Il fut un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (ils sont nés dedans), celui où l’eCommerce était LE grand facteur de croissance de l’économie numérique. C’est fait. Il reste encore pas mal de croissance à réaliser dans ce secteur, mais cette “révolution” là est derrière nous.
Si l’on veut compter sur internet comme relais de croissance dans la décennie à venir, ce n’est pas l’eCommerce qui va nous y aider. Inutile de s’alarmer, il reste bon nombre de secteurs qui promettent de créer énormément de valeur dans les années qui viennent si elles savent tirer parti du numérique.
La croissance, sur internet, est liée – pour l’essentiel – à deux choses : les technologies et leurs usages. C’est à la première catégorie que je m’intéresse aujourd’hui en passant en revue des secteurs émergeants ou bien installés qui vont, dans les années à venir, se prendre internet et ses technologies dans la gueule (ou qui sont en plein dedans), dans un pays dont les dirigeants n’ont toujours pas compris que le déterminisme des technologies était infiniment plus puissant qu’une quelconque législation.
Plusieurs technologies émergent aujourd’hui et promettent – aux yeux des prospectivistes, des spécialistes des technologies, et des conseils en stratégie internet pointus – un potentiel de croissance fabuleux. Pour en tirer parti, il faudra conjuguer des technologies qui sont déjà là pour la plupart sous une forme embryonnaire, en favoriser et en encourager les usages, et évidemment, créer des conditions économiques et politiques qui permettront d’en profiter.
Voici une petite sélection plus ou moins arbitraire, n’hésitez pas à ajouter celles qui vous tiennent à coeur (à condition qu’elle représente un réel potentiel de croissance).
L’internet mobile
On peut s’émerveiller tant que l’on veut sur l’iPhone, mais c’est faire de la pomme l’arbre qui cache la forêt, et oublier le rôle qu’a toujours tenu Apple dans l’univers des technologies. Quand Apple a sorti une interface graphique accompagnée d’une souris (elle même inspirée du Xerox Parc, mais c’est une autre histoire), il aura fallu 5 années pour que l’ensemble du parc informatique mondial emboîte le pas. L’iPhone provoquera exactement la même chose.
Reste les usages dont les applications iPhone sont une avant goût passionnant. Tant que l’accès internet mobile est fourni par un système tel que la 3G, la barrière à l’entrée sera rédhibitoire. Trop cher. Réservé à quelques happy few qui (en dehors de riches geeks), cumulent un âge avancé et une capacité à innover dans ses usages proche du néant absolu, les usages de masse de l’internet mobile ont peu de chances d’avancer rapidement dans les territoires où l’accès mobile est la chasse gardée des opérateurs mobiles, eux même dans une situation de monopole totalement abusif.
Pour Apple, au passage, c’est une bonne affaire. Sa clientèle, traditionnellement riche et férue de nouveaux usages, lui permettra de creuser l’écart et de profiter longtemps de son “first mover advantage”.
Ce qu’il manque, c’est un accès peu cher, voir gratuit, à l’internet en situation de mobilité, pour permettre une véritable explosion des usages accompagné d’un florilèges de nouveaux modèles économiques, de nouvelles sociétés, de nouveaux emploi, etc.
Google l’a bien compris en offrant gratuitement à San Francisco l’accès WiFi, Delanoë à Paris semble l’avoir également compris, mais voilà, Albanel, elle, n’y comprend rien et propose de brider les bornes WiFi publiques. Pour la France, il faudra aller chercher la croissance ailleurs, la mobilité étant la vache à lait d’un triumvirat qui compte bien presser le citron du paiement prohibitif de l’accès aux réseau jusqu’à la dernière goutte.
L’eBusiness
Le software as a service est un concept qui ne plaît pas toujours aux DSI, mais cela n’en est pas moins une révolution pour toute entreprise qui souhaite disposer d’une palette d’outils informatique évoluée.
Naguère coûteuse, l’informatisation d’une société, de la plus petite PME à la grosse boite peut désormais s’envisager sur un modèle de ‘pay as you go’ (vous payez ce que vous consommez) plutôt que sur l’ancien modèle qui consistait à investir dans de coûteux développements non moins coûteux en maintenance.
SalesForce, l’un des leader mondiaux du marché du CRM l’a bien compris et mise sur le SAAS depuis pas mal de temps. Tout le monde y gagne. Les petites entreprises peuvent désormais s’équiper en logiciels autrefois bien trop chers pour elles, SalesForces voit son marché grandir soudainement. Les entreprises boostent leur productivité. Croissance, tout ça.
