Allons bon. Alors qu’il est de bon ton de jeter l’opprobre sur la consommation de contenus issus du P2P et de plébisciter le stream, voilà qu’une petite startup, Bitlet.org remet tout en cause en lançant une technologie qui allient les deux et propose, en plus de la musique en stream issue d’une transfert via le protocole P2P Bittorrent, le visionnage de vidéos sur le même principe.
Cela n’a l’air de rien, mais cette technologie permettrait de faire chuter de façon phénoménale les coûts de bande passante collossaux qui plombent les comptes de services comme YouTube, Dailymotion ou Deezer… A condition de ne pas filtrer le P2P, il se dessine là sous nos yeux les prémices d’un modèle de distribution gratuite dont les producteurs, s’ils savaient tirer parti de l’innovation des technologies et des usages, pourraient s’emparer pour en tirer des profits gigantesques.
Pour les acteurs du stream, dont l’économie repose sur une technologie en passe de devenir obsolète, et dont les coûts, au regard des redevances exigées par les ayants droits, ne permettent pas d’envisager aujourd’hui une quelconque rentabilité, c’est un coup de semonce qui devrait en inciter certain à militer (via des lobbyistes soigneusement choisis) un peu plus encore pour le filtrage des réseau et l’interdiction du P2P. Car en ce qui les concernent, leur sort et leur future rentabilité repose dans les main d’Adobe, seul en mesure de leur offrir demain – à prix d’or – une technologie si ce n’est similaire, du moins concurrente.
Dans ses différentes démos, Bitlet montre comment ils ont transformé le téléchargment P2P, une procédure habituellement plutôt fastidieuse et qui demande de la patience avant de pouvoir consommer ce que l’on télécharge, en une opération simple de moins de trente secondes, qu’un néophyte complet peut effectuer.

Bien que le service soit encore en phase d’expérimentation, Bitlet invite dors et déja les internautes à l’utiliser. Une page sur leur site donne également des instructions pour ceux « suffisament courageux » qui souhaitent expérimenter la distribution de leurs contenus à travers leur site.
Les restrictions habituelles du P2P s’appliquent : plus vous aurez de personnes partageant une vidéo ou un fichier audio en P2P, plus la transmission sera de qualité. C’est particulièrement vrai pour des contenus HD.
En clair : pour diffuser un blockbuster dans une qualité HD, voilà, pour les ayants droit, une solution dont le coût se rapproche de zéro (comparez cela aux pertes de près d’un demi milliard de sites comme YouTube, dues en large partie aux coûts de bande passante, et vous pourrez mesurer à quel point cette technologie est disruptive pour le secteur des média et, sur internet, pour ceux qui font de la diffusion en stream).
Il y a peu de chances qu’un acteur de l’industrie de la culture prennent la balle au bond. Racheter la technologie de Bitlet aujourd’hui pourrait se faire à bas prix et réglerait de façon quasi définitive les problèmes de coûts liés à la distribution. Mais que faire de l’industrie du stream, de celle de la VOD, et de celle de la distribution de DVD (à peine au debut de sa reconversion vers le HD) ?
Le business de la distribution des contenus sur le web vient de connaitre un séisme majeur, et complique un peu plus le débat en cours sur le P2P en montrant, une fois de plus, que la technologie est un écosystème, qui réagit de façon virulente quand on cherche à le contraindre à des règles qui ne sont pas les siennes.
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09 mai 2009 à 13:59
Article très intéressant, j’ai effectivement testé Bitlet : c’est prometteur !
Ayant moi-même de fortes restrictions en bande passante, je suis convaincu que l’utilisation des réseaux P2P pour diffuser du contenu est une voie alternative intéressante. On déporte la charge sur les postes utilisateurs. En plus contrairement à ce qui existait il y a qqes années, les connexions haut débit sont de plus en plus fréquentes et les Disques durs des PC de plus en plus puissant.
En attendant, pour ce qui me concerne, ne traitant que de datas j’ai commencé à déporter des ressources via le runtime AIR pour libérer de la bande passante..
