Ceux qui suivent mes notes de prospectives connaissent déjà ma réponse à cette question : oui, sans aucun doute, à moins d’un sursaut rapide qu’aucun éditeur en France n’est prêt a faire.
L’eBook ne va pas remplacer la totalité des livres papier, mais il a toutes les chance de perturber suffisamment le modèle économique du monde de l’édition pour le faire basculer sous la barre fatale de la rentabilité.
Plusieurs facteurs contribuent aujourd’hui à ce que ce basculement soit imminent.
Les écrans passifs
Lire un livre sur l’écran d’un ordinateur, quel que soit sa qualité est, il faut bien l’avouer, pénible. Avec les écrans utilisés pour les eBook readers, c’est une toute autre histoire.
Fonctionnant sur un principe totalement différent, ces écrans sont aujourd’hui – dans leurs versions noir et blanc – parfaitement au point. Ils offrent un confort de lecture supérieur à bien des livres, et donnent aux eBooks un encombrement similaire à celui d’un livre de taille intermédiaire.
L’ergonomie globale et le design des eBooks readers n’est pas au point, certes, mais le problème ne repose plus sur l’arrivée d’une hypothétique technologie, il s’agit désormais d’une question de design de l’objet. Un point autrement plus rapide à régler, particulièrement à l’époque où Apple à montré la voie à suivre en matière d’ergonomie et d’interface mobile. Les dernières itérations du eBook comme le dernier PlasticLogic ci dessous sont convaincantes, et si vous êtes attaché à la flexibilité et la souplesse du papier, sachez qu’ils ont des écrans tout aussi souples dans leurs labos de R&D.
Une fois les premiers eBook readers ergonomiques sur le marché, l’arrivée d’un iPod du livre en quelque sorte, qui ne devrait pas tarder, l’adoption sera massive, même par les plus résistants qui ne jurent que par le papier (et qui n’ont pour la plupart jamais vu de près un ecran e-ink) : même encombrement qu’un livre, confort de lecture supérieur, il ne manque que l’odeur du papier.
Vous vous souvenez, il y a dix ans, des audiophiles qui juraient pouvoir distinguer la qualité d’un mp3 192bits d’un CD audio ? Où sont-ils aujourd’hui ?
Le domaine public
Google a annoncé en février dernier une version mobile de son application Google Book Search, mettant de facto 1,5 millions de livres du domaine public à la disposition des possesseurs d’iPhone ou de Google Phone, tout cela gratuitement. Quelques semaines plus tard, le même Google signait un partenariat avec Sony pour rendre cet impressionnant catalogue disponible sur le eBook Reader de ce dernier. Nul doute que d’autres plateformes suivront rapidement, nul doute également que le domaine public Français ne sera pas à l’abri bien longtemps (plusieurs e-éditeurs sont en pratique déjà sur les rangs).
Le domaine public, c’est une rente de situation qui assure de copieux revenus au monde de l’édition, et cette rente est appelée à fondre rapidement comme neige au soleil.
Privé ne serait-ce que d’une partie de cette rente, le monde de l’édition, s’il n’a pas trouvé rapidement un moyen de continuer à en tirer profit, devrait commencer à vaciller sur son modèle économique qui, soit dit en passant, n’a pas fondamentalement évolué depuis le siècle des lumières.
Il faut noter en passant que c’est probablement en mettant à disposition gratuitement ce domaine public et en combinant cette offre à un marketing revu en profondeur qu’un éditeur Français pourrait construire son avenir, mais tout indique aujourd’hui que les responsables aux commandes cherchent plus à assurer leur retraites qu’à construire l’avenir de leurs entreprises, et laisseront faire de nouveaux entrants.
La crise
En temps de crise, les entreprises ne sont pas les seules à faire dans la réduction des coûts. Les particuliers, eux aussi, s’y mettent. L’équation est assez simple, en particulier pour ceux qui s’intéresseraient aux oeuvres du domaine public. Une fois l’investissement réalisé dans un eBook reader, son amortissement se calcule en nombre de livres. Quelques dizaines tout au plus, au delà desquels les dépenses liées à la lecture commencent à chuter drastiquement.
Le problème, c’est que même si la consommation des Français en livre est loin d’atteindre ces chiffres, ceux qui lisent de façon intensive, qu’ils soient amateurs de littérature ou étudiants, y arrivent sans problèmes, et représentent le gros des clients de l’édition en terme de chiffre d’affaire. Ce seront eux qui seront le plus enclins à passer à l’eBook une fois les réticences face à l’objet dépassés et le calcul économique réalisé.
Les profs
Traditonellement portés sur l’immobilisme (disclaimer : mes parents sont profs), le corps professoral fonctionne sur un set de valeurs gravées dans le marbre qu’aucun ministre n’a réussi a rewriter jusqu’ici (les anglicismes sont une provocation, vous l’aurez compris). Si l’immobilisme fait parti des valeurs, il y en a d’autres qui sont considérés comme plus importantes encore, parmi celles-ci : la gratuité de l’éducation.
C’est probablement cette valeur qui ouvrira un front supplémentaire dans la guerre de l’édition et du numérique, tant certaines initiatives comme Sésamath (primé par l’UNESCO, excusez du peu), qui propose des manuels et des didacticiels de mathématiques allant de la 6e au Bac+5, laissent à penser que l’achat d’un manuel de math dans le secondaire et le supérieur pourrait bientôt appartenir au passé.
Ajoutez à celà les profs de Français qui devraient voir arriver le catalogue du domaine public avec un large sourire, il ne reste plus qu’aux profs d’histoire, de biologie, de science physique et quelques autres à s’organiser pour faire disparaitre rapidement l’édition scolaire, pour peu que l’éducation nationale ne vienne pas au secours des éditeurs et mette un frein à tout cela. Pas évident tant la réalisation d’un manuel scolaire obéit à des règles strictes édictées par cette même Education Nationale et que les profs sont – à ma connaissance – libre d’opter pour le manuel qui leur convient pour peu qu’il soit agréé.
