Le gouvernement anglais lance sa révolution internet

gordon brown Le premier ministre Anglais, Gordon Brown, a annoncé la semaine dernière un ensemble de mesures rassemblées dans un document intitulé “Travailler Ensemble – Les Services Publics à vos cotés” qui a pour but de révolutionner les rapports entre les citoyens anglais et leurs services publics.

Les Anglais pourront bientôt déposer leurs commentaires sur les hôpitaux, les dentistes, les pharmacies, les opticiens ou encore les écoles, sur de nouveaux sites webs qui seront lancés dans le courant de l’année. Ces sites de feedback, à la façon de services comme eBay ou Amazon, sont censés aider à améliorer les services publics et de les rendre plus humain pour les usagers.

“En donnant au peuple des informations sur les services publics, nous lui donnons le pouvoir sur eux, le pouvoir de les modeler et de les transformer” a déclaré Gordon Brown. L’impact de ces services souhaité par le gouvernement Anglais est de permettre aux usagers d’influencer sur la façon dont les services publics travaillent pour les citoyens.

“Nous dessinons un monde nouveau de responsabilités dans lequel les parents, les patients, et les communautés pourront façonner les services qui leur seront rendus, et nous nous assurons que nos services publics ne répondent pas seulement au gouvernement mais également à la voix des usagers”.

“Les utilisateurs d’internet considèrent comme une évidence d’avoir accès à des commentaires d’utilisateurs avant d’acheter quelque chose sur eBay ou sur Amazon, et pourtant, nous n’avons pas accès à de tels commentaires avant de choisir un hopital ou une maternelle. [...] Il existe clairement un déséquilibre en notre défaveur quand on voit que les entreprises en ligne ont des critères de qualité et de transparence supérieurs à ce qu’offrent les services publics que nous payons tous et que nous soutenons”.

“La mise en place [de ce plan] sera une révolution de l’information qui permettra aux parents, aux patients et aux citoyens de partager leurs informations et leurs expériences concernant les performances des écoles, des hôpitaux ainsi que des forces de polices”.

Pour Gordon Brown, l’année 2009 sera “une année de grand changement pour la façon dont les services publics sont rendus”,il a par ailleurs promis que les investissements de ce programme ne fléchiraient pas, malgré la crise.

Les premiers sites verront le jour en mai et leur mise en place s’étendra sur l’année 2009 pour finir l’année prochaine.

La tentation du populisme

De nombreuses voix au sein du service public anglais se sont élevés pour dénoncer le risque d’une course à la popularité et d’une approche consumériste à la notion de service public. Le Docteur Hamish Meldrum, porte parole de la Bristish Medical Association a ainsi déclaré à la BBC que “l’idée qu’un traitement médical fait à l’hôpital puisse être aussi facile à noter qu’un hôtel est simpliste. Il y a un risque que cette initiative réduise les soins hospitaliers à une course dénué de sens à la popularité, encourageant des pratiques perverties qui se focaliseraient sur le superficiel”.

Le problème est réel, mais il a été déjà vu sur la plupart des sites qui se nourrissent des feedbacks de leurs utilisateurs, avec il est vrai, plus ou moins de succès. Il serait présomptueux d’affirmer aujourd’hui que la gestion de communauté de feedbacks (telles qu’elle est pratiquée sur eBay, Amazon, IMDB ou Digg) est une science maîtrisée au point de l’appliquer sans risques à quelque chose d’aussi important que le service public au sein d’une communauté d’utilisateurs aussi grande que les citoyens d’un pays.

On imagine également – à la façon de la ‘mafia de Digg’ que des dérives possibles d’un tel outil sont tout a fait possibles, même si, là encore, de tels comportements ont déjà été identifiés et que l’on sait, aujourd’hui, comment les compenser de façon algorithmique.

Au minimum, il faudrait pour qu’un tel service soit envisageable, le batir sur un socle d’identités certifiées, ce qui n’est pas sans rappeler l’interview donnée par NKM au Figaro la semaine dernière dans laquelle elle rappelait son attachement à ce concept.

Faut-il laisser faire le privé ?

En France, on reste – ou on retourne, c’est une question de point de vue – au moyen âge digital, et contrairement aux USA ou à l’Angleterre, il n’est pas prévu de programme d’e-administration autre que de simples formulaires en ligne et encore moins d’e-démocratie. Certains partisans des services public à l’ancienne pourrait s’en réjouir… Bien que.

L’initiative ‘notetonprof’ aura tenté de mettre en place, à l’initiative du privé, un petit morceau d’un tel programme. Le site a été vite fermé suite à la pression des lobbys de l’enseignement (ou syndicats, on appelle cela comme on veut), mais cette petite victoire n’est qu’une illusion tant le mouvement qu’initie le gouvernement anglais aujourd’hui est absolument inévitable.

La seule véritable question est de savoir qui sera, en France, au contrôle de telles initiatives. Est-il préférable que l’état ou les régions mettent en place et contrôlent de tels systèmes ou faut il, comme on en a l’habitude en France, attendre, au risque de voir des initiatives privées se faire jour et finir par s’imposer, quitte à se retrouver d’ici quelques années avec des classements utilisateurs gérés par des sociétés privés.

Aujourd’hui, la presse a déjà depuis de nombreuse années le monopole des classements de ce type. On voit ainsi chaque années les grands hebdomadaires proposer un classement des lycées, des universités, des écoles ou des hôpitaux sans que cela ne choque grand monde. Le passage de ces classements à une dimension sociale via le web est dès lors inévitable, inutile de jouer à l’autruche.

Il est temps d’y réfléchir afin de ne pas se retrouver victimes, demain, de tels systèmes, et de faire en sorte qu’il apportent de réels services aux citoyens, car que cela vous plaise ou non, ils arriveront en France, quoi qu’il arrive.