En espérant que la “régulation” ne mette pas des bâtons dans les roues de ces avancées technologiques, et qu’au contraire elles soient utilisées pour que chacun y trouve son avantage.
En même temps, l’Internet (la nature) ayant horreur du vide, même si c’était le cas les parades seraient vite trouvées.
09 mai 2009 à 14:32
Euh, cette “nouvelle technologie complètement révolutionnaire” me fait grandement penser à Miro, excellente plateforme de diffusion de contenus streamés via BitTorrent, qui s’accomode aussi d’un téléchargement via http et gère des chaines via des flux RSS (si ma mémoire ne me fait pas défaut). Et tout cela via une interface très mure, avec une gestion de l’Upnp admirable.
Bref, du clé en main pour tatie Jeannine et du libre (multi-plateforme) qui plus est… que demande le peuple?
Ah, on me souffle à l’oreille que les industriels (surtout ceux des media et autres “productions culturelles”) n’aiment pas trop la liberté… surtout quand elle est du côté des utilisateurs… dommage.
09 mai 2009 à 15:02
C’est en effet une évolution qui apporte de nombreux avantages aux diffuseurs et aux utilisateurs.
Spotify repose également sur l’association des deux technologies en diffusant la musique en streaming et en peer to peer. http://bit.ly/jXzEP
09 mai 2009 à 15:37
Heu, il eut été sympa de rapeller au lecteur qui ne connait pas ce qu’est Bitlet ce que c’est exactement. Un site qui permet de télécharger un contenu P2P via du Stream ? Un logiciel de P2P qui fonctionne sur le port 80 ?
09 mai 2009 à 15:41
Je viens d’aller sur le site de BitLet, et honnêtement j’ai pas compris comment ça fonctionne techniquement.
Si les lecteurs de la vidéo passent par le site de BitLet, c’est que ce dernier doit assumer de la bande passante, non ?
Et le seeder, lui, sont IP est toujours trouvable sur TPB donc il est toujours repérable (et pénalement répressible)…
Ou bien j’ai pas tout compris (ce que j’espère !).
09 mai 2009 à 18:09
“Si les lecteurs de la vidéo passent par le site de BitLet, c’est que ce dernier doit assumer de la bande passante, non ?”
Heu… Louis.… techniquement, le lecteur est sur le client (donc chez toi), à partir de là, je ne vois pas comment tu en déduis que c’est leur bande passante que tu consomme ;-)
“Et le seeder, lui, sont IP est toujours trouvable sur TPB donc il est toujours repérable (et pénalement répressible)…”
Oui, absolument.
Conclusion ?
La seule techno actuelle qui permettrait à Dailymotion et Youtube d’etre rentable est interdite par Hadopi. CQFD.
09 mai 2009 à 21:13
Oh putaing, je viens de comprendre.
Ah oui, alors là c’est tout bonnement génial.
Si j’ai bien compris, la techno permettrait dans l’absolu de n’envoyer qu’une seule fois la vidéo (si y’a toujours un visiteur qui peut seeder aux visiteurs suivants). Dailymotion/Youtube/autres pourraient diviser par 10 ou 20 leurs coûts de bande passante !
Trop bon :-)
Cela dit, HADOPI prévoit de sanctionner les gens dont l’IP est trouvée parmi les seeder des fichiers copyrightés. Or ce ne serait pas le cas des vidéos disponibles sur les sites de partage.
12 mai 2009 à 11:29
Les mentions de Spotify (écoute de musique avec: streaming pour la disponibilité constante + cache local de la musique déjà récupérée pour limiter les téléchargements + P2P pour enocre alléger la charge du streaming) et de Miro sont pertinentes.
Une remarque tout de même: le P2P ne déplace pas la charge sur le poste client, mais sur le fournisseur d’accès qui doit alors faire face à un trafic en upload sensiblement plus important. Il reste à voir si les architectures techniques et les modèles économiques des accès à Internet peuvent supporter une généralisation massive du P2P pour la musique et la vidéo (HD…).
