Rebondissements dans l’affaire opposant la député Sylvia Pinel et le blog deputesgodillots.info

Sylvia Pinel sur Public Sénat On s’est beaucoup focalisé sur la protection des droits d’auteurs qu’est censé défendre la récente loi Hadopi, mais un point important de la loi est passé jusqu’ici totalement inaperçu. L’article 11 amendement 201 prévoit, outre un régime fiscal particulièrement intéressant pour la presse en ligne, une protection juridique équivalente à celle de la presse papier pour la presse en ligne, en prenant soin d’exclure de façon explicite les blogs de cette protection.

Ce point n’avait pas, dans le flot des débats passionnés, soulevé d’énormes critiques, même les journalistes, qui dans ce même article 11 voyaient leurs droits d’auteurs se transformer en copyright à l’américaine, n’ont pas émis la moindre protestation. Un petit article dans Le Monde, et c’est tout.

Aujourd’hui, c’est Sylvia Pinel, député du Parti Radical de Gauche de la 2eme circonscription du Tarn et Garonne, qui relance toute l’attention de la bloggosphère Française et internationale sur ce passage de la loi, demeuré jusqu’ici obscur, en envoyant par l’intermédiaire de son cabinet d’avocat une missive aux animateurs du site deputesgodillots.info.

Les créateurs du site s’étaient déjà fait remarquer à l’Assemblée Nationale lors du débat Hadopi, où ils s’étaient vu refuser l’accès – pourtant ouvert au public – aux tribunes de l’assemblée s’ils étaient munis de l’indispensable trombinoscope, sans lequel il leur était impossible de noter de façon précise le détail des interventions de chaque député. Ce n’est, de toutes évidence, pas la première fois que l’Assemblée Nationale tente de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui tentent de forcer la démocratie Française à plus de transparence.

La lettre rédigé par l’avocate de la député (reproduite en intégralité en fin d’après midi par nos estimés confrères de PCimpact) est particulièrement menaçante, elle demande au site deputesgodillots.info de “faire cesser immédiatement ce trouble”, sous peine de “saisir la juridiction compétente”. Le site s’est fait depuis peu une spécialité de pratiquer la transparence en démocratie en relevant les temps de présence, les votes et les initiatives, que ce soit en matière de prise de parole ou de propositions d’amendements, de bon nombre de députés Français. Les créateurs du site, Roux et Teymour, sont par ailleurs d’actifs contributeurs au projet “Mémoire Politique” de la Quadrature du Net.

La menace est claire, pour peu que l’on fouille derrière les articles de loi appelés à la rescousse pour justifier de l’envoi de la lettre : une amende pouvant aller jusqu’à 100.000 euros.

La missive envoyée par l’avocate de Sylvia Pinel, Maitre Stéphanie Nauges, qui, contacté par nos soins, n’a pas souhaité faire de commentaires (et nous a raccroché le téléphone au nez de façon assez… abrupte), mentionne quatre chefs d’inculpation : violation du droit à l’image, injure publique, diffamation et violation du respect de la vie privée.

Violation du droit à l’image

Le photographe de presse accrédité, Richard Ying, bien connu dans la bloggosphère et apprécié de tous pour avoir couvert son actualité avec beaucoup de talent, a eu la bonne idée de protéger ses photos avec une licence Creative Commons, permettant ainsi à des sites comme deputesgodillots.info de les réutiliser sous réserve de ne pas en tirer profit, a ainsi pu réaliser des photos de la député Sylvia Pinel en train de dormir sur les banc de l’hémicycle, d’y rédiger son courrier, ou de feuilleter ce qui semblait être sur les clichés un magazine. [update: c'est le site deputesgodillots qui a réalisé le recadrage de photos en plan large faites par Richard Ying, se conformant en cela parfaitement aux autorisations de la licence Creative Commons qui leur était appliquée] C’est facile de se moquer, mais il faut aussi prendre en compte le fait qu’un député sans grand moyens comme Sylvia Pinel doit passer une bonne partie de la vie dans un train, et piquer du nez à minuit peut se comprendre.

Cela constitue-t-il pour autant une violation du droit à l’image, sachant que les clichés qui sont reprochés au site ont tous été pris au sein de l’hémicycle de l’assemblée nationale par un photographe accrédité ? La question est aujourd’hui sur le bureau d’un cabinet d’avocats, les premiers retours, sur ce point comme sur les suivants sont qu’ils sont à priori difficiles à défendre devant un juge.

On notera au passage que l’avocate de Sylvia Pinel prend Richard Ying pour cible dans sa lettre, et cherche clairement à nuire à la carrière du photographe, qui travaille, entre autre, pour le site LePost.fr (l’avocate de Sylvia Pinel citant Le Monde dans sa missive, une confusion des genres, sans doute). Richard précise avoir été contacté par le journal, mis au courant de l’affaire (on devine par qui), pour s’expliquer, ce qu’il s’est empressé de faire de façon parfaitement limpide sur son blog. Une nouvelle affaire Bourreau-Guggenheim avec LePost en lieu et  place de TF1 se profile-t-elle (peu de aucune chances) ? La défense, dans ce cas, du fait même des licences Creative Commons utilisées par Richard Ying, risque cette fois ci d’attirer l’attention de la planète entière, tant Lawrence Lessig, cofondateur de Creative Commons et proche du président Obama, attend avec impatience une tribune pour attirer sur sa géniale invention, véritable alternative au copyright, un éclairage mérité (disclaimer, j’ai édité la version Française d’une des plus importants livres de Lawrence Lessig, Culture Libre, et je suis un fan inconditionel).