Sauf qu’il y semblerait bien y avoir une ombre au tableau : le filtrage de l’internet ralenti considérablement les applications utilisées en mode SAAS, au point de les rendre inutilisables (rappelons le, cela consiste, en gros, à utiliser un logiciel distant via une interface web plutot qu’un logiciel installé localement, sur son PC ou au sein du réseau local). Selon The Inquirer, les délais de réponses suite à l’installation d’un internet filtré en Irlande, posent d’énormes problèmes à certaines entreprises locales.
En France, l’arrivée imminente d’un internet filtré provoquera un double mouvement de va et vient économique. Dans un premier temps, les entreprises qui ont opté pour le SAAS depuis quelques années vont pour beaucoup revoir leur stratégie informatique. Plus de boulot pour les SSII. Emplois, croissance. Dans un second temps, elle ne pourront plus bénéficier d’un accès au nec plus ultra de l’informatique d’entreprise (qui se développera sur ce secteur, quoi qu’il en soit) et plomberont leurs bilans avec des investissements et des coûts récurrents que la concurrence étrangère n’aura pas à faire. Décroissance, perte de productivité. Pertes d’emploi pour les SSII, ainsi que dans les entreprises Françaises. Chômage.
La Culture Française
Jean-Luc Warsmann, député des Ardennes, a une compréhension des technologies aussi pointue que sa collègue ministre de la Culture. Au départ, ce brave garçon a eu une idée qui devait lui sembler lumineuse, au final, son amendement signe – si Hadopi est adopté – la fin de la part de marché confortable dont bénéficie encore la culture Française, et que la plupart des pays occidentaux nous envient.
Son amendement consiste à priver de la « protection Hadopi » les oeuvres dont les ayants droit sont situés dans des pays “fiscalement intéressants” (ce qui fait de facto que pirater Johnny Hallyday sera sans risque, et qu’en matière d’artistes étrangers protégés, en dehors de Abba situé en Suède, on voit mal quel pays est “fiscalement moins intéressant” que la France…
Que cela se traduise en réalité ou non, le signal est limpide. Hadopi est un protectionnisme culturel, et cela, les jeunes générations qui piratent l’entendrons avec d’autant plus de force que le message – dans une ère post Hadopi- sera fortement relayé sur internet, territoire qui constitue l’essentiel de leur source d’information et dans lequel les politiques sont totalement inaudibles et discrédités.
Conclusion : télécharger Mylène Farmer, c’est risqué, télécharger Annie Lennox, c’est sans risque. Encore une fois, la réalité est plus complexe, mais le message à le mérite de la simplicité : sur internet, méfiez vous de la culture Française.
Ajoutez à cela quelques années d’usages au sein d’une génération censée prendre la relève en matière de consommation culturelle (une fois qu’ils gagneront des sous), et vous voyez poindre la fin de la culture Française. A terme, avec ce genre d’idiots à l’Assemblée Nationale, la culture Française aura le même poids dans l’économie de la Culture que la culture allemande dans l’économie culturelle locale. Pas nulle, mais pas non plus ce qu’elle est en France.
Hé oui, l’exception culturelle, c’est un concept qui tient la route dans un marketing de l’offre, pas dans un marketing de la demande. Et internet fonctionne sur le second principe. La volonté farouche des politiques et des lobbys à revenir aux principes qui ont fait leurs fortunes au siècle dernier aura des effets de bords inattendus et probablement fatals.
L’audiovisuel
Le peer to peer n’est pas un secteur économique, mais il n’en est pas moins la planche de salut de bon nombre d’industriels des contenus qui vont se retrouver dans les années qui viennent dans l’impérieux besoin de diffuser en masse sur internet et qui, faute de P2P, devront, comme YouTube, faire face à des coûts de diffusion prohibitifs.
La télévision sur mobile, outre qu’elle n’a jamais rapporté un sous à quiconque, n’est guère qu’une technologie de transition consistant à habiller un vieillard dans du Chanel, ça n’a jamais fait qu’une veillarde friquée et n’a jamais transformé quiconque en Inès de la Fressange. On passera donc rapidement sur cette hypothèse de croissance qui n’a pour seul mérite que celui d’être technologiquement compréhensible par des demeurés.
Le peer to peer, lui, recèle un potentiel de croissance énorme. Il permet de faire chuter de façon phénoménale les coûts de diffusion, en particulier dans les pays équipés massivement en fibre optique. Skype, le seul gros succès légal du peer to peer à ce jour, a montré que l’on pouvait en se basant sur cette technologie, créer à partir de rien (ou pas grand chose) un opérateur téléphonique apte à concurrencer les géants mondiaux, et ce sans le moindre investissement en infrastructure.
Le même principe est applicable à la télévision (les fondateurs de Skype ont tenté de le faire d’ailleurs), où le P2P est la seule technologie qui permet de diffuser en masse des programmes sans mettre sur la table les centaines de millions qui ne sont, aujourd’hui, plus dans les caisses de M6 et TF1.
