Vint Cerf : « Nous avons encore 80% du monde à connecter à internet »

vint cerf “D’ici 2010, nous n’aurons plus d’adresses IP disponibles si nous ne faisons pas quelque chose pour résoudre le problème” confiait Vint Cerf à ReadWriteWeb le mois dernier. Celui qui est considéré comme le père de l’internet, aujourd’hui chef évangéliste de Google, souhaite attirer l’attention sur un problème qu’il devient urgent de résoudre.

Avec un nombre sans cesse croissant d’objets, d’ordinateurs et de mobiles connectés à internet, il ne reste que très peu d’adresses IP disponibles, et si l’on prend en compte le fait que seul 20% du monde est connecté à internet aujourd’hui, cela devient un problème majeur et pourrait rapidement constituer un frein à la croissance du réseau et notamment à l’accession à celui-ci de pays en voie de développement. Vous pensez être à abri du problème ? Pas sûr. Le dernier gadget connecté à internet que vous avez acheté est-il compatible avec le protocole IPv6 ?

Pour les moins geeks d’entre vous, petit rappel : une adresse IP c’est un numéro unique, composé de quatre nombres allant de 0 à 255, qui permet d’identifier une machine connectée à internet. Sans elle, pas de connexion. On peut faire une analogie avec un numéro de téléphone : sans numéro de téléphone disponible, pas moyen de raccorder un nouvel abonné.

TCP/IP : c’est quoi ce truc ?

Pour comprendre les enjeux de l’IPv6, il faut revenir en arrière et s’attarder sur TCP/IP.

Tout a commencé en 1969, quand ARPANET (Advanced Research Projects Agency Network, l’ancêtre militaire de l’internet) utilisait un protocole appelé NCP (Network Control Protocol) pour transmettre les données à travers les réseaux. Les protocoles, si on fait une analogie avec les langues, sont indispensables pour permettre aux ordinateurs de parler entre eux.

Coûteux, complexe et lent, NCP était une contrainte et un frein au développement des réseaux, et en 1973 DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), une agence militaire américaine, démarra un programme de recherche connu sous le nom de ‘Internetting project’ destiné à mettre au point un protocole de communication plus efficace.

Le réseau de réseaux qui émergeât de ce programme de recherche fut la base de ce que nous appelons aujourd’hui internet, et les protocoles qui furent développés à cette époque se nommaient la ‘suite TCP/IP’.

A son niveau le plus élémentaire, la partie IP du protocole s’assure que les paquets de données soient acheminées au bon endroit en attribuant à chaque machine connectée au réseau un numéro d’identification unique. TCP, lui, s’occupe du transfert proprement dit.

Le premier janvier 1983, NCP fut déclaré obsolète quand ARPANET passa au protocole TCP/IP, ce qui marqua la naissance officielle de l’internet (cette date est symbolique, on pourrait tout aussi bien considérer que la naissance de l’internet est concomitante avec le début du programme qui donna naissance à TCP/IP, en 1973).

De v1 à v6

Selon Living Internet, après que Vint Cerf et Robert Kahn aient conçu TCP/IP, DARPA passa un contrat avec trois sites pour développer des versions opérationnelles : BBN, Stanford et la University College of London, quatre versions, améliorées de façon incrémentales, de TCP/IP furent développées. TCPv1 et TCPv2, qui donnèrent ensuite naissance à TCPv3 et IPv3. Une version stable, TCPv4 et IPv4 fut ensuite mise au point, c’est ce protocole que nous utilisons aujourd’hui.

IPv4 utilise des adresses codées sur 32 bits, ce qui le limite à 4,294,967,296 adresses uniques possibles. Mais comme certaines sont réservées à des usages spécifiques, cela réduit d’autant le nombre d’adresses disponibles.

IPv6, qui code les adresses sur 128 bits augmente de façon (très) significative le nombre d’adresses uniques potentielles (3,4e+38, soit un peu plus de 340 trillions de trillions de trillions). Qui plus est, le protocole corrige certaines failles du protocole précédent, notamment en matière de sécurisation de données.

IPv6 devrait remplacer petit à petit IPv4, les deux protocoles devraient fonctionner parallèlement durant de nombreuses années.

Mais où est passé IPv5 ?

La plupart du temps, les discussions portant sur le passage d’IPv4 à IPv6 amène des interrogations sur le sort réservé à IPv5. Ce dernier était un protocole expérimental destiné au streaming audio/vidéo. Selon Rafii Krikorian, un protocole nommé ST, pour Internet Stream Protocol, a été créé à la fin des années 70, pour être révisé deux décennies plus tard et devenir ST2. A ce stade, il fut implanté dans des projets commerciaux par IBM, NeXT, Aple et Sun. ST et ST2 s’étaient déjà accaparé la dénomination v5 selon Krikorian, et comme il ne résout en rien le problème du nombre d’adresse IP disponibles, il n’est pas reconnu véritablement comme un standard aujourd’hui.

Nous allons être à court d’adresse IP

La mise au point d’un protocole réseau unique était une étape importante pour la mise en place et le développement d’un monde de réseaux interconnecté (inter-net), mais personne à l’époque ne pouvait imaginer le développement considérable qu’à connu internet plusieurs décennies plus tard, et le tarissement d’adresse IP qui en résulterait.

“Ma seule excuse est que cette décision a été prise en 1977, à une époque où il n’était pas évident qu’internet marcherait”, a confié Vint Cerf récemment, ajoutant que “une adresse codée sur 128 bits semblait excessif à l’époque”.

Voici la vidéo enregistré par ReadWriteWeb au SMX West 2009, où Vint Cerf nous parle d’IPv6 et de l’importance de passer à ce protocole.

En bonus, quelques vidéo de Vint Cerf sur…

L’importance d’un internet libre et ouvert

Une intervention faite en Afrique du Sud où Vint Cerf souligne l’importance pour le développement de l’internet de le garder libre et ouvert.

Le futur de l’Internet

Une intervention faite à Sophia en Bulgarie où Vint Cerf souligne l’importance, pour le developpement économique et sociétale de l’internet, de la façon dont les gouvernement abordent légalement la place de l’internet.

L’internet des objets

L’un des développement à venir de l’internet (très consommateur d’adresse IP, au passage), et qui est appelé devenir de plus en plus visible dans la décennie à venir.

Qu’est ce que la Net Neutrality (une longue conférence-débat)

Un enjeu peu connu en France, sur le point d’être mis à mal par la loi Hadopi, et qui est pourtant d’une importance critique pour le développement d’un internet libre et démocratique.

Ce billet à été publié dans l’édition US de ReadWriteWeb et dans le New York Times.
Photo d’ouverture en Creative Commons de Obliterated

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  1. Nouvelles frontières ? | traffic-internet.net :

    […] que cette expé­ri­men­ta­tion n’a jamais pris fin et que l’on vit toujours avec”. Comme le confiait récem­ment Vinton Cerf : “D’ici 2010, nous n’aurons plus d’adresses IP dis­po­nibles si nous ne fai­sons pas […]

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