L’écologie
Le papier, l’encre, le transport, lire un livre, tout comme conduire un véhicule à essence, a un coût pour la planète. Là encore, de nos jours, nombreux sont ceux pour qui cet argument sera de poids. Là encore, la pollution liée à la fabrication d’un eBook reader s’amortit en quelques livres lus sur l’objet (au regard de la pollution engendrée par l’achat répété de livre papier). Au delà de ces quelques livres, vous pourrez vous adonner à la lecture sans faire de compromis avec votre volonté farouche de diminuer votre trace carbone.
Un argument dont le poids ira grandissant avec les années qui passent.
Une industrie endormie et paresseuse
Un modèle économique vieux de plusieurs siècles, un marketing qui date des années 70, c’est avec ces armes que l’industrie de l’édition s’apprête à livrer bataille à l’industrie naissante de l’eBook, qui saura sans nul doute utiliser les média sociaux, la publicité en ligne, les liens sponsorisés et dieu sait quoi encore pour obtenir pour une fraction du prix des budgets marketing traditionnels une exposition équivalente (et mieux ciblée).
Ajoutez des modèles économiques alternatifs, axés sur la gratuité ou sur des offres complexes et multimédia, qui s’attaqueront en priorité là où cela fait mal, là où l’industrie est la plus faible, là où les marges sont les plus difficiles à défendre, et qui mènera une véritable guérilla là où l’industrie s’attend à une guerre conventionnelle. On connaît l’issue de ce genre de confrontation.
L’auto publication
Editer à compte d’auteur était jusqu’ici l’apanage des auteurs maudits et rejetés des maisons d’édition. Cela ne donnait pas pour autant accès à la distribution et encore moins au marketing et à la promotion. C’est un peu, aujourd’hui, comme si un rappeur s’auto produisait et allait vendre ses cassettes lui même sur les marchés dans les années 80.
Mais les temps ont changé, demandez à n’importe quel rappeur, il vous expliquera que pour émerger aujourd’hui, internet est la seule solution. Combien de temps faudra-t-il aux auteurs pour prendre en main eux même leur destinée ? Si l’on fait un parallèle avec ce qu’il s’est passé dans la musique, cela devrait être assez rapide.
Ajoutez à cela un marché qui abonde en secrétaires de rédaction et en éditeurs travaillant en freelance (la souplesse obtenue dans les années 90 par les éditeurs vis à vis de leurs forces de travail aura des effets pervers pour eux), et vous avez un écosystème aujourd’hui exploité par les maisons d’édition (et sous payé) qui retournera sa veste dès que les premiers signes de changements seront évidents.
Le cycle de l’édition d’un livre devrait du coup être considérablement raccourci. A titre d’exemple, le livre Culture Libre, édité par mes soins a demandé moins d’une semaine de travail (les curieux pourront se reporter à la préface à l’édition Française pour avoir plus d’informations là dessus).
Les éditeurs auront beau crier à une perte dramatique de qualité dans l’art de l’édition, la réalité se fera vite jour quand le grand public réalisera que cette qualité a disparu dans les années 90 avec l’arrivée de la PAO et une course effrénée aux profits que cette technologie, qui permettait d’abaisser drastiquement les coûts de fabrication d’un livre, permettait. A l’époque, cela n’a nullement ouvert la voie à une alternative semi-professionnelle dans l’édition, mais aujourd’hui, c’est une autre histoire.
Des auteurs aux modèles économiques alternatifs
Alors que la plupart des musiciens aspirent à vivre de la vente de leur disques et qu’ils réalisent tardivement que le problème est plus du coté de la monétisation de leur talents (concerts, droits dérivés, etc), beaucoup d’auteurs sont déjà dans des modèles économiques alternatifs.
Publier un livre n’est pour eux qu’un moyen de générer du cash ailleurs. C’est le cas de bon nombre de consultants et de spécialistes de tout poil pour qui un livre ne sert qu’à asseoir une réputation, et qui n’avaient, il faut bien le dire, pas gagné grand chose en vendant quelques milliers d’exemplaires de leurs précédents bouquins dans le circuit traditionnel. Ceux là viendront alimenter rapidement l’offre des maisons d’e-édition alternatives.
Quand l’e-édition leur offrira une visibilité et une exposition similaire à ce qu’offre – pour une poignée d’entre eux – l’édition classique, on assistera à une véritable hémorragie.
Les coûts du hardware en chute libre
C’est inéluctable, les eBook readers vont devenir de moins en moins chers, au point d’envisager des stratégies de distribution qui consisteraient, pour une maison d’e-édition ou un journal plus malin que les autres, à l’offrir avec un abonnement. Dans l’édition scolaire, un modèle basé sur un abonnement à une offre de contenus accompagnée d’un eBook reader gratuit semble particulièrement évident (à moins que ce soit la gratuité qui s’impose).
Contrairement aux ordinateurs dont on peut toujours justifier qu’ils soient de plus en plus puissants afin de maintenir des prix stables malgré la chute du prix des composants, la puissance embarqué à bord d’un eBook reader ne représente pas un coût phénoménal en matière d’électronique.
Le Kindle d’Amazon a déja vu son prix chuter à de nombreuses reprise, tout comme le Sony eBook reader. C’est inéluctable, le prix d’un eBook reader finira par avoisiner celui d’un livre de luxe et descendre sous la barre psychologique des 100€.
Les blogs
Le problème, avec les lecteurs de livres, c’est qu’ils lisent. Il fut un temps où Bernard Pivot faisait la pluie et le beau temps sur les ventes, mais ce temps est passé, et la blogosphère est parfaitement apte à prendre la relève. Il n’est d’ailleurs pas surprenant de constater que les plus éminents d’entre eux ne font pas parti du clan qui voit avec effroi l’arrivée de l’eBook, et il y a fort à parier que l’intéret de ces blogs se porte plus sur les auteurs et leurs œuvres que la défense des divers industriels qui représentent 90% du coût d’un livre aujourd’hui.
