Difficile de se protéger contre la coupure de l’accès internet, mais s’assurer contre une amende semble plus facile. Venu de Suède, l’assureur Wisafe a laissé entendre lors d’une conférence call organisée avec plusieurs média Français et une sélection de blogs qu’il venait de finaliser un accord avec « un partenaire Français d’envergure » pour commercialiser son produit d’assurance sur le sol Français.
Ce n’est pas une première, il y a deux ans déjà la société Tankafritt avait lancé un produit similaire en Suède et au Danmark, cette même société avait par la suite créé un produit spécifique au marché US qui a rencontré un certain succès (rien à voir avec le produit lancé de WiSafe, celui ci garantissait des risques lié aux procès de la RIAA qui coutent des millions de dollars aux condamnés).
D’un point de vue juridique, ce produit d’assurance ne protège pas d’une éventuelle amende mais protège d’un « accès abusif à un équipement wifi personnel »,cela permet de rester dans un cadre juridique adapté à la loi Française, aux dires du partenaire Français de Wisafe, qui commercialise lui même une gamme de produits destinés aux entreprises souhaitant s’assurer contre les intrusions informatiques.
En cas d’amende, l’assuré devra fournir une déclaration stipulant qu’il a été victime d’une intrusion, sans avoir à fournir la moindre preuve. On imagine facilement comment le système pourrait être abusé, et il semblerait qu’il soit clairement fait pour cela : « [nous sommes] conscient des usages [que les clients feront du produit ] et le prix en tient compte ».
« L’abandon dans les faits de la sanction qui consiste à couper la connexion internet sera imposé par Bruxelles, au profit d’une amende, c’est une opportunité » confie William Karlsson, le CEO de Wisafe. Interrogé sur le coût de l’assurance, le patron de la « startup de l’assurance » (un terme répété à plusieurs reprises, il semble y tenir), n’a pas été en mesure d’être plus précis et promet qu’il sera « de l’ordre de quelques euros par mois ». La souscription pourra se faire en ligne, mais l’assuré devra toutefois, après avoir complété son inscription, retourner un formulaire pré-rempli à imprimer et à renvoyer par courrier dument signé, législation oblige.
La comparaison, lors de la présentation du produit, n’a pas manqué d’être faite avec le coût qu’aurait représenté la licence globale : environ 5 euros par mois. L’assurance sera donc moins chère, mais l’argent n’ira, lui, pas aux artistes.
Wisafe, la « startup de l’assurance » compte lancer dans la foulée « une gamme de produit destinés aux particuliers souhaitant se protéger des risques liés à l’utilisation d’internet ». Usurpation d’identité, dégâts liés à un virus, crash d’un disque dur et perte de données, de nombreux produits d’assurance arriveront dans le catalogue de WiSafe dans les mois à venir (probablement accompagnés d’offres de services à la personne, notamment dans le domaine de l’assistance informatique, mais ce n’est pas encore très clair).
L’idée (géniale ?) de Wisafe est de commencer avec un produit qui fasse connaitre la marque auprès d’un large public utilisateurs d’internet. Avec le lancement de ce premier produit d’assurance ‘anti Hadopi’, que l’on devine spectaculaire, cette stratégie à de bonnes chances d’être gagnante. Les produits auront une politique de pricing similaire, quelques euros par mois, probablement proposés sous la forme de packs adaptés à différentes cibles, ils pourront tous être souscrit en ligne sur le site de Wisafe, encore en travaux à l’heure qu’il est.
Le marché visé par Wisafe est clairement Européen, mais en dehors du lancement prévu en France et en Suède « avant l’été », le reste est assez flou. Pour une startup cependant, il ne faut pas parier sur un déploiement européen massif. Si le succès est au rendez vous en France, on imagine que les autres pays suivront.
