Samedi dernier, Luc Besson, patron et fondateur d’EuropaCorp lançait son plan de soutien à la loi de censure et de répression qui arrivera sous peu à l’assemblée Nationale, Hadopi.
Dans une tribune publiée dans le Monde et lors d’une interview sur Canal+, le réalisateur-producteur-scénariste-etc le plus prolifique de France, l’un des seuls à avoir importé une vision industrielle du cinéma – avec succès – dans notre beau pays, prenait la parole pour élargir le cercle des méchants pirates à quelques sociétés telles que Free et PriceMinister. Un façon habile de ménager la chèvre et le choux, le discours de Besson étant jusqu’ici plutôt inscrit dans une logique populo-démago-gauchiste, il convenait de pondérer ce refus de l’accès pour tous à la Culture par la dénonciation des méchants entrepreneurs.
La Culture, c’est pour les riches
Luc Besson ne s’est pas contenté de dénoncer, il a tenté d’être constructif, en proposant une sortie en VOD des films, concomitante à la sortie en salle pour le prix modique d’une trentaine d’euros (200 francs, tout de même), un paille pour Besson, mais une somme rondelette pour avoir le privilège de voir les productions EuropaCorp sur un petit écran.
Certes, le pricing est ridicule, mais la réalité l’est tout autant, peu de chances que les exploitants de salles voient cette proposition d’un bon oeil, et Besson feint d’ignorer que son secteur est à l’aube d’une recomposition complète, due à un changement de modèle économique, recomposition dans laquelle sa société est certainement la mieux placée pour tirer les marrons du feu de la répression et de la censure qui s’annonce. Ceci expliquant peut être celà. Il s’agit pour le plus brillant industriel Français du cinéma d’être bien placé dans la prise en main qui s’annonce de la culture par le gouvernement. Enfin, prise en main… Confiscation serait peut être plus juste.
Luc Besson sait-il parler Anglais ?
Américanophile, grand exportateur de produits cinématographiques Français sur le sol américain (si ce n’est le plus grand, du moins en terme d’entrées), Luc Besson semble avoir des difficultés avec la langue de Shakespeare. Témoin, sa tribune dans le Monde, où il tombe dans le piège bien connu des élèves de sixième, la traduction du mot ‘Free’.
Il faut dire que l’une de ses têtes de turc, le fournisseur d’accès Free a lui même joué sur l’ignorance des Français en initiant sa marque sur le concept de gratuité, il y a fort longtemps, avant de la recentrer sur la liberté (et ce n’est, nous l’espérons, pas fini).
La “Culture Gratuite” qu’il dénonce dans sa tribune est un faux ami, la traduction de “Free Culture” est bien sûr “Culture Libre”, « Free », comme dans « Free Nelson Mandela », ou le célèbre « Free at last » de Martin Luther King, et ce n’est pas tout a fait la même chose. A vrai dire, il y a toutes les chances que Besson le sache, mais cherche à tout prix à éviter le sujet. Cela tombe bien, les journalistes qui l’interrogent n’y connaissent rien, tout cet amalgame populiste à toutes les chances de passer comme une lettre à la poste.
Luc Besson sait-il compter ?

Pas sûr. Taken est un excellent exemple. La dernière production d’EuropaCorp est un carton absolu, le genre d’aventure dont tout producteur Français rêve, un succès monumental au box office mondial, particulièrement aux Etats-Unis, une gigantesque machine à cash, qui permettra à EuropaCorp de financer bon nombre d’autres films (et pas forcément que des navets, reconnaissons à EuropaCorp le mérite de prendre de temps à autre des risques et de faire de fort jolies choses).
Mais Taken pose un problème d’arithmétique sur lequel Luc Besson reste muet. Si le film est monté à la première place du box office américain, avec près de 25 millions de dollars de recettes la première semaine, et totalise près de 70 millions de dollars de recettes à ce jour, il possède un autre record qui met par terre la totalité de l’argumentation de Luc Besson : il est également dans le top 10 des films les plus piratés de l’année 2008.
Piratage = Vol = Promotion ?
Autant oublier la dernière partie de cette équation, car, si dans le secteur de la musique, elle commence à être évidente pour bon nombre d’acteurs, le cinéma ne veut pas pour l’instant en entendre parler. Qui plus est, le succès incroyable de “Bienvenue chez les Ch’tit”, lui aussi extrêmement piraté (pas dans les mêmes proportions ceci dit, le succès étant contingenté au territoire Français), montre clairement que le piratage de films ne porte pas le moins du monde atteinte aux entrées en salle, pas même aux ventes de DVD.
