En pleine fièvre hadopique l’Education Nationale lance le 26 mars un grand jeu en ligne pour les collégiens français, ChercheNet. L’objectif est de leur inculquer un usage « citoyen et responsable » d’Internet. Surprise : c’est Google France qui est maitre d’ouvrage, avec la société Calysto. Démarche désintéressée ou pédagogie sponsorisée ?
En fait, c’est l’Education Nationale qui se rallie à une initiative « privée » qui en est cette année à sa deuxième édition, et qui en devient le « sponsor » officiel. C’est un peu le monde à l’envers pour une institution comme notre « mammouth » (comme aimait à l’appeler Claude Allègre).
Un jeu taillé sur mesure pour Google
Le but à atteindre en 3 semaines est simple : il s’agit « de répondre à 10 questions/enigmes. Pour cela, les élèves doivent se servir de l’Internet en tant qu’outil de recherche ainsi que des différents logiciels proposés pour optimiser et orienter leur navigation et les aider dans la résolution des énigmes. »
Un kit pédagogique est fourni aux professeurs, et les élèves doivent relater leur parcours dans un blog. Si l’on jette un coup d’oeil au fameux « kit », « véritable mode d’emploi des outils du numérique » comme écrit sur le site, on s’aperçoit qu’il s’agit… d’un mode d’emploi pour les services de Google !
Apprendre à faire une recherche (sur Google), à créer un blog (sur Blogger), à utiliser les outils de cartographie (Google Maps et Earth) ou de bureatique (Google traduction, agenda ou document). La dernière page du document est consacrée aux logiciels libres, l’honneur est sauf… mais bien maigre.
Mais on a déjà vu mieux comme outil pédagogique « neutre ». Côté Ministère, on se défend de toute « marchandisation » du savoir ou de la pédagogie : « S’il était obligatoire d’utiliser Google, nous n’aurions pas autorisé l’opération. ». Belle hypocrisie que celle-ci, car à la lecture des documents de travail il n’est mentionné (à l’exception de facebook) aucune alternative en termes d’outils à utiliser. Il faudra donc compter sur le savoir des professeurs (souvent peu au fait de ce qui se fait sur le Net) ou la curiosité des élèves à utiliser MSN, Yahoo ou Exalead, ou bien aller découvrir des outils comme Dotclear, Wordpress ou un Wiki.
Quel objectif pour la firme de Mountain View ?
Le marché de l’éducation est crucial et depuis très longtemps trusté par les sociétés américaines high-tech en France : prêts de machines (Texas Instrument), licences à prix éducation (Microsoft, Apple), voire ordinateurs à prix réduits (dans les écoles de commerce notamment). L’objectif étant bien sur d’habituer au plus jeune le futur consommateur pour ses achats futurs.
Or les temps changent… et les machines ne sont plus le nerf de la guerre. Désormais, c’est sur le Net où la bataille fait rage, tout pouvant se faire en ligne via un navigateur.
Comme mentionné sur le site, « le moteur de recherche Google a pour vocation de rendre les nombreux contenus du web accessibles facilement.Google entreprend dans le monde de nombreux projets d’éducation au web, persuadé que le développement durable d’Internet est conditionné à un usage averti et responsable des outils du Web. »
En clair, éduquer au plus vite au « réflexe » Google, c’est pouvoir être sûr de garder 70% de part de marché mondiales et donc continuer à faire tourner à fond la machine AdWords et AdSense. Tout cela parait de bonne guerre, mais pose question quand à la présente aussi forte d’une marque dans un programme pédagogique soutenu par l’Education Nationale.
Et surtout, interroge quant à la capacité de cette dernière à fournir des programmes sensibilisant aux nouvelles technologies en adéquation avec les besoins et savoirs des élèves. La vénérable institution serait-elle aussi dépassée sur ce point, quitte à devoir se raccrocher officiellement à une initiative extérieure ?
Nous n’en sommes pas à apprendre à compter avec Ronald McDonald comme dans certains manuels scolaires américains, mais on commence à s’en rapprocher…
A noter enfin, dans la rubrique « presse » des fiches génériques pour mieux protéger les enfants sur le net : cette fois-ci il s’agit carrément de fiches rédigées par le service de communication de Google.
En revanche, aucune trace de fiche pratique sur l’Hadopi et ses sanctions basées sur la présomption de culpabilité. Pour la version de l’an prochain peut-être ?
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24 mars 2009 à 11:37
Wow… Impressionnant… Don’t be Evil ?
Au passage, le paragraphe sur le logiciel libre a du être re writé à la va-vite, c’est Framasoft qui va être content :
“L’expression « logiciel libre », traduite de l’anglais free software, fait référence à la « liberté d’expression » et non pas au prix. C’est pourquoi ils sont souvent téléchargeables gratuitement sur l’Internet et peuvent être copiés légalement par tous. Le logiciel libre s’oppose au logiciel dit propriétaire, qui ne fournit pas les éléments pour le modifier et ne permet pas de le partager.
En revanche, le logiciel libre garantit un certain nombre de libertés à ses utilisateurs : la liberté de l’utiliser pour quelque usage que ce soit, celle d’en redistribuer des copies et enfin la liberté de le modifier et de rendre publiques les modifications (il s’agit d’une obligation légale, pas d’une liberté). ”
24 mars 2009 à 11:40
Salut Damien.