Baptisé WisafeShare, l’assurance sera commercialisée d’ici l’été. La communication sera très orientée web et se fera exclusivement sur le web 2.0, à grand renfort de réseaux sociaux et de marketing viral (la vidéo virale ne devrait pas tarder à apparaitre, soyez à l’affut). Le partenaire Français de Wisafe, qui travaille dans la plus grande discrétion avec une (ou plusieurs ? ce n’est pas clair) agence(s) parisienne(s) spécialisée(s) dans le « buzz marketing », commence fort avec ce meeting en conf call réunissant une poignée de happy few qui n’ont visiblement pas été choisi au hasard.
Les assureurs sont opportunistes, et pour ma part, j’aurais préféré voir apparaitre des solutions plus « mutualistes » et solidaires, mais l’arrivée de WiSafe aura le mérite de déplacer le débat Hadopi du terrain technique, auquel les politiques ne comprennent visiblement pas grand chose, vers un territoire juridique, qui est plus de leur ressort, et Bruxelles risque de s’en méler, or ces derniers temps, l’attitude de la France vis à vis de la commission Européenne promet un retour de baton dont Wesafe pourrait bien tirer parti.
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01 avril 2009 à 1:08
Au Danemark, une assurance a aussi été lancée contre les excès de vitesse : http://www.lefigaro.fr/assurance/2007/07/18/05005-20070718ARTWWW90246-danemark_une_assurance_contre_les_exces_de_vitesse.php
01 avril 2009 à 7:01
Tout cela est bien beau, mais ce n’est vraiment pas constructif et l’attitude de cette société est d’un cynisme lamentable. Au final, ce sont les artistes et les créateurs qui sont les grands perdants.
01 avril 2009 à 7:22
Pour le même prix, la seedbox me semble une bien meilleure solution ;-)
01 avril 2009 à 7:45
S’assurer contre une amende est absolument illégal, et je ne suis pas sûr, c’est un euphémisme, que la solution de contournement imaginée par cette “startup” tienne devant un tribunal Français. Quand à vos espoirs de voir la commission Européenne voler au secours de tels flibustiers, permettez moi de vous dire que vous vous bercez d’illusions.
Damien, l’exemple que vous donnez, relaté par le Figaro, est certes intéressant, mais en rien transposable dans le cadre juridique qui est le notre. Vous pensez bien, sinon, qu’un tel produit aurait été commercialisé chez nous depuis longtemps.
La loi c’est la loi, et il convient, qu’elle lui plaise ou non, que chaque citoyen la respecte, plutôt que de tenter d’y échapper, par quelque moyen que ce soit.
01 avril 2009 à 8:00
Oui, j’ai suivi ces entreprises depuis quelques mois. Cela fait plusieurs fois qu’elles s’illustrent avec des offres dans ce style.
Espérons juste qu’ils sortent leur produit WisafeShare sans retard.
01 avril 2009 à 8:03
Pas très constructif : les riches s’assureront et continueront a profiter de la culture, les pauvres reviendront dans un mode aussi pauvre qu’une émission de TF1… Bravo la France.
01 avril 2009 à 10:29
Le contournement de l’amende, vis à vis de laquelle on ne peut légalement s’assurer en France, par une assurance portant sur l’intrusion d’un tiers dans un réseau informatique et les dégâts causés est une piste intéressante. De telles assurances existent depuis longtemps dans le monde de l’entreprise.
Mais cette astuce coûtera cher en frais juridique pour défendre leur point de vue. J’imagine qu’ils ont prévu cela, mais cela pourrait se révéler aussi bien leur talon d’Achille qu’un moyen supplémentaire de s’assurer une communication à un prix — somme toute — raisonnable.
01 avril 2009 à 10:35
J’ajouterais que vos espoirs concernant Bruxelles sont de l’ordre de l’utopie, ils ne se mêleront certainement pas d’un tel épiphénomène.