Alors, en imaginant que Luc Besson sache parler anglais, et sache compter, et donc réalise parfaitement que le piratage de films ne semble pas porter atteinte à son business, que ce monde curieux de la “Culture Libre”, semble bien pouvoir non seulement vivre à coté de la « Culture Commerciale » qu’il défend, mais puisse qui plus est lui être profitable, tout en donnant l’accès à la culture à un nombre bien plus important de personnes, pourquoi un tel soutien de Besson à la censure de Sarkozy ?
Celui qui est le représentant du futur de l’industrie cinématographique Française (que cela vous plaise ou non, c’est un fait) cherche-t-il à s’assurer dans le monde censuré de demain une place de choix ? Au risque de s’aliéner la masse de ses fans (dont on peut parier sans trop de risques que l’essentiel téléchargent en P2P). La suite au prochain numéro, car il y a peu de doutes que Luc Besson y jouera un rôle important dans la défense des lois de censure et de répression à venir, ce n’est pas comme si le gouvernement disposait d’un soutien massifs des créateurs, et tout est bon à prendre. Doc Gynéco n’est plus très crédible, et Mireille Mathieu… hum… comment dire…
A pirate, pirate et demi
En guise de conclusion, une petite présentation faite il y a peu lors d’une soirée Ignite, qui remet un peu les pendules à l’heure sur le terme ‘pirate’… De quoi faire réfléchir Luc Besson sur les rapports qu’entretenait naguère son industrie avec le concept de piratage.
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16 février 2009 à 9:51
Doc Gynéco n’est plus très crédible, oui mais le très est de trop, mais c’est sans compter sur mosey qui lui donne tout le crédit nécessaire auprès de papa, a défaut de celui du public.
16 février 2009 à 10:00
Comme je vois que tu es fan d’europa corp.
http://www.dailymotion.com/video/x80385_europa-corp-parodie_fun
16 février 2009 à 10:05
” Cela tombe bien, les journalistes qui l’interrogent n’y connaissent rien, tout cet amalgame populiste à toutes les chances de passer comme une lettre à la poste. ”
Récemment Mr Epelboin vous êtes entré en contact (et nous avez encouragé à le faire) avec nos députés pour les “informer”, les “éduquer”, leur montrer une autre vision des choses que celle des lobbies. La même démarche ne pourrait telle pas être appliquée avec les journalistes liés au domaine culturel ?
16 février 2009 à 12:43
@JaunMakenro tous les journalistes ne sont pas à mettre dans le même sac, la question divise tout autant cette profession que la classe politique, et ce n’est pas un clivage classique droite-gauche ou journalistes culturels/bloggeurs. Par ailleurs, les députés craignent éventuellement pour une future re élection, les journalistes voient leur tirage s’effondrer, sans pour autant se sentir (ni être) aux commande du navire, c’est une situation particulièrement désagréable pour eux.
Hadopi n’intéresse pas la plupart des journalistes, notamment ceux de télévision qui n’y voit qu’un tas de rumeurs et de vidéo rigolotes, ils s’arrêtent, pour la plupart, à l’équation piratage=vol et ne vont pas plus loin, c’est aussi stupide que immigration=chômage, mais dans un cas comme dans l’autre, ces préjugés ont mis du temps à être combattus.
16 février 2009 à 12:47
Bonjour, j’ai trouvé une analyse intéressante qui lie internet et les nouveaux modes de consommation sur ce site http://www.delitsdopinion.com/1analyses/internet-et-la-consommation-des-menages-366/
ne pensez-vous pas du coup que ce débat soir d’ores et déjà relativement dépassé ?
16 février 2009 à 12:57
@nicolas Je n’ai vraiment rien contre EuropaCorp, ils mixent intelligemment des blockbusters, et ils savent les faire : dans la plupart des cas ce sont des succès aux box office (et même parfois de bon films d’un point de vue ciné) mais ils savent aussi donner leur chance à des jeunes réalisateurs et à des films plus difficiles. En ce sens, c’est une totale réussite, c’est juste dommage qu’ils n’ai jamais pris le temps d’envisager internet comme une opportunité, car s’il est une boite old-média en France qui pourrait faire un carton sur le Net, c’est bien eux.
16 février 2009 à 13:09
Bon article, comme d’hab, d’Eolas > http://www.maitre-eolas.fr/2009/02/16/1318-quelques-lecons-de-droit-a-l-attention-de-luc-besson
16 février 2009 à 13:10
A lire ailleurs :
http://www.maitre-eolas.fr/2009/02/16/1318-quelques-lecons-de-droit-a-l-attention-de-luc-besson
http://www.numerama.com/magazine/12013-Luc-Besson-s-en-prend-au-streaming-qui-n-est-pas-touche-par-la-riposte-graduee.html
16 février 2009 à 13:35
@fabien oui, Eolas est toujours un plaisir à lire ;)
16 février 2009 à 14:27
J’avais écris la dessus hier :D
J’ai par contre adopté une toute autre approche. Pour moi, besson soulève de vrai problèmes, mais pas les bonnes solutions.
