
Peu à peu le voile se lève sur le rapprochement de bit.ly, un service de gestion de liens pour le web social, et Twitter, la star montante du web.
Le premier n’est connu que des spécialistes : Bit.ly propose, outre de raccourcir l’url d’un lien bien trop long pour pouvoir être posté sur Facebook ou Twitter, des services d’analyse statistiques sommaires mais très ergonomiques, et des fonctionnalités sémantiques qui devraient être visibles sous peu.
Bit.ly est de plus en plus populaire, et la décision, avant hier, annoncée par Twitter d’en faire son service de gestion de lien officiel, est un événement d’une importance capitale dans le Landerneau des technologies.
Concrètement, une histoire de business
Les relations entre Twitter et Bit.ly sont très étroites, et ne datent pas d’hier. La subite montée en charge que va subir Bit.ly a due être soigneusement préparée à l’avance. Une source de RWW US, qui a tenu à garder l’anonymat, a indiqué que les serveurs de Bit.ly avaient été installés chez Twitter (ou tout du moins dans les même racks) depuis des mois.
Il y a un peu plus d’un mois Bit.ly annonçait un tour de table fantastique. Ron Conway, l’un des investisseurs historiques de Google, Mitch Kapor, l’inventeur de Lotus et Jeff Clavier, RockStar du capital risque, avec, derrière la maison mère de Bit.ly, Tim O’Reilly au capital, l’inventeur du concept de Web 2.0 en personne. Bit.ly a pris cet argent pour une raison simple : ils en avaient besoin pour faire face à la montée en charge qu’un partenariat avec Twitter allait leur imposer. Si ce tour de table avait été une opération de bourse, cela aurait été un délit d’initié ;-).
D’un point de vue technique, raccourcir les liens et offrir des services d’analyse de trafic est loin d’être un tâche facile. Avec déjà 50 millions de liens cliqués par semaine, les problématiques de montée en charge sont complexes. Ajoutez à cela que Bit.ly est très avancé sur la gestion de l’analyse sémantique des contenu liés, et travaille depuis le départ avec OpenCalais.
Twitter, lui, souhaite clairement rester simple (ou plutôt rester “focus”), garder son rôle de plateforme, et faire prospérer son incroyable écosystème. Mais cette position de marchand de pelles dans ce qui ressemble à une ruée vers l’or, ne l’empêche pas de se rapprocher de ceux qui ont de toute évidence trouvé un filon (ou inventé le jeans).
Alors, rachat négocié à l’avance sous conditions de succès ? La réalité et les détails du deal entre Twitter, Bit.ly, et leurs investisseurs réciproques, sont certainement complexes, mais en attendant de voir le dessous des cartes, Twitter dispose d’une équipe dédié de spécialistes, créant ce que l’on peu voir comme un outil d’analyse de buzz et de mesure de clicthrough.
Le lien et le business du lien
L’idée de base du web est simple : des pages connectées à travers des liens hypertexte. Google a changé le monde de l’internet et a gagné des sommes d’argent colossales en analysant ces liens entre les pages. Leur approche du lien et de sa valorisation était simple : plus une page est liée, plus elle fait autorité.
Mais le web n’est plus constitué que de pages comme à l’époque où Google à commencé. Aujourd’hui, le web est également plein de gens, et c’est un changement fondamental à prendre en considération dans l’économie du lien.
Les gens partagent des liens vers des pages. Par mail, sur Facebook, sur Twitter et à travers une multitude de services, dont Delicious est l’ancêtre. La société qui saura tirer de la valeur de cette activité sociale autour du lien a toutes les chances de devenir quelque chose de grand. Des sociétés comme ShareThis, AddThis et Cli.gs sont sur les rangs et s’efforcent de tirer de la valeur du partage de liens.
Bit.ly relance la course au lien
Le problème n’est pas de savoir si Bit.ly est le prochain Google, mais la technologie qu’il a mise en place pourrait s’avérer très importante pour indexer le web social. Bit.ly raccourci les liens – une étape indispensable pour les partager au sein d’un réseau social – mais il fait bien plus. Il analyse la page lié, en tire les concepts et les sujets traités, et fourni des statistiques en temps réel sur la provenance des clics et leur nombre.

Fournissez un lien à Bit.ly, il vous en donnera une analyse sémantique poussée, en dégagera les concepts, les lieux, les événements, les personnes impliquées, et plein d’autres choses encore. En pratique, pour réaliser cela, Bit.ly travaille avec Open Calais, une technologie qui, en gros, applique automatiquement des tags à vos contenus.
Propriété de Reuters, c’est l’un des webservices les plus innovants et les plus discrets de l’internet des média, qui a toutes les chance d’assurer à ce dinosaure de l’industrie de l’information un avenir florissant, bien plus ensoleillé qu’un AP ou un AFP (disclaimer : ReutersCalais est un sponsor de ReadWriteWeb).