La caisse de résonance de la promotion 2.0 est donc en place depuis quelques temps, ce qui donnera (et donne déjà probablement) l’occasion au monde de l’édition de s’adonner au spam de bloggeurs influents, et de constater, à son tour, que ce n’est pas aussi simple que le décrivent les agences de RP.
Les livres professionnels
Qu’il s’agisse d’un manuel d’utilisation, d’un livre technique ou d’une encyclopédie spécialisée, l’édition regorge de livres qui trouveront dans l’eBook le support idéal. Léger par rapport à un ouvrage en 12 volumes ou d’un manuel de 800 pages, facile à mettre à jour, offrant une multitude d’outils de navigation, les atouts de l’eBook par rapport à son ancêtre en papier sont nombreux, et quand il ne s’agit pas d’œuvres littéraires, ils sont encore plus effrayants.
Là encore, c’est un secteur économique de l’industrie de l’édition qu’il sera relativement facile de mettre à mal pour de nouveaux entrants plus agiles et plus malin et tant les acteurs en place n’ont pas la moindre idée de comment sortir d’une offre qui se limite désespérément aux contenus bruts et d’un modèle économique basé sur la fourniture de papier et d’encre.
Les alternatives au droit d’auteur
Avec un domaine public aussi vaste, et un grand nombre d’auteurs qui ne cherchent pas nécessairement à tirer profit de la vente de leurs productions, l’édition est le domaine rêvé pour que les licences libres et les creatives commons puissent enfin montrer le monde que la philosophie qui les sous tend appelle : celui où les savoirs de l’humanité seraient en libre accès. Une philosophie que le monde de l’édition va avoir le plus grand mal à confronter à une époque où les lois du marché sont remises en cause de toutes parts.
C’est probablement sur ce terrain que se mènera auprès d’une classe d’intellectuels encore peu au fait de cette philosophie, et avec l’aide de bon nombre d’entre eux, la grande bataille de la culture du XXIe siècle. Un terrain bien plus propice à remporter la bataille des coeurs que ne l’est aujourd’hui le monde de la musique.
Une bataille menée par une armée jeune, dynamique et agile, qui durera probablement longtemps, mais qui luttera en parallèle avec la refondation d’un monde viable pour les générations qui constitueront le gros des troupes. L’issue, là aussi, ne fait pas de doutes, ce n’est qu’une question de temps.
La mise à disposition collective des savoirs de l’humanité toute entière, sans distinction de culture, de fortune ou de citoyenneté est en effet un facteur critique dans la reconstruction d’un monde apte à affronter les défis immenses laissés par les anciennes générations. Ne pas le faire mènera les industriels du Savoir au pire à un armageddon et à l’Apocalypse, au mieux à la guillotine (je m’emporte).
Tout comme les banques aujourd’hui, l’intervention de l’autorité publique, en charge – dans les démocraties les plus avancées – du bien collectif et ultimement de sa survie, devrait tôt ou tard arriver si – tout comme les banques hier – les industriels du Savoir s’entêtent à préserver leurs seuls intérêts au détriment de l’humanité tout entière.
Le web social
Crowdsourcing sur tous les aspects du métier d’éditeur, dimension communautaire autour de l’objet livre, marketing social, viralité, les armes de l’armée de l’e-édition sont en mesure d’attaquer l’armée des anciens sur tous les fronts. La lutte est, cette fois ci, parfaitement inégale, même si les premières batailles seront sans doute remportées par les lobbys, les forces en présence sont disproportionnées pour quiconque connaît le web social et ses leviers.
Les combinaisons et les alliances possibles dans le camp des eBooks sont multiples, faciles à nouer, rapides à s’adapter.
On en prend d’autres et on recommence
Les dernières réactions du monde de l’édition face au livre électronique sont particulièrement encourageantes pour les startups de l’e-édition, elles sont pour ainsi dire un véritable appel au meurtre tant elles consistent à copier-coller la stratégie qu’avait adoptée il y a dix ans l’industrie du disque.
Affirmer sans rire que le prix d’un livre électronique devrait être le même que celui d’un livre classique, prôner les DRM qui ont largement démontré leur inefficacité et leur capacité à créer des vocations de pirates face aux contraintes d’usages engendrées, « réfuter l’idée de gratuité » (encore une confusion entre gratuit et libre), dénoncer « certaines universités, sensibles aux sirènes de la gratuité, [qui développent] à grand frais, des plateformes de ressources numériques d’une utilité très relative » (disclaimer : mon père est impliqué là dedans)…
Voilà une stratégie qui n’a absolument aucune chance d’être gagnante (je vous renvoi sur le dernier billet d’Hubert Guillaud à ce propos qui a inspiré le mien).
Quant à l’illusion qu’entretient le Syndicat National de l’Edition, le lobby du secteur, sur le fait que le piratage ne sera pas pratiqué dans le monde feutré de l’édition, cela relève de la méthode Coué plus que d’autre chose.
Et demain ?
A la différence de la confrontation des majors avec le numérique, la guerre à venir à toutes les chances d’être plus brutale, plus rapide et plus efficace que celle que mène encore l’industrie du disque. Le plan de bataille édicté par le SNE est d’ailleurs un constant d’échec tant il n’est guère qu’un plan de défense face à une attaque qu’il devine, lui aussi, imminente.
Si l’industrie du livre n’a de toute évidence rien appris de l’expérience des majors du disque, qui peut imaginer un instant que dans le camps adverse, aucune leçon n’at été apprise afin de mettre au point les stratégies de la guerre à venir ?
A lire également :











30 mars 2009 à 7:39
Humm, je ne serais pas aussi catégorique que toi.
Autant sur l’édition de presse, je suis à 100% derrière tes propos, autant je considère qu’un livre a pour lui le “sens du toucher”, qui permet au consommateur d’apprécier le livre physiquement. Ce qui ne pourra pas être remplacé par le numérique.
