eBook : l’édition connaitra-t-il le même sort que la presse ?

ebook3 Ceux qui suivent mes notes de prospectives connaissent déjà ma réponse à cette question : oui, sans aucun doute, à moins d’un sursaut rapide qu’aucun éditeur en France n’est prêt a faire.

L’eBook ne va pas remplacer la totalité des livres papier, mais il a toutes les chance de perturber suffisamment le modèle économique du monde de l’édition pour le faire basculer sous la barre fatale de la rentabilité.

Plusieurs facteurs contribuent aujourd’hui à ce que ce basculement soit imminent.

Les écrans passifs

Lire un livre sur l’écran d’un ordinateur, quel que soit sa qualité est, il faut bien l’avouer, pénible. Avec les écrans utilisés pour les eBook readers, c’est une toute autre histoire.

Fonctionnant sur un principe totalement différent, ces écrans sont aujourd’hui – dans leurs versions noir et blanc – parfaitement au point. Ils offrent un confort de lecture supérieur à bien des livres, et donnent aux eBooks un encombrement similaire à celui d’un livre de taille intermédiaire.

L’ergonomie globale et le design des eBooks readers n’est pas au point, certes, mais le problème ne repose plus sur l’arrivée d’une hypothétique technologie, il s’agit désormais d’une question de design de l’objet. Un point autrement plus rapide à régler, particulièrement à l’époque où Apple à montré la voie à suivre en matière d’ergonomie et d’interface mobile. Les dernières itérations du eBook comme le dernier PlasticLogic ci dessous sont convaincantes, et si vous êtes attaché à la flexibilité et la souplesse du papier, sachez qu’ils ont des écrans tout aussi souples dans leurs labos de R&D.

Une fois les premiers eBook readers ergonomiques sur le marché, l’arrivée d’un iPod du livre en quelque sorte, qui ne devrait pas tarder, l’adoption sera massive, même par les plus résistants qui ne jurent que par le papier (et qui n’ont pour la plupart jamais vu de près un ecran e-ink) : même encombrement qu’un livre, confort de lecture supérieur, il ne manque que l’odeur du papier.

Vous vous souvenez, il y a dix ans, des audiophiles qui juraient pouvoir distinguer la qualité d’un mp3 192bits d’un CD audio ? Où sont-ils aujourd’hui ?

Le domaine public

Google a annoncé en février dernier une version mobile de son application Google Book Search, mettant de facto 1,5 millions de livres du domaine public à la disposition des possesseurs d’iPhone ou de Google Phone, tout cela gratuitement. Quelques semaines plus tard, le même Google signait un partenariat avec Sony pour rendre cet impressionnant catalogue disponible sur le eBook Reader de ce dernier. Nul doute que d’autres plateformes suivront rapidement, nul doute également que le domaine public Français ne sera pas à l’abri bien longtemps (plusieurs e-éditeurs sont en pratique déjà sur les rangs).

Le domaine public, c’est une rente de situation qui assure de copieux revenus au monde de l’édition, et cette rente est appelée à fondre rapidement comme neige au soleil.

Privé ne serait-ce que d’une partie de cette rente, le monde de l’édition, s’il n’a pas trouvé rapidement un moyen de continuer à en tirer profit, devrait commencer à vaciller sur son modèle économique qui, soit dit en passant, n’a pas fondamentalement évolué depuis le siècle des lumières.

Il faut noter en passant que c’est probablement en mettant à disposition gratuitement ce domaine public et en combinant cette offre à un marketing revu en profondeur qu’un éditeur Français pourrait construire son avenir, mais tout indique aujourd’hui que les responsables aux commandes cherchent plus à assurer leur retraites qu’à construire l’avenir de leurs entreprises, et laisseront faire de nouveaux entrants.

La crise

En temps de crise, les entreprises ne sont pas les seules à faire dans la réduction des coûts. Les particuliers, eux aussi, s’y mettent. L’équation est assez simple, en particulier pour ceux qui s’intéresseraient aux oeuvres du domaine public. Une fois l’investissement réalisé dans un eBook reader, son amortissement se calcule en nombre de livres. Quelques dizaines tout au plus, au delà desquels les dépenses liées à la lecture commencent à chuter drastiquement.

Le problème, c’est que même si la consommation des Français en livre est loin d’atteindre ces chiffres, ceux qui lisent de façon intensive, qu’ils soient amateurs de littérature ou étudiants, y arrivent sans problèmes, et représentent le gros des clients de l’édition en terme de chiffre d’affaire. Ce seront eux qui seront le plus enclins à passer à l’eBook une fois les réticences face à l’objet dépassés et le calcul économique réalisé.

Les profs

Traditonellement portés sur l’immobilisme (disclaimer : mes parents sont profs), le corps professoral fonctionne sur un set de valeurs gravées dans le marbre qu’aucun ministre n’a réussi a rewriter jusqu’ici (les anglicismes sont une provocation, vous l’aurez compris). Si l’immobilisme fait parti des valeurs, il y en a d’autres qui sont considérés comme plus importantes encore, parmi celles-ci : la gratuité de l’éducation.

C’est probablement cette valeur qui ouvrira un front supplémentaire dans la guerre de l’édition et du numérique, tant certaines initiatives comme Sésamath (primé par l’UNESCO, excusez du peu), qui propose des manuels et des didacticiels de mathématiques allant de la 6e au Bac+5, laissent à penser que l’achat d’un manuel de math dans le secondaire et le supérieur pourrait bientôt appartenir au passé.

Ajoutez à celà les profs de Français qui devraient voir arriver le catalogue du domaine public avec un large sourire, il ne reste plus qu’aux profs d’histoire, de biologie, de science physique et quelques autres à s’organiser pour faire disparaitre rapidement l’édition scolaire, pour peu que l’éducation nationale ne vienne pas au secours des éditeurs et mette un frein à tout cela. Pas évident tant la réalisation d’un manuel scolaire obéit à des règles strictes édictées par cette même Education Nationale et que les profs sont – à ma connaissance – libre d’opter pour le manuel qui leur convient pour peu qu’il soit agréé.

L’écologie

Le papier, l’encre, le transport, lire un livre, tout comme conduire un véhicule à essence, a un coût pour la planète. Là encore, de nos jours, nombreux sont ceux pour qui cet argument sera de poids. Là encore, la pollution liée à la fabrication d’un eBook reader s’amortit en quelques livres lus sur l’objet (au regard de la pollution engendrée par l’achat répété de livre papier). Au delà de ces quelques livres, vous pourrez vous adonner à la lecture sans faire de compromis avec votre volonté farouche de diminuer votre trace carbone.

Un argument dont le poids ira grandissant avec les années qui passent.

