Les Pirates sont-ils les martyrs du Midem ?

L’industrie de la musique doit renoncer à tout vouloir contrôler et prendre des leçons du coté obscur de l’internet qui lui à fait tant de tort. C’est même indispensable si elle compte un jour refaire surface dans la guerre qu’elle mène aux pirates et marquer des points, non pas contre ses utilisateurs, mais pour eux.

C’est en substance la critique qu’ont adressé aux industriels les professionnels de l’internet présent au Midem la semaine dernière.

En 2008, 95% de la musique téléchargée sur internet l’a été de façon illégale, réduisant l’usage légal à 5% des pratiques. En 2007, ce chiffré était de 7%. Dans la guerre des usages en matière de musique en ligne, l’industrie n’est plus qu’une force marginale, personne, ou presque, n’a adopté les usages qu’elle à proposé ces dix dernières années.

Pire encore, alors que les sites de téléchargement illégaux de musique cultivaient jusqu’ici une culture underground et technophile qui faisait fuir plus d’un débutant, de nouveaux sites de téléchargement “pirate” font désormais jeu égal avec les meilleurs sites eCommerce. Dans le genre, le petit dernier, Coda.fm, est un modèle du genre, tant pas la clarté de son design que par sa remarquable ergonomie et sa convivialité. Une leçon… humiliante, diraient certains.

Cette défaite dans la guerre des usages s’explique essentiellement par un mécanisme économique simple, que l’industrie n’a pas du tout appréhendé : le Darwinisme.

Tous les investisseurs spécialisés dans les nouvelles technologies et les nouveaux usages (ces derniers sont plus rares) vous le diront. Quand un nouveau marché se fait jour, une multitudes de technologies et d’usages naissent et se concurrencent jusqu’à arriver, par le biais des faillites, des acquisitions et des changement de stratégies, à dégager quelques leaders. Le networking social, la vidéo en ligne, le chat, le bookmarking social… entre l’apparition de la proposition d’usage et le leadership mondial, il se passe quelques années, cinq, tout au plus, beaucoup de morts, et beaucoup d’argent dépensé dans ce qui n’aura été, somme toute, qu’une grande expérimentation qui n’a pas aboutit. Parfois, ont aura la chance d’avoir participé à la création d’un nouveau géant. YouTube, MySpace, Digg…

A ce jeu où la mortalité est très forte, les espèces qui survivent sont celles qui assurent une progéniture nombreuse, afin que, sur le lot, il y ait des survivants qui assurent la relève des générations. Les poissons l’on compris, mais pas les maisons de disque.

En restant intransigeants sur le copyright, en exigeant des avances sur recettes qui constituent une barrière à l’entrée déraisonnable pour quiconque souhaite s’aventurer dans l’expérimentation, les maisons de disque sacrifient leur avenir ; elles l’échangent – au mieux – contre un atterrissage en douceur, plutôt que d’affronter une zone de turbulence.

En pondant plusieurs milliers d’oeufs après chaque fécondation, les poissons savent bien que sur le lot, les méchants – allez, osons le mot – “pirates” (crustacés, poulpes, autres poissons) se nourriront du fruit de leurs entrailles, mais ils savent aussi que, dans le tas, se trouvent ceux qui, demain, continueront à régner sur les océans.

Michael Robertson, le patron de MP3Tunes, qui n’a pu intervenir au Midem que par vidéoconférence, étant retenu aux Etats Unis par un procès pour violation du Copyright, s’est adressé à l’industrie du disque de la façon suivante :

“Quand vous traînez en justice une nouvelle technologie, vous passez à coté de l’occasion de l’orienter dans une direction positive. [...] Il y a beaucoup d’innovation en ce moment [dans la musique en ligne], mais elle vient du coté obscur de l’internet, elle vient des “pirates” qui la pratique de façon clandestine. Ils vous montrent clairement là où se situera l’industrie demain.”

“Vous devez observer [et comprendre] ce que font ces gens, et créer des offres commerciales qui s’en inspirent.”

On n’en est pas là. Pour l’instant, la guerre des usages étant perdue, l’industrie passe désormais à la guerre nucléaire, s’aidant pour cela d’un arsenal juridique au pire dépassé (le Copyright), au mieux, fait sur mesure (Hadopi).

