toute la presse, et que l’ensemble des acteurs de l’internet sont unanimes à dire que l’idée est pour le moins mauvaise.

Le reste est de l’histoire : un magéntoscope numérique programmé pour enregistrer tous les passages TV de Frédéric Lefebvre, puis, la perle, aussitôt transcodée et mise en ligne.

Le buzz mettra moins de 24h a prendre.

4 jours plus tard, les sous-titres anglais étaient ajoutés (précieuse fonctionnalité de YouTube), histoire de faire rebondir le buzz à l’internatinal (et ainsi forcer la main à certains média Français ?), ainsi qu’un petit hypertexte vidéo reliant entre elles 8 vidéos permettant d’avoir un aperçu des positions de Frédéric Lefebvre sur les enjeux de l’Internet, dont un remix d’un vieux reportage fait sur les lobbies (Canal+, 2006), dans lequel Frédéric Lefebvre faisait une apparition.

A J+6, l’Elysée laissait ‘fuiter’ dans le JDD que le poste de secrétaire d’Etat pourrait être tout simplement supprimé. Le lendemain, le premier ministre affirmait qu’il était indispensable, et s’en suivait trois jours de ‘name dropping’ sur le candidat potentiel.

Post mortem

Nathalie Kosciusko-Morizet vient d’être nommée au secrétariat d’Etat à l’économie numérique, l’internet, à travers le buzz généré autour de ce petit extrait, que ce soit en le relayant sur un blog ou à travers les commentaires, a signifié de façon claire que la nomination de Frédéric Lefebvre serait considéré comme une déclaration de guerre, et l’Etat semble avoir entendu la rue – numérique – et c’est une première (quand on voit l’importance qu’a eu rue89 dans l’histoire, qui n’en est pas à son coup d’essai en la matière, on en vient à penser que le choix qu’ils ont fait pour la marque de leur journal est prémonitoire, et particulièrement bien choisi).

La plupart des média mainstream (Le Monde, Le Figaro, L’Express, L’Expansion, 20 Minutes, Télérama…) et bien sûr les leaders dans les média numériques (Rue89, Ecrans, Lepost, 01net, Agoravox, PCimpact…) on participé au buzz, et les chiffres que nous publions aujourd’hui permettent, entre autre, de mesurer les positions de ce quatrième pouvoir bis qui se dessine. Le Monde, pilier de l’ancien quatrième pouvoir en France, conserve une position honorable à travers LePost, mais le fait au prix d’un changement radical dans la formule éditorial, qui n’a plus rien à voir avec son ancètre (là où un Rue89 en 2009 est finalement assez cohérent avec un Libé des années 70).

Aux chiffres de YouTube (plus de 70.000 visionnages), il convient d’ajouter le même extrait mis en ligne sur Dailymotion par BFM 48h plus tard, qui a réalisé plus de 26.000 visionnages, ainsi qu’une multitude de copies allant de plus de 4500 visionnages à quelques centaines.

Les commentaires, sur les différents blogs, plateformes d’hébergement vidéo, groupes Facebook et journaux en ligne, se comptent en dizaine de milliers, avec très peu de voix pour défendre le pauvre Lefebvre qui a vécu un véritable lynchage médiatique, pardon, blogosphérique, enfin, de l’internet d’aujourd’hui, quoi… du web 2.0, au final.

Analyse

La plupart des professionnels de l’internet et de la communication alternative, et en particulier du fameux « web 2.0″ qui a fait chuter Lefebvre, sont lecteurs, voire commentateurs de ReadWriteWeb. C’est d’ailleurs eux qui ont relayé les premiers le buzz. C’est aussi eux qui font une grande partie de la richesse en contenu de notre blog tant leurs commentaire sont constructifs et apportent systématiquement (ou presque) aux débats ou aux informations que nous publions. Alors, pourquoi se lancer une analyse détaillée quand on a dans son lectorat les plus grands professionnels de France, de Belgique, du Luxembourg, de Suisse ?… Autant les laisser user de leur art à faire parler les statistiques et les mécaniques de propagation dans l’opinion. C’est qui s’appelle utiliser les compétences de chacun au service de tous : le « crowdsourcing« .

