La technologie comme écosystème

Voilà bientôt neuf mois que de nombreux media en ligne se battent contre Hadopi, et quelques semaines que les mass média – suite au “coup d’Etat” du PS à l’Assemblée – se sont emparés du sujet.

Il est probablement temps de faire un bilan d’étape.

Le message qui a été construit, argumenté, expliqué et disserté au sein de sites tels que Numérama, Ecrans, PCimpact ou ReadWriteWeb, les alertes et les actions de terrain menées par des organisations telles que la Quadrature du Net, le Pacte des Libertés Numérique ou l’UFC, ont été efficace : ce long travail se retrouve désormais dans la bouche et sous la plume de nombreux journalistes, assurant au débat une certaine rigueur. L’émission de Frédéric Taddéi mardi dernier sur le sujet était sur ce point remarquable, au point d’en faire oublier le lamentable n’importe quoi que Laurent Ruquier nous avait offert la semaine précédente.

Mais quelque chose a changé. Alors que les adversaires d’hier étaient des politiques et des lobbyistes, et que leurs arguments relevaient essentiellement du mensonge et de la manipulation, relativement facile à dénoncer et à mettre à plat, les ‘adversaires’ d’aujourd’hui posent leurs argumentations sur l’ignorance et la peur en se raccrochant à des modèles mentaux obsolètes, appelés à la rescousse pour comprendre, dans l’urgence, la situation. C’est un tout autre problème.

J’ai toujours admiré des créateurs comme Jean Claude Carrière ou Juliette Greco, et ce quarteron d’artistes inspirant le respect, dernier commando encore en vie d’opposants crédibles aux anti Hadopi, encore susceptibles de tenir le front de la bataille du débat public fraichement ouvert, pendant que les choses avancent à marche forcée à l’Assemblée Nationale et au Parlement Européen, ces derniers combattants ont la rage au ventre, ce qui rend la confrontation d’autant plus difficile.

Cette rage est liée à deux choses : la peur du changement et l’ignorance de ce à quoi ils font face. La peur du changement est assez naturelle pour ces générations qui savent que la page qui se tourne sous leurs yeux les verra relégués à des livres d’histoire, qu’ils n’ont pas les moyens d’y écrire un nouveau chapitre. Pour des créateurs qui ont, chacun à leur façon, inscrit des oeuvres fondamentales dans l’histoire de la culture, on peut comprendre l’angoisse que suscite ce changement. Que serait, après tout, le cinéma aujourd’hui sans Jean Claude Carrière ? La chanson popualire sans Juliette Greco ? Autre chose, à coup sûr.

L’ignorance est peut être plus facile à régler, mais là aussi, il est indispensable de faire un bilan d’étape, car force est de constater que les milliers de pages écrites sur des blogs pour expliquer la technologie l’ont été – vis à vis des derniers combattants de l’Hadopi – en pure perte.

L’élite ne comprend pas LA technologie

Moi le premier, ainsi que la quasi totalité des ‘blogs techno’ qui ont lutté contre Hadopi, je me suis efforcé de montrer comment les usages allaient rendre la loi caduque avant même son décret d’application signé, comment certaines technologies permettaient de contourner la surveillance mise en place par la loi, comment cette technologie ne pouvait pas réellement être filtrée car elle n’avait jamais été pensée pour celà, ou comment d’autres technologies garantissent un taux d’erreur dans les condamnations qui va bien au delà de ce qu’une démocratie se doit d’accepter (servant, ceci dit, à imposer la surveillance précitée, seule façon pour le citoyen lambda de prouver sa bonne foi face à l’erreur – pas vraiment judiciaire – dont il est la victime potentielle).