Seulement voilà, le P2P est banni, et il va être très difficile en France de changer de discours pour revenir en arrière (ou plus exactement, d’arrêter de faire marche arrière pour se remettre à avancer). D’autres, plus agiles, l’auront fait bien avant et les géants de l’audiovisuel de demain… ne seront pas français.
Dailymotion pourrait il être une planche de salut ? Pas évident, le marché publicitaire sur internet n’est pas suffisant pour envisager de monétiser ainsi, il faudra baisser de façon drastique les coûts de diffusion pour espérer une quelconque rentabilité (les spécialistes noterons que Adobe est sur le coup et que les version futures de Flash – au niveau serveur – intègrent des technologies P2P, mais là encore, les bénéfices iront à coup sûr de l’autre coté de l’Atlantique).
La presse
La presse meurt, ce n’est un secret pour personne. Que ce soit au Etats Unis ou en France, la situation est dramatique, et il ne fait pas bon être un journal en ce moment. C’est une situation aussi tendue que celle d’être un dinosaure au lendemain de la chute d’un météorite géant.
Mais la chute du météorite géant a eu du bon : sans elle, nous, les mammifères, ne serions pas de ce monde.
Aux Etats Unis, on annonce presque quotidiennement la fin d’un journal, souvent en place depuis plus d’un siècle. Les moins adaptés meurent, les plus dynamiques se battent à coup d’innovations technologiques pour survivre (cf le New York Times, partenaire de ReadWriteWeb, au passage), et d’ici quelques temps, le petit groupe de survivants aura la lourde tâche, avec de nouveaux acteurs (l’équivalent des petits mammifères de l’époque des dinosaures) de repeupler l’univers des média et de créer un nouveau paysage médiatique, celui du XXIe siècle.
Sauf en France, où l’on a trouvé la solution : la subvention. En transformant petit à petit les journalistes en fonctionnaires, on est non seulement à l’abri des faillites en série auxquelles on assiste aux US, mais également à l’abri de la possibilité de faire parti des média au XXIe siècle. Bien joué. Tant que le niveau d’anglais des petits Français reste quasi nul, les empêchant de facto de se fournir en information à l’étranger, ça peut tenir, mais il faudra pour cela coordonner le ministère de l’éducation nationale et celui de la culture. Faisable.
Reste à s’assurer que personne ne viendra concurrencer les média sous perfusion en inventant quoi que ce soit d’innovant en la matière sur notre beau territoire. Un régime fiscal désavantageux, proposé et accepté lors des derniers états généraux de la presse, devrait convaincre les impudents innovateurs d’aller voir ailleurs. C’est tout de même rudement bien ficelé.
L’édition
C’est un secteur qui est cher à mon coeur, j’ai été éditeur dans une autre vie, et j’y ai passé de très belles années à côtoyer des individus passionnants. Il m’arrive de les retrouver autour d’un verre, à l’occasion, ils sont toujours aussi passionnants, mais ils sont restés les mêmes. Pour la plupart d’entre eux, la grande révolution technologique date de l’apparition de la PAO qui a sérieusement bouleversé le secteur au début des années 90, date à laquelle j’y travaillais, et technologies que je maîtrisait bien à l’époque. Cela me vaut, encore aujourd’hui, un oreille attentive de la part de quelques acteurs du secteur (malheureusement au bord de la retraite, si ce n’est déjà en train de bronzer à St Tropez ;-).
L’arrivée massive de l’eBook, qu’aucun spécialiste sérieux ne datera, nous nous sommes tous trompés à de nombreuses reprises, est une réalité qu’il faut malgré tout anticiper au plus vite.
Les derniers soubresauts de l’ebook, le Kindle d’Amazon et le Sony eBook reader, montrent deux choses : la forme de l’objet est encore à travailler, les deux produits, quels que soit leur succès – relatifs – actuels, ne sont pas au point dans leur ergonomie générale et dans la forme que leurs designers respectifs ont imaginé.
L’écran, lui, est arrivé à maturité. Quiconque a fait joujou cinq minutes avec un Sony Reader vous le confirmera, l’écran est absolument bluffant. Très supérieur tant en terme de finesse d’affichage que de confort de lecture à un livre de poche, au niveau d’un ‘beau livre’, il ne lui manque que la couleur, qui ne saurait tarder.
Dès lors, on peut parier que si un Apple se penche sérieusement sur le design et l’ergonomie, on assistera, comme avec l’iPod en son temps, à une rupture brutale de paradigme. Mais Apple n’est pas le seul gros acteur sur le secteur et s’il maîtrise mieux que quiconque le design produit et l’ergonomie, Sony a pour lui une forte culture électronique et un partenariat avec google books lui assurant un très large catalogue, et Amazon, outre son catalogue et son “first mover advantage”, est dans un secteur – la distribution – qui lui permet de vendre le Kindle avec des marges très faibles sans ternir son bilan annuel (un avantage également pour le marché du cloud computing face à Google et Microsoft, au passage).