A vous de jouer : vous trouverez ci dessous tous les chiffres issus du backoffice de YouTube à vous mettre sous la dent. Pour ce qui est des autres données, elles sont accessibles à vous comme à nous, seules celles-ci étaient, jusqu’ici, confidentielles. Si BFM souhaite nous fournir leurs données de consultation sur ce même extrait, nous nous feront un plaisir de les publier ici.

De notre coté, bien sûr, on a notre petite idée, et bien des choses à dire, mais les asséner ici et maintenant ne serait vraisemblablement pas approprié. Il n’y a plus d’urgence.

La règle du jeu

Les commentaires sont là pour accueillir vos analyses, soyez exhaustifs ou incisifs, c’est le moment de montrer les finesses de ce média et son formidable potentiel. Si vous deviez faire un rapport à un client sur cette ‘opération’, ou une analyse avec Dieu sait quel angle, qu’en diriez-vous ? Sur quels chiffres s’appuieraient vos analyses, quelles autres sources, chiffres, et analyses vous semblent éclairer vos propos ? La vingtaine de groupes Facebook créés suite à ce buzz (dont celui, désert, créé à l’initiative de Frédéric Lefebvre), sont également un espace d’analyse très intéressant et permettent d’aborder le phénomène sous un angle différent, car potentiellement plus durable qu’une simple trainée de poudre, et à propos de trainée de poudre, que dire de Twitter, qui a joué un rôle majeur (en tout cas sur nos stats RWW) dans le déclenchement du phénomène ?

C’est à vous !

buzz-lefebvre

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13 commentaires pour cet article

  1. Plutarque

    Hum,ce n’est pas du domaine de l’analyse directe des chiffres, mais je lis sur le site offi­ciel de Frédo Lefebvre une actua­lité au titre évoca­teur : “Web 2.0 : ‘Ce n’est pas un secret, il a toujours été dif­fi­cile pour les inter­nautes de le définir’”.

    Après un petit texte sur Windows 7 qui se veut humo­ris­tique, nous avons la conclu­sion suivante :

    “Enfin, finis­sons par féli­ci­ter Frederic Lefebvre, député UMP, qui a réussi à résu­mer, clai­re­ment et dis­tinc­te­ment, ce qu’est le Web 2.0. Plus sérieu­se­ment, ce n’est pas un secret, il a toujours été dif­fi­cile pour les inter­nautes de le défi­nir. Qu’ils se ras­surent donc désor­mais, ce ne sont plus les seuls, comme l’atteste le député, qui s’en sort grâce à une belle pirouette poli­tique comme on les aime : Comme je le disais la semaine der­nière, 2009 démarre déci­dé­ment sur les cha­peaux de roue !”

    C’est une blague ?

  2. Fabrice Epelboin

    Non, non, ce n’est pas une blague, il a toujours été dif­fi­cile a qua­li­fier mais il a un texte fon­da­teur écrit par Tim O’Reilly par­fai­te­ment clair. La dif­fi­culté vient du fait qu’on peut l’aborder sous bien des angles…
    Un web dont les conte­nus sont créés par ses uti­li­sa­teurs, ou bien le ‘web comme pla­te­forme’ sont deux défi­ni­tions par­fai­te­ment valables et tota­le­ment différentes.

    Dans le cas d’un homme poli­tique, par contre, c’est assez lim­pide, c’est le web social, pour ne pas dire citoyen. La défi­ni­tion qu’en don­nait J.J. Bourdin, bien qu’un peu faible, allait dans ce sens.

    Ceci dit, votre remarque sou­ligne un autre sujet d’analyse inté­res­sant : le contre buzz. Celui que Lefebvre a tenté de lan­cer et qui n’a pas vrai­ment mar­ché, et celui que Benoit Hamon a lancé — bien invo­lon­tai­re­ment — et qui aurait pu noyer le pois­son si le tim­ming des nomi­na­tions gou­ver­ne­men­tales avait été repoussé.

    Donc non, j’ai peur que cela ne soit pas une blague, mais juste un contre buzz qui ne marche pas vrai­ment (en dehors des réunions de l’UMP, et encore, pas de toutes, très loin de là). Rassurons nous (c’est le l’humour), il conti­nuera sans doute d’oeuvrer pour la mise sous tutelle de l’internet (par le CSA notam­ment), de faire du lob­bying pour Dailymotion, et d’attaquer Google et YouTube, mais il ne pourra plus se pré­tendre expert en la matière, que ce soit publique­ment ou à l’assemblée natio­nale, comme il l’a fait par le passé.