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7 commentaires pour cet article

  1. Alexis

    Considérer que le web est le lieu d’expression per­ma­nent de la satis­fac­tion, voilà une démarche dont le prag­ma­tisme est une leçon qui vaut bien au delà des ser­vices public et s’applique aux marques et à la consom­ma­tion toute entière.
    Une approche pleine et entière du Service, en fait, et c’est sans doute dans l’acceptation de la plé­ni­tude de cette notion que se situe le pro­blème en France. L’e-administration n’a jamais pro­cédé d’un “ser­vice”, mais a toujours été orienté dans une logique de réduc­tion de coûts et de pro­duc­ti­vité. Une chose qui pro­cède des conséquences plus que du but.
    Encore récem­ment, on enten­dait NKM (re)découvrir les “usages”, un gen­til mot usé à force de le pro­non­cer sans lui don­ner une réa­lité depuis plus d’une décen­nie main­te­nant (remem­ber le grand raout d’Hourtin pour ceux qui s’en sou­viennent).
    Tant qu’il n’y aura pas une vraie VISION, telle qu’on l’entrevoit aux USA ou donc en Angleterre, une vision qui prenne en compte le web pour ce qu’il est, il ne se pas­sera RIEN ou unique­ment de nou­vaux outils. Et les outils sans sens à leur don­ner, ça ne fait pas rêver.

  2. anham

    Il est cer­tain que la trans­pa­rence, si elle est requise pour favo­ri­ser une meilleure évalua­tion, par les usa­gers, de leurs ser­vices publics, n’est pas suf­fi­sante. Les gou­ver­ne­ments doivent sur­tout s’attacher à cana­li­ser le débat public, à éviter les dérives et invec­tives, les récits trop per­son­nels et subjec­tifs qui n’offriraient pas les bons fon­de­ments aux déci­sions à prendre.

    L’écoute des “doléances” (on en revient à nos clas­siques) est tout un art. Les gou­ver­ne­ments et les diri­geants poli­tiques ont l’habitude de par­ler, pro­po­ser, déci­der bien plus qu’ils n’écoutent, com­prennent, arbitrent. On ne s’improvise pas ani­ma­teur du débat public, il y a des règles à res­pec­ter, une manière et un ordre de pré­sen­ta­tion des sujets, un choix de mise en avant de cer­taines contri­bu­tions, des temps de flux et de reflux du débat à accepter.

    Bref, que les gou­ver­ne­ments pensent aussi à orga­ni­ser le débat, et pas sim­ple­ment à le per­mettre — voir par exemple ce que le minis­tère de l’Ecologie a fait en France avec le Grenelle de l’Environnement, avec un bon séquen­cage du débat public :
    http://www.pr2peer.net/publique/

  3. AbriCoCotier

    Wahooo ! Quel article ! On me l’aurait dit de vive voix que je ne l’aurait pas cru (mais là je le lit sur RWW, et on est pas le 1er avril donc ça va).

    Un tel mou­ve­ment vers l’internet est tel­le­ment impen­sable en France, que l’on n’y croi­rait même pas pour nos voi­sins euro­péens ! Là, on peut vrai­ment dire qu’on a un sérieux retard sur la concurrence.

    Pour le reste, je suis d’accord avec ce qui est écrit ci-dessous, à savoir qu’aujourd’hui, les sys­tèmes de feed­back et de sélec­tions des meilleurs com­men­taires (à la sauce Yahoo!Q&A, ou les com­men­taires imdb) font que le web social s’auto-contrôle, et il est vrai que à ce niveau, inter­net est vrai­ment devenu un exemple.

  4. Fabrice Epelboin

    @Louis

    Ha oui… le pre­mier avril… faut que je pré­pare un truc… Pas con…

  5. AbriCoCotier

    Naaaaaannnnn ! Pas toi aussi !

  6. Fabrice Epelboin

    si je trouve un truc vrai­ment dans le ton, si… sinon je m’abstiendrai… le top serait de lan­cer une véri­table info qui passe pour un canu­lar… pas facile…

  7. Sylvain

    Les outils numé­riques ne révo­lu­tionnent pas les règles à res­pec­ter pour la mise en place de débats publics : http://www.debatpublic.fr/

    Les fonc­tion­na­li­tés existent mais nous ne savons pas encore les uti­li­ser à bon escient. C’est à la fois un manque de culture et d’expérience. 

    Ce qu’on peut regret­ter en France, c’est le manque d’initiative du gou­ver­ne­ment, mais il existe de nom­breuses expé­riences au niveau local…

3 Trackbacks For This Post

  1. L’e-démocratie débarque aux USA et en Grande-Bretagne. A quand la France ? | AbriCoCotier.fr :

    […] nos amis bri­tan­niques, c’est Gordon Brown qui a lancé la révo­lu­tion inter­net de la démo­cra­tie anglaise, en lançant, entre autres, un grand mou­ve­ment de créa­tions de sites web ayant pour voca­tion de […]

  2. Goopilation : [Politique] Participation citoyenne à grande echelle :

    […] appliqués à la vie de tous les jours. Comme si le mot s’était pro­pagé, la Grande-Bretagne vient à son tour d’annoncer la mise en place d’un ser­vice du même genre : un grand réseau de site où les citoyens […]

  3. A lire ailleurs du 16 au 26 mars 2009 | traffic-internet.net :

    […] publiques . ReadWriteWeb France : Le gou­ver­ne­ment anglais lance sa révo­lu­tion inter­net Les Anglais pour­ront bien­tôt dépo­ser leurs com­men­taires sur les hôpi­taux, les den­tistes, les […]

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