Bref, amis éditeurs, n’allez pas imaginer un instant que vous pouvez vous permettre de dormir sur vos deux oreilles, les troupes de barbares sont à vos portes, et ils sont infiniment plus puissants que vous ne l’avez jamais été.
Le secteur en France a toutes les chances de suivre la voie de la presse : protectionnisme et subventions. Car les attaques seront d’autant plus rudes qu’il va vite devenir impossible de justifier le protectionnisme, les éditeurs se retrouvant vite dans la même situation que les majors aujourd’hui alors qu’ils bénéficient encore d’une très belle image de marque (mérité, d’ailleurs).
Le premier coup – si j’avais à le porter – visera probablement l’édition scolaire. Un gruyère qui rapporte des millions au secteur de l’édition chaque année et qui apparaîtra de plus en plus comme une rente indue, voire même une taxe injustifiée aux yeux des centaines de milliers de familles obligées à débourser les quelques centaines d’euros annuels nécessaires à l’équipement de leurs leurs rejetons en livres qui, soit pourraient légitimement être co-ecrits par l’éducation nationale et les profs (pas très difficile à imaginer), soit sont tout bonnement dans le domaine public (comme le célèbre Lagarde et Michard, qui n’est guère qu’une compil d’oeuvres du domaine public).
La seule réponse à une telle attaque (en dehors du protectionnisme) de la part des éditeurs de manuels scolaires, c’est de transformer fissa leurs vieux manuels en offre multimédia online complexes conjuguant e-learning, backoffice dédié pour les profs, réseau social pour les élèves, et dieu sait quoi encore. Leurs chances de ne serait-ce qu’envisager ce type d’évolution à court terme sur l’ensemble de leur catalogue ? Nulle.
Le seconde attaque (à moins qu’il s’agisse de la première), c’est la rente de situation qui fait que vous achetez 2 à 5 euros un exemplaire de Madame Bovary sans trop réaliser que ce prix n’est constitué que par le papier, l’impression et la distribution. L’oeuvre, elle, est dans le domaine public depuis longtemps. A moins d’une extension délirante de la durée du copyright (qui est déjà passé d’une trentaine d’année à près d’un siècle au cours du XXe siècle pour ces mêmes raisons de protectionnisme et de privatisation de la culture), ce coût, pour un exemplaire de Mme Bovary, devrait rapidement arriver à zéro.
Or, contrairement aux majors, dont le catalogue (merci les lobbys) est protégé par un copyright sans cesse plus étendu, le catalogue des maisons d’édition va se voir amputé d’ouvrages majeurs, de très gros best sellers, c’est une très grande parti du fond de catalogue qui va ainsi devenir du jour au lendemain gratuit.
Les solutions existent, et elles sont d’ailleurs similaires à celles qu’aurait pu envisager dans les années 90 les majors, mais il faut s’y mettre dès maintenant et sans tarder, au risque de voir apparaître une piraterie dévastatrice… et légale.
Pas mal de startups sont sur cette problématique, et le véritable enjeux, pour des éditeurs qui comprennent bien qu’innover n’est pas leur métier, est de les racheter au plus vite avant que leur prix ne soit bien trop élevé pour leur maigre porte monnaie. Là encore, une situation similaire au champ d’opportunités qui s’offrait, au début des années 2000, aux maisons de disque.
Autre chose ?
J’oublie forcément d’autres choses, c’est d’ailleurs pour celà qu’il y a des commentaires dans les blogs, alors n’hésitez pas !
(Photo REUTERS/Robert Pratta )
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26 mars 2009 à 14:51
Parfait! pas grand chose à ajouter. On peut aussi parler de l’insee et de mediametrie qui n’aurons plus grand chose à proposer quand toutes les données seront disponibles en temps réel et requetable facilement.
26 mars 2009 à 16:01
Hé oui, la France se meurt.…
Il ne nous reste que notre Histoire.. et encore.. humm, ca peut se télécharger ca? ;)
26 mars 2009 à 16:04
:D très bon article.
Dans le sens “les politiques français ne comprennent rien au numérique”, je me fais souvent la réflexion quand je mets en parallèle les réflexes de l’état français sur les données géolocalisées : quand on rapproche les pratiques de l’IGN (une approche hyper centralisée de diffusion des données par le site officiel, facturation prohibitive des cartes papier, impossibilité d’exploiter la donnée pure et se l’approprier etc etc ) de ce qui peut se pratiquer dans le monde “libre” avec open street map, je me dis que les jours de cette démarche de l’IGN sont comptés. Tant mieux.