Une industrie endormie et paresseuse

Un modèle économique vieux de plusieurs siècles, un marketing qui date des années 70, c’est avec ces armes que l’industrie de l’édition s’apprête à livrer bataille à l’industrie naissante de l’eBook, qui saura sans nul doute utiliser les média sociaux, la publicité en ligne, les liens sponsorisés et dieu sait quoi encore pour obtenir pour une fraction du prix des budgets marketing traditionnels une exposition équivalente (et mieux ciblée).

Ajoutez des modèles économiques alternatifs, axés sur la gratuité ou sur des offres complexes et multimédia, qui s’attaqueront en priorité là où cela fait mal, là où l’industrie est la plus faible, là où les marges sont les plus difficiles à défendre, et qui mènera une véritable guérilla là où l’industrie s’attend à une guerre conventionnelle. On connaît l’issue de ce genre de confrontation.

L’auto publication

Editer à compte d’auteur était jusqu’ici l’apanage des auteurs maudits et rejetés des maisons d’édition. Cela ne donnait pas pour autant accès à la distribution et encore moins au marketing et à la promotion. C’est un peu, aujourd’hui, comme si un rappeur s’auto produisait et allait vendre ses cassettes lui même sur les marchés dans les années 80.

Mais les temps ont changé, demandez à n’importe quel rappeur, il vous expliquera que pour émerger aujourd’hui, internet est la seule solution. Combien de temps faudra-t-il aux auteurs pour prendre en main eux même leur destinée ? Si l’on fait un parallèle avec ce qu’il s’est passé dans la musique, cela devrait être assez rapide.

Ajoutez à cela un marché qui abonde en secrétaires de rédaction et en éditeurs travaillant en freelance (la souplesse obtenue dans les années 90 par les éditeurs vis à vis de leurs forces de travail aura des effets pervers pour eux), et vous avez un écosystème aujourd’hui exploité par les maisons d’édition (et sous payé) qui retournera sa veste dès que les premiers signes de changements seront évidents.

Le cycle de l’édition d’un livre devrait du coup être considérablement raccourci. A titre d’exemple, le livre Culture Libre, édité par mes soins a demandé moins d’une semaine de travail (les curieux pourront se reporter à la préface à l’édition Française pour avoir plus d’informations là dessus).

Les éditeurs auront beau crier à une perte dramatique de qualité dans l’art de l’édition, la réalité se fera vite jour quand le grand public réalisera que cette qualité a disparu dans les années 90 avec l’arrivée de la PAO et une course effrénée aux profits que cette technologie, qui permettait d’abaisser drastiquement les coûts de fabrication d’un livre, permettait. A l’époque, cela n’a nullement ouvert la voie à une alternative semi-professionnelle dans l’édition, mais aujourd’hui, c’est une autre histoire.

Des auteurs aux modèles économiques alternatifs

Alors que la plupart des musiciens aspirent à vivre de la vente de leur disques et qu’ils réalisent tardivement que le problème est plus du coté de la monétisation de leur talents (concerts, droits dérivés, etc), beaucoup d’auteurs sont déjà dans des modèles économiques alternatifs.

Publier un livre n’est pour eux qu’un moyen de générer du cash ailleurs. C’est le cas de bon nombre de consultants et de spécialistes de tout poil pour qui un livre ne sert qu’à asseoir une réputation, et qui n’avaient, il faut bien le dire, pas gagné grand chose en vendant quelques milliers d’exemplaires de leurs précédents bouquins dans le circuit traditionnel. Ceux là viendront alimenter rapidement l’offre des maisons d’e-édition alternatives.

Quand l’e-édition leur offrira une visibilité et une exposition similaire à ce qu’offre – pour une poignée d’entre eux – l’édition classique, on assistera à une véritable hémorragie.

Les coûts du hardware en chute libre

C’est inéluctable, les eBook readers vont devenir de moins en moins chers, au point d’envisager des stratégies de distribution qui consisteraient, pour une maison d’e-édition ou un journal plus malin que les autres, à l’offrir avec un abonnement. Dans l’édition scolaire, un modèle basé sur un abonnement à une offre de contenus accompagnée d’un eBook reader gratuit semble particulièrement évident (à moins que ce soit la gratuité qui s’impose).

Contrairement aux ordinateurs dont on peut toujours justifier qu’ils soient de plus en plus puissants afin de maintenir des prix stables malgré la chute du prix des composants, la puissance embarqué à bord d’un eBook reader ne représente pas un coût phénoménal en matière d’électronique.

Le Kindle d’Amazon a déja vu son prix chuter à de nombreuses reprise, tout comme le Sony eBook reader. C’est inéluctable, le prix d’un eBook reader finira par avoisiner celui d’un livre de luxe et descendre sous la barre psychologique des 100€.

Les blogs

Le problème, avec les lecteurs de livres, c’est qu’ils lisent. Il fut un temps où Bernard Pivot faisait la pluie et le beau temps sur les ventes, mais ce temps est passé, et la blogosphère est parfaitement apte à prendre la relève. Il n’est d’ailleurs pas surprenant de constater que les plus éminents d’entre eux ne font pas parti du clan qui voit avec effroi l’arrivée de l’eBook, et il y a fort à parier que l’intéret de ces blogs se porte plus sur les auteurs et leurs œuvres que la défense des divers industriels qui représentent 90% du coût d’un livre aujourd’hui.

La caisse de résonance de la promotion 2.0 est donc en place depuis quelques temps, ce qui donnera (et donne déjà probablement) l’occasion au monde de l’édition de s’adonner au spam de bloggeurs influents, et de constater, à son tour, que ce n’est pas aussi simple que le décrivent les agences de RP.

Les livres professionnels

Qu’il s’agisse d’un manuel d’utilisation, d’un livre technique ou d’une encyclopédie spécialisée, l’édition regorge de livres qui trouveront dans l’eBook le support idéal. Léger par rapport à un ouvrage en 12 volumes ou d’un manuel de 800 pages, facile à mettre à jour, offrant une multitude d’outils de navigation, les atouts de l’eBook par rapport à son ancêtre en papier sont nombreux, et quand il ne s’agit pas d’œuvres littéraires, ils sont encore plus effrayants.

Là encore, c’est un secteur économique de l’industrie de l’édition qu’il sera relativement facile de mettre à mal pour de nouveaux entrants plus agiles et plus malin et tant les acteurs en place n’ont pas la moindre idée de comment sortir d’une offre qui se limite désespérément aux contenus bruts et d’un modèle économique basé sur la fourniture de papier et d’encre.