01 avril 2009 à 11:47
1– D’un côté, nous avons une industrie culturelle déclinante n’assumant pas le proxénétisme économique et la pandémie infantilisante qu’elle exerce sous le regard de son débiteur. Celui-ci est à la fois une fondation philanthrope de gestion nationale et une entreprise d’import/export.
2– De l’autre côté, nous avons une infinité de niches de population n’ayant rien à voir les unes avec les autres, mais faisant front par principe de précaution. Nous prouvant par la même occasion à quel niveau de léthargie se trouvent nos sociétés occidentales pour qu’un luxe devienne une lutte nécessaire.
3– Au centre, se trouve le gros du troupeau qui n’a pas d’avis et fait preuve d’intelligence situationniste ou d’indifférence banale sur ce combat qui est à la fois d’avant-garde et d’arrière-cour.
4– Dans toutes les batailles, il y a des pertes acceptables. Mais comme nous ne prenons plus plaisir à nous salir les mains avec une de ces barbaries ancestrales, les invectives servent de nos jours de courroux médiatique ou de Hit Combo virtuel pour le bonheur des voyeurs générationnels et des lâches éternels.
5– Quand on pratique l’affrontement constant ou la paix commémorative pour occuper son temps, c’est que l’on est plus en mouvement. Alors la guerre civile des flux a-t-elle un sens ?
La suite ici :
http://souklaye.wordpress.com/2009/03/13/creation-internet-et-insultes-gratuites/
01 avril 2009 à 11:47
Parce que c’est sérieux ce truc la ?
01 avril 2009 à 12:45
“Tout cela est bien beau, mais ce n’est vraiment pas constructif et l’attitude de cette société est d’un cynisme lamentable. Au final, ce sont les artistes et les créateurs qui sont les grands perdants.”
Parce que avec Hadopi, les artistes et créateurs seront les grand gagnants tu crois ?
Non, les grand gagnants, ça sera les majors.
Ca changera rien pour les auteurs/créateurs, ils auront toujours les mêmes miètes comparé à avant!
Et c’est pas moi qui vais pleurer pour leur sort, fallait être un peu moins con et + open ^^
01 avril 2009 à 14:25
Poisson d’avril ? :)
02 avril 2009 à 14:59
Hé oui, poisson d’avril ! Mais il n’était pas destiné à faire rire (les Nazbatag s’en sont chargés) mais à faire réfléchir… ;)
03 avril 2009 à 0:10
Je comprenais pas aussi comment cette assurance pouvait protéger de la suspension de ligne.
03 avril 2009 à 0:11
le premier avril, il y avait encore la possibilité d’un amende (avec l’europe, ca va revenir sur la table, d’ailleurs)
08 avril 2009 à 10:36
Donc, on veut nous assurer contre la connerie du gouvernement? Il y a d’autres moyens. Faut pas prendre les Français pour des canards sauvages.
09 avril 2009 à 9:31
Je pense qu’il faudrait faire comme en hollande boycotter tous les produits qui nous paraissent contre nos intérêts pour le cas culturels. Pour être plus clair arrêtez de télécharger déjà que c’est illégal. Ensuite en 2 ème stoppez tous achats culturels musiques livres cinéma DVD, pendant disons six mois ou un an. Vous verrez les prix vont diminuer et moi je préfère de toute façon voir de vrai artistes en concert. Vive la grève des consommateurs.
Ce que va faire l’hadopi c’est juste de renforcer les moyens mis en œuvre pour les pirates et d’autres de protéger leurs identités (genre organisation qu’on aime pas). Cet article prouve bien l’absurdité de cette loi écrite par des gens qui ne sont même pas informaticien. Je trouve c’est ensuite au fournisseur d’accès de filtrer les sites de pirate, (ils savent bien le faire chez Google, youtube, comme en chine). Si seulement l’idée d’un boycott total de la culture passait alors là tous ses faiseurs de business comprendrait leurs douleurs. Rappelez vous que l’économie mondiale est tombée à cause de simple consommateur de crédit immobilier.