Plus récemment, le site des carburants du gouvernement offrait “gratuitement” les prix des carburants en france. Cela pouvait ouvrir la voie à l’innovation aux mashups en tout genre etc etc … trop beau. Bingo, voilà que le gouvernement facture depuis peu les droits d’exploitation de ces données à 38 000 euros pour 3 ans, tuant de facto les petits initiatives qui auraient pu valoriser ce dataset.
Enfin bon, tant pis pour la france, on utilisera Open Street Map leadé par Cloud Made (boite anglaise) et Google maps (US) pour les données géolocalisées (et j’en passe).
26 mars 2009 à 16:10
Maginifique, rien a ajouter. Je suis RWW depuis un bon moment mais ce billet m’a tué, je suis tellement d’accord avec tout et tout est tellement bien présenté !
bref c’est vraiment dommage que ce pays penche plus vers du protectionnisme de modeles economiques depassés que vers l’innovation…
26 mars 2009 à 16:50
Excellent et qui révèle bien l’abîme sans fond d’une politique industrielle ambitieuse dans ce pays. Les aventures de Quaero (vous savez, le truc qui devait concurrencer Google books), ces dernières années, montrent qu’au delà de détecter les ruptures que tu évoques dans ton billet, il manque le logiciel pour les comprendre. Je ne sais plus qui, chez Riposte ce week-end, soulignait combien les outils de l’Etat pour fabriquer de la prospectives avaient disparus. Pour avoir été assez proche de ce qui s’est passé en ce domaine ces dernières années, “disparu” est un mot faible. On repart quasiment de rien.
Hadopi est symbolique des réflexes défensifs habituels, proche de cette culture de la restructuration qui procède plus du dépeçage et de la liquidation que de la fabrication de terreaux fertiles.
En fin de compte, il manque une culture de l’innovation et de l’entreprendre. Mais comme Schumpeter n’a pas vraiment bonne presse sous nos latitudes, il ne faut pas être trop rêveur de disruptions.
26 mars 2009 à 16:57
La prospective, c’est peut être bien la seule chose sur laquelle NKM puisse avoir les coudées franches. Mettre en place des outils de veille et un réseau d’experts, c’est tout a fait à sa portée, et au moins ça aidera au redemarrage une fois la prohibition internet passée…
Il y a de bonnes chances que le numérique, dans un prochain gouvernement (post 2012 au mieux) soit une priorité nationale, dès lors, elle a tout a gagner à préparer cela…
26 mars 2009 à 17:12
En effet, on sent que le numérique va être un point de débat (quitte à ce qu’il ne se limite qu’à ça sans aller au délà…) en 2012.
Quand je vois aubry s’afficher avec un macbook pro en premier plan :
http://www.mac4ever.com/news/43407/france_le_ps_fait_la_pub_d_apple_et_la_sienne/
et royal créer sa chaine sur dailymotion
http://www.dailymotion.com/segolene-royal
on sent que ce sont des petits signaux envoyés pour déjà se placer.….
26 mars 2009 à 17:23
Le numérique pour 2012 : avec le show qu’a fait Obama, c’était une évidence, non ?
26 mars 2009 à 18:11
Fabrice, je trouve ton article très intéressant, même si j’y ajouterai un bémol. Tu le sépares en paragraphes, ce qui tend à donner un même poids à chacun d’eux (au moins visuellement), alors que des secteurs comme l’ebusiness et le Cloud Computing vont être bien plus important en terme d’emplois créé que la presse et l’édition.
Ce que je veux dire par là, c’est que le Cloud est une technologie, une façon de penser, alors que la presse, l’édition et l’ebusiness sont des secteurs. En bref : on peu appliquer une technologie à un secteur, mais les deux ne sont pas comparables.
Cela dit, il est clair que interne test notre eldorado, et c’est la belle lueur d’espoir que nous avons. Il y a tant à faire que c’est vraiment réjouissant. Qui n’a pas une idée de boite qui lui passe par la tête tous les jours/semaines ? (certains ont d’ailleurs le cran de se lancer, et c’est tout à leur honneur)
Donc pour résumer, il y a beaucoup à faire sur le net, mais nos voisins ne nous attendent pas, et le retard que l’on prend dans les premières secondes (aujourd’hui) aura certainement des conséquences sur le long terme. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à se lancer, plutôt qu’à mettre sous perfusion des modèles économiques en train de mourrir car obsolètes.