A défaut d’une plainte recevable, une plainte déposé en retour par le photographe aurait toutes les chances de se voir défendue par un panel d’avocat des plus prestigieux, tant le monde juridique de la propriété intellectuelle fourmille de talents à l’affut d’une telle affaire, susceptible de les propulser vers une gloire internationale en très peu de temps. [UPDATE : un lecteur qui souhaite rester anonyme et dont l'expertise juridique ne fait aucun doute nous confirme que la rédaction de la lettre de l'avocat de Sylvia Pinel est non seulement passé complètement à coté de la licence spécifique qui était appliquée aux Photos, mais qu'elle constitue en effet un motif de plainte valable et parfaitement plaidable, le photographe n'ayant absolument rien à se reprocher, et n'ayant fait que mettre à disposition, dans un cadre légal, des photos en plan large, dont la résolution - et la licence Creative Commons - permettait à quiconque d'en faire un recadrage. Son accréditation n'impliquant nullement, par ailleurs, l'exclusivité de son travail pour un support précis]

Injure publique

Le terme même de député godillot est – selon les avocats de la député – passible de la qualification d’injure publique. Mais est-ce une injure ? Le terme godillot désigne soit une chaussure, en usage jusqu’à la seconde guerre mondiale dans l’armée Française, soit – et c’est vraisemblablement cette définition qu’il convient de retenir – une “personne exécutant les ordres ou suivant les consignes sans discuter, en particulier un parlementaire qui suit sans discuter les consignes de vote de son parti”. Si le dictionnaire précise que ce terme est “familier”, il n’est nullement fait mention de son utilisation comme une injure ou une insulte.

Le plus intéressant est l’origine du terme dans son utilisation actuelle, puisque c’est Jean-François Coppé lui même, patron du groupe UMP à l’assemblée Nationale, qui l’a remis au goût du jour et l’a utilisé le premier, et à plusieurs reprises, notamment dans une interview donné en avril dernier aux Echos et dans une collection de petites phrases dont les journaux télévisés raffolent.

La qualification du terme godillot en injure risque donc, d’un point de vue juridique, d’être assez délicate à obtenir devant quelque juridiction que ce soit.

Diffamation

La page consacrée à Sylvia Pinel sur le site deputesgodillots.info comporterait des propos diffamatoires, en particulier les passage décrivant les activités parlementaires de la député, et rapportant dans le détail ses activités parlementaires durant le débat Hadopi. La page incriminée étant plutôt sommaire et essentiellement constituée de faits bruts sous forme de bullets points, le seul passage susceptible de constituer une diffamation est celui-ci, nous vous laissons juge de la diffamation :

“Sylvia Pinel n’est pas un godillot de l’exécutif mais un simple renfort numérique à son groupe d’opposition. Bien que membre de la Commission des Lois, Mme Pinel n’y est jamais intervenue. Elle intervient peu en général et préfère s’occuper de son courrier, écrire des textos et voter généralement avec son groupe. Par un cercle vicieux, elle est ainsi responsable de la présence de godillots supplémentaires visant à contrebalancer sa présence et assurer le fait majoritaire.”

Si on lit attentivement ce passage, on note qu’à aucun moment le terme de godillot n’est appliqué à Sylvia Pinel (si, si, relisez).

Ces faits sont par ailleurs confirmés par la “mémoire politique”, une autre initiative de transparence démocratique mise en place par la Quadrature du Net et à laquelle participent les fondateurs du site deputesgodillots. Ils sont ceci dit caractéristique du fonctionnement global du système parlementaire, et c’est dès lors plus la député dans son rôle de député qui est clairement visé dans ce passage que la personne.

L’outil mis en place par la Quadrature du Net s’il n’a pas le mérite (ni l’ambition d’ailleurs) d’être synthétique, a celui de l’exhaustivité, et permet en effet de voir le détail des actions parlementaires de Sylvia Pinel. Sans être une suiviste absolue – fait par ailleurs difficile à confirmer ou invalider vu la quasi inexistence parlementaire et médiatique du groupe PRG, par ailleurs négociée de façon assez… subtile (?) lors de la dernière révision constitutionnelle, la député ne brille pas par son activisme parlementaire [UPDATE : ce dernier point pourrait s'avérer crucial pour comprendre le vote du PRG concernant Hadopi et si l'analyse de Irène Delse s'avérait exacte, nous aurions à faire à un scandale dans le scandale]. Il faut toutefois noter qu’elle a au moins eu le mérite d’être présente lors du premier débat Hadopi, c’est suffisamment rare pour le souligner, et que son activité, notée en détail sur le site de la Quadrature, fait l’impasse sur l’action de terrain des députés, impossible à mesurer de la même façon (d’ailleurs cet outil n’est pas fait pour celà).

Le terme Godillot est il approprié dès lors ? Au sens où l’entend Jean François Coppé, on peut désormais l’appliquer à n’importe quoi. Au sens d’une chaussure militaire de l’armée Française, certainement pas. Au sens d’une diffamation ? Pas plus. Peu de chance en tout cas que les “juridiction compétentes” que la lettre menace de saisir se prononcent là dessus.

Violation du respect de la vie privée

La totalité des informations et des photos présentes sur le site se limitant aux travaux de la député dans le cadre stricte de l’hémicycle de l’assemblée nationale, en séance qui plus est, il ne peut s’agir que d’informations  relatives à la “vie privée” de la député : le fait qu’elle dorme en séance, et le fait qu’elle feuillette un magazine pendant les travaux de l’assemblée nationale, par exemple, ne semblent pas vraiment assimilables à des photos volés d’une escapade amoureuse publiées dans Voici. Les seuls propos, sur sa page dans le site deputesgodillots.info se relatant à autre chose que son activité “professionnelle” sont les suivants :

Mercredi 6 Mai 2009
22H15 – Manipule son téléphone portable quelques minutes
22H25 – Regarde attentivement des pages mauves dans une brochure
22H50 – Tape un long SMS sur l’un de ses deux téléphones portables
00H40 – Ecrit une lettre
01H30 – Ecrit un dernier texto

Il n’est pas impossible qu’une législation spécifique s’applique, du fait que ces faits se soient déroulés au sein de l’Assemblée Nationale, et bien que ce qui s’y déroule soit retransmis en direct sur la chaîne de télévision publique Public Sénat. Là encore, l’affaire est en cours d’analyse par un cabinet d’avocats spécialisé.