Le fait qu’il existe des sites de streaming illégaux, et que ces sites font de l’argent prouve que le « piratage » n’est pas une fatalité. Plutôt que de se battre contre des moulins a vent, l’industrie culturelle devrait en tirer les conséquences.
http://deadal.nix.free.fr/dotclear/blog/2009/02/15/25-quand-luc-besson-point-les-probleme-de-la-culture-et-d-internet
16 février 2009 à 14:55
Luc Besson le soutien Sarkozy refuse l’accès pour tous à la Culture
16 février 2009 à 16:52
Excellente couverture.
Autant j’apprécie les films de Luc Besson, autant je ne supporte pas son combat contre le p2p & le streaming. Pourquoi les combattre alors que ce sont ses alliés ?
vive la culture libre ( aucun amalgame possible en français )
16 février 2009 à 17:04
C’est l’argent qui compte le plus pour M.Besson. N’oubliez pas que Luc Besson se lance à vendre sans vergogne une partie le catalogue BD de Glénat aux Américains, histoire de mettre du beurre dans ses épinards de pauvre. Parle-t-on toujours de problèmes de culture de la part de Besson? Non, tant que ça lui rapporte de l’argent il défendra SA conception de la culture.
16 février 2009 à 19:09
la culture libre dites vous. si je ne m’abuse celui qui produit et réalise un film est libre de décider si son oeuvre sera libre de droits ou non. Un créateur a le choix d’autoriser ou non la diffusion, la copie. Il peut décider d’interdire la réutilisation commerciale. Même une oeuvre sous creative commons est susceptible de servir de base à une action en contrefaçon si son utilisateur a méconnu les restrictions imposées par l’auteur.
Pourquoi un producteur de cinéma perdrait il ce droit ? Qu’est ce qui explique que le droit pour l’utilisateur de télécharger un film prend le pas sur celui de son auteur ?
16 février 2009 à 20:09
@Christophe Vous confondez culture libre et piratage, ce n’est pas la même chose, ne faites pas la confusion dans laquelle Besson essaie de vous faire tomber, ce n’est pas la Culture Gratuite, ce billet concerne la Culture Libre, je vous renvoi à ce livre si vous vous interessez vraiment au sujet. Au passage, vous y découvrirez que la Culture Libre n’est en rien incompatible avec la Culture Commerciale, qui est tout aussi indispensable et importante, il ne s’agit nullement de la remplacer ou de la faire disparaitre.
Pour ce qui est du piratage, le ‘gratuit à tout prix y compris pour ce qui a un prix”, le problème est double : d’une part, le téléchargement n’impacte en rien les ventes, ce billet l’explique en détails mais il est un peu long a lire.
D’autre part, les mesures pour juguler le téléchargement illégal font le sacrifice de libertés que bon nombre considèrent comme fondamentales, et violent pas mal de principes constitutionnels. Ce billet en donne un rapide aperçu, vous en trouverez plein d’autres sur le sujet (tag: hadopi).
16 février 2009 à 20:13
@Sachin Luc Besson défend son bout de gras, c’est normal, après tout, moi aussi, à la différence que mon bout de gras est fait d’idées et que le sien à aussi de l’argent (mais ne manque pas d’idées pour autant, faut pas déconner, qu’on aime ou pas ce que fait Besson, ce type est créatif, ça ne fait aps de doutes).
Le véritable enjeu vis à vis de gens comme Luc Besson est de leur faire comprendre que les deux mondes peuvent cohabiter sans soucis et s’enrichir mutuellement. La cohabitation de l’Open Source et du logiciel commercial montre cela très bien.
Ca prendra du temps, mais c’est faisable.
17 février 2009 à 7:08
le masque est tombé. depuis des années Luc Besson veut psser pour le petit sympatoche,le copain social-democrate. Genre je fais des films mais je m’intéresse à la misère.C’est ce qui marche le mieu dans les médias Oui mais là c’est de son pognon qu’il s’agit,alors attzntion , il est prêt à pactiser avec n’importe qui! Il rigole plus le Monsieur .
La misère c’est rigolo quand c’est les autres.
18 février 2009 à 15:35
Je sors d’un déjeuner où on évoquait le même problème en musique : le piratage. J’avoue que je suis consternée. Prendre de front, fliquer, interdire, punir me semble être les dernières solutions. Ils ne gagneront jamais. Quand vont-ils comprendre que ce n’est pas à “l’internaute ” de s’adapter aux industries mais bel et bien la solution inverse ! Les industries cinématographiques et musicales doivent impérativement s’adapter aux nouvelles règles du jeu. Il n’ y a pas d’autre issue, quoi qu’ils en pensent.
Quant à Luc Besson, ben il doit mal vieillir…comme Seguela. Les années 80, ça laisse des traces apparemment