On a beaucoup parlé des technologies, on en a essentiellement parlé sous des angles assez techniques, pointus, au point qu’il a fallu faire preuve nous même d’une extrême pédagogie, inhabituelle dans les ‘blogs techno’, où l’on se retrouve habituellement entre gens qui se comprennent. Mais ces efforts ont payé. Il suffit de voir les arguments et les amendements déposés par les députés anti Hadopi pour s’en convaincre (et saluer au passage le rôle des assistants parlementaires, rouage sans qui rien n’aurait été possible).

Mais personne n’a jamais essayé d’expliquer à de parfaits néophytes LA technologie. Il faut dire que ceux qui lisent les ‘blogs techno’ ont plus ou moins une compréhension instinctive de ce que c’est. Aussi vague, ceci dit, que la compréhension qu’un poisson a de l’eau dans laquelle il nage. Pour ceux qui n’y vivent pas, LA technologie a, du coup, toutes les apparences d’un truc où l’on peut se noyer – tout en sachant qu’elle est indispensables à la vie (pour continuer sur la métaphore de l’eau).

La vision qu’ont ces artistes vieillissants (et néanmoins respectables) de la technologie est, avant tout, fausse, et ne permet en aucun cas d’appuyer un jugement ou une décision. Qui, connaissant les prises de positions politiques passées de Michel Piccoli, Jean Claude Carrière ou de Juliette Greco peut s’imaginer un instant que ces artistes préfèrent la mise en place d’une dictature numérique à la fin de leurs privilèges ? Un comportement digne d’un petit baron à la fin de l’ancien régime dans la bouche de ceux qui défendaient, il y a encore une génération, le progrès et l’avenir ? Personnellement, je n’y crois pas, je préfère de loin mettre cela sur le compte de l’ignorance (j’irai même jusqu’à inclure Jack Lang dans le camp des ignorants, je suis cependant plus réservé sur le cas de Dominique Farrugia).

Cette ignorance est avant tout construite sur le modèle mental que tous, ou presque, appliquent aux technologies. Pour beaucoup, et tout particulièrement pour les générations qui ne sont pas nées avec, la technologie est appréhendée avec le même modèle mental que celui de la précédente grande révolution technologique, celle de la révolution industrielle.

Souvenons-nous. En quelques générations à peine, et à partir d’une disruption massive apparue dans un territoire anglosaxon, l’Angleterre, maître du monde de l’époque, l’humanité a radicalement changé grâce à la machine industrielle.

Cette machine, synonyme de progrès ou d’avilissement (c’est selon), était au service de l’homme (ou du capital, là encore, c’est selon), mais toujours est-il qu’il y avait entre l’homme et la machine un clair rapport de servitude. La machine était au service de l’homme (en tout cas de quelques uns).

Une fois l’énergie et son transport domestiqués, son utilisation pour transformer et produire grâce aux machines a changé le monde que nos arrière, arrière grands parents connaissaient.

Avec la technologie, tout recommence ?

Non. Pas du tout. Cette vision de la machine et de l’homme, qui dans une perspective ‘de gauche’, est celle gravée dans la tête des artistes pro Hadopi aujourd’hui, ne s’applique pas du tout au digital.

Là où la machine a hier soumit l’homme à ses cadences et l’a quelque peu contraint à devenir lui même machine, le digital fait précisément l’inverse. Là où la machine était dans les mains d’un petit nombre qui en tiraient l’essentiel des profits, c’est là encore à l’inverse auquel on assiste. La où le capital se posait comme une barrière à l’entrée pour tirer profit de la machine, c’est l’opposé qui se produit sous nos yeux : les maitres des forges culturelles se voient détrôner par des étudiants qui bricolent dans leurs garage, construisant hier Apple et Google, et Dieu sait quoi demain.

Là où les tenants de la non prolifération (ou de l’abandon pur et simple) du concept de propriété se trouvaient du coté de ceux qui ne maîtrisaient pas la machine, les voilà qui sont regroupés aujourd’hui du coté de ceux qui la maîtrisent le mieux.

Ces différences, à elles seules, devraient, chez tous les intellectuels de gauche qui pensent qu’Hadopi n’est pas une si mauvaise chose, susciter, au minimum, le doute.