Au delà de l’anecdote, c’est un signal fort que vient de lancer la député à la blogosphère, plus ou moins consciemment, et plutôt maladroitement : il est désormais risqué pour autre chose qu’un titre de presse de relater quoi que ce soit ayant trait à la politique sous peine de se voir immédiatement menacé.

Cette situation, que l’on croyait réservée à des pays comme l’Iran ou la Chine est désormais une réalité en France : les bloggeurs sont priés désormais de se contenter de sujet légers, qui ne dérangent pas et qui ne font pas de vagues. Hadopi comportait, par le biais de son article 11, la solution à la crise qu’elle a créée sous la forme d’une violente prise de conscience politique de la blogosphère.

Les créateurs du site, avec lesquels nous avons échangé de nombreux emails, ont par ailleurs déclaré ce matin à Numérama qu’ils ne se laisseraient pas intimider : « Elle essaye en fait de nous faire taire en jouant l’intimidation juridique. Nous préférerions qu’elle nous donne l’occasion de corriger sa fiche avec son travail parlementaire plutôt que par des pressions ! » Avec Loppsi2, l’occasion risque de se présenter rapidement, nul doute que ses prises de positions seront observées de près par l’ensemble de la bloggosphère.

La député nie être une godillot

Contacté en fin de journée par téléphone, Sylvia Pinel, dont la formation juridique explique en partie le coté particulièrement maladroit de son interaction avec la bloggosphère, se focalise principalement sur le fait de nier toute attitude de godillot. Prenant pour exemple son abstention lors du vote sur Hadopi alors que son groupe parlementaire au Sénat avait voté pour (mais en même temps, tout le monde avait voté pour au Sénat). “Je suis quelqu’un d’indépendant” affirme-t-elle.

On comprend que la qualification de godillot ai pu la heurter (et on peut pardonner le fait qu’elle ai lu de travers le texte du site qui ne la qualifie pas, pourtant, de godillot), et on imagine facilement l’emballement de son avocate à feuilleter son Dalloz à la recherche du moindre fait susceptible, si ce n’est de justifier une plaine, du moins d’accumuler les citations de textes de loi, destinés à faire comprendre aux malheureux bloggeurs qu’ils étaient tombés sur plus fort qu’eux, et qu’ils étaient sur le point de se faire broyer par la machine judiciaire. Le seul reproche qui puisse tenir est celui d’avoir blessé dans sa fierté l’une des plus jeunes élues de France, de là à qualifier tout cela en termes juridiques et à faire envoyer une lettre par un avocat…

L’échange avec la député, qui fut courtois et constructif, a néanmoins eu le mérite de faire réaliser à une spécialiste du droit que les spécialistes des technologies et de la prospective pouvaient de toute évidence éclairer le droit quand celui-ci avançait à l’aveuglette, ce qu’elle réalise bien, et qui a justifié son abstention plutôt que son approbation de la loi Hadopi, dont elle comprend bien que la dimension technologique et ses conséquences sur l’avenir de l’internet Français tout entier demeurent un mystère à ses yeux.

La député a par ailleurs affirmé ne pas avoir l’intention de porter plainte, contrairement à ce qu’affirme la missive de son avocate, et elle n’a pas fait mention lors de notre conversation de conditions particulières à cela (contrairement, encore une fois, à ce qu’affirme la lettre reçue par deputesgodillots.info).

Son argument, pour avoir fait intervenir un avocat et avoir fait rédiger une telle missive, menaçant pourtant explicitement de “saisir la juridiction compétente”, est celui d’une personne complètement formatée par une formation juridique, ayant les pires difficultés à réaliser que l’utilisation de la terminologie issue de ce monde est aussi anxiogène que les messages d’alertes de Windows vous indiquant précisément le code de l’erreur (en héxadécimal) provoqué par le manque d’update d’une DLL ayant provoqué un kernel panic lors d’un bootstrap, le tout, bien évidemment, formulé en anglais, à défaut du chinois. Dans un cas comme dans l’autre, quand le message est reçu par un néophyte, il a tendance à provoquer une certaine panique, dans un cas comme dans l’autre, son auteur est inexcusable (mais bon, je suis très porté sur l’ergonomie et le design des interfaces utilisateurs, et j’utilise un Mac depuis longtemps, il faut me comprendre).

Qu’en pense Reporter Sans Frontière ?

Nous avons également contacté cet après midi le bureau en charge des bloggeurs de Reporter Sans Frontière, ce qui fut d’une facilité et d’une efficacité déconcertante (oui, on a tendance à ne pas rigoler quand on s’attaque aux bloggeurs chez ReadWriteWeb).

Saisi de l’affaire, RSF, par le biais de sa responsable des problématiques relevant des blogs, Clothilde Le Coz, n’est pas particulièrement étonné : “Ce n’est pas une première, mais cela arrive de plus en plus”, car en effet, “on peut se servir du droit à l’image pour lancer une procédure judiciaire”, mais s’empresse-t-elle d’ajouter, “dans les affaires qui ont été portés à ma connaissance [en France], toutes ont été gagné par les bloggeurs”. “C’est une mesure d’intimidation”, destinée à “faire peur et engendrer des frais” en recourant à la justice.

La réaction de RSF ne s’est pas fait attendre, l’ONG a annoncé lancer une procédure afin de demander des éclaircissements aux différents protagonistes, et l’on imagine que l’intervention d’une organisation aussi respectée dans le monde ne manquera pas d’attirer l’attention des média, en France et à l’étranger, sur cette affaire.