Les alternatives au droit d’auteur

Avec un domaine public aussi vaste, et un grand nombre d’auteurs qui ne cherchent pas nécessairement à tirer profit de la vente de leurs productions, l’édition est le domaine rêvé pour que les licences libres et les creatives commons puissent enfin montrer le monde que la philosophie qui les sous tend appelle : celui où les savoirs de l’humanité seraient en libre accès. Une philosophie que le monde de l’édition va avoir le plus grand mal à confronter à une époque où les lois du marché sont remises en cause de toutes parts.

C’est probablement sur ce terrain que se mènera auprès d’une classe d’intellectuels encore peu au fait de cette philosophie, et avec l’aide de bon nombre d’entre eux, la grande bataille de la culture du XXIe siècle. Un terrain bien plus propice à remporter la bataille des coeurs que ne l’est aujourd’hui le monde de la musique.

Une bataille menée par une armée jeune, dynamique et agile, qui durera probablement longtemps, mais qui luttera en parallèle avec la refondation d’un monde viable pour les générations qui constitueront le gros des troupes. L’issue, là aussi, ne fait pas de doutes, ce n’est qu’une question de temps.

La mise à disposition collective des savoirs de l’humanité toute entière, sans distinction de culture, de fortune ou de citoyenneté est en effet un facteur critique dans la reconstruction d’un monde apte à affronter les défis immenses laissés par les anciennes générations. Ne pas le faire mènera les industriels du Savoir au pire à un armageddon et à l’Apocalypse, au mieux à la guillotine (je m’emporte).

Tout comme les banques aujourd’hui, l’intervention de l’autorité publique, en charge – dans les démocraties les plus avancées – du bien collectif et ultimement de sa survie, devrait tôt ou tard arriver si – tout comme les banques hier – les industriels du Savoir s’entêtent à préserver leurs seuls intérêts au détriment de l’humanité tout entière.

Le web social

Crowdsourcing sur tous les aspects du métier d’éditeur, dimension communautaire autour de l’objet livre, marketing social, viralité, les armes de l’armée de l’e-édition sont en mesure d’attaquer l’armée des anciens sur tous les fronts. La lutte est, cette fois ci, parfaitement inégale, même si les premières batailles seront sans doute remportées par les lobbys, les forces en présence sont disproportionnées pour quiconque connaît le web social et ses leviers.

Les combinaisons et les alliances possibles dans le camp des eBooks sont multiples, faciles à nouer, rapides à s’adapter.

On en prend d’autres et on recommence

Les dernières réactions du monde de l’édition face au livre électronique sont particulièrement encourageantes pour les startups de l’e-édition, elles sont pour ainsi dire un véritable appel au meurtre tant elles consistent à copier-coller la stratégie qu’avait adoptée il y a dix ans l’industrie du disque.

Affirmer sans rire que le prix d’un livre électronique devrait être le même que celui d’un livre classique, prôner les DRM qui ont largement démontré leur inefficacité et leur capacité à créer des vocations de pirates face aux contraintes d’usages engendrées, « réfuter l’idée de gratuité » (encore une confusion entre gratuit et libre), dénoncer « certaines universités, sensibles aux sirènes de la gratuité, [qui développent] à grand frais, des plateformes de ressources numériques d’une utilité très relative » (disclaimer : mon père est impliqué là dedans)…

Voilà une stratégie qui n’a absolument aucune chance d’être gagnante (je vous renvoi sur le dernier billet d’Hubert Guillaud à ce propos qui a inspiré le mien).

Quant à l’illusion qu’entretient le Syndicat National de l’Edition, le lobby du secteur, sur le fait que le piratage ne sera pas pratiqué dans le monde feutré de l’édition, cela relève de la méthode Coué plus que d’autre chose.

Et demain ?

A la différence de la confrontation des majors avec le numérique, la guerre à venir à toutes les chances d’être plus brutale, plus rapide et plus efficace que celle que mène encore l’industrie du disque. Le plan de bataille édicté par le SNE est d’ailleurs un constant d’échec tant il n’est guère qu’un  plan de défense face à une attaque qu’il devine, lui aussi, imminente.

Si l’industrie du livre n’a de toute évidence rien appris de l’expérience des majors du disque, qui peut imaginer un instant que dans le camps adverse, aucune leçon n’at été apprise afin de mettre au point les stratégies de la guerre à venir ?

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36 commentaires pour cet article

  1. AbriCoCotier

    Humm, je ne serais pas aussi caté­go­rique que toi.

    Autant sur l’édition de presse, je suis à 100% der­rière tes pro­pos, autant je consi­dère qu’un livre a pour lui le “sens du tou­cher”, qui per­met au consom­ma­teur d’apprécier le livre phy­sique­ment. Ce qui ne pourra pas être rem­placé par le numérique.

    Après, on peut voir un modèle comme pour le DivX/DVD : si on a aimé l’ebook, on ira s’acheter le vrai livre, sur­tout qu’à l’heure actuelle, les éditions aux pre­miers prix sont vrai­ment abor­dable (moins de 10 euros, voire moins de 5 euros), alors que les DVD ne le sont toujours pas (en moyenne plus de 15 euros le DVD).

    D’où mon avis assez confiant pour l’avenir du livre (mais je reste per­suadé que la presse est en train d’entrer dans la tombe, et ce depuis déjà plu­sieurs années).

  2. Fabrice Epelboin

    Oui, mais si l’ebook en ques­tion est un livre de math, le der­nier pavé sur Ruby On Rails d’O’Reilly ou un livre de recette de cui­sine ? Pas evident.

    Dans le cas de la lit­té­ra­ture, c’est clair, oui, par contre qu’il y aura un jeu plus complexe…

    Mais encore un fois, mon pro­pos n’est pas du tout de dire que l’eBook rem­pla­cera le livre, vrai­ment pas, je suis même convaincu du contraire, mon point est de dire que son arri­vée auquel l’édition n’est pas pré­paré et à laquelle il refuse de faire face autre­ment qu’avec des stra­té­gies per­dantes fera vaciller le monde de l’édition et pro­voquera de nom­breuses morts dans ses rangs.

  3. AM

    Pour l’écologie, je met­trais un bémol. Un outil élec­tro­nique de plus, qui va cas­ser, ou tout sim­ple­ment se faire rem­pla­cer tous les deux ans (comme les ipods…)

    The Story Of Stuff http://www.storyofstuff.com/ explique cela mieux que moi.

  4. Vendredi

    Je trouve qu’ils leur manque la fonc­tion d’annotation (fonc­tion marqueur ou crayon en qqsorte), c bien utile parfois.