Après, on peut voir un modèle comme pour le DivX/DVD : si on a aimé l’ebook, on ira s’acheter le vrai livre, surtout qu’à l’heure actuelle, les éditions aux premiers prix sont vraiment abordable (moins de 10 euros, voire moins de 5 euros), alors que les DVD ne le sont toujours pas (en moyenne plus de 15 euros le DVD).
D’où mon avis assez confiant pour l’avenir du livre (mais je reste persuadé que la presse est en train d’entrer dans la tombe, et ce depuis déjà plusieurs années).
30 mars 2009 à 9:17
Oui, mais si l’ebook en question est un livre de math, le dernier pavé sur Ruby On Rails d’O’Reilly ou un livre de recette de cuisine ? Pas evident.
Dans le cas de la littérature, c’est clair, oui, par contre qu’il y aura un jeu plus complexe…
Mais encore un fois, mon propos n’est pas du tout de dire que l’eBook remplacera le livre, vraiment pas, je suis même convaincu du contraire, mon point est de dire que son arrivée auquel l’édition n’est pas préparé et à laquelle il refuse de faire face autrement qu’avec des stratégies perdantes fera vaciller le monde de l’édition et provoquera de nombreuses morts dans ses rangs.
30 mars 2009 à 9:30
Pour l’écologie, je mettrais un bémol. Un outil électronique de plus, qui va casser, ou tout simplement se faire remplacer tous les deux ans (comme les ipods…)
The Story Of Stuff http://www.storyofstuff.com/ explique cela mieux que moi.
30 mars 2009 à 9:34
Je trouve qu’ils leur manque la fonction d’annotation (fonction marqueur ou crayon en qqsorte), c bien utile parfois.
30 mars 2009 à 9:52
@AM
C’est un trend, on aurai pu dire ca d’un MacBook jusqu’au moment où sous la pression de Greenpeace, Apple s’est ressaisi.
Il y a fort à parier qu’un fabricant d’eBook fasse un effort de ce coté et l’utilise comme argument, et entraine tout le marché avec lui. Tout comme il y a fort à parier que dans les années qui viennent, tous les produits de consommation soit doté d’un indicateur de ‘gree friendlyness’ qui permette d’orienter les consommateurs. Là encore, le livre est coincé dans son modèle…
@Vendredi
Oui, c’est vrai, mais si tu regarde la demo du plasticLogic, tu verra qu’il y a un écran tactile, donc on peu tout a fait imaginer dans une version ultérieur de l’OS une telle fonction (là encore, l’iPhone a montré la voie en matière d’interface tactile).
A partir de là, il ne reste plus qu’à imaginer les fonctions sociale ou collaborative que permettent une telle fonctionnalité, et elles sont immenses.
30 mars 2009 à 10:29
Bref, vivement que des technologies de type Oled, en couleurs, soient commercialisées et financièrement accessibles sur tous types d’ordinateurs. Pourquoi se cantonner uniquement la lecture d’ebooks à des ebooks readers ?
En attendant, les éditeurs d’ebooks devront séduire le public de par les qualités intrinsèques du format numérique (indépendamment des machines utilisées pour lire) : interface de navigation, modes de lecture personnalisables, fonctions de recherches, enrichissements multimedia divers, possibilité de commenter, de partager, services de personnalisation et de recommandation associés, etc. De mon point de vue, l’enjeu se situe prioritairement sur ce potentiel. Et la presse est un très bon exemple : si les internautes lisent en masse les sites de presse, même sur des écrans qui ne sont pas des plus confortables, même sur des écrans pas très mobiles, même avec des design mal conçus, c’est d’abord parce que la presse apporte de nombreux avantages dans sa version numérique.
30 mars 2009 à 10:38
Il ne faudrait pas oublier que le travail d’éditeur est un travail de spécialiste en tant que travail sur le texte.
Ainsi l’”e-édition” ne pourra se passer de nombre de ces personnes qui ne travaillent pas tant sur le support que sur le contenu. Cela explique peut-être l’apparent manque de réactivité.
En gros, pour reprendre la comparaison avec la production musicale, une maison d’édition doit aussi être comparée avec un studio d’enregistrement, dont le savoir faire ne pourra être remplacé de si tôt par la présence de nouveau services au niveau utilisateur. Si les majors venaient à être remplacée par des e-producteurs alternatifs, ceux-ci feraient néanmoins appel aux mêmes studio d’enregistrement.
Le plus gros danger à l’heure actuelle se trouve à mon goût pour l’industrie de l’impression, qui ne représente pas le coeur (loin de là) du métier d’éditeur…
30 mars 2009 à 10:42
Merci Fabrice. Intéressant indeed.
Sur les écrans passifs. Je suis moins enthousiaste que toi, car je pense foncièrement que nous n’avons pas besoin que de mobilité pour accéder autrement à des livres et que la volonté des tablettes de nous proposer un accès par la lecture (alors qu’on a peut-être envie d’avoir d’autres accès au livre, et notamment par la recherche) est peut-être une part de l’erreur de ces outils. Mais comme tu le dis, cela relève bien du design, de la conception de ces tablettes. Oui, il y a aujourd’hui plus un problème de design que de technologie, qui s’apprête à être mature (il manque tout de même la couleur je pense : car elle empêche l’accès aux BD et aux illustrations, mais elle arrive). Et oui, cela peut être résolu brusquement et rapidement.
Assez d’accord sur l’analyse sur le domaine public, même si celui-ci n’est peut-être pas la rente de situation que tu imagines. La première rente est sur des titres de fonds non libres de droits (Céline, Camus…). En tout cas, la question que tu adresses me semble une bonne question : comment en tant qu’éditeur, puis-je générer demain des revenus avec des titres libres de droits au format numérique ? Il y a de ce côté là, certainement des choses à imaginer lors d’un prochain BookCamp.