Ouf, on respire, nous ne sommes pas encore en Chine, et les parents de messieurs Roux et Teymour, les jeunes ingénieurs informaticiens qui ont créé le site deputesgodillots.info n’auront pas à payer à l’état la balle de revolver ayant servi à l’exécution de leurs rejetons.

Et après ?

Cette affaire fera elle ‘jurisprudence’ dans le monde de la politique ? Aux Etats Unis, les politiques ont compris la leçon depuis longtemps, témoin, Gavin Newsom, le maire de San Francisco, qui s’exprimait en ces termes au dernier Web2summit, à méditer dans les rangs de l’assemblée nationale…

A lire également :

  1. Pour sauver Hadopi, la France tente d’influencer une député Suédoise ...
  2. Nosdeputes.fr : la fin d’une époque et le début d’une ère ...
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19 commentaires pour cet article

  1. Emmanuel

    Il n’y pas matière à éton­ne­ment dans cette affaire. Toute acti­vité édito­riale s’expose à ce genre de risque, il faut l’assumer. C’est plus facile dans deux cas: s’il s’agit d’un media d’information ou un media sati­rique. Les deux peuvent jus­ti­fier plus faci­le­ment leur démarche (c’est tout l’intérêt du sta­tut d’éditeur en ligne). Hors de tout sta­tut (en par­ti­cu­lier pro­fes­sion­nel) c’est au juge d’apprécier et ce n’est pas simple. 

    La Loi n’exclue pas les blogs elle dit de façon basique qu’ils ne sont pas concer­nés. Elle se vise à régu­ler les acti­vi­tés pro­fes­sion­nelles. Ton obs­ti­na­tion à sous entendre qu’il y a com­plot n’est pas hon­nête, on en a déjà discuté.

  2. Fabrice Epelboin

    @emmanuel

    Je cite Le Monde :

    “LES BLOGS PERSONNELS EXCLUS DU STATUT D’ÉDITEUR EN LIGNE

    Les cri­tères déter­mi­nants per­met­tant à un site Internet de rece­voir ce sta­tut concernent la “mis­sion d’information pro­fes­sion­nelle”, la “pro­duc­tion jour­na­lis­tique de conte­nus ori­gi­naux et renou­ve­lés”, qui ne sont “ni outils de pro­mo­tion ou acces­soires propres à une acti­vité indus­trielle ou com­mer­ciale”, et enfin, l’emploi “d’au moins un jour­na­liste pro­fes­sion­nel” (au sens de l’article L. 7111 – 3 du Code du tra­vail). De fait, comme le pré­cise le texte, “les sites Internet per­son­nels et les blogs, édités à titre non pro­fes­sion­nel” ne peuvent pré­tendre à ce statut.”

    Sachant que tu as lar­ge­ment contri­bué à ce que tout cela ne soit pas pire encore ;-) (ou encore plus ridicule)

    Je ne sous entends en rien qu’il y a com­plot, je sous entends, dans ce cas pré­cis, qu’il y a abus de pou­voir mani­feste. Et je sous entends, ou plu­tôt j’affirme de faire claire et nette, que cet amen­de­ment ouvre un bou­le­vard à ces abus de pouvoir. 

    Au pas­sage, RSF est abso­lu­ment de mon avis, je revien­drais la des­sus ultérieurement.

    En l’occurrence, le pro­blème (jette un oeil à l’intégralité de la lettre sur PCimpact), c’est que la lettre de l’avocat de Pinel est abso­lu­ment sans le moindre fon­de­ment juri­dique, c’est juste de l’esbroufe, de l’intimidation, le seul point qu’ils pen­saient sin­cè­re­ment avoir, cen­tré sur Richard Ying, résulte d’une erreur de la part de l’avocat dans l’appréciation qu’il a fait des condi­tions de réuti­li­sa­tion des pho­tos par deputesgodillots.

    Travail d’avocat baclé, qui devait savoir qu’il n’y avait pas même de quoi por­ter plainte, qui s’est pris les pieds dans le tapis avec les licences CC mais qui pen­sait que lapeur qu’il allait ins­pi­rer allait suf­fire à étouf­fer l’affaire. 

    On apelle cela un effet Streisand.

    Au final, la seule véri­table ques­tion que je pose sur cette par­tie de la loi (et là encore, je ne vois pas où est le com­plot) c’est celle du silence des jour­na­liste (dont tu fais parti) quand les patrons de presse (dont tu fais parti) ont obtenu la modi­fi­ca­tion de leurs droits d’auteur en copy­right. J’admets ceci dit bien volon­tiers que le droit d’auteur est un frein absolu dans la pos­si­bi­lité pour les groupe de presse de trou­ver une moné­ti­sa­tion décente de leurs conte­nus sur le web.

  3. Lord BlackFox

    C’est quand même grave, et dire que ce pays se dit démocratique…

  4. Emmanuel

    Il ne serait pas démo­cra­tique si on niait que les citoyens ont un droit de regard sur les acti­vi­tés de leurs député mais égale­ment si on niait les droit de la défense…
    Attendons le jugement

  5. Fabrice Epelboin

    @emmanuel

    Il n’y aura pas juge­ment, il n’y a pas même de quoi dépo­ser plainte. La député m’a confirmé que — contrai­re­ment à ce qu’affirme la lettre de son avo­cate — elle ne dépo­sera pas plainte. (t’as vu, je véri­fie les sources et tout, hein ;-)

  6. Emmanuel

    excellent :-)

    Si c’est du tra­vail d’avocat bâclé alors où était le pro­blème. Sur le fond elle a le droit de contes­ter sans que l’on préjuge du résul­tat, c’est ça l’état de droit…

    Sur le sta­tut c’est une affaire de lec­ture et d’interprétation, le monde peut titrer ce qu’il veut, l’erreur est de croire que l’information se situe dans “l’exclusion” des blogs alors qu’il faut sim­ple­ment voir que cela ne les concer­nait pas ou plu­tot que cela concerne ceux ayant une acti­vité professionnelle. 