  5. Fabrice Epelboin

    @AM

    C’est un trend, on aurai pu dire ca d’un MacBook jusqu’au moment où sous la pres­sion de Greenpeace, Apple s’est res­saisi.
    Il y a fort à parier qu’un fabri­cant d’eBook fasse un effort de ce coté et l’utilise comme argu­ment, et entraine tout le mar­ché avec lui. Tout comme il y a fort à parier que dans les années qui viennent, tous les pro­duits de consom­ma­tion soit doté d’un indi­ca­teur de ‘gree friend­ly­ness’ qui per­mette d’orienter les consom­ma­teurs. Là encore, le livre est coincé dans son modèle…

    @Vendredi

    Oui, c’est vrai, mais si tu regarde la demo du plas­ti­cLo­gic, tu verra qu’il y a un écran tac­tile, donc on peu tout a fait ima­gi­ner dans une ver­sion ulté­rieur de l’OS une telle fonc­tion (là encore, l’iPhone a mon­tré la voie en matière d’interface tac­tile).
    A par­tir de là, il ne reste plus qu’à ima­gi­ner les fonc­tions sociale ou col­la­bo­ra­tive que per­mettent une telle fonc­tion­na­lité, et elles sont immenses.

  6. Christophe D.

    Bref, vive­ment que des tech­no­lo­gies de type Oled, en cou­leurs, soient com­mer­cia­li­sées et finan­ciè­re­ment acces­sibles sur tous types d’ordinateurs. Pourquoi se can­ton­ner unique­ment la lec­ture d’ebooks à des ebooks readers ?

    En atten­dant, les éditeurs d’ebooks devront séduire le public de par les qua­li­tés intrin­sèques du for­mat numé­rique (indé­pen­dam­ment des machines uti­li­sées pour lire) : inter­face de navi­ga­tion, modes de lec­ture per­son­na­li­sables, fonc­tions de recherches, enri­chis­se­ments mul­ti­me­dia divers, pos­si­bi­lité de com­men­ter, de par­ta­ger, ser­vices de per­son­na­li­sa­tion et de recom­man­da­tion asso­ciés, etc. De mon point de vue, l’enjeu se situe prio­ri­tai­re­ment sur ce poten­tiel. Et la presse est un très bon exemple : si les inter­nautes lisent en masse les sites de presse, même sur des écrans qui ne sont pas des plus confor­tables, même sur des écrans pas très mobiles, même avec des design mal conçus, c’est d’abord parce que la presse apporte de nom­breux avan­tages dans sa ver­sion numérique.

  7. Denis

    Il ne fau­drait pas oublier que le tra­vail d’éditeur est un tra­vail de spé­cia­liste en tant que tra­vail sur le texte.

    Ainsi l’”e-édition” ne pourra se pas­ser de nombre de ces per­sonnes qui ne tra­vaillent pas tant sur le sup­port que sur le contenu. Cela explique peut-être l’apparent manque de réactivité.

    En gros, pour reprendre la com­pa­rai­son avec la pro­duc­tion musi­cale, une mai­son d’édition doit aussi être com­pa­rée avec un stu­dio d’enregistrement, dont le savoir faire ne pourra être rem­placé de si tôt par la pré­sence de nou­veau ser­vices au niveau uti­li­sa­teur. Si les majors venaient à être rem­pla­cée par des e-producteurs alter­na­tifs, ceux-ci feraient néan­moins appel aux mêmes stu­dio d’enregistrement.

    Le plus gros dan­ger à l’heure actuelle se trouve à mon goût pour l’industrie de l’impression, qui ne repré­sente pas le coeur (loin de là) du métier d’éditeur…

  8. Hubert Guillaud

    Merci Fabrice. Intéressant indeed.

    Sur les écrans pas­sifs. Je suis moins enthou­siaste que toi, car je pense fon­ciè­re­ment que nous n’avons pas besoin que de mobi­lité pour accé­der autre­ment à des livres et que la volonté des tablettes de nous pro­po­ser un accès par la lec­ture (alors qu’on a peut-être envie d’avoir d’autres accès au livre, et notam­ment par la recherche) est peut-être une part de l’erreur de ces outils. Mais comme tu le dis, cela relève bien du design, de la concep­tion de ces tablettes. Oui, il y a aujourd’hui plus un pro­blème de design que de tech­no­lo­gie, qui s’apprête à être mature (il manque tout de même la cou­leur je pense : car elle empêche l’accès aux BD et aux illus­tra­tions, mais elle arrive). Et oui, cela peut être résolu brusque­ment et rapidement. 

    Assez d’accord sur l’analyse sur le domaine public, même si celui-ci n’est peut-être pas la rente de situa­tion que tu ima­gines. La pre­mière rente est sur des titres de fonds non libres de droits (Céline, Camus…). En tout cas, la ques­tion que tu adresses me semble une bonne ques­tion : com­ment en tant qu’éditeur, puis-je géné­rer demain des reve­nus avec des titres libres de droits au for­mat numé­rique ? Il y a de ce côté là, cer­tai­ne­ment des choses à ima­gi­ner lors d’un pro­chain BookCamp. 

    Mais la ques­tion la plus impor­tante n’est pas d’arriver à accé­der à des titres du patri­moine (auxquels on accède le plus faci­le­ment et de mul­tiples façons : prêt, poches, en ligne depuis long­temps, gra­tui­te­ment sur la plu­part des appli­ca­tions et dans les for­mats de son choix), mais bien aux titres actuels. Et de ce côté là, en fait, ce sont plu­tôt les éditeurs qui sont en train de se lan­cer sur ce mar­ché (et pas seule­ment les anglo-saxons). 

    Sur les auteurs et les nou­veaux modèles écono­miques, je pense qu’il y a là quelque chose d’assez juste, mais les men­ta­li­tés vont avoir du mal à chan­ger, car le livre à une valeur réfé­ren­tielle, cultu­relle très forte. Mais quand les auteurs se ren­dront compte qu’internet peut géné­rer plus de satis­fac­tions que le livre papier (plus d’audience, plus de recon­nais­sance, de meilleurs lec­teurs et de meilleurs retours de lec­teurs, alors que le livre papier ne flatte aujourd’hui que l’égo des auteurs sans ne leur rap­por­ter rien d’autres que la conser­va­tion et le réfé­ren­ce­ment de leurs pro­pos auprès de l’élite cultu­relle ancienne), il est pro­bable que les éditeurs auront un vrai problème.