Mais la question la plus importante n’est pas d’arriver à accéder à des titres du patrimoine (auxquels on accède le plus facilement et de multiples façons : prêt, poches, en ligne depuis longtemps, gratuitement sur la plupart des applications et dans les formats de son choix), mais bien aux titres actuels. Et de ce côté là, en fait, ce sont plutôt les éditeurs qui sont en train de se lancer sur ce marché (et pas seulement les anglo-saxons).
Sur les auteurs et les nouveaux modèles économiques, je pense qu’il y a là quelque chose d’assez juste, mais les mentalités vont avoir du mal à changer, car le livre à une valeur référentielle, culturelle très forte. Mais quand les auteurs se rendront compte qu’internet peut générer plus de satisfactions que le livre papier (plus d’audience, plus de reconnaissance, de meilleurs lecteurs et de meilleurs retours de lecteurs, alors que le livre papier ne flatte aujourd’hui que l’égo des auteurs sans ne leur rapporter rien d’autres que la conservation et le référencement de leurs propos auprès de l’élite culturelle ancienne), il est probable que les éditeurs auront un vrai problème.
30 mars 2009 à 10:54
On est d’accord, mais mon point se limite a dire que cette industrie ne dispose pas de marges suffisante pour lui permettre de faire face à la bataille qui s’annonce. Le livre papier gardera une place importante, aucun doute, mais l’edition va subir des dommages colossaux du simple fait d’attaques sur des fronts multiples qui feront passer bon nombres d’acteurs dans le rouge…
Quand à l’adoption de l’eBook en lieu et place du livre, en ce qui nous concerne, et vu notre âge, il y a fort à parier que nous préfèrerons toujours le papier. Mais de là à extrapoler cela sur un gamin de 15 ans qui s’apprête à dépenser dans les dix années qui viennent des sommes colossales en livre pour son éducation… pas sûr.
30 mars 2009 à 12:08
À Fabrice :
Oui mais au delà des fictions, il y a fort à parier pour que les prochaines générations préfèrent consommer du site internet spécialisé sur les sujets sur lesquels ils souhaitent se documenter, plutôt que de l’ebook. Là encore, les éditeurs d’ebook auront fort à faire pour faire valoir le format livre face aux divers formats de sites web (« gratuité », agrégation personnalisée, moteurs de recherche, etc.). Une situation à laquelle résiste depuis de nombreuses années déjà le monde de l’édition imprimée, notamment parce que le papier évolue dans une sphère de consommation totalement différente (contextes de lectures différents, modes de possession et de conservation différents, notion de valeur de l’objet, à montrer ou à offrir, sensations, moins de risque de se faire voler un livre dans un lieu public, etc.). C’est un peu comme voir une photo sur un écran et en posséder un tirage papier : ce n’est pas pareil, il n’y a pas concurrence entre les deux. Idem pour la presse d’ailleurs, puisque les versions numériques des journaux font gagner des lecteurs aux rédactions, ils n’en font pas perdre (pour la rentabilité, c’est autre chose).
À mon avis, la concurrence ne se situe pas entre supports (numérique ou papier : les éditeurs ont tout intérêt à jouer sur les 2 tableaux) mais plutôt entre formats (format livre face à la quantité et aux différentes formes de sites web qui permettent de se documenter, dans l’état actuel, plus facilement).
30 mars 2009 à 13:22
@Christophe D. : Ta remarque me semble tout à fait juste !
30 mars 2009 à 13:50
Oui, c’est vrai, et cela ramène à la question : qui sortira le iPod du livre (sans oublier, bien sûr, iTunes)…
Je parie pour Apple mais je suis totalement de parti pris.
Ceci dit, encore une fois, le livre va survivre, bien sûr, en particulier dès qu’il a une valeur en tant qu’objet, mais ce n’est qu’une partie des livre dont on parle ici…
30 mars 2009 à 14:31
Une partie des livres, mais pas des moindres : d’après le SNE, les fictions (littérature, BD et jeunesse cumulés) ne représentent que 32 % des livres publiés (chiffres 2005).
30 mars 2009 à 14:44
Au cas où certains l’auraient déja oublié, le piratage de livre existe depuis assez longtemps. En particulier, je me rappelle d’une histoire vieille de trois ans où des jeunes avaient eux-mêmes effectué la traduction du dernier Harry Potter en français et l’avaient mis à disposition sur le web.
Si pirater de la musique ou des films est relativement simple, pirater un livre est encore plus simple. J’ai installé, sur mon iPhone, l’application Stanza qui me donne accès gratuitement à un grand nombre d’ouvrages en français, il me faut moins d’une vingtaine de seconde via la 3G pour récupérer n’importe quel ouvrage.
30 mars 2009 à 15:00
@Claude : Pas d’accord : le piratage de livre nécéssite de passer par une phase de scannage de masse, si aucune version numérique de l’oeuvre n’est publié (car il faut la créer). Une fois que l’oeuvre est numérisée, alors là oui, c’est fini pour l’industrie du livre. Mais celle-ci joue justement là-dessus (d’où les DRm sur les ebooks d’ailleurs).
30 mars 2009 à 15:13
@Abricocotier Tout livre, et depuis belle lurette, a forcément un passage par du numérique pour être imprimé. C’est le talon d’achille. De la même façon que les DivX sont en majorité en provenance des boites censés assurer la duplication ou la commercialisation des DVD… Et bien sûr, cela se passe par du pdf haute def non protégé par des drm (quand bien meme, c’est facile à cracker). Il suffira donc de compresser les pdf et de les recadrer (virer les “hirondelles”) pour en faire une copie pirate… Facile.
30 mars 2009 à 15:18
Je crois que malheureusement ce n’est pas si compliqué. Il existe aujourd’hui dans la plupart des entreprises des copieurs sur réseau qui allient à la fois impression, photocopie et scan. Une fois le livre découpé en tranche, il suffit de le placer dans un panier et automatiquement l’ensemble des pages est scanné, OCRisé et renvoyé sous forme de PDF par e-mail à l’utilisateur. Franchement, j’ai souvent eu l’occasion d’effectuer ce genre d’opération pour mettre à disposition des rapports, le taux d’erreur est assez faible (environ 1% des caractères sont mal reconnus) et le résultat plus que lisible. Je ne crois vraiment pas qu’il y aujourd’hui un réel obstacle technique à la chose.