    Pour cette rai­son oui j’ai plu­tôt oeu­vré à la sup­pres­sion de la men­tion des blogs parce que je pense que la notion de “blog” n’a stric­te­ment aucun sens sur le plan juri­dique et parce que para­doxa­le­ment cela peut concer­ner cer­tains. Mon com­bat per­son­nel étant jus­te­ment basé sur la récon­ci­lia­tion entre toutes les formes d’activité édito­riale sur le domaine de l’information. en clair je pense que les inté­rêts sont com­muns en par­ti­cu­lier jus­te­ment lorsqu’il faut affron­ter le déli­cat pro­blème des infrac­tions ou de la dif­fa­ma­tion. Bref même combat…

    Sur le droit d’auteur, je ne vois pas pourquoi tu parles de silence, j’en parle depuis près de 10 ans et le texte actuel, mis à part un amen­de­ment mal­heu­reux, a fait l’objet d’un consen­sus avec les orga­ni­sa­tions syn­di­cales. Consensus rela­tif puisque, oui, de part et d’autres, cer­tains trou­ve­ront le texte exces­sif ou trop mou.
    Et je le sou­tiens glo­ba­le­ment (sur cette par­tie unique­ment, pas sur Hadopi) pour la rai­son même sur laquelle tu conclues: on ne peut pas dire par­tout que l’avenir de la presse passe par la publi­ca­tion multi-supports et ne pas cher­cher à adap­ter la légis­la­tion qui bloque la pos­si­bi­lité de contrac­tua­li­ser cor­rec­te­ment la rela­tion avec les auteurs.
    (et parce qu’on parle de contrac­tua­li­sa­tion c’est bien le point qui jus­ti­fie qu’on s’attache à légi­fé­rer en prio­rité dans le domaine des orga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles CQFD)

  7. Fabrice Epelboin

    Je ne parle pas de TON silence (c’est pas ton genre), mais du manque de réac­tion de la pro­fes­sion de jour­na­liste. Je me sou­vient d’un temps, mi-99, où le pro­blème avait été sou­levé chez Emap lors d’une mis­sion que j’effectuais chez eux (tes prises de parole datent de la même époque), à l’époque, la pro­fes­sion était vent debout contre toute modi­fi­ca­tion de leurs droits d’auteur. Là, c’est passé comme une lettre à la poste. 

    Encore une fois, je ne pense pas — sur ce point pré­cis — que ce soit une mau­vaise chose, juste qu’elle arrive trop tard (je pense qu’on se rejoint là des­sus). Cela a/aurait du/aura pas mal de conséquences sur la struc­tu­ra­tion des socié­tés média, une conver­sa­tion pas­sion­nante, mais on est hors sujet ici, et par ailleurs, j’ai fait une inter­view du boss de YouVox à paraitre sous peu qui nous don­nera l’occasion d’y reve­nir, promis ;-)

  8. Irène Delse

    Excellent compte-rendu de l’affaire, Fabrice! Et merci du lien ;-)

    Mais, his­toire de rendre à César… Les éléments de mon ana­lyse sur un pos­sible échange de bons pro­cé­dés Baylet/Sarko sur ce vote étaient déjà dans les com­men­taires de DéputésGodillots.info et dans l’article de PC INpact.

    Affaire à suivre, en tout cas.

  9. narvic

    @ Fabrice et Emmanuel

    Le droit d’auteur des jour­na­listes ver­sion Hadopi (comme le sta­tut des sites de presse) ne sus­citent plus vrai­ment de débat car tout ça ne fait qu’entériner une défaite acquise depuis bien long­temps sur le front du jour­na­lisme indus­triel et du mar­ke­ting éditorial.

    La défaite, c’est que ce journalisme-là n’est plus depuis long­temps un jour­na­lisme d’auteur, mais qu’il est devenu de la pres­ta­tion de ser­vice en four­ni­ture indus­trielle de conte­nus aux éditeurs. La res­pon­sa­bi­lité édito­riale de l’auteur s’est tota­le­ment diluée au point d’avoir quasi tota­le­ment dis­paru aujourd’hui dans ce journalisme-là.

    Ce qu’on peut repro­cher (et ce que je reproche), c’est qu’on ne fait à tra­vers ces mesures que s’enfoncer encore un peu plus dans une nor­ma­li­sa­tion du jour­na­lisme, comme un emploi sala­rié comme les autres (qui est, certes, déjà conte­nue dans la défi­ni­tion légale stric­te­ment “fis­cale” du métier).

    C’est faire l’impasse sur les motifs qui avaient conduit la pro­fes­sion jusque là, “his­to­rique­ment”, à résis­ter à cette ten­dance : l’identité du jour­na­lisme pro­fes­sion­nel était fon­dée sur cet équi­libre (certes pré­caire, voire ambigu, si ce n’est même fran­che­ment contra­dic­toire) entre sta­tut d’auteur et de sala­rié, entre clause de conscience et obéis­sance à l’employeur, etc.

    Ce qui me cha­grine c’est que l’évolution, due notam­ment à inter­net, pousse déli­bé­rem­ment à une redé­fi­ni­tion du métier dans le sens d’une plus grande ouver­ture, d’une exten­sion du domaine du jour­na­lisme, en inté­grant de nou­velles pra­tiques et de nou­veaux acteurs, qui par­ti­cipent clai­re­ment désor­mais de l’organisation du débat public. Ils devraient donc béné­fi­cier des faci­li­tés et des pro­tec­tions spé­ci­fiques que l’on a cru bon d’accorder aux jour­na­listes, puisque c’est en rai­son de l’utilité sociale des jour­na­listes que la société leur avait accordé ces excep­tions, et que cette uti­lité est désor­mais plus lar­ge­ment partagée.