  9. Fabrice Epelboin

    On est d’accord, mais mon point se limite a dire que cette indus­trie ne dis­pose pas de marges suf­fi­sante pour lui per­mettre de faire face à la bataille qui s’annonce. Le livre papier gar­dera une place impor­tante, aucun doute, mais l’edition va subir des dom­mages colos­saux du simple fait d’attaques sur des fronts mul­tiples qui feront pas­ser bon nombres d’acteurs dans le rouge…

    Quand à l’adoption de l’eBook en lieu et place du livre, en ce qui nous concerne, et vu notre âge, il y a fort à parier que nous pré­fè­re­rons toujours le papier. Mais de là à extra­po­ler cela sur un gamin de 15 ans qui s’apprête à dépen­ser dans les dix années qui viennent des sommes colos­sales en livre pour son éduca­tion… pas sûr.

  10. Christophe D.

    À Fabrice : 

    Oui mais au delà des fic­tions, il y a fort à parier pour que les pro­chaines géné­ra­tions pré­fèrent consom­mer du site inter­net spé­cia­lisé sur les sujets sur lesquels ils sou­haitent se docu­men­ter, plu­tôt que de l’ebook. Là encore, les éditeurs d’ebook auront fort à faire pour faire valoir le for­mat livre face aux divers for­mats de sites web (« gra­tuité », agré­ga­tion per­son­na­li­sée, moteurs de recherche, etc.). Une situa­tion à laquelle résiste depuis de nom­breuses années déjà le monde de l’édition impri­mée, notam­ment parce que le papier évolue dans une sphère de consom­ma­tion tota­le­ment dif­fé­rente (contextes de lec­tures dif­fé­rents, modes de pos­ses­sion et de conser­va­tion dif­fé­rents, notion de valeur de l’objet, à mon­trer ou à offrir, sen­sa­tions, moins de risque de se faire voler un livre dans un lieu public, etc.). C’est un peu comme voir une photo sur un écran et en pos­sé­der un tirage papier : ce n’est pas pareil, il n’y a pas concur­rence entre les deux. Idem pour la presse d’ailleurs, puisque les ver­sions numé­riques des jour­naux font gagner des lec­teurs aux rédac­tions, ils n’en font pas perdre (pour la ren­ta­bi­lité, c’est autre chose). 

    À mon avis, la concur­rence ne se situe pas entre sup­ports (numé­rique ou papier : les éditeurs ont tout inté­rêt à jouer sur les 2 tableaux) mais plu­tôt entre for­mats (for­mat livre face à la quan­tité et aux dif­fé­rentes formes de sites web qui per­mettent de se docu­men­ter, dans l’état actuel, plus facilement).

  11. Hubert Guillaud

    @Christophe D. : Ta remarque me semble tout à fait juste !

  12. Fabrice Epelboin

    Oui, c’est vrai, et cela ramène à la ques­tion : qui sor­tira le iPod du livre (sans oublier, bien sûr, iTunes)…

    Je parie pour Apple mais je suis tota­le­ment de parti pris.

    Ceci dit, encore une fois, le livre va sur­vivre, bien sûr, en par­ti­cu­lier dès qu’il a une valeur en tant qu’objet, mais ce n’est qu’une par­tie des livre dont on parle ici…

  13. Christophe D.

    Une par­tie des livres, mais pas des moindres : d’après le SNE, les fic­tions (lit­té­ra­ture, BD et jeu­nesse cumu­lés) ne repré­sentent que 32 % des livres publiés (chiffres 2005).

  14. Claude

    Au cas où cer­tains l’auraient déja oublié, le pira­tage de livre existe depuis assez long­temps. En par­ti­cu­lier, je me rap­pelle d’une his­toire vieille de trois ans où des jeunes avaient eux-mêmes effec­tué la tra­duc­tion du der­nier Harry Potter en français et l’avaient mis à dis­po­si­tion sur le web.
    Si pira­ter de la musique ou des films est rela­ti­ve­ment simple, pira­ter un livre est encore plus simple. J’ai ins­tallé, sur mon iPhone, l’application Stanza qui me donne accès gra­tui­te­ment à un grand nombre d’ouvrages en français, il me faut moins d’une ving­taine de seconde via la 3G pour récu­pé­rer n’importe quel ouvrage.

  15. AbriCoCotier

    @Claude : Pas d’accord : le pira­tage de livre nécés­site de pas­ser par une phase de scan­nage de masse, si aucune ver­sion numé­rique de l’oeuvre n’est publié (car il faut la créer). Une fois que l’oeuvre est numé­ri­sée, alors là oui, c’est fini pour l’industrie du livre. Mais celle-ci joue jus­te­ment là-dessus (d’où les DRm sur les ebooks d’ailleurs).

  16. Fabrice Epelboin

    @Abricocotier Tout livre, et depuis belle lurette, a for­cé­ment un pas­sage par du numé­rique pour être imprimé. C’est le talon d’achille. De la même façon que les DivX sont en majo­rité en pro­ve­nance des boites cen­sés assu­rer la dupli­ca­tion ou la com­mer­cia­li­sa­tion des DVD… Et bien sûr, cela se passe par du pdf haute def non pro­tégé par des drm (quand bien meme, c’est facile à cra­cker). Il suf­fira donc de com­pres­ser les pdf et de les reca­drer (virer les “hiron­delles”) pour en faire une copie pirate… Facile.

  17. Claude

    Je crois que mal­heu­reu­se­ment ce n’est pas si com­pliqué. Il existe aujourd’hui dans la plu­part des entre­prises des copieurs sur réseau qui allient à la fois impres­sion, pho­to­co­pie et scan. Une fois le livre découpé en tranche, il suf­fit de le pla­cer dans un panier et auto­ma­tique­ment l’ensemble des pages est scanné, OCRisé et ren­voyé sous forme de PDF par e-mail à l’utilisateur. Franchement, j’ai sou­vent eu l’occasion d’effectuer ce genre d’opération pour mettre à dis­po­si­tion des rap­ports, le taux d’erreur est assez faible (envi­ron 1% des carac­tères sont mal recon­nus) et le résul­tat plus que lisible. Je ne crois vrai­ment pas qu’il y aujourd’hui un réel obs­tacle tech­nique à la chose.

  18. albaran

    Le prix des liseuses est déter­miné par le prix de l’écran. Dès que le fabri­cant des “e-ink” bai­sera son prix, le prix du Sony rea­der par exemple sui­vra de 300 euros à 200 ou même 100. A ce der­nier prix j’achète tout de suite pour pro­fi­ter des 1300 livres en français du domaine public en for­mat LRF du Sony.

    L’écran du Sony PRS-505 est très bon, com­pa­rable à des livres de poche bien impri­més. Il est même meilleur que celui à écran tac­tile du PRS-700, à cause de cette sur­couche tactile.

    Je ne vois pas d’opposition mais une réelle com­plé­men­ta­rité entre livre papier et livre numé­rique. D’ailleurs, pourquoi ne pas offrir la ver­sion numé­rique à celui qui achète la ver­sion papier ?

