Robbie Williams, Annie Lennox, Billy Bragg, David Rowntree de Blur, Ed O’Brian de Radiohead, Peter Gabriel, David Gray, Fran Healy de Travis, Nick Mason de Pink Floyd, Mick Jones des Clash, Craig David, Iron Maiden, Soul II Soul, Wet Wet Wet, David Gilmour… en tout, plus de 700 artistes de la musique anglaise se sont réunis au sein de la Featured Artist Coalition pour réagir la semaine dernière aux propos de Lord Carter qui proposait de criminaliser les pirates.
Dans une déclaration faite au journal Anglais The Independant, Bragg a affirmé que la plupart des artistes ne souhaitaient pas qu’une législation permette de criminaliser le téléchargement illégal. Ils souhaitent cependant que les sociétés telles que MySpace et YouTube soient obligées de rémunérer les artistes quand elles monétisent des contenus musicaux.
Les artistes anglais semblent vouloir prendre en main eux même la défense de leurs droits sur internet, et surprise, leurs positions est fort éloignée de celles des lobbys de l’industrie. A une époque où l’internet est pour eux une occasion unique de tisser des liens étroits avec leurs fans, ils regrettent que “l’industrie musicale prenne le chemin de la criminalisation de nos fans”.
“Si nous suivons l’industrie de la musique sur ce chemin, nous ne ferons que faire parti d’un mouvement protectionniste. C’est comme essayer de faire ‘rentrer le dentifrice dans le tube’ (trying to put toothpaste back in the tube)’.
“Les artistes devraient posséder leur propres droits et être en mesure de décider si leur musique peut être utilisée gratuitement, et quand elle devrait être payante”.
Le combat de la Featured Artist Coalition porte sur différents point parfaitement définis qui, même s’il se rapportent à la situation anglaise, ont vocation à devenir une plateforme universelle de revendication pour les artistes à travers le monde.
- Un accord signé par l’industrie de la musique qui garantirait aux artistes de recevoir une compensation juste à chaque fois que leurs partenaires commerciaux percoivent un bénéfice de l’exploitation de l’œuvre de l’artiste.
- Que tous les transferts de copyright se fassent par le biais de licences et soient limités à 35 années.
- Que les droits soient monétisés pour le compte de l’artiste ‘vedette’ et de tous les autres qui l’accompagnent sur l’œuvre
- Que les détenteurs de copyrights soient obligés de suivre une règle dite du ‘utilisez-le ou perdez-le’ par rapport aux copyrights qu’ils possèdent.
- Que les droits des musiciens devraient être les même que ceux des auteurs (compositeurs, parolier, arrangeurs).
Dans une déclaration à Lord Carter, le partisant anglais de la criminalisation des pirates, la Featured Artist Coalition a déclaré qu’elle “souhaitait être du coté des fans”. Ed O’Brian de Radiohead, l’un des groupes de musique les plus en pointe dans son utilisation d’internet a ajouté qu’à une “époque charnière pour l’industrie [...] beaucoup de droits et de flux de revenus sont en train d’être morcelés et nous avons besoin de nous faire entendre… Je crois que les acteurs du secteur veulent entendre ce que nous avons à dire”.
De son coté, Brian Message, l’un des manager de Radiohead déclarait « Il est temps pour les artistes de s’unir pour faire entendre leur voix et défendre leurs intérets. Le monde du numérique change rapidement et de nouveaux contrats sont signés sans arrêt, mais la plupart du temps sans la moindre référence à ceux qui font la musique. Jetez un oeil aux récentes législations [...] concernant le partage de fichier faites entre les maisons de disque, le gouvernement et les fournisseurs d’accès internet. Les artistes n’ont pas été impliqués. La Featured Artist Coalition aidera les artistes, jeunes et vieux, connus ou pas, à conduire le changement necessaires à leur industrie dans leur intérêt et celui de leurs fans ».
(merci à Carole Landais pour la relecture ;)













23 mars 2009 à 20:43
Je découvre ton site suite à ton article sur un autre blog.
Très interessant.