30 mars 2009 à 16:24
Le prix des liseuses est déterminé par le prix de l’écran. Dès que le fabricant des “e-ink” baisera son prix, le prix du Sony reader par exemple suivra de 300 euros à 200 ou même 100. A ce dernier prix j’achète tout de suite pour profiter des 1300 livres en français du domaine public en format LRF du Sony.
L’écran du Sony PRS-505 est très bon, comparable à des livres de poche bien imprimés. Il est même meilleur que celui à écran tactile du PRS-700, à cause de cette surcouche tactile.
Je ne vois pas d’opposition mais une réelle complémentarité entre livre papier et livre numérique. D’ailleurs, pourquoi ne pas offrir la version numérique à celui qui achète la version papier ?
30 mars 2009 à 18:23
@albaran : Je suis bien d’accord avec toi. Mais si il se passe la même chose que pour l’industrie de la musique, où quand tu as un support tu n’as même pas le droit de le dupliquer pour toi, à mon avis dans le monde du papier ils freineront des quatre fers aussi. A moins qu’ils regardent ce qui s’est fait avec les mp3 et qu’ils montrent un minimum d’intelligence… Mais j’y crois pas.
30 mars 2009 à 19:00
Pour moi, ce n’est pas une question de piratage, mais de côté pratique du média: se trimballer avec tes cartons de livres jaunissants à chaque déménagement n’est pas pratique. Etre en vacances à un endroit et ses livres à un autre n’est pas cool non plus.
Bref, le livre papier, c’est déjà dépassé. Comme je me déplace avec un laptop de toutes manières, que cela me serve uniquement a lire des dossiers, à écrire des emails, à browser le web (comme maintenant) ou à lire des livres… c’est le même prix et le même poids!
Et on peut en mettre, des “medias” (dont les livres), dans un petit USB drive de 500 Gigabytes, voir tout simplement “dans le nuage” (i.e. sur un serveur connecté au net)!
Avoir en plus un écran de style e-book pour lire plus confortablement serait un plus, et pourrait en fait servir à tout (lire un livre, ou un email, ou un rapport, ou browser le web)… un tel écran pouvant échanger “sans fil” avec mon laptop, ou être directement branché sur le net (wifi, 3G, Wimax etc.).
En tous cas, merci beaucoup pour cet excellent article.
PPM
30 mars 2009 à 20:49
Merci pour cette excellente analyse je suis tout à fait d’accord avec la plupart des points.
Nous sommes à l’aube d’une nouvelle révolution dans la diffusion de l’information.
Nous en sommes à une étape similaire à celle des débuts de l’imprimerie. A l’époque cette révolution de l’information a permis la diffusion à large échelle de la bible. Cette diffusion a engendré la réforme, les guerres de religion. Une refonte totale de la société.
Actuellement nous vivons la révolution du web et celle-ci va s’étendre grâce au papier électronique. Le web va sortir des ordinateurs. Il se montrera en plein soleil. (oui c’est très agréable de lire en plein soleil sur papier électronique, c’est une expérience que j’apprécie depuis environ 2 ans!)
Cette révolution de la diffusion d’information va aussi réformer la société actuelle, comme il y a 500 ans! Qu’on le veuille ou non. Pour sauver ses intérêts, il vaut donc mieux s’y préparer!
Sinon, petit complément d’information. Le papier électronique est, selon une étude suédoise, la manière la plus écologique de lire. La lecture d’un livre sur papier lâcherait 4 fois plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère!
Il ne faut pas oublier que près du tiers des livres imprimés ne sont jamais vendus et reviennent à leur éditeur avec tous les problèmes que ça cause!
Cette étude est disponible en pdf par ici: http://www.infra.kth.se/fms/pdf/Report_epaper_final.pdf
Pour terminer, vu qu’on l’évoque ci-dessus, le livre “Culture Libre de Lawrence Lessig” est très bien, mais sur mon bouquin électronique, (un iLiad) la mise en page n’est pas des plus avantageuse. J’aurai préféré une seule colonne à la place des deux que l’on trouve dans le pdf! Heureusement que j’ai encore des bons yeux! Où alors existe-t-il une version dans un format adaptable à la taille de l’écran ? (html, e-pub?)
31 mars 2009 à 1:54
A voir le succès du salon du livre je pense que l’édition a encore de beaux jours devant elle, mais cela n’engage que moi :)
31 mars 2009 à 7:45
Petit complément d’information. Le papier électronique est, selon une étude suédoise, la manière la plus écologique de lire. La lecture d’un livre sur papier lâcherait 4 fois plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère!
Il ne faut pas oublier que près du tiers des livres imprimés ne sont jamais vendus et reviennent à leur éditeur avec tous les problèmes que ça cause!
Cette étude est disponible en pdf par ici: http://www.infra.kth.se/fms/pdf/Report_epaper_final.pdf
Pour terminer, vu qu’on l’évoque ci-dessus, le livre “Culture Libre de Lawrence Lessig” est très bien, mais sur mon bouquin électronique, (un iLiad) la mise en page n’est pas des plus avantageuse. J’aurai préféré une seule colonne à la place des deux que l’on trouve dans le pdf! Heureusement que j’ai encore des bons yeux! Où alors existe-t-il une version dans un format adaptable à la taille de l’écran ? (html, e-pub?)