12 mai 2009 à 14:03
Spotify, pour prendre un exemple de plus en plus connu, s’appuie aussi sur un client P2P afin de réduire les coûts en bande passante ;)
12 mai 2009 à 14:23
@Florent V. : C’est vrai. Mais bon, si ça pouvait contribuer à développer la fibre en France…
Au passage, on touche là du doigt ce que JM Planche qualifiait d’économie à sens unique : les particuliers sont équipé d’ADSL car on considère qu’il consomment plus qu’ils ne produisent (ce qui serait faux avec le modèle de BitLet). Les professionnels, eux, peuvent avoir des connexions SDSL (car “eux, ils “produisent”).
14 mai 2009 à 22:48
C’est ce que proposait Joost il y a deux ans, non ?
Et pourquoi à tout prix vouloir faire du stream … Miro convient en effet parfaitement.
14 mai 2009 à 22:54
oui, ce n’est pas éloigné de ce que proposait Joost, mais dans un client local intégré au navigateur, Joost, outre qu’il passait par un client léger (enfin, presque) avait un modèle intégré qui pensait pouvoir négocier avec les ayants droits… un échec… a l’époque.
Faire du stream, c’est la promesse de l’immédiateté, un gros plus par rapport au P2P, donc un moyen de monétiser sans payer les couts colossaux du stream classique…
18 mai 2009 à 16:54
merci pour l’article Fab,
à ton avis un site de téléchargement de musique pourrait-il s’inspirer de ce modèle ?
dans le genre de spotify avec possibilité d’acheter les morceaux
merci
18 mai 2009 à 17:13
Un site de téléchargement, pas sûr, mais ce mode de distribution est voué, pour la musique, à disparaitre au profit du stream, et là, on a enfin une idée de la façon dont il faut procéder pour abaisser les couts de bande passante…
18 mai 2009 à 17:35
donc ce système est fait pour la radio !
je ne comprend pas trop cette phrase :
“mais ce mode de distribution est voué, pour la musique, à disparaitre au profit du stream”?
merci
18 mai 2009 à 17:37
Si des systèmes comme Deezer arrivent (notamment avec ce type de technologie) a devenir rentables sans trop matraquer leurs utilisateurs avec de la pub, l’intérêt de posséder les fichiers musicaux risque fort de diminuer, non ?
18 mai 2009 à 17:40
je comprends mieux
merci
21 mai 2009 à 14:58
@Fabrice Epelboin: En effet, l’intérêt de posséder les fichiers musicaux risquent de diminuer pour les gens casaniers qui restent chez eux et en ville à portée de wifi ouvert.
Par contre pour ceux qui:
- ne veulent pas déprendre d’une plateforme qui ne sera pas éternelle pour conserver leurs préférences (albums/chansons préférés, playlists, etc…)
- se déplacent en train, avion, voiture, métro
- ont des goûts un peu plus éclectiques que la musique “mainstream” que proposent les plateformes de streaming (et donc principalement les majors derrières)
- qui utilisent un baladeur pour transporter et écouter leur musique un peu partout
- qui vont à la campagne
- dont l’employeur filtre ces sites (ce qui va arriver de + en +)
- qui préfèrent ne pas stocker toute leur vie sur des services en lignes privés
- préfèrent écouter la musique sur d’autres type d’appareils plus accessible en terme d’interface homme/machine qu’un vulgaire ordinateur ou un iphone
- se déplacent dans d’autres pays (car les majors imposent aux plateformes de stream de sectionner leurs auditeurs par pays et de mettre des restrictions par pays)
- etc, j’oublie bien des cas encore…
le streaming aura toujours ses limites…
Sinon j’aime bien le double modèle de Spotify: streaming + possibilité de téléchager/acheter les morceaux.
21 mai 2009 à 16:22
Ben, certes, mais il n’en reste pas moins que si seul ceux que tu décris continuent de préférer le téléchargement (en effet, allez trouver Alva Noto sur Deezer, c’est pas gagné), on aura tout de même beaucoup moins de gens qui téléchargeront de la musique, non ?
La plupart des gens écoutent Britney Spears, c’est une triste réalité avec laquelle il te faut vivre, Toff ;-)