Pourquoi un tel changement ?

L’arrivée massive des technologies, et leur appropriation par toute une génération, qui désormais blogue, réseaute, remixe des clips et se les échangent sur YouTube, fait ses propres montages photos pour écrire sa propre culture, est à la fois une disruption profonde et un retour en arrière.

Cette extension du domaine d’application de la philosophie de l’Open Source, théorisée par Lawrence Lessig dans Culture Libre, remet profondément la Culture en cause, au même titre que la démocratie à remis la société en question.

Sans être encore un moteur essentiel de la culture du XXIe siècle, cette dynamique culturelle est en place, et ne peut s’arrêter d’une façon où d’une autre. Elle peut, au pire, devenir clandestine. Le temps pour elle de tout renverser par une rupture violente dont nos sociétés raffolent.

Ce ne sera pas la première fois qu’un couvercle mis sur les aspirations de la jeunesse fera monter la pression au point de faire éclater une révolution d’opérette, mais on peu, surtout pour ceux de ces artistes pro Hadopi qui ont participé à mai 68, se demander s’il est bien malin de réitérer les erreurs du passé.

La culture existait bien avant le XXe siècle, et continuera au XXIe sans soucis

Aldoux Huxley voyait, du point de vue de la culture, le XXe siècle comme un pivot. Le siècle dernier s’avère, avec la technologie, n’être en réalité qu’une parenthèse. Selon lui “avant la machine, les hommes et femmes qui voulaient se divertir étaient contraints, chacun selon ses moyens, à être des artistes. Désormais, ils sont immobiles et autorisent des professionnels à les divertir à l’aide de machines”.

Certaines formes de création, comme la photo, ont échappé à cette confiscation de la création par une classe créative professionnelle, mais pour l’essentiel, la culture est devenue une affaire de spécialistes, et rapidement une affaire d’argent. Les hommes et les femmes d’Aldous Huxley sont devenus des consommateurs, dont l’archétype du couch potatoe fut une icone du XXe siècle.

Ces temps ont changé, grâce à la technologie, tout le monde peut désormais participer à la création culturelle, et même si les professionnels sont là pour durer et continueront à dominer pour longtemps la création et le renouvellement de la Culture, il va leur falloir changer en profondeur leur rapport avec des consommateurs devenus participants actifs (je déteste le terme consomacteur, mais force est de reconnaître qu’il est ici approprié).

Il va falloir faire de la place à ces consomacteurs, établir des passerelles avec le monde des professionnels (déjà largement mises en place dans l’industrie du disque), créer une nouvelle relation. Les artistes anglais de la musique, massivement contre les loi telles qu’Hadopi, ne s’y sont pas trompés, mais là bas aussi, les anciens – comme Elton John – ont parfois du mal à suivre le temps qui passe.

En tout état de cause, ceux qui parmi les professionnels de la Culture militent pour une mise à l’écart de cette réalité, en verrouillant autant que possible le contrôle de la Culture par le copyright, auront demain à faire face à un public qui n’est plus affalé sur son canapé, passif devant sa télé, mais qui pianote désormais avec ses pairs, échange, partage, influence, critique et se révolte au besoin.

Certes, aujourd’hui, ils sont jeunes, insouciants, et pas si nombreux, mais demain ?

Une disruption profonde

Contrairement aux machines outils de la révolution industrielle, la technologie constitue un écosystème. Cette différence est essentielle. C’est sa nature même d’écosystème qui rend la loi Hadopi ridicule. Si une contrainte est posée dans un écosystème, celui-ci réagit et s’y adapte. Coupez l’alimentation en énergie d’une machine, et elle cessera de fonctionner. Coupez le lit d’une rivière, vous observerez quelque chose de radicalement différent.