On remarque tout de même que tous les artistes veulent se faire payer (« Ils souhaitent cependant que les sociétés telles que MySpace et YouTube soient obligées de rémunérer les artistes quand elles monétisent des contenus musicaux. » ; « Un accord signé par l’industrie de la musique qui garantirait aux artistes de recevoir une compensation juste à chaque fois que leurs partenaires commerciaux percoivent un bénéfice de l’exploitation de l’œuvre de l’artiste », etc etc)
Bref, on voit bien qu’ils ne veulent pas que l’on criminalise leurs fans/pirates, c’est normal. Leur image d’artiste en deviendrait déplorable. Et c’est sur leur image qu’ils gagnent leur vie. Mais à mon avis, ne leur parlez pas de piratage ! Ils veulent qu’un nouveau modèle économique soit trouvé. Depuis la disparition des DRM, ça commence à être très interessant, un album revenant à moins de 10 €.
Je pense que c’est les personnes qui pensent que tout est gratuit qui font partie de « l’ancien internet », une nouvelle génération commence à acheter des titres, que ce soit pour les mobiles, que pour les lecteurs MP3.
Alors, non, pour te répondre, je ne suis pas du tout surpris par ton article.
A+
23 mars 2009 à 21:37
@Bertand Tous les chiffres montrent que les plus jeunes piratent plus encore que les « anciens », désolé de te contredire. Au Canada, par exemple, une écrasante majorité d’utilisateur internet considèrent que c’est normal de pirater… (ce qui ne justifie rien, mais pour ce qui est d’imaginer une nouvelle génération qui achèterait des CD, alors là, on en est très très loin).
Ceci dit, les artistes veulent etre payés, c’est évident, et la plupart d’entre eux ne gagnent quasiment rien sur les albums, ce sont les maisons de disque et la distribution qui empochent l’essentiel de ces revenus. Les artistes ont infiniment plus de facilité à considérer la gratuité des mp3, car toutes les études montrent que cela drainent des gens aux concerts…et là, les maisons de disque ne gagnent rien ;)
23 mars 2009 à 22:37
Mouai : là je ne vois qu’une faible lueur d’espoir, mais je ne suis pas prêt à y croire.
Je veux dire par là que c’est très bien que les artistes commencent à se réveiller, mais d’ici qu’ils arrivent à arrêter le mouvement global de pénalisation du P2P, ben on est pas arrivé. Ben oui : comme tu le dit toi même, Fabrice, ça fait depuis longtemps que les artistes sont (comme les consommateurs) les dindons de la farce, donc je ne vois pas pourquoi du jour au lendemain, les maisons de disques vont commencer à les écouter (surtout que seuls quelques artistes anglais se réveillent : d’ici à faire bouger tous les autres, il y a plus qu’un pas !).
23 mars 2009 à 22:40
Allez Louis, un peu d’optimisme, que Diable, même Martin Lallande, le député qui a sponsorisé les Assises du Piratage à l’Assemblée (une vaste opé de propagande) propose aujourd’hui un amendement qui transformerait la coupure en amende…
Cheer up !!!
23 mars 2009 à 23:11
Ben quand on voit les bêtises monumentales qu’ils parviennent à sortir (on peut citer Lefebvre, Morano, Albanel, Marland-Militello…), et quand on considère la très faible probabilité qu’ils acceptent un jour de reconnaitre qu’ils ont eu tord, on en arrive à ne plus beaucoup espérer qu’un jour ils se raisonnent et abandonnent leurs idioties.
De surcroît, je remarque jour après jour que ce débat (celui de la loi Création et Internet, et par extension celui de la nouvelle économie/culture/consommation numérique), ce débat ne perce pas dans les médias. Non : les grands sujets à l’heure actuelle sont la crise et le sida (je ne nie pas que ces sujet sont importants, bien sûr), mais personne ne semble avoir remarqué qu’à l’Assemblée Nationale, on est en train de faire une bourde monumentale. En plus, je me sent de plus en plus idiot : quand je vois qu’autour de moi, ça fait longtemps que les plus jeunes (mon frère de 10 ans) utilisent Allostreaming, avant même d’avoir entendu les noms d’Emule ou de Bittorrent, j’ai l’impression que je « milite » pour pas grand chose, finalement…
23 mars 2009 à 23:24
Que ton petit frère soit déja passé aux sites de downloads plutôt qu’au p2p est plutôt drôle, et momntre à quel point cette loi est idiote, mais il utilise malgré tout une techno primitive et limitée (par rapport à eMule ou Bittorent), dont le potentiel d’innovation ne doit pas être freiné par une loi idiote (think Skype)…
Pas mal le site de ton frère, ceci dit ;)
24 mars 2009 à 0:12
L’article de The Independant traduit chez Framablog : http://www.framablog.org/index.php/post/2009/03/12/hadopi-voix-artistes-grand-francois-featured-artists-coalition
24 mars 2009 à 8:25
Tiens en plus c’est vrai qu’il subsiste une belle hyprocrisie (pour le moins) : on veut taxer les consommateurs, on veut taxer Deezer (via HADOPI j’entends), par contre, les majors s’écrasent devant Youtube et les éléphants du web. Bizarre.