  3. Palpitt

    merci pour la pro­po­si­tion ;) je pré­pare un petit quelque chose sur le contre-buzz justement

  4. Eric

    Il faut rendre à Bourdin ce qui lui appar­tient. Sans sa relance puis­sante (“c’est-à-dire”), le buzz n’aurait pas eu cette dyna­mique. Chapeau l’artiste!

  5. Damien Douani

    @Eric il a de la bou­teille JJB ;)

  6. Fabrice Epelboin

    Tout à fait, sans lui, rien n’aurait été pos­sible.
    BFM accu­mule les points depuis leur créa­tion (souvenez-vous du débat Ségo-Bayrou), il ne leur manque plus qu’un habillage gra­phique digne de ce nom ;) et une émis­sion régu­lière sur l’internet pour être au top !

  7. Hugues

    Le plus inté­res­sant à mon sens, c’est qu’à rebours de cer­taines idées reçues, on voit que sur un sujet poli­tique sérieux le lec­to­rat est assez agé, autour de 40 ans, et rela­ti­ve­ment diver­si­fié dans ses sources d’information web. 

    Une image assez dif­fé­rente de la cible qui trans­pa­rait dans le spot repris ici:

    http://fr.readwriteweb.com/2008/12/15/a-la-une/vers-une-nouvelle-fracture-numerique/

  8. Fabrice Epelboin

    @Hugues Oui, en effet, mais le buzz ayant été mas­si­ve­ment relayé par les média mains­tream, cela impact le pro­fil du lectorat.

    Nous n’avons pas ces chiffres (et je ne vois pas com­ment on pour­rait les extra­po­ler), mais il serait inté­res­sant d’essayer de modé­li­ser le pro­fil de ceux qui ont relayé, com­menté et juste regardé le buzz. Je parie que le pro­fil des pre­miers relayeurs est plus jeune, par contre, pour le reste, effec­ti­ve­ment, on a à faire à une popu­la­tion plus agée que celle que l’on retrouve habi­tuel­le­ment sur le fameux ‘web 2.0′.

    La très faible pro­por­tion de femme est curieuse, mais à pon­dé­rer par le fait que ‘homme’ est le choix par défaut des pro­fils YouTube, et que ceux ci ne sont pas for­cé­ment bien com­plé­tés. (le der­nier tableau, qui syn­thé­tise l’age et le sexe des ‘vision­neurs’, ne concerne que ceux qui ont été regar­der la vidéo sur YouTube (25% envi­rons) ET qui ont un pro­fil YouTube, soit, au final, un tout petit sous échan­tillon pas for­cé­ment très repré­sen­ta­tif de grand chose.

  9. artypunk

    @Fabrice

    Du point de vue de l’analyse d’impact, c’est quand même très inter­es­sant d’avoir les chiffres glo­baux, au-delà des seuls relayeurs.
    Maintenant, si les don­nées sont comme tu le dis limi­tées aux gens qui se sont ins­crits et ren­sei­gnés sur Youtube, alors l’analyse en termes d’age est effec­ti­ve­ment très fragile.

    Sur la faible pro­por­tion de femmes, c’est effec­ti­ve­ment curieux. Peut-être qu’au delà du biais que tu men­tionnes y a t il néan­moins une sous-représentation dans la blo­go­sphère poli­tique­ment moti­vée. On dit sou­vent que les femmes pré­fèrent se concen­trer sur des actions à ren­de­ment plus immé­diat, ce qui n’est pas le cas du buzz poli­tique. Tu dois de par tes acti­vi­tés de toute façon le véri­fier. Je n’ai pas l’impression que sur les pho­tos de pince-fesses de “blo­gueurs influents” il y ait beau­coup de femmes

  10. Fabrice Epelboin

    @artypunk Oui, abso­lu­ment, le pro­fil démo­gra­phique donné par Youtube est à rela­ti­vi­ser, non seule­ment les pro­fils sont mal ren­sei­gnés, mais ces chiffres (et ces chiffres seule­ment) ne concernent que les inter­nautes ayant regardé la vidéo direc­te­ment sur YouTube (24%) ET y pos­sé­dant un compte ET s’étant connecté à leur compte. Autant dire que cela ne signi­fie pas grand chose. Mais atten­tion, cela ne concerne QUE les don­nées démo­gra­phiques, soit une toute petite par­tie des chiffres que nous publions.