31 mars 2009 à 19:10
A lire : http://epublishersweekly.blogspot.com/2009/03/10-popular-myths-about-ebooks-essay-by.html (en anglais)
31 mars 2009 à 19:11
@Lucile Le livre, oui, sans aucun doutes, mais l’édition, c’est une autre affaire ;)
01 avril 2009 à 8:03
Pour ce qui est de la capacité “des profs” à passer à des manuels “open content”, le problème ne sera pas tant l’immobilisme que vous leur imputez, et qui me paraît assez mythologique, que le fait que les manuels scolaires rapportent beaucoup d’argent, non seulement aux éditeurs, mais également aux rares professeurs qui sont invités à les écrire. Or ceux-ci ont des positions de pouvoir très grandes dans l’institution scolaire — typiquement c’est un inspecteur général qui dirige un manuel et recrute ses collaborateurs. Autant dire qu’ils auront les moyens de pression nécessaires, et la motivation, pour faire en sorte que leurs collègues continuent de faire en sorte que leurs élèves achètent des manuels…
Par ailleurs, pour ce qui concerne non plus le secondaire mais l’université et la recherche, il me semble que vous êtes (nonobstant votre père) passé à côté du mouvement de l’open research, soit la pratique qui consiste, pour les universitaires et les chercheurs, à mettre de plus en plus leur production en accès libre (cf. pour la France le site http://hal.archives-ouvertes.fr/, qui regroupe déjà 120.000 textes). Là aussi, ce ne sont pas “les profs” qui bloquent, mais bien plutôt les pouvoirs publics, qui préfèrent subventionner la plate-forme payante des éditeurs (alias Cairn pour les SHS).
01 avril 2009 à 8:15
@jd
J’ai peur (enfin, pas vraiment) que vous ne sous estimiez la capacité du corps enseignant à se rebeller contre leur hiérarchie ;) Ceci dit, vous soulignez un terrain de bataille intéressant à observer et qui m’avait échappé…
J’attends de voir avec une certaine impatience la réalité du pouvoir d’influence d’un inspecteur d’académie émargeant dans l’édition, une fois que ces fait seront dénoncés publiquement. Nous vivons une époque de transparence qui risque fort, là encore grâce à internet (ou à cause de, c’est selon) de changer radicalement les choses.
Quant à open research, ainsi que les creative commons appliquées à la recherche, les programmes de validation d’écrits scientifique passant par wikipedia et tout un tas de choses de ce type, si, si, on a largement écrit la dessus ici ;)) Nous suivons cela de très près et nous somme convaincu que c’est un levier essentiel pour la diffusion des savoirs dans le monde de demain. Bon, c’est vrai, on n’a jamais écrit sur les Archives Ouvertes… Il faudra le faire un jour, et l’angle que vous me proposez est assez tentant, je dois bien le dire…
04 mai 2009 à 14:11
Comme l’a dit un intervenant, il faut séparer l’impression sur du papier (support) de l’édition proprement dite (contenu). Attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain! L’édition d’un texte, quand elle est bien faite, représente un gros travail.
Rien ne s’oppose au maintien du livre sur papier, sur un créneau de luxe par exemple, avec reliures en cuir et typographie somptueuse. L’emploi d’un e-book ne me paraît pas en concurrence sur tous les usages du livre.
Le gros bémol que j’apporterais au e-book, c’est le risque d’obsolescence. Qui me dit que tel livre que j’aime beaucoup sera lisible dans vingt ans ? Dans vingt ans, je pourrai toujours lire une version papier de tel roman policier qui m’a emballé. Le logiciel et le matériel de lecture, c’est moi. Sa forme électronique aura peut-être rejoint de nombreux fichiers des disquettes des années 80 au cimetière de l’illisible.
Une autre limite tient dans l’interopérabilité des fichiers-livres. Il faudra sans doute un appareil de telle marque pour lire un livre de tel auteur.
26 juillet 2009 à 10:31
Article très interessant, mais à mon sens trop en avance de phase.
En fait le monde de l’édition est assez spécialisé par catégories (educatif, beaux livres, litterature, BDs, professionnel,..) et l’impact de la numérisation sera très différent suivant les éditeurs.
D’autant plus que ces catégories ciblent des clients différents. La femme de plus de 50 ans qui constitue le coeur de lectorat des romans n’est pas près d’être équipée en e-book.
Enfin, il va se passer quelques années (5 ?) avant qu’on ait des e-books ergonomiques, pas fragiles et approvisionnés correctement avec une expérience utilisateur fluide (sans parler de la question de la couleur)
Sur le piratage, je suis sceptique. Pirater un CD prend quelques secondes alors que pirater un livre prend une heure. De plus c’est pertinent au niveau national (à cause de la langue) et donc la masse critique est plus lente à se constituer. Ca freinera aussi les fabricants
Enfin le catalogue de l’édition est encore plus profond que celui de la musique. Sans le “moteur” du piratage, les e-books vont de déployer plus lentement dans le grand public.
Dernier point: on achète un livre par impulsion pour le lire plus tard, pour l’avoir dans sa bibliothèque au moment opportun (et on le lit pas toujours, loin de là) alors qu’on achètera un livre numérique quand on aura décidé de le lire. Une baisse significative des revenus en découlera.
Je vois bien une population de geek a pouvoir d’achat s’équiper pour lire des essais ou transporter des ouvrages de reférence professionnel, mais c’est un micro-segment
Le cas d’usage des livres à l’école est plus complexe à anticiper. Tu décris bien les moteurs, mais il faut mettre en face les freins: lobbying du monde de l’édition, réticence de l’opinion publique, et enfin l’aspect pédagogique (il n’est pas du tout évident qu’il soit plus pratique d’apprendre sur écran passif: le feuilletage est moins intuitif, on n’a qu’une page ouverte à la fois, on ne peut pas annoter, un acte très utile à la memorisation, et pour l’instant pas de couleurs)
Si on met de coté les manuels scolaires, quand on regarde le temps que le mp3 a mis à s’imposer (4−5 ans) sur un media où c’etait une evidence vu le confort apporté et où le contenu était “gratuit”, je pense qu’il faut compter au moins le double de temps avant qu’on ait 5% des foyers équipés dans les pays développés
26 juillet 2009 à 21:45
Article très interessant, mais comme l’a dit Hughes, je pense que l’impact des e-books sera très diffèrent selon les catégories d’ouvrages concernés.