L’exemple du conflit récent entre Warner et YouTube, qui à mené à l’effacement des pistes audio des tous les clips comportant de la musique “Warner”, est à ce titre affligeant. Parce que Warner considérait que ce nouvel usage ne lui rapportait pas assez d’argent, ils ont non seulement tué l’un des moyen marketing les plus populaires de nos jours pour découvrir de la musique, mais surtout saccagé les oeuvres de milliers de leurs plus fervents fans.

Pour la génération Digitale, Warner restera probablement l’empire qui a provoqué la Saint Saint Barthélemy de la Free Culture.

Allez donc en faire des clients demain.

C’est pas gagné.

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6 commentaires pour cet article

  1. Nicolas Cynober

    Moi j’ai décidé de rendre mes mp3.

  2. dust

    très bon article;J’adore cette série dédié à la musique.
    A noter aussi que les Majors gagne énor­mé­ment d’argent avec le Net, sous forme de par­te­na­riats avec la plu­part des gros sites. Mais ça ils ne le vous diront jamais…Leur stra­té­gie semble être , on laisse gros­sir un site inno­va­teur, une fois qu’il y a assez de monde, on fait des pro­cès en vue de se posi­tion­ner pour un par­te­na­riats qui leur sera avantageux.

  3. AbriCoCotier

    L’article est effec­ti­ve­ment très bon.

    Pour y réagir, je dirai que cette guerre des tech­no­lo­gies (anciennes tech­nos déte­nues par les mai­sons de disque, et nou­velles par les pirates), me fait sur­tout pen­ser à un conflit géné­ra­tion­nel, qui se retrouve d’ailleurs dans le sou­tiens des poli­tiques aux même mai­sons de disques.

    En bref, et pour faire simple : les Majors et la poli­tique sont déte­nues par des géné­ra­tions pré-internet (je ne dit pas que c’est mal). Au contraire, la géné­ra­tion inter­net est beau­coup plus jeune. Or, l’ancienne géné­ra­tion a du mal à se faire à l’idée que demain, tout pas­sera par le net. Et c’est là que com­mencent les diver­gences d’opinions… et de décisions.

  4. refpowa

    On en parle ici aussi http://www.codablog.fr/le-telechargement-illegal-stimule-leconomie-et-la-culture/

  5. jbp

    Puisque l’on en ait à faire des ana­lo­gies avec Star Wars et par­ler de côté obscur…etc., je me demande s’il ne fau­drait pas inver­ser les rôles. Ceux qui sont du côté de l’Empire sont plu­tôt les industries. 

    Il fau­drait peut-être que l’on com­mence par inver­ser nos pro­po­si­tions dans nos écrits lorsque l’on traite de ce sujet et appe­ler Pirates, Obscurs, Côté Sombre de la Force… ceux qui répondent à ce qualificatif.

  6. Fabrice Epelboin

    @jbp c’est une option, oui, d’autant que — j’y revien­drais — les grandes indus­tries de la Culture ont com­mencé… sur­prise… en pira­tant les conte­nus. Hollywood, la radio, tous ces joyeux indus­triels ont été des pirates en leur temps… La suite d’ici une semaine ou deux avec la sor­tie en Français de ‘Free Culture’ de Lessig.

3 Trackbacks For This Post

  1. Incomprehension | Le blog d'Arnaud Valliere :

    […] Industrie de l’internet et indus­trie musi­cale s’affrontent de manière vio­lente pour le …, au lieu de coopé­rer à la créa­tion de contenu adapté aux nou­veaux usages des consom­ma­teurs. Laissant les “hackers” rafler la mise. Qui aurait crû lors de sa créa­tion que Napster allait révo­lu­tion­ner la manière dont les inter­nautes écoutent et s’échangent leur musique préférée ? […]

  2. Une semaine sur la toile. « La vie mobile. :

    […] Les Pirates sont-ils les mar­tyrs du Midem ? There can be only one! […]

  3. Ça change, bougeons. « Reflexio :

    […] »: d’un côté on cherche a nous effrayer avec « l’insécurité » et les ban­lieues. On cherche à stig­ma­ti­ser toute une géné­ra­tion on les trai­tant de « pirates » parce qu’ils.… On ins­talle par­tout des camera de vidéo sur­veillance, des radars. Mais ceci n’est que la […]

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