    On (chez RWW) ne fait pas parti de ce qu’il est convenu d’appeler les ‘blog­geurs influents’, non pas que nous n’ayons aucune influence, mais ce terme désigne les blog­geurs qui sont capables de relayer des cam­pagnes mar­ke­ting et faire du buzz sur des opé­ra­tions com­mer­ciales. On ne par­ti­cipe pas vrai­ment aux évène­ments et aux pinces fesses qui leur sont des­ti­nés (bon, ok, ça nous arrive) et qui sont orga­ni­sés par des marques ou des agences de com’ “2.0″. Personne jusqu’ici n’a osé de nous four­guer un Nokia contre un billet flat­teur (les agences ne sont pas idiotes).

    On est plu­tot Barcamp, Ignite, LeWeb, Web2expo et autres ren­contres d’Autrans, la pro­por­tion de filles est encore faible, mais on a de l’espoir :)

  11. GilR

    Cette affaire m’a immé­dia­te­ment fait pen­ser à l’interview de Sarah Palin, où elle avait buggé à la ques­tion por­tant sur ses réfé­rences en matière d’information.

    Beaucoup de Français se sentent dépas­sés par l’essor des NTIC, web 2.0 en tête, je pense qu’ils sont en droit d’attendre que les poli­tiques (élus pour les gui­der) maî­trisent par­fai­te­ment le sujet. Le buzz ne se serait sur­ement pas pro­pa­ger si Roselyne Bachelot avait bloqué sur les règles du water-polo. 

    Enfin, c’est un sujet qui concerne véri­ta­ble­ment les acteurs de la blo­go­sphère. Pas de chance pour élus qui ont à le traiter !

  12. Lovny

    Voilà en effet de quoi prou­ver la puis­sance et l’influence que peut avoir la blo­go­sphère sur les sujets qui la concerne tout du moins…et pour ce qui est du relais par la presse on appré­cie en effet que ce ne soient pas toujours la guerre des tran­chées entre blog­gers et jour­na­listes.
    Après, aller jusqu’à dire que Lefevre a été évincé à cause des inter­nautes, de mon côté j’en doute, car jusque là notre gou­ver­ne­ment a le plus sou­vent été inflexible aux avis des citoyens, inter­nautes ou non…
    Peut être que la majo­rité se sent proche de ces pres­crip­teurs du Net (qui pour beau­coup ont voté pour elle) et qu’elle veut ainsi se pré­ser­ver quelques alliés online en se mon­trant “res­pon­sable” vis à vis d’eux ?

  13. Fabrice Epelboin

    @Lovny Certes, c’est pré­ten­tieux, mais le net a pris la parole de façon claire et una­nime à un moment déci­sif, et rien que cela, c’est une pre­mière dans la poli­tique. C’est, en étant opti­miste, un signe avant cou­reur d’une place de plus en plus impor­tante accordé à inter­net (et au fameux web 2.0) dans le débat poli­tique, et en effet, comme tu le sou­ligne, c’est un bel exemple pour mon­trer qu’il n’y a pas néces­sai­re­ment oppo­si­tion entre ‘blogs’ et média, bien au contraire.

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    […] Le Buzz Frédéric Lefebvre : on crowd­source l’analyse ! | ReadWriteWeb France. […]

  2. Le petit journal du web | MonBouquet | Le Blog des Fleurs :

    […] rôle non négli­geable dans la pro­pa­ga­tion de l’information. Sur RWW il a aussi publié les chiffres ana­ly­tiques des vidéos, etc, et invite les lec­teurs a réa­li­ser l’analyse du Buzz. Je pense qu’on se fout […]

  3. www : 20 bougies, des adeptes et des mécontents | dissonance.fr :

    […] bornes de l’acceptable”. S’il n’est plus ques­tion de rire, gageons que le “serial-gaffeur” Frédéric Lefevre ne devrait pas appré­cier lui non plus le nou­veau groupe Facebook “Bon, […]

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