26 mars 2009 à 18:19
C’est vrai, tout comme il est vrai que certaines de ces sections, comme l’edition sont des secteurs qui peuvent encore y faire quelque chose et que d’autres, comme la presse ou la culture, sont à priori condamnées…
Par contre, pour ce qui est du retard que l’on prend dès les premières secondes “aujourd’hui”, je vais me permettre de mettre ma casquette de vieux con et de rappeler aux moins de vingts ans (dont tu fais presque parti) que de 1994 à 1997, France Télécom, pour protéger les revenus du minitel, a tout fait pour freiner l’arrivée d’internet en France. Le retard de la France a commencé à ce moment. Aujourd’hui, on ne fait guère que creuser un retard déja conséquent ;)
26 mars 2009 à 20:05
En deux jours, deux articles qui me bluffent. Bravo. Vraiment.
:-D
26 mars 2009 à 21:07
@Fabrice
En vieux con, je dirai que, c’est vrai qu’à la création de l’agence (1997, ndr), les banquiers nous disaient qu’on était perdu et qu’on devait faire du Minitel.
27 mars 2009 à 0:46
Magnifique article ! Le meilleur que j’ai lu cette année toute catégorie confondue… et tous supports ;) Longue vie aux mammifère numériques et il y en a quand même quelques uns en France !
27 mars 2009 à 0:47
@Fabrice : Je ne sais pas si ce qui a plus de 3 ou 4 ans a beaucoup d’importance aujourd’hui (sur le net), car tout va tellement vite, qu’en faisant un bon buzz sur un produit de qualité, on peu extrêmement rapidement le faire devenir numéro 1. Je pense notamment à Dailymotion, qui est né en 2005, et qui aujourd’hui n’a plus à démontrer son utilité.
J’entends par là que je crois qu’aujourd’hui (et ensemble :D), tout est (encore) possible. Le train est en train de partir, et on peut encore saisir la balle au bond. Or je sens que de plus en plus, les places vont êtres prises, et il ne sera plus si facile de se faire une place au soleil. je crois donc que c’est maintenant ou jamais que nos politiques doivent mettre le paquet.
27 mars 2009 à 9:13
La “fracture numérique” est déjà du côté de ceux qui ont inventé le concept… Attention : danger.
27 mars 2009 à 9:48
@abricocotier
Dailymotion peut (et devrait) très bien s’en sortir, mais d’un point de vue technologique, il faut avouer que le stream est une sérieuse régression par rapport au P2P et ne permet pas les même avancées (mais il permet un contrôle centralisé, ce qui n’est pas forcément un avantage). Qui plus est, un DailyMotion qui aurait la taille d’un TF1 en terme d’audience (c’est à dire un YouTube) serait confronté à des coûts d’infrastructure rédhibitoires. (à ma connaissance, YouTube n’est pas du tout rentable, mais eux, ils ont Google pour financer, DailyMotion n’a guère qu’un fond anglais, riche, certes, mais par rapport à YouTube, ce sont des smicards).
27 mars 2009 à 9:49
@Alexis
Le numérique pour 2012… hum… tel que c’est parti, ca va se jouer ‘contre internet’ du coté de l’UMP, et si l’opposition n’a pas boosté son QI d’ici là, c’est très mal parti…
On risque bien d’avoir une bataille où les média prendrons de façon plus ou moins affiché fait et cause pour le pouvoir en place (reconnaissance du ventre oblige), où l’internet sera vent debout et presque unanimement contre, et où le pouvoir en place passera son temps à discréditer internet comme on commencé à le faire Lefebvre et Morano.
Je prends les paris ;)
27 mars 2009 à 10:11
Splendide. Merci Fabrice. J’adhère en tout point.
J’aurais simplement rajouté une couche sur la neutralité du Net et le fossé qui va se creuser très vite entre nous et les US et le UK (dernières annonces de G. Brown)…
27 mars 2009 à 12:12
Un commentaire circonscrit à au pré-ambule. Il apparait que le e-commerce sera une grosse locomotive économique dans les années a venir; même si son dynamisme est majoritairement un “recyclage” du commerce traditionnel.
27 mars 2009 à 12:28
Dans la mesure où toutes les autres locomotives sont en panne, oui, vous avez raison, c’est tout ce qu’il reste.
En matière de création de valeur, c’est plus discutable :
1) il s’agit plutôt de déplacement de valeur, le porte monnaie des Français n’étant pas extensible, la valeur créé dans l’eCommerce se fera au détriment de la valeur créée dans la distribution traditionnelle. C’est plus un transfert qu’une création de valeur, au profit du numérique, certes, mais le bilan pour la France est d’autant plus discutable que…
2) cela représente pour la France une perte dans la mesure où les marchands étrangers ont bien plus facilement accès au marché Français, sans y créer d’infrastructure de distribution ou y créer d’emplois.