Toute intervention dans l’écosystème des technologies donne lieu à une réaction de celui ci. Google, en inventant le moteur de recherche, à complètement façonné l’internet d’aujourd’hui. En inventant la publicité de liens, il l’a encore plus modelé. C’est un élément central du système, et tout mouvement de Google impacte l’ensemble des acteurs de l’écosystème, directement ou indirectement.

Régulièrement, cet écosystème grandit. L’apparition des blogs (qui est plus de l’ordre des usages que des technologies), a ouvert une nouvelle dimension qui s’est avérée gigantesque. L’arrivée – plus récente – de Twitter a toutes les chances de faire de même (là encore, rien de fantastique d’un point de vue technologique, on est encore sur un usage).

C’est une autre caractéristique de cet écosystème : usages et technologies sont intrinsèquement liées, l’un déterminant l’autre, et réciproquement. De la même façon qu’il existe dans la nature une interaction réciproque entre la vie et l’environnement qui, si on ne la perturbe pas excessivement, s’auto régule, et dont on peut tirer les plus grands profits (les abeilles, la polénisation, le miel…).

A l’instar d’un écosystème comme la nature, l’écosystème de la technologie fonctionne sur des règles. Là où la nature est basé sur des lois comme l’assimilation chlorophyllienne, l’internet l’est sur des normes et des standards, comme le TCP/IP. Avec ces règles de base, une multitude de formes de vie apparaissent, beaucoup meurent, certaines survivent, la plupart évoluent. Il en est des espèces comme des startups – c’est à dire des technologies et des usages qui surgissent dans cet écosystème.

L’homme contre la nature : la revanche dans le virtuel ?

Introduire des loi exogènes dans un tel écosystème est faisable (comment l’e-commerce aurait-il pu y prospérer si cela n’avait pas été le cas ?), mais il y a des limites au delà desquelles les conséquences sur l’écosystème, qu’elles soient culturelles, économiques ou sociales, seront dramatiques.

Dans le passé, beaucoup ont cru que la nature pouvait se plier à la volonté de l’homme. Staline à ainsi détourné le cours de rivières, l’écologie de l’Australie a été bricolée dans l’espoir – dans un premier temps – d’en tirer le plus de profits possible, puis par la suite, dans l’espoir de rattraper les erreurs du passé.

En un siècle, l’homme a compris que sa capacité d’intervention sur l’écosystème de la nature avait des limites, plus récemment, il a pris conscience que toute intervention non réfléchie se paierait tôt ou tard au prix fort. Aujourd’hui, l’essentiel des régulations promulguées par les hommes ont pour but de protéger l’écosystème, plus personne ne songe sérieusement à le contraindre, si ce n’est pour l’aider à revenir en arrière (je ne vais pas m’aventurer sur Montsanto, cela nuirait à ma démonstration, ne ferait que renforcer les soupsons sur les intentions réelles du pouvoir, et souligner la position d’équilibriste d’une Nathalie Kosciusko Moriset qui fait décidément de son mieux).

Machine et technologie, deux poids, deux mesures ?

Avec l’écosystème de la technologie, on est très loin de cette récente sagesse des hommes face à la nature. Nous en somme à la construction d’édifices légaux absurdes, destinés à contrer la gravité ou à empêcher le soleil de se coucher. Cela parait idiot si on aborde la technologie comme un écosystème, mais si on lui calque le modèle mental de la révolution industrielle, cela prend tout son sens.

Quand la machine a fait irruption dans le quotidien de l’homme, à la fin du XIXe siècle, la régulation de l’usage que l’on pouvait en faire, et la préservation de la place de l’homme, a donné lieu à de nombreuses luttes (sans même évoquer l’essort du Marxisme), et a instauré un rapport de force entre travailleurs (utilisés pour faire fonctionner la machine) et Capital (utilisé pour financer la machine et en tirer profit).