Je suis à ce propos à la recherche de 2 sources d’informations:
- l’impact annoncé (ou non) du ebook sur le secteur de l’édition STM (sciences, technique, médecine). Je reste pour ma part dubitatif quant au fait que le ebook fasse concurrence au manuel, en particulier dans l’enseignement supérieur (université, écoles d’ing., etc)
- une éventuelle analyse des modes de lecture papier vs. écran, qui permettrait d’avalyser ou non la pertinence du format ebook pour tel type d’ouvrage et non pour tel autre…
merci de me faire part de tels liens, si vous les avez croisé récemment !
s
26 juillet 2009 à 21:56
Je vois bien l’édition scolaire tomber en premier, ne serait ce que pour éviter la scoliose au futures génération, mais également parce que les profs pourraient rapidement se mettre à produire leurs manuels de façon collaborative (c’est déjà le cas avec les manuels de math, et c’est d’une très grande qualité). L’argument économique est fort également, les économies à réaliser sont conséquentes. Reste à lutter contre les lobbys… Si les profs s’y mettent, leurs lobbys sont également très puissants…
Pour les manuels scientifiques, j’ai plutot l’opinion inverse de Sylvain, j’ai bossé durant une longue mission pour un grand du secteur (pas Elzevir, l’autre), et leurs données étaient déjà richement sémantisées, ce qui laisse envisager une multitude de chose qu’un livre papier ne pourra jamais faire.
Sinon, pour tes données, je ne les ai pas sous la main, les différence de lecture ecran/papier, ca doit se trouver facilement, par contre, e-ink/papier, pas sûr…
Si tu trouve cela, je suis preneur :-)
26 juillet 2009 à 22:02
hum, t’as donc bossé pour ces exceptions à la règle dans le monde du ebook ?:
http://www.actualitte.com/actualite/11814-crise-budget-bibliotheques-ebook-solution.htm
26 juillet 2009 à 22:05
Un autre (Weka, TI), à l’époque, ils ont regardé mes suggestions en me prenant pour un illuminé, aujourd’hui, ils pleurent…
26 juillet 2009 à 22:30
follow up:
Copié collé d’un des derniers livres hebdo (19 juin 2009)… je te laisse gérer la mise en ligne de la chose le temps qui te conviendra, vu que je n’ai évidemment demandé aucune autorisation avant de reproduire ce qui suit. MAis je serais heureux de connaître ton sentiment quant à cet état de fait:
“Le développement rapide du livre électronique en sciences et techniques auquel tout le monde s’attendait il y a deux ans n’a toujours pas eu lieu. Au Moniteur, la question est toujours à l’étude mais il n’y a pas de projets immédiats. Chez Technip aussi, on se montre attentif mais le passage à l’édition électronique n’est pas une priorité. “Un sondage auprès de nos gros clients a montré qu’ils ne sont pas intéressés pour l’instant par le livre électronique. Sans doute parce que dans le domaine du pétrole nous avons beaucoup d’ouvrages de terrain pour lesquels la forme numérique n’est pas adaptée.”, analyse Paul-François Trioux, directeur éditorial de Technip.
Chez EDP Sciences, dont tout le catalogue est disponible en version numérique via un agrégateur, la part des ventes des livres électroniques ne dépasse pas 1% du total. L’éditeur a mis de coté les projets ambitieux qu’il avait imaginé il y a deux ans. “Le monde deviendra numérique, mais quand?” s’interroge Jean Fontanieu, directeur éditorial d’EDP Sciences. “Pour l’instant la demande n’emerge pas.”
Chez Dunod, qui propose environ 200 e-books, le constat est similaire:“Cela interesse essentiellement les bibliothèques de recherche et les organismes d’enseignement à distance, constate Florence MArtin, directrice de la communication et du marketing.Nos livres sont trop compliqués pour être traités en XML et leur lecture sur reader est peu concluante. Il faut réfléchir aux contenus à mettre en ligne, par forcément l’équivalent des livres papier.”
Exception dans le paysage français, les e-books représentent chez Springer France 25% du CA. Depuis le début de juin, l’éditeur propose un bouquet composé uniquement de titres en français. L’expérience de la plateforme IziBook mise en place par Eyrolles à l’été 2008 sort également du lot. Elle offre 300 titres destinés au public professionnel dans les secteurs de la photo, de l’informatique, de l’entreprise et du BTP. Les ventes ne représentent pour l’instant qu’une faible part du CA global de la maison, mais connaissent une croissance à 3 chiffres qui rend Guillaume de la Coste, chef de prohet ebook chez Eyrolles très optimiste.” Nous utilisons des fichiers PDF, nous n’avons pas recours aux DRM, seulement à un marquage qui donne le nom de l’acheteur. Il n’y a donc aucun frein d’usage. Je passe mon temps à écumer les sites. Je suis formel: à part dans le cas de livres universitaires, le piratage n’existe pas.”
Pour les secteurs concernés, toutes les nouveautés ont leur équivalent en ebook. L’éditeur propose aussi quelques titres “pure-ebooks”, sans version papier. Les premiers mois de fonctionnement montrent que les titres qui se vendent bien en ebook sont les memes que ceux des livres papiers. Le public en revanche est différent, composé d’un nombre important de Français expatriés, d’acheteurs habitant dans les Dom ou dans les secteurs éloignés des grandes villes. Reste à attendre le jour où le monde deviendra en effet vraiment numérique”.
26 juillet 2009 à 22:38
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/06e1a524-64eb-11de-94cf-a7764ede2cca
31 août 2009 à 17:14
Bonjour Fabrice Epelboin
Une analyse tous à fait pertinente.
La révolution est en marche. Elle à déjà commencer avec l’auto-édition.
Le processus va encore prendre de l’ampleur avec l’arrivé des readers.
Cela ne fait aucun doute dans mon esprit — certes des problèmes sont encore à régler, voir mêmes à découvrir… mais la révolution est en marche.
Merci pour cette parfaite analyse d’un marché qui va ouvrir ses portes et véritablement se démocratiser.
Frédéric