Ajoutez à cette fabuleuse machine sémantique l’arrivée prochaine d’un moteur sémantique d’analyse de sentiment – qui était dans le génome de Summize, acheté par Twitter l’an dernier et intégré depuis comme moteur de recherche : une technologie capable d’indiquer si un texte est positif, critique, enthousiaste…
Twitter se prépare à booster son ecosystème
Une fois l’intégration des deux technologies réalisée, vous pourrez demander à Bit.ly des indicateurs de tendances, comme de savoir quelles sont les pages parlant de Nicolas Sarkozy qui buzzent le plus ces dernières heures, où encore des analyses de trafic, comme de savoir d’où proviennent les internautes qui cliquent sur vos liens. On peut imaginer à terme lui faire des requêtes comme de savoir ce qui buzze en ce moment chez les traders ou les journalistes, et si les personnes ou les entreprises qui font buzzer sont acclamées ou critiquées.
Les axes d’analyse possibles sont multiples : la sémantique des pages liées, les méthodes utilisées pour partager un lien (Facebook, Twitter, l’email…), le nombre de clics générés, l’heure de chaque clic et l’utilisateur qui a créé le lien. Vous pouvez faire beaucoup de choses quand vous avez ce type d’informations sur un lien.
Au final, en y ajoutant encore plus de sémantique, notamment en analyse de sentiment, le set d’API que pourrait proposer Twitter allié à Bit.ly à l’avenir à de quoi donner le tournis tellement le champ qu’il laisserait explorer est vaste.
C’est un outil fondamental pour l’exploration non seulement du temps réel sur le web, mais également pour la recherche de la valorisation du lien en tant qu’objet social que va offrir sous peu Twitter à son écosystème.
L’avenir du lien
Bit.ly semble bien préparé pour affronter le challenge qui est devant lui, et il y a tout à parier à ce que de nombreuses startups se lancent à leur tour dans la course au lien, et cherchent à créer de la valeur avec les dimension sociale et sémantique des liens.
En ouvrant une API que Bit.ly promet sous peu, le couple Bit.ly-Twitter va de toute évidence continuer dans ce qui a fait le succès de Twitter : être une plateforme sur laquelle fleurit un écosystème riche et varié : il y a beaucoup de places à prendre.
L’analyse du partage – principale activité au sein des media sociaux – est souvent comparé à ce que fait Google : indexer le web des contenus et analyser leurs liens (les humains remplaçant les backlinks, en quelque sorte). Bit.ly n’est peut être pas le prochain Google, et les services qui se monteront sur cet ensemble pas plus, mais quelque chose d’important est devant nous. (disclaimer: owni, une startup dans laquelle je suis impliqué depuis quelques mois, est précisément positionnée dans cette économie du lien. Le .fr est un sandbox expérimental au service d’une dimension militante, les .me et .us à venir sont eux des outils centrés sur les dimensions sociales et sémantique du lien, ils ouvriront d’ici l’été)
L’avenir de Twitter ?
Avec de tels outils mis à disposition des startups dans un avenir proche, l’écosystème de Twitter est certain de voir apparaitre des solutions proposant une multitude de façons de créer de la valeur avec les liens, certaines, à coup sûr, trouveront le chemin de la monétisation. Il ne restera plus à Twitter qu’a mettre en place un accès premium à ses API pour récupérer sa part du gâteau.
On notera au passage qu’il enrichira au passage Reuters, placé de facto au centre de cet écosystème, et qui marquera là un pas décisif dans la valorisation de le l’information continue. Pendant que les autres agences de presse montrent les dents à Google, Reuters semble avoir là une stratégie bien plus fine.
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08 mai 2009 à 17:17
Superbe article! Plein d’informations intéressantes enrichi d’observations pertinentes. Merci et à bientôt.
08 mai 2009 à 19:10
Bon article, merci !
08 mai 2009 à 22:54
Excellent article, Fabrice
Il semble bien que Twitter réfléchisse brillamment à son futur !
09 mai 2009 à 8:20
Excellent article, merci pour toutes ces pistes quant à l’avenir de Twitter et à la valeur du lien au sein des communautés.
09 mai 2009 à 9:50
Ouai, l’article est très bon (il fait écho à celui de Kevin et sa vie réputationnelle sur owni.fr).
C’est un autre pan assez intéressant du web. Y’a de quoi aller très loin, et je meurs déjà d’envie de connaitre ce que vous tramez derrière le .fr et le .us.