C’est ce rapport de force, encore aujourd’hui à l’origine du clivage politique gauche-droite, que tentent de calquer les vieux artistes de gauche dans l’adoubement qu’ils font d’Hadopi. Avec une Culture qui doit désormais passer par la technologie pour trouver son public, le parallèle travailleur/artiste et capital/machine/technologie a pour lui le charme d’une apparente évidence, qui évite au passage toute remise en question. Mais cette simplification est trompeuse, si elle permet d’appréhender facilement le problème avec de vieux réflexes, elle n’en reste pas moins à coté de la plaque.

Au passage, l’unité dont ont fait preuve des politiques d’horizons aussi traditionnellement opposés dans la lutte contre Hadopi est assez révélatrice de l’obsolescence de ce modèle, quand il s’agit d’appréhender le problème de la culture face au digital, tout du moins.

e-dictature et démocratie : un grand écart impossible

Disons le clairement, il est impossible d’empêcher un milliard et demi d’internautes d’accéder à la culture. S’il existe bien des moyens pour rémunérer les créateurs (trop peu mis en avant lors de ce débat, d’ailleurs), il n’en existe aucun pour empêcher ou même réguler l’accès à la culture. On pourra au mieux rendre cet accès difficile et souterrain, impactant du coup l’écosystème dans un sens qui n’a aucune chance de profiter à la culture.

Prétendre faire cela à l’aide d’une loi, qui plus est dotée d’un budget inférieur à celui d’un commissariat de quartier, censée surveiller et punir 30 millions d’internautes Français, est risible. Seuls les débutants se feront prendre la main dans le sac, ceux qui sont déjà rompus à ce mode de consommation culturel, ceux qui maîtrisent les technologies, à commencer par les jeunes générations qui n’ont pas les moyens de consommer autrement, contourneront le problème sans la moindre difficulté.

Avec dix milliards de dotation, une telle loi pourrait permettre une surveillance plus efficace, mais là encore, le rythme de la législation et des contre mesures “pirates” qui surgissent de toutes parts en quelques mois à peine est inégal, et donnera toujours l’avantage aux technologies. Aucune chance de gagner : les plus grandes armées du monde ont toutes été défaites par des guérillas au commandement décentralisé et dont la motivation dépassait de loin celle d’une armée de métier. Ce fut le cas au Vietnam, puis en Irak, c’est le scénario qui aurait pu voir le jour sur le web si l’état avait des milliards à y investir. Dieu merci, la crise a rendu caduque cette hypothèse, seule la Chine en a aujourd’hui les moyens et l’impérieux besoin.

Ne confondons pas tout

Le problème que tente de résoudre maladroitement Hadopi ne peut se faire qu’en abordant la technologie comme un écosystème. On ne peut le contraindre, mais on peut impacter son fonctionnement pour peu qu’on le respecte.

Nous sommes face à une consommation de la culture qui évolue de façon phénoménale (explosion de la consommation, en grande partie gratuite ou piratée, mais de toutes façons non payée par le consommateur final), des difficultés extrême d’une industrie qui a misé sur les mauvaises cartes pour se reconvertir (duplication et distribution physique de CD, marketing aujourd’hui concurrencé par la recommandation de pairs), et d’artistes à qui l’on intime l’ordre de se ranger du coté du public ou du capital des anciens maîtres des forges, qui voient arriver la fin de la métallurgie avec angoisse.

Qui plus est, la solution de la licence globale, si elle règlerait le problème de la rémunération des créateurs, ne sauverait pas l’industrie du disque pour autant, et se heurte à un autre lobby, celui des télécom. Ceux-ci, qui n’avaient jusqu’ici aucun rapport avec la Culture, et qui ne s’en soucient guère – le dessin ci dessous illustrant cette attitude ridicule à merveille -, donnent au passage une bien mauvaise image de la technologie.