27 mars 2009 à 12:57
@Fabrice : Ce que je disais, c’est qu’aujourd’hui, sur le net, une bonne idée et un développement propre peuvent suffire pour percer. Cf les multiples start-up pas forcément israéliennes, qui sont sorties de nulle part, et qui aujourd’hui tournent très bien. Je pense aussi à des sites comment Wikio, Twitter, Digg, bref, des sites extrêmement simples, dont les coûts ne sont pas à priori énormes (contrairement à Dailymotion/Youtube).
Tout ça pour dire que la France à encore sa carte à jouer, mais qu’il faut pas trainer.
27 mars 2009 à 14:19
Je suis d’accord avec Fabrice sur l’e-commerce. Ce n’est pas un moteur, c’est au choix un simple déplacement des flux, une évolution des modalités de vente, au pire on peut considérer que l’on courre derrière les anglais. 1/5 des cyberachats des français est fait sur des sites étrangers …
Pour le reste, moins qu’une politique de développement (industriel), c’est d’une vraie politique d’innovation que l’on aimerait voir. D’entendre reparler de Small Business Act par exemple, de la stimulation de l’entreprenariat dans l’enseignement supérieur, toutes sortes de choses en panne, après de belles intentions lors de la campagne présidentielle.
Au final, j’aimerai bien une perspective de progrès plutôt que des logiques comptables. De la vision finalement, de la vraie.
27 mars 2009 à 15:28
Hello Fabrice,
Très bon article, merci. Avec l’article sur Rand Corporation et celui-là tu sembles avoir trouvé un ton direct qui vient compléter un contenu de qualité : bravo !
Je rajouterais juste à ta liste deux sujets, dont un que tu connais bien et que tu as déjà traité dans un de tes premiers billets sur RWW France :
- l’énergie : et surtout l’optimisation de la consommation, de la distribution locale d’énergie produite, l’efficience énergétique (notamment des ordinateurs/serveurs), les compteurs intelligents, le smart grid, etc…
- la banque : grand utilisateur de TIC. Là je te laisse compléter … tu connais très bien le sujet ;-) et la crise actuelle ne fait que renforcer le besoin de remettre pas mal de choses à plat
27 mars 2009 à 15:54
L’énergie, je ne suis pas spécialiste du tout, mais les initiatives de Google laissent penser que même si l’on sort du domaine du web, ce dernier a bien compris que la croissance était lié à l’existence, demain, d’un monde viable et du coup, s’implique (c’est curieux, il n’y a pas des masses d’autres secteurs avec ce niveau de conscience… moyenne d’âge oblige ?)
Le green living/green tech/green stuff est aussi un fort relais de croissance qui pourra s’appuyer sur le numérique sans soucis, nous avons un auteur invité qui planche sur une série de billet la dessus, là encore, je ne connais pas bien le sujet mais je m’update… Il est à noter qu’Apple qui n’avait jamais véritablement eu de conscience écologique (quoi qu’ils en disent) s’est repris soudainement quand ils se sont fait taper sur les doigts par Greenpeace. Leur nouvelle gamme est parfaitement green friendly, et surtout, Greenpeace a utilisé (volontairement ou non, je ne sais pas) les blogs pour faire pression sur Apple.
La banque, c’est plus délicat. La croissance n’aura à mon sens aucun rapport avec le web, là encore, le numérique va plutôt jouer un rôle dans les transfert de valeurs à venir, ils sont à mon sens de trois ordres (disclaimer : je bosse depuis 15 ans pour le secteur bancaire, j’ai bossé avec/pour quasiment tous les acteurs du marché) :
1) vu la très mauvaise image des banques dans cette période de crise, on risque fort d’assister (probablement une fois que le gros de la crise sera passée) à une montée en flèche de l’infidélité des clients vis à vis de leur banque. Les transferts de clientèle pourraient être fortement influencés (après les prix, bien sûr) par l’offre internet de ces dernières (lamentable en France).
2) l’arrivée du P2P lending, le prêt entre particuliers ou de particuliers à entreprises, s’il devient une véritable réalité en France, pourrait grignoter (de mémoire jusqu’à 10 – 15%) des parts de marché dans l’énorme marché du crédit aux particulier. Voir mon article sur Friendsclear à ce sujet.
3) L’arrivée sur le marché bancaire de la génération Y et de la génération Digitale renforcera l’attractivité des banques disposant d’une offre internet de qualité. Il leur reste encore quelques années pour la concevoir, là encore, gros risques de voir la concurrence étrangère arriver avec une offre rodée et efficace, ainsi que de voir (ce n’est pas nouveau mais le timing est différent) débarquer de nouveaux acteurs (comme le Hollandais XXX qui prépare depuis des lustres une banque en ligne pour le marché Français, il y a cependant des chances que le projet soit à l’eau).