24 mars 2009 à 9:23
Malheureusement non, les majors ne s’écrasent pas devant YouTube, elles touchent des sous (pas beaucoup, il faut être honnête), reste à voir si les artistes les touchent à leur tour (ce qui n’est pas si évident)
http://fr.readwriteweb.com/2009/01/15/divers/youtube-censure-les-piste-audio-copyrightes-des-videos/
http://fr.readwriteweb.com/2009/02/04/a-la-une/contenus-effaces-sur-youtube-eff-prepare-une-riposte-juridique/
24 mars 2009 à 11:36
Le sens de la contestation des artistes s’est justement que tout l’argent généré par le numérique va dans les poches des majors et non dans celles des artistes! Il existe un vrai clivage entre les artistes et les majors.
La procédure d’eminem contre Universal porte la même contestation.
La prochaine vague de déstabilisation du secteur viendra des artistes car ils se rendent compte qu’ils se font avoir!
24 mars 2009 à 11:41
D’ailleurs les majors non seulement ne s’écrasent pas devant les Youtube mais elles se montrent tout aussi affamées que face à un deezer en réclamant des conditions léonines….
Ce qui explique d’ailleurs que Deezer se meure ou que Warner n’est plus dans youtube!
24 mars 2009 à 11:48
@johnndo En effet, le problème est finalement très similaire à celui qui a donné lieu à la grève des scénaristes l’année dernière à Hollywood (ils réclamaient des revenus liés au numérique dont ils avaient été exclus), c’est dire si les artistes ne sont pas prêt de s’en sortir tant ils n’ont pas à ce jour de moyens d’action aussi puissants…
24 mars 2009 à 11:50
D’ailleurs, au sujet du clash entre les majors et les acteurs du web tels que YouTube, je vous invite à lire
http://fr.readwriteweb.com/2009/01/26/divers/les-pirates-sont-ils-les-martyrs-du-midem/
24 mars 2009 à 12:42
Enfin une réaction communes des premiers concernés par toute cette affaire !!
Parce que pour l’instant, à pars les Pagny, Dutronc et autres James Blunt qui montaient au créneau pour tirer à vue sur cette génération de criminel venus pourfendre leur compte en banque, on n’entendait pas beaucoup parler des véritables artistes, « majorés » ou non.
Je suis donc très heureux de voir du mouvement, la sortie de cette « politique de l’autruche » pour la source même de cette polémique.
On assiste actuellement à un combat opposant les géants mourants de la distrib’ culturelles, les géants naissants à … une grande (majeure ?) partie de leur clientèle, combat où les artistes ne font figures que de faire valoir, d’excuse…
Alors qu’ils sont les seuls à réellement posséder la solution.
Ils n’ont plus qu’à prendre leurs responsabilités, quitte à y perdre en revenu, et ne pas agir comme tous ces conglomérats qui préféreraient ficher à Interpol 50% de la planète plutôt que de revoir leurs marges à la baisse.
24 mars 2009 à 16:09
@Johnndo : En fait, je disais que les Majors s’écrasaient parce qu’elles n’ont pas encore réussi à faire (complètement) plier Youtube, alors qu’elles ont rapidement muselé Deezer. Bref : deux poids, deux mesures.
@Raphaël W : Je crois que d’une part tu as raison, mais que d’autre part on peut déjà voir une lueur d’espoir. Dans la loi HADOPI, on ne considère plus que la coupure de l’accès internet du pirate, mais plus désormais sa criminalisation, mesure que les majors auraient préféré à mon avis. Donc elles sentent que leur fin est venu, même au plan politique/juridique, où la criminalisation de tous les téléchargeurs commence à paraître comme une idiotie absolue (et il y a de quoi !).