09 mai 2009 à 11:17
Très bon article, merci pour ce billet
09 mai 2009 à 13:44
Juste 2 bémols:
les raccourcisseurs d’URL n’existent que du fait de la limitation à 140 caractères. Cette limite serait levée sur twitter ou un twitter-like concurrent sans cette limite gagnerait les faveurs du public, les raccourcisseurs auraient du souci à se faire car ils n’offrent aucun autre intérêt que le raccourcissement.
OpenCalais est certes une excellente technologie, mais j’avoue que je ne comprends pas cette phrase : “Fournissez un lien à Bit.ly, il vous en donnera une analyse sémantique poussée”. Bit.ly raccourci très bien les URLs, donne quelques stats intéressantes (dont la fiabilité reste d’ailleurs à démontrer) mais certainement pas une analyse sémantique poussée d’une page (ou ne parle de pas de la même sémantique).
09 mai 2009 à 13:53
Pour ce qui est de la fiabilité des stats, rie a dire, je l’ai intensivement testé en faisant des liens sur des sites sur lesquels j’avais accès aux stats (RWW, owni et mon blog perso), ca marche parfaitement.
Pour ce qui est de la “sémantique”, j’en parle, bien sûr, dans l’optique d’OpenCalais, c’est à dire d’un tagging intensif selon une ontologie propre à OpenCalais, par ailleurs remarquable de fiabilité.
Et pour ce qui est de la limite de 140 caractère, puis-je me permettre de vous rappeler que la contrainte n’est pas due à Twitter mais aux SMS qui — sur le continent américain — est intimement lié à Twitter. Cette limite me semble non seulement partie pour durer, mais la ‘contrainte’ semble avoir généré des usages intéressants, non ?
09 mai 2009 à 14:23
Pour les stats, j’avais également fait des tests (pas très poussés) sur de très petits volumes pour lesquels j’ai constaté des anomalies. Mais ça a pu changer (ou je me suis planté), donc ok pour la fiabilité.
Pour la limite des 140, oui, dans l’optique twitter, mais FF autorise des saisies plus longues et on voit apparaitre des solutions de twitter-like comme P2 d’automattic ou des associations twitter/Disqus qui contournent cette limite:
http://ma.tt/2009/05/how-p2-changed-automattic/
http://www.scripting.com/stories/2009/05/08/tweetingBehindTheFirewall.html
Maintenant, c’est sur que si twitter reste le leader incontesté qu’il est, et que les utilisateurs ne se tournent pas vers d’autres solutions, votre argument de l’importance du rôle de Bit.ly reste valable.
09 mai 2009 à 18:13
@Mark : il est possible que tu n’ai pas accès aux données sémantique (j’ai un compte RWW), mais en gros, il te fourni la même chose qu’OpenCalais sur la page que tu lis.
09 mai 2009 à 18:34
Heu… on a eu identi.ca, plurk, et de nombreux autre… objectivement, c’est mort. Twitter sera LA plateforme pour tout ce secteur, et le riche set d’api dont il dispose dès a présent lui permettra de conserver une avance déterminante.
Non, franchement, je ne vois pas comment Twitter pourrait se faire coiffer au poteau, lui et son écosystème, au stade où ils en sont.
09 mai 2009 à 21:32
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne comprend pas pourquoi Google ne les rachète pas le plus rapidement possible (quitte à y aller de manière agressive). Je suis entièrement d’accord avec toi sur le fait que Twitter a de beaux jours devant lui, et que ce n’est pas simplement un soufflet qui va retomber aussi vite que Second Life. Pourquoi ? Pour sa simplicité, et pour l’écosystème qui tourne autour. Twitter c’est comme Gmail : extrêmement simple, mais extrêmement puissant si on fouille un peu.
Pour le reste, je ne crois pas que les raccourcisseurs d’URL ne doivent leur avenir qu’à Twitter. A mon avis, ils vont avec un web nouveau qui veut plus de simplicité, notamment dans les URL (cf les URL de trois kilomètres qui sont en train de disparaître complètement au profit de l’URL rewriting).
09 mai 2009 à 23:18
Les raccourcisseurs d’url sont assez indispensables avec les web social en général, tu as raison ;-)
11 mai 2009 à 22:52
Hors sémantique (dimension plus qu’importante du projet), les systèmes de création de valeur via création/gestion/métriques de liens sont déjà bien actifs cf. par exemple http://linkbucks.com
12 mai 2009 à 18:52
@pierre
rien a voir, ca c’est plus de l’ordre de l’adaptation du réseau pub à l’économie des liens, là, on parle de la façon d’EXTRAIRE de la valeur d’un lien utilisateur ;-)
15 mai 2009 à 19:55
oui oui c’était bien mon point (cf. la mention hors sémantique), extraction de valeur pour l’utilisateur, pas pour du Google killer : )
16 mai 2009 à 10:17
:-)