  19. AbriCoCotier

    @albaran : Je suis bien d’accord avec toi. Mais si il se passe la même chose que pour l’industrie de la musique, où quand tu as un sup­port tu n’as même pas le droit de le dupliquer pour toi, à mon avis dans le monde du papier ils frei­ne­ront des quatre fers aussi. A moins qu’ils regardent ce qui s’est fait avec les mp3 et qu’ils montrent un mini­mum d’intelligence… Mais j’y crois pas.

  20. ppmartin

    Pour moi, ce n’est pas une ques­tion de pira­tage, mais de côté pra­tique du média: se trim­bal­ler avec tes car­tons de livres jau­nis­sants à chaque démé­na­ge­ment n’est pas pra­tique. Etre en vacances à un endroit et ses livres à un autre n’est pas cool non plus.

    Bref, le livre papier, c’est déjà dépassé. Comme je me déplace avec un lap­top de toutes manières, que cela me serve unique­ment a lire des dos­siers, à écrire des emails, à brow­ser le web (comme main­te­nant) ou à lire des livres… c’est le même prix et le même poids!

    Et on peut en mettre, des “medias” (dont les livres), dans un petit USB drive de 500 Gigabytes, voir tout sim­ple­ment “dans le nuage” (i.e. sur un ser­veur connecté au net)!

    Avoir en plus un écran de style e-book pour lire plus confor­ta­ble­ment serait un plus, et pour­rait en fait ser­vir à tout (lire un livre, ou un email, ou un rap­port, ou brow­ser le web)… un tel écran pou­vant échan­ger “sans fil” avec mon lap­top, ou être direc­te­ment bran­ché sur le net (wifi, 3G, Wimax etc.).

    En tous cas, merci beau­coup pour cet excellent article.

    PPM

  21. Martouf

    Merci pour cette excel­lente ana­lyse je suis tout à fait d’accord avec la plu­part des points.

    Nous sommes à l’aube d’une nou­velle révo­lu­tion dans la dif­fu­sion de l’information.

    Nous en sommes à une étape simi­laire à celle des débuts de l’imprimerie. A l’époque cette révo­lu­tion de l’information a per­mis la dif­fu­sion à large échelle de la bible. Cette dif­fu­sion a engen­dré la réforme, les guerres de reli­gion. Une refonte totale de la société.

    Actuellement nous vivons la révo­lu­tion du web et celle-ci va s’étendre grâce au papier élec­tro­nique. Le web va sor­tir des ordi­na­teurs. Il se mon­trera en plein soleil. (oui c’est très agréable de lire en plein soleil sur papier élec­tro­nique, c’est une expé­rience que j’apprécie depuis envi­ron 2 ans!)

    Cette révo­lu­tion de la dif­fu­sion d’information va aussi réfor­mer la société actuelle, comme il y a 500 ans! Qu’on le veuille ou non. Pour sau­ver ses inté­rêts, il vaut donc mieux s’y préparer!

    Sinon, petit com­plé­ment d’information. Le papier élec­tro­nique est, selon une étude sué­doise, la manière la plus écolo­gique de lire. La lec­ture d’un livre sur papier lâche­rait 4 fois plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère!

    Il ne faut pas oublier que près du tiers des livres impri­més ne sont jamais ven­dus et reviennent à leur éditeur avec tous les pro­blèmes que ça cause!

    Cette étude est dis­po­nible en pdf par ici: http://www.infra.kth.se/fms/pdf/Report_epaper_final.pdf

    Pour ter­mi­ner, vu qu’on l’évoque ci-dessus, le livre “Culture Libre de Lawrence Lessig” est très bien, mais sur mon bouquin élec­tro­nique, (un iLiad) la mise en page n’est pas des plus avan­ta­geuse. J’aurai pré­féré une seule colonne à la place des deux que l’on trouve dans le pdf! Heureusement que j’ai encore des bons yeux! Où alors existe-t-il une ver­sion dans un for­mat adap­table à la taille de l’écran ? (html, e-pub?)

  22. Lucile Reynard

    A voir le suc­cès du salon du livre je pense que l’édition a encore de beaux jours devant elle, mais cela n’engage que moi :)

  23. Martouf

    Petit com­plé­ment d’information. Le papier élec­tro­nique est, selon une étude sué­doise, la manière la plus écolo­gique de lire. La lec­ture d’un livre sur papier lâche­rait 4 fois plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère!

    Il ne faut pas oublier que près du tiers des livres impri­més ne sont jamais ven­dus et reviennent à leur éditeur avec tous les pro­blèmes que ça cause!

    Cette étude est dis­po­nible en pdf par ici: http://www.infra.kth.se/fms/pdf/Report_epaper_final.pdf

    Pour ter­mi­ner, vu qu’on l’évoque ci-dessus, le livre “Culture Libre de Lawrence Lessig” est très bien, mais sur mon bouquin élec­tro­nique, (un iLiad) la mise en page n’est pas des plus avan­ta­geuse. J’aurai pré­féré une seule colonne à la place des deux que l’on trouve dans le pdf! Heureusement que j’ai encore des bons yeux! Où alors existe-t-il une ver­sion dans un for­mat adap­table à la taille de l’écran ? (html, e-pub?)

  24. Fabrice Epelboin

    A lire : http://epublishersweekly.blogspot.com/2009/03/10-popular-myths-about-ebooks-essay-by.html (en anglais)

  25. Fabrice Epelboin

    @Lucile Le livre, oui, sans aucun doutes, mais l’édition, c’est une autre affaire ;)

  26. jd

    Pour ce qui est de la capa­cité “des profs” à pas­ser à des manuels “open content”, le pro­blème ne sera pas tant l’immobilisme que vous leur impu­tez, et qui me paraît assez mytho­lo­gique, que le fait que les manuels sco­laires rap­portent beau­coup d’argent, non seule­ment aux éditeurs, mais égale­ment aux rares pro­fes­seurs qui sont invi­tés à les écrire. Or ceux-ci ont des posi­tions de pou­voir très grandes dans l’institution sco­laire — typique­ment c’est un ins­pec­teur géné­ral qui dirige un manuel et recrute ses col­la­bo­ra­teurs. Autant dire qu’ils auront les moyens de pres­sion néces­saires, et la moti­va­tion, pour faire en sorte que leurs col­lègues conti­nuent de faire en sorte que leurs élèves achètent des manuels…
    Par ailleurs, pour ce qui concerne non plus le secon­daire mais l’université et la recherche, il me semble que vous êtes (non­obs­tant votre père) passé à côté du mou­ve­ment de l’open research, soit la pra­tique qui consiste, pour les uni­ver­si­taires et les cher­cheurs, à mettre de plus en plus leur pro­duc­tion en accès libre (cf. pour la France le site http://hal.archives-ouvertes.fr/, qui regroupe déjà 120.000 textes). Là aussi, ce ne sont pas “les profs” qui bloquent, mais bien plu­tôt les pou­voirs publics, qui pré­fèrent sub­ven­tion­ner la plate-forme payante des éditeurs (alias Cairn pour les SHS).