Ton article m’inspire de multiples remarques. Je vais tenter d’être exhaustif :
* “on s’aperçoit qu’il s’agit… d’un mode d’emploi pour les services de Google !” C’est complètement vrai. Mais est-ce mal d’éduquer à des outils certes propriétaires, mais de grande qualité ? Je crois que c’est mieux que rien (et je dit cela aussi pour des outils tels que Microsoft Word & Excel, c’est dire).
* “le savoir des professeurs (souvent peu au fait de ce qui se fait sur le Net)” : Le niveau des professeurs est en moyenne le même que celui des gens de cette classe d’âge. Les professeurs agés n’y comprennent globalement rien, alors que les “jeunes recrues” sont plus au fait de ces technologies, mais bon, c’est pas la panacée non plus…
* “la curiosité des élèves à utiliser MSN, Yahoo ou Exalead, ou bien aller découvrir des outils comme Dotclear, Wordpress ou un Wiki.” : Vaste blague. A part MSN Live Messenger pour kikoololer, à part Wikipédia pour pomper leurs exposés (j’en sais quelque chose), je ne crois pas que la culture web moyenne va plus loin.
* “éduquer au plus vite au “réflexe” Google,” : C’est clair que c’est ça qui veut être fait, mais comme je le disait tout à l’heure, je préfère voir quelqu’un qui ne s’y connait pas utiliser Google que le moteur de recherche par défaut sur son ordi (MSN Live Search, ou encore Orange Search), car il est globalement moins efficace.
* “La vénérable institution serait-elle aussi dépassée sur ce point, quitte à devoir se raccrocher officiellement à une initiative extérieure ?” : La réponse est oui, bien sûr. Pourquoi les membres de l’éducation nationale seraient-ils plus qualifiés que ceux du ministère de la culture ?
* “A noter enfin, dans la rubrique “presse” des fiches génériques ” : Ça, c’est impressionnant à voir. A croire que les personnels de l’éducation nationale n’ont pas bien compris que Google n’est pas une institution nationale française (un “service public”), mais bien une entreprise américaine cotée en bourse, ce qui n’est pas exactement la même chose…
* “aucune trace de fiche pratique sur l’Hadopi et ses sanctions basées sur la présomption de culpabilité” : De toute façon, même si ils avaient voulu, le ministère de la culture/les majors l’aurait fait enlever
24 mars 2009 à 16:35
Dommage que ce ne soit pas en collaboration avec des startups françaises comme Babygo (http://www.babygo.fr/) un moteur de recherche fait spécialement pour les enfants. Quitte à avoir du sponsoring privé dans les cours d’écoles, autant que ce soit des boites françaises, non ?
24 mars 2009 à 18:27
@Renaud : Ca s’appelle du protectionnisme, et je ne crois pas que ce soit bien vu au niveau européen…
25 mars 2009 à 0:59
@AbriCoCotier : je suis le premier à reconnaitre que les outils de Google sont d’excellente qualité, ergonomiquement fiables et surtout gratuits.
Et d’ailleurs ce n’est pas tant la présence de Google qui me gène : pour un programme éducatif qui est censé inculquer de la distance aux informations et expliquer les principes de recoupements des sources, je trouve en revanche que c’est tout le contraire qui est posé dans les faits !
Même si les autres sont “moins bons”, la richesse du web c’est d’aller voir ailleurs, de pousser à la curiosité, et pas seulement en passant par la porte de Google (qui va devenir le 3615 du web à la fin). Car quand Google éternue (Gmail qui bégaie par ex), à force le monde s’enrhume…
Pour Hadopi, c’était une boutade ;)
27 mars 2009 à 13:01
@Damien : Je crois que Google est déjà le 3615 du web. Regarde le nombre de gens qui assimilent internet à Google et à leur navigateur ! Aujourd’hui, qui sait que Yahoo! fournis des résultats quasiment aussi bons que ceux de Google (cf l’analyse de Jean Veronis) ?
Même les profs croient que Google est actuellement la seule porte d’entrée/moteur de recherche du web !
Donc en soit, je crois que ce document révèle finalement une chose : le niveau médiocre des gens de l’éducation nationale en la matière, et qu’ils se sont fait rouler dans la farine par les commerciaux de Google :D
28 mars 2009 à 1:10
Hello Damien toi qui travaille chez ORANGE je me demande si tu n’est pas mal placer pour commenter tout cela
29 mars 2009 à 21:33
@Hello COCO : cher courageux lecteur (qui ne laisse pas de lien URL associé à son pseudo), je ne vois pas en quoi le fait d’être salarié d’une société (faut bien gagner sa vie) telle que celle que tu cites peut interférer avec mon activité personnelle et mon libre arbitre tel que je le met à l’oeuvre pour ReadWriteWeb. Je te suggère de relire tous les articles que j’ai pu écrire sur ce site pour te que tu sois convaincu de ma liberté de pensée…
Inutile d’écrire en majuscule, selon la Netiquette cela s’assimile à hurler. Or inutile de croire que tu viens de trouver là un scoop, je n’en fait nullement secret il suffit de taper mon nom dans Google pour le savoir immédiatement.
En revanche attention aux fautes d’orthographe, rien de tel pour décrédibiliser un commentaire qui n’apporte rien à ce débat, à moins que tu n’es d’autres arguments à faire valoir. J’y répondrai avec plaisir.