Ceci dit, je ne vois pas là de relais de croissance, plutôt un risque de se retrouver dans deux ou trois ans avec une industrie bancaire totalement has been en matière de CRM et de numérique et qui se fera bouffer par des concurrents étrangers.
27 mars 2009 à 16:04
Bien sûr je parle de la banque de guichets, pour la banque d’investissement, on a bien vu ce que le numérique avait donné, c’est difficile de parler de croissance par les temps qui courent ;)
27 mars 2009 à 16:12
Sinon, on pourrait ajouter les services à la personne, si les séniors étaient mieux équipés (11% de connectés seulement selon la dernière étude du CREDOC), ça pourrait être un relais de croissance supporté par le numérique…
27 mars 2009 à 21:43
@Fabrice : Quand tu parles d’offres en matières de banque en ligne, est-ce que tu veux dire que les offres de Boursorama Banque et de Monabanq ne sont pas au niveau de ce qui se fait à l’étranger ?
27 mars 2009 à 21:53
Si, ces deux là ne sont pas mal du tout, en pratique, je parle de l’offre des gros acteurs du secteur qui pour beaucoup on une banque en ligne absolument lamentable. La Poste, la SoGe, la Banque Populaire… je n’ai pas vu la GUI de BNP et de LCL depuis longtemps mais je doute fort qu’ils l’ai updatée de façon significative, etc, etc.
A l’heure où de petite startups comme Mint font de véritables logiciels de gestion de compte et de budget en ligne, il y a de quoi s’inquiéter… Dans cette optique, même Bourso et Monabanq ont une grosse marge de progression.
31 mars 2009 à 9:00
Très bonne synthèse transversale de réflexions sectorielles.
si je rejoins le manque de clairvoyance et d’anticipation bien démontré ici (mais n’est-ce pas un trait de l’identité française, certes à modifier de façon urgente et profonde…?), je ne condamnerai pas non plus de manière tout aussi frontale certaines mesures de protectionnisme, pour peu qu’elles soient transitoires et conditionnées.
D’une part, je ne suis pas certain que les autres pays ne recourent pas non plus à certaines mesures de protectionnisme pour les secteurs qui dépassent la capacité d’anticipation des décideurs économiques et politiques. Et l’actualité mondiale nous en donnent la preuve par les temps qui courent…
D’autre part, la moindre capacité de la société française à anticiper que ses homologues, et donc à évoluer à leurs rythmes, oblige les décideurs français à subir les crises plutôt que les prévenir… dans ce contexte, le réflexe a toujours été de limiter les dégâts sur l’existant.
Voilà pour le constat. Maintenant, que pouvons nous faire pour modifier cela?
A court terme, inciter les décideurs politiques à conditionner ce protectionnisme à une réelle réflexion ouverte sur les modèles sectoriels
A plus long terme, “éduquer” les décideurs politiques et économiques sur ces sujets qui nous tiennent à coeur… il est normal qu’ils ne maitrisent pas tous les sujets qu’ils abordent, surtout quand ils sont aussi évolutifs et complexes que les nôtres.
ne serait-il pas possible d’utiliser internet pour mieux faire porter nos idées, en tant qu’électeurs pour le politique et que clients pour l’économique??? Cela peut paraître un peu utopique à première vue mais personne d’autre ne le fera et nous ne serions pas légitimes à analyser et critiquer sans essayer d’en tirer des conséquences.
PS: sur la seconde partie, non abordée, des usages, je m’étais fendu d’un ou deux posts qui pourraient alimenter la discussion (une dynamique vite retombée, vous le constaterez à la fréquence des posts…)
31 mars 2009 à 9:10
@Franck
Outre que j’ai de sérieux doutes sur le protectionnisme dans l’absolu et particulièrement en période de crise pour protéger quoi que ce soit, si ce n’est remettre à demain et en plus violent ce qu’il serait bon d’affronter aujourd’hui (on voit ce que cela donne en matière d’écologie), mais passons sur ce point, je suis un affreux libéral (oui, cela peut se conjuguer avec l’écologie et la culture libre ;), et je ne suis pas si campé que cela sur ces positions.
Mais en matière de technologie, c’est oublier bien vite que le concept de frontières, bien ancrée dans l’histoire de l’économie, est totalement exogène à internet, et là, ça va bugguer.
Qui plus est, et en dehors de la protection éventuelle de Dailymotion, il ne s’agit pas, au vu de ce qui se profile, de protéger l’économie numérique Française, mais de protéger les industriels français (média et autres) qui n’ont pas su faire leur transition vers le numérique. C’est un peu comme si on surtaxait ou on interdisait carrément l’importation de voitures ‘propres’ sous prétexte que l’on ne sait pas en fabriquer en France.