  27. Fabrice Epelboin

    @jd

    J’ai peur (enfin, pas vrai­ment) que vous ne sous esti­miez la capa­cité du corps ensei­gnant à se rebel­ler contre leur hié­rar­chie ;) Ceci dit, vous sou­li­gnez un ter­rain de bataille inté­res­sant à obser­ver et qui m’avait échappé…

    J’attends de voir avec une cer­taine impa­tience la réa­lité du pou­voir d’influence d’un ins­pec­teur d’académie émar­geant dans l’édition, une fois que ces fait seront dénon­cés publique­ment. Nous vivons une époque de trans­pa­rence qui risque fort, là encore grâce à inter­net (ou à cause de, c’est selon) de chan­ger radi­ca­le­ment les choses.

    Quant à open research, ainsi que les crea­tive com­mons appliquées à la recherche, les pro­grammes de vali­da­tion d’écrits scien­ti­fique pas­sant par wiki­pe­dia et tout un tas de choses de ce type, si, si, on a lar­ge­ment écrit la des­sus ici ;)) Nous sui­vons cela de très près et nous somme convaincu que c’est un levier essen­tiel pour la dif­fu­sion des savoirs dans le monde de demain. Bon, c’est vrai, on n’a jamais écrit sur les Archives Ouvertes… Il fau­dra le faire un jour, et l’angle que vous me pro­po­sez est assez ten­tant, je dois bien le dire…

  28. Didier

    Comme l’a dit un inter­ve­nant, il faut sépa­rer l’impression sur du papier (sup­port) de l’édition pro­pre­ment dite (contenu). Attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain! L’édition d’un texte, quand elle est bien faite, repré­sente un gros travail. 

    Rien ne s’oppose au main­tien du livre sur papier, sur un cré­neau de luxe par exemple, avec reliures en cuir et typo­gra­phie somp­tueuse. L’emploi d’un e-book ne me paraît pas en concur­rence sur tous les usages du livre.

    Le gros bémol que j’apporterais au e-book, c’est le risque d’obsolescence. Qui me dit que tel livre que j’aime beau­coup sera lisible dans vingt ans ? Dans vingt ans, je pour­rai toujours lire une ver­sion papier de tel roman poli­cier qui m’a emballé. Le logi­ciel et le maté­riel de lec­ture, c’est moi. Sa forme élec­tro­nique aura peut-être rejoint de nom­breux fichiers des disquettes des années 80 au cime­tière de l’illisible.

    Une autre limite tient dans l’interopérabilité des fichiers-livres. Il fau­dra sans doute un appa­reil de telle marque pour lire un livre de tel auteur.

  29. Hugues

    Article très inter­es­sant, mais à mon sens trop en avance de phase.
    En fait le monde de l’édition est assez spé­cia­lisé par caté­go­ries (edu­ca­tif, beaux livres, lit­te­ra­ture, BDs, pro­fes­sion­nel,..) et l’impact de la numé­ri­sa­tion sera très dif­fé­rent sui­vant les éditeurs.
    D’autant plus que ces caté­go­ries ciblent des clients dif­fé­rents. La femme de plus de 50 ans qui consti­tue le coeur de lec­to­rat des romans n’est pas près d’être équi­pée en e-book.
    Enfin, il va se pas­ser quelques années (5 ?) avant qu’on ait des e-books ergo­no­miques, pas fra­giles et appro­vi­sion­nés cor­rec­te­ment avec une expé­rience uti­li­sa­teur fluide (sans par­ler de la ques­tion de la cou­leur)
    Sur le pira­tage, je suis scep­tique. Pirater un CD prend quelques secondes alors que pira­ter un livre prend une heure. De plus c’est per­ti­nent au niveau natio­nal (à cause de la langue) et donc la masse cri­tique est plus lente à se consti­tuer. Ca frei­nera aussi les fabri­cants
    Enfin le cata­logue de l’édition est encore plus pro­fond que celui de la musique. Sans le “moteur” du pira­tage, les e-books vont de déployer plus len­te­ment dans le grand public.
    Dernier point: on achète un livre par impul­sion pour le lire plus tard, pour l’avoir dans sa biblio­thèque au moment oppor­tun (et on le lit pas toujours, loin de là) alors qu’on achè­tera un livre numé­rique quand on aura décidé de le lire. Une baisse signi­fi­ca­tive des reve­nus en découlera.

    Je vois bien une popu­la­tion de geek a pou­voir d’achat s’équiper pour lire des essais ou trans­por­ter des ouvrages de refé­rence pro­fes­sion­nel, mais c’est un micro-segment

    Le cas d’usage des livres à l’école est plus com­plexe à anti­ci­per. Tu décris bien les moteurs, mais il faut mettre en face les freins: lob­bying du monde de l’édition, réti­cence de l’opinion publique, et enfin l’aspect péda­go­gique (il n’est pas du tout évident qu’il soit plus pra­tique d’apprendre sur écran pas­sif: le feuille­tage est moins intui­tif, on n’a qu’une page ouverte à la fois, on ne peut pas anno­ter, un acte très utile à la memo­ri­sa­tion, et pour l’instant pas de couleurs)

    Si on met de coté les manuels sco­laires, quand on regarde le temps que le mp3 a mis à s’imposer (4−5 ans) sur un media où c’etait une evi­dence vu le confort apporté et où le contenu était “gra­tuit”, je pense qu’il faut comp­ter au moins le double de temps avant qu’on ait 5% des foyers équi­pés dans les pays développés

  30. sylvain

    Article très inter­es­sant, mais comme l’a dit Hughes, je pense que l’impact des e-books sera très dif­fèrent selon les caté­go­ries d’ouvrages concer­nés.
    Je suis à ce pro­pos à la recherche de 2 sources d’informations:
    - l’impact annoncé (ou non) du ebook sur le sec­teur de l’édition STM (sciences, tech­nique, méde­cine). Je reste pour ma part dubi­ta­tif quant au fait que le ebook fasse concur­rence au manuel, en par­ti­cu­lier dans l’enseignement supé­rieur (uni­ver­sité, écoles d’ing., etc)
    - une éven­tuelle ana­lyse des modes de lec­ture papier vs. écran, qui per­met­trait d’avalyser ou non la per­ti­nence du for­mat ebook pour tel type d’ouvrage et non pour tel autre…
    merci de me faire part de tels liens, si vous les avez croisé récem­ment !
    s