    La pro­fes­sion a mal­heu­reu­se­ment fait le choix du replis, elle for­ti­fie sa posi­tion. Enfin, elle croit le faire. Elle est sim­ple­ment en train de bâtir une for­te­resse au milieu de la prai­rie, alors qu’aucune armée ne se pré­sente à l’horizon : il n’y a que des gugusses qui bati­folent dans les hautes herbes et ne sou­cient abso­lu­ment pas de ce qui se passent der­rière les murs !

    Ce replis et l’acceptation de cette nor­ma­li­sa­tion ne condui­ront qu’à la dis­pa­ri­tion de ce jour­na­lisme, au moment où il est en train de se réin­ven­ter ailleurs et en marge. Tant pis pour les jour­na­listes ! Ils sont en train de perdre dans cette nor­ma­li­sa­tion ce qui était leur capi­tal le plus pré­cieux : leur rela­tion spé­ci­fique aux lec­teurs due, jus­te­ment, à leur posi­tion sociale ori­gi­nale, à leur effort (certes pas toujours cou­ronné de suc­cès) pour se tenir à dis­tance de la com­mu­ni­ca­tion, du mar­ke­ting et de la publicité.

    Ces jour­na­listes ver­sion Hadopi ne sont plus que des ven­deurs de conte­nus, qui seront dis­tri­bués sur dif­fé­rents sup­ports par les éditeurs selon les impé­ra­tifs du mar­ke­ting édito­rial. Ce ne sont plus ni des auteurs, ni des jour­na­listes. Leur cré­di­bi­lité est appe­lée à rejoindre celle des publi­ci­taires. Ils auront scié la branche sur laquelle ils sont assis.

  10. vaudioux

    c’est la plus mignonne des deputes

  11. jfbobi

    En fait Sylvia Pinel était à l’Assemblée comme elle aurait pu être au bis­trot du coin. A par­tir du moment ou elle s’occupe de ses affaires: rêves pri­vés, texto privé, revue pri­vée,… plu­tôt que de celles de l’Etat ne peut-on pas consi­dé­rer qu’elle est dans une “bulle pri­vée”? et donc que s’y inté­res­ser relève donc bien d’une atteinte à la vie pri­vée… CQFD
    P.S. CQFD c’est “ce qu’il faut démon­trer et pas “ce qu’il faut détruire” canard ultra gauche…

  12. Oliv

    Juste pour vous remer­cier pour cet article par­ti­cu­liè­re­ment bien construit.
    C’est amu­sant d’ailleurs d’aller sur http://www.sylviapinel.com/ Ca confirme d’une part que Mme Pinel est en effet char­mante et, d’autre part, qu’elle ne mai­trise pas vrai­ment le voca­bu­laire du web puisqu’au delà du titre en gros qui parle de Blog, rien ne s’apparente à un tel média sur ce site dont on retien­dra sur­tout les pho­tos.
    Oliv.

  13. Fabrice Epelboin

    Oui, elle est jolie et plu­tôt sympa au télé­phone (enfin, c’était un peu tendu mais vu les cir­cons­tances, cela peu se com­prendre), comme le dit Gavin Newsom dans le petit clip à la fin de l’article, dans le monde de la poli­tique, on a changé d’époque, et parmi ceux qui ne l’ont pas com­pris, il y aura des dom­mages col­la­té­raux. C’est vrai que c’est bête que ce soit tombé sur une femme (elles sont trop peu nom­breuses à l’Assemblée), et jeune qui plus est (cela aurait été Muriel Marland-Militello, je n’aurais pas eu le moindre remords)

  14. Luc Delval

    Je trouve par trop indul­gent votre com­men­taire selon lequel Mme Pinel serait d’une cer­taine manière vic­time de sa for­ma­tion juri­dique, qui aurait entre autres effets secon­daires néfastes de l’empêcher de réa­li­ser à quel point le jar­gon des juristes peut être cris­pant pour le com­mun des mortels.

    Je pense qu’en fait c’est exac­te­ment l’inverse. Il y a dans la lettre de l’avocate des mots qui n’appartiennent à aucun jar­gon par­ti­cu­lier et sont au contraire d’une lim­pi­dité remarquable quant à ses inten­tions : “…je vous mets en demeure de reti­rer de votre site les pages concer­nant Madame PINEL, c’est-à-dire autant les com­men­taires que vous vous êtes crus auto­ri­sés à émettre que les photographies.…”.

    Ce n’est pas du juri­disme jar­gon­nant, c’est juste l’exigence d’une élue de la République qu’on ne parle d’elle qu’avec son auto­ri­sa­tion préa­lable et donc en des termes élogieux. A elle seule le for­mule “les com­men­taires que vous vous êtes crus auto­ri­sés à émettre” suf­fit à la clas­ser parmi les enne­mis de la liberté d’expression, parce que jus­te­ment en démo­cra­tie per­sonne n’a besoin de la moindre auto­ri­sa­tion pour faire des commentaires.

    Sur le cha­pitre de la dif­fa­ma­tion, l’action qu’elle n’a en réa­lité jamais eu l’intention d’intenter, serait évidem­ment vouée à l’échec. Il convien­drait de rap­pe­ler à cette dame la juris­pru­dence constante de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui a jugé à de mul­tiples reprises que “la liberté d’expression consa­crée par le para­graphe 1er de l’art. 10 consti­tue l’un des fon­de­ments essen­tiels d’une société démo­cra­tique, l’une des condi­tions pri­mor­diales de son pro­grès et de l’épanouissement de chacun”.