  31. Fabrice Epelboin

    Je vois bien l’édition sco­laire tom­ber en pre­mier, ne serait ce que pour éviter la sco­liose au futures géné­ra­tion, mais égale­ment parce que les profs pour­raient rapi­de­ment se mettre à pro­duire leurs manuels de façon col­la­bo­ra­tive (c’est déjà le cas avec les manuels de math, et c’est d’une très grande qua­lité). L’argument écono­mique est fort égale­ment, les écono­mies à réa­li­ser sont conséquentes. Reste à lut­ter contre les lob­bys… Si les profs s’y mettent, leurs lob­bys sont égale­ment très puissants…

    Pour les manuels scien­ti­fiques, j’ai plu­tot l’opinion inverse de Sylvain, j’ai bossé durant une longue mis­sion pour un grand du sec­teur (pas Elzevir, l’autre), et leurs don­nées étaient déjà riche­ment séman­ti­sées, ce qui laisse envi­sa­ger une mul­ti­tude de chose qu’un livre papier ne pourra jamais faire.

    Sinon, pour tes don­nées, je ne les ai pas sous la main, les dif­fé­rence de lec­ture ecran/papier, ca doit se trou­ver faci­le­ment, par contre, e-ink/papier, pas sûr… 

    Si tu trouve cela, je suis preneur :-)

  32. sylvain

    hum, t’as donc bossé pour ces excep­tions à la règle dans le monde du ebook ?:
    http://www.actualitte.com/actualite/11814-crise-budget-bibliotheques-ebook-solution.htm

  33. Fabrice Epelboin

    Un autre (Weka, TI), à l’époque, ils ont regardé mes sug­ges­tions en me pre­nant pour un illu­miné, aujourd’hui, ils pleurent…

  34. sylvain

    fol­low up:
    Copié collé d’un des der­niers livres hebdo (19 juin 2009)… je te laisse gérer la mise en ligne de la chose le temps qui te convien­dra, vu que je n’ai évidem­ment demandé aucune auto­ri­sa­tion avant de repro­duire ce qui suit. MAis je serais heu­reux de connaître ton sen­ti­ment quant à cet état de fait: 

    “Le déve­lop­pe­ment rapide du livre élec­tro­nique en sciences et tech­niques auquel tout le monde s’attendait il y a deux ans n’a toujours pas eu lieu. Au Moniteur, la ques­tion est toujours à l’étude mais il n’y a pas de projets immé­diats. Chez Technip aussi, on se montre atten­tif mais le pas­sage à l’édition élec­tro­nique n’est pas une prio­rité. “Un son­dage auprès de nos gros clients a mon­tré qu’ils ne sont pas inté­res­sés pour l’instant par le livre élec­tro­nique. Sans doute parce que dans le domaine du pétrole nous avons beau­coup d’ouvrages de ter­rain pour lesquels la forme numé­rique n’est pas adap­tée.”, ana­lyse Paul-François Trioux, direc­teur édito­rial de Technip. 

    Chez EDP Sciences, dont tout le cata­logue est dis­po­nible en ver­sion numé­rique via un agré­ga­teur, la part des ventes des livres élec­tro­niques ne dépasse pas 1% du total. L’éditeur a mis de coté les projets ambi­tieux qu’il avait ima­giné il y a deux ans. “Le monde devien­dra numé­rique, mais quand?” s’interroge Jean Fontanieu, direc­teur édito­rial d’EDP Sciences. “Pour l’instant la demande n’emerge pas.” 

    Chez Dunod, qui pro­pose envi­ron 200 e-books, le constat est similaire:“Cela inter­esse essen­tiel­le­ment les biblio­thèques de recherche et les orga­nismes d’enseignement à dis­tance, constate Florence MArtin, direc­trice de la com­mu­ni­ca­tion et du marketing.Nos livres sont trop com­pliqués pour être trai­tés en XML et leur lec­ture sur rea­der est peu concluante. Il faut réflé­chir aux conte­nus à mettre en ligne, par for­cé­ment l’équivalent des livres papier.”

    Exception dans le pay­sage français, les e-books repré­sentent chez Springer France 25% du CA. Depuis le début de juin, l’éditeur pro­pose un bouquet com­posé unique­ment de titres en français. L’expérience de la pla­te­forme IziBook mise en place par Eyrolles à l’été 2008 sort égale­ment du lot. Elle offre 300 titres des­ti­nés au public pro­fes­sion­nel dans les sec­teurs de la photo, de l’informatique, de l’entreprise et du BTP. Les ventes ne repré­sentent pour l’instant qu’une faible part du CA glo­bal de la mai­son, mais connaissent une crois­sance à 3 chiffres qui rend Guillaume de la Coste, chef de pro­het ebook chez Eyrolles très opti­miste.” Nous uti­li­sons des fichiers PDF, nous n’avons pas recours aux DRM, seule­ment à un marquage qui donne le nom de l’acheteur. Il n’y a donc aucun frein d’usage. Je passe mon temps à écumer les sites. Je suis for­mel: à part dans le cas de livres uni­ver­si­taires, le pira­tage n’existe pas.” 

    Pour les sec­teurs concer­nés, toutes les nou­veau­tés ont leur équi­va­lent en ebook. L’éditeur pro­pose aussi quelques titres “pure-ebooks”, sans ver­sion papier. Les pre­miers mois de fonc­tion­ne­ment montrent que les titres qui se vendent bien en ebook sont les memes que ceux des livres papiers. Le public en revanche est dif­fé­rent, com­posé d’un nombre impor­tant de Français expa­triés, d’acheteurs habi­tant dans les Dom ou dans les sec­teurs éloi­gnés des grandes villes. Reste à attendre le jour où le monde devien­dra en effet vrai­ment numérique”.

  35. sylvain

    http://www.letemps.ch/Page/Uuid/06e1a524-64eb-11de-94cf-a7764ede2cca

  36. Talents

    Bonjour Fabrice Epelboin

    Une ana­lyse tous à fait pertinente.

    La révo­lu­tion est en marche. Elle à déjà com­men­cer avec l’auto-édition.
    Le pro­ces­sus va encore prendre de l’ampleur avec l’arrivé des readers.

    Cela ne fait aucun doute dans mon esprit — certes des pro­blèmes sont encore à régler, voir mêmes à décou­vrir… mais la révo­lu­tion est en marche.

    Merci pour cette par­faite ana­lyse d’un mar­ché qui va ouvrir ses portes et véri­ta­ble­ment se démocratiser.

    Frédéric

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