    La Cour a de même pré­cisé dans plu­sieurs déci­sions, depuis plus de 25 ans, que la liberté d’expression “vaut non seule­ment pour les ‘infor­ma­tions’ ou ‘idées’ accueillies avec faveur ou consi­dé­rées comme inof­fen­sives ou indif­fé­rentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent”.

    Enfin, s’agissant plus spé­cia­le­ment des cri­tiques adres­sées à des per­son­nages publics, la Cour a balayé l’argument selon laquelle la presse devrait se conten­ter de rap­por­ter des faits, lais­sant le soin au public de les inter­pré­ter, et elle a ajouté : “Partant, les limites de la cri­tique admis­sibles sont plus larges à l’égard d’un homme poli­tique, visé en cette qua­lité, que d’un simple par­ti­cu­lier : à la dif­fé­rence du second, le pre­mier s’expose inévi­ta­ble­ment et consciem­ment à un contrôle atten­tif de ses faits et gestes tant par les jour­na­listes que par la masse des citoyens; il doit par consé­quent mon­trer une plus grande tolé­rance. Assurément, l’art. 2 per­met de pro­té­ger la répu­ta­tion d’autrui, c’est-à-dire de cha­cun. L’homme poli­tique en béné­fi­cie lui aussi, même quand il n’agit pas dans le cadre de sa vie pri­vée, mais en pareil cas les impé­ra­tifs de pro­tec­tion doivent être mis en balance avec les inté­rêts de la libre dis­cus­sion des ques­tions politiques”.

    Affirmer que Mme PINEL “glan­douille” pen­dant des heures dans l’hémicycle n’excède à l’évidence pas les limites de la liberté d’expression recon­nue à TOUS et qui ne peut être sou­mise à aucune auto­ri­sa­tion préalable.

    La Cour Européenne des droits de l’homme a par exemple dans le passé reconnu qu’il y avait eu vio­la­tion des droits d’un citoyen autri­chien condamné parce qu’il avait uti­lisé des expres­sions comme “oppor­tu­nisme le plus détes­table”, “immo­ral” ou “dépourvu de dignité” à l’égard du Chancelier Kreisky. La Justice autri­chienne avait exigé qu’il apporte la “preuve” de la réa­lité de ces affir­ma­tions, ce qui — s’agissant évidem­ment de juge­ments de valeur et non de la rela­tion de faits — était impos­sible. La Cour Européenne des Droits de l’Homme a déclaré que la loi autri­chienne sur laquelle se fon­dait ce juge­ment était contraire aux droits de l’homme, et réaf­firmé le droit de cha­cun à émettre des com­men­taires et des juge­ments de valeur basés sur des faits établis.

    Quand bien même http://www.deputesgodillots.info aurait non pas rap­porté les faits et gestes (tota­le­ment ano­dins) de Mme PINEL dans l’hémicycle, mais émis à ce pro­pos un juge­ment autre­ment plus vigou­reux, cela n’eut été que l’exercice d’un droit fon­da­men­tal. Et sa ten­ta­tive de muse­ler la cri­tique est mépri­sable et ne doit faire l’objet d’aucune espèce de com­pré­hen­sion, le fait qu’elle soit jolie n’étant aucu­ne­ment, ce me semble, une cir­cons­tance atténuante.

  15. Fabrice Epelboin

    C’est vrai, je suis un peu indul­gent… et votre ana­lyse est confir­mée par le point de vue de RSF. Le but de ce genre de démarche est à deux niveau : le bluff pur et simple (c’est le cas ici) des­tiné à pro­voquer la panique. Dans le cas de Sylvia Pinel, sa plainte n’est — comme vous le sou­li­gnez — tout bon­ne­ment pas rece­vable. Qui plus est, son avo­cate base une large par­tie de son argu­men­ta­tion sur une igno­rance crasse des CC, est-ce de l’incompétence, je n’en sais rien, notre conver­sa­tion a tourné court et elle m’a rac­cro­ché au nez au bout de 20 secondes avant même que j’ai eu l’occasion de lui évoquer le problème.

    Le second niveau, bien plus grave, est d’utiliser le droit à l’image pour dépo­ser plainte, même avec une affaire qui n’a aucune chance de gagner, cela entraine des frais consi­dé­rables pour un par­ti­cu­lier, c’est le pot de terre contre le pot de fer, et cela touche tous les site inter­net. Mediapart, par exemple, est lit­té­ra­le­ment har­celé juri­dique­ment par Les Caisse d’Epargnes/Natexis pour avoir osé creu­ser le sujet. D’un point de vue finan­cier, cela pour­rait por­ter un coup fatal au journal.

    Ce genre de har­cè­le­ment juridico-financier est cou­rant entre poli­tiques et blog­geurs, en par­ti­cu­lier dans la poli­tique locale, RSF a un sys­tème de veille et d’alerte assez au point sur le sujet, et le rap­pro­che­ment que cette affaire à sus­cité va nous don­ner l’occasion de tra­vailler ensemble pour en amé­lio­rer la visibilité. 

    Ce n’est pas une fata­lité, et on étudie en ce moment même les pos­si­bi­li­tés pour y faire face de façon coor­don­née, là encore, la capa­cité à tra­vailler en réseau offre des pos­si­bi­li­tés nouvelles.

  16. Blublub

    De toute façon, l’intervention de Mme Pinel confirme la loi de Blublub: plus une fille est belle et plus elle est sotte.

    Est ce une veline française?

  17. Fabrice Epelboin

    Bravo, tu viens de gagner le prix du com­men­taire construc­tif du mois. Mention spé­ciale miso­gy­nie et bonus pour ton anonymat.

  18. InnocentLecteur

    J’ai décou­vert le site http://www.deputesgodillots.info à l’occasion des réac­tions suite à l’article sur Sylvia Pinel.
    Depuis je lis les dis­cu­tions et ce der­nier article ainsi que les com­men­taires (construc­tifs) par­ti­cipent à ma prise de conscience sur les dérives de ce que l’on nome pom­peu­se­ment “démo­cra­tie”.
    Il est est regret­table que nos jour­naux (presse natio­nale et régio­nale) n’informe pas sur ces sujets qui sont pour­tant à la base de la vie en socièté.
    Le même jour sur le blog http://www.arhv.lhivic.org un article “Vie et mort du buzz” et la vidéo http://www.youtube.com/watch?v=hSxtCfPlCFI&feature=player_embedded montre la cari­ca­ture de l’usage des blogs et les limites absurdes auxquelles ont peut arri­ver.
    Je sou­haite que votre action per­met­tra de faire évoluer la conscience de vos lec­teur vers un plus de démocratie.

  19. Ano

    Etant moi même juriste (un mas­ter, ça fera l’affaire?), je trouve que “l’excuse” invoquée par Mme Pinel est… irrecevable!

    On est tous conscients en fac’ de droit qu’on est en train d’apprendre les leviers et res­sorts d’une mons­trueuse machine aussi lisible pour le qui­dam que le tableau de bord du Concorde et qu’il nous suf­fit d’actionner judi­cieu­se­ment un levier pour que l’enfer se déclenche.

    On est égale­ment par­fai­te­ment conscients du carac­tère anxio­gène d’une lettre en RAR rédi­gée en termes juri­diques “pétants”, dont l’envoi épargne bien des conflits par désis­te­ment immé­diat de la par­tie adverse face à un truc qui “à l’air sérieux”. On prends un peu de rien, on rem­plit avec du vent, on ajoute “en conséquence, je vous [somme|met en demeure]” à la fin de chaque para­graphe, et le tour est joué.

    Ca, ça vaut pour à peu près tous les petits conflits de la vie cou­rante, c’est épatant.

    Il y a deux expli­ca­tions pos­sibles à cette lettre et au retrait piteux de la Dame Pinel:

    - une assi­duité dans l’amphi de la fac’ équi­va­lente à celle rele­vée par deputesgodillots.info dans celui de l’assemblée,
    - une erreur mani­feste d’appréciation (si tu as sou­rit, tu es publi­ciste) sur ce qu’est la blo­go­sphère et la com­mu­ni­ca­tion sur l’Internet en général. 

    J’avoue que la pre­mière expli­ca­tion ne me convainc pas, les profs ne font pas sou­vent cadeau des diplômes. Il reste donc la ten­ta­tive d’intimidation “comme d’habitude” pour ten­ter d’étouffer un article peu flat­teur, et une réac­tion de panique face à une mon­tée en puis­sance incon­trô­lable d’un buzz qui trans­forme la cam­pagne de net­toyage de l’Internet en énorme béré­zina. Il ne reste qu’à rapa­trier pré­ci­pi­tam­ment ses troupes pour sau­ver ce qui peut l’être, tout en se féli­ci­tant d’avoir demandé à sa copine de fac’ de rédi­ger la lettre ce qui per­met de ne pas être trop mouillée dans ce désastre médiatique.

    Bref, comme notre pré­sident avant elle, elle a décou­vert à ses dépends que la donne a com­plè­te­ment chan­gée en matière d’information et de vec­teurs d’opinion, et que chaque site sou­le­vant un point inté­res­sant le peuple peut être un puis­sant relais d’opinion dès lors qu’il ini­tie le buzz.

    En un mot: le web a réin­venté le jour­na­lisme des débuts, celui des ères révo­lu­tion­naires, celui des impri­més de 4 pages dis­tri­bués par des crieurs, avec ses pam­phlets, avec ses articles de fond, avec ses dénon­cia­tions des abus et des inégalités. 

    Il a fallu 2 siècles pour ache­ter la presse, la mettre sous dépen­dance du pou­voir à coup d’annonces légales tari­fées par la pré­fec­ture, à coup de régime fis­cal spé­ci­fique, à coup de rachats par quelques magnats concen­trant le 4ème pou­voir dans des mains amies de l’exécutif. Où est pas­sée “l’Aurore” de Clémenceau, publiant le “J’accuse” de Zola? Qui publiera dans ses pages les articles du même Clémenceau bro­car­dant “Napoléon le petit”?

    A la faveur du web par­ti­ci­pa­tif, sur­nommé “Web 2.0″, c’est le jour­na­lisme de Voltaire qui renait. 

    On com­prends qu’ils tremblent dans leurs palais.

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  1. La presse parle de DeputesGodillots.info :: DéputésGodillots.info :

    […] oppo­sant la député Sylvia Pinel et le blog deputesgodillots.info 19/05/2009 — ReadWriteWeb France : On s’est beau­coup foca­lisé sur la pro­tec­tion des droits d’auteurs qu’est censé défendre la […]

  2. Irène Delse » Aux députés godillots, la république bananière reconnaissante :

    […] avec les der­niers éléments mis à jour, je recom­mande l’article de Fabrice Epelboin dans ReadWriteWeb France. Contient d’utiles pré­ci­sions sur les enjeux de Hadopi pour le droit d’auteur et la […]

  3. numahel's status on Saturday, 23-May-09 21:00:20 UTC - Identi.ca :

    […] http://ur1.ca/4nnn bataille juridico-politique inté­res­sante autour des blogs, #hadopi et les dépu­tés #godillot […]

  4. Jean-Marie Gall.com :

    […] Rebondissements dans l’affaire oppo­sant la député Sylvia Pinel et le blog deputesgodillots.info by Fabrice de fr.ReadWriteWeb.com […]

  5. Nosdeputes.fr : la fin d’une époque et le début d’une ère | ReadWriteWeb France :

    […] en cause l’un des fon­de­ment de toute démo­cra­tie (bien qu’il y ai déja eu deux ten­ta­tives avortées à […]

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