Comme souvent, le pouvoir est du coté du capital (vous en doutiez ?), rien de vraiment choquant finalement, non, la seule chose choquante, c’est de voir des personnalités comme Jean Claude Carrière ou Juliette Gréco prendre de tels partis pris. J’ai cru déceler l’expression d’un doute dans le discours de Jean Claude Carrière chez Frédéric Taddéi, c’est peut être qu’il est permis d’espérer un changement.

Il ne reste plus qu’à lui expliquer que contrairement à ce qu’il pense, cette loi qu’il qualifie d’imparfaite, n’est pas appelée à évoluer dans le sens qu’il espère mais dans celui d’une surveillance généralisée des populations internautes, et là, on quitte Hadopi pour rebondir sur Loppsi.

(ce billet a été également publié sur owni.fr, un blog collaboratif/réseau social militant)

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17 commentaires pour cet article

  1. Pyopillot

    Remarquable, tout simplement.

    Bravo !

  2. narvic

    Fabrice, dans ton uti­li­sa­tion du terme de “tech­no­lo­gie” tu es tout sim­ple­ment en train de fabriquer une pure mythologie. :-)

    Tu ne dis jamais de quoi tu parles réel­le­ment, ce qui t’amène à fabriquer cette idée très obs­cure, voire confuse, de “la” tech­no­lo­gie, qui nous serait tom­bée des­sus comme ça, un beau jour dans l’histoire. Il y aurait un avant “la” tech­no­lo­gie et un après. C’est absurde.

    La tech­no­lo­gie de la taille de la pierre remonte… à l’âge de pierre ! Les tech­no­lo­gies agri­coles sont un peu plus récentes et conti­nuent à se per­fec­tion­ner de nos jours. :-))

    En réa­lité tu ne parles, sous le terme de “la” tech­no­lo­gie, que de “cer­taines tech­niques”. En clair : la conver­gence depuis plu­sieurs dizaines d’années de cer­taines tech­niques de télé­com­mu­ni­ca­tion avec cer­taines tech­niques de cal­cul numé­rique. La conver­gence de ces tech­niques permet-elle de dire qu’elles forment alors “une” tech­no­lo­gie ? Ça reste à démon­trer (des sémio­logues contestent l’usage du terme de “tech­no­lo­gie” dans ce cas. Yves Jeanneret par exemple)…

    En tout cas, si “révo­lu­tion tech­no­lo­gique” il y a eu (de l’ampleur de celle de l’imprimerie), il ne s’agit pas de celle d’internet. Internet n’est pas une inno­va­tion tech­nique majeure. L’innovation tech­nique majeure, ce sont les télé­com­mu­ni­ca­tions et l’informatique. Internet n’est qu’une asso­cia­tion des deux, en réa­lité un simple bri­co­lage technique.

    S’il se passe quelque chose d’important avec inter­net, ce n’est pas du tout d’ordre tech­no­lo­gique, mais bien d’ordre socio­lo­gique : c’est une appro­pria­tion sociale mas­sive de tech­niques pour des usages qui n’avaient pas été pré­vus (les tech­niques uti­li­sées n’avaient même pas été conçues pour ça).

    Amicalement ;-)

  3. Nicolas Cynober

    Super article. A dif­fu­ser à peu par­tout car en effet très low tech, avec de bons exemples et facile à conceptualiser.

    De même le débat chez Frédéric Taddéi est vrai­ment de bon niveau, ca fait plai­sir de voir ça à la TV.

    @narvic
    Pour moi ça va dans les 2 sens. Un écosys­tème tech­nique per­met de déve­lop­per des usages. Et de même des besoins socio­lo­giques poussent l’émergence de nou­velles technologies.

    Internet asso­cia­tion de télé­com­mu­ni­ca­tion et d’informatique? Tout à fait d’accord. Ce sont des ordi­na­teurs reliés en réseau. En réa­lité un simple bri­co­lage tech­nique… heuu… lol? Les mecs ils se fai­saient chier un week-end, ils ont fait un peu de bri­co­lage dans leur garage, ils ont inventé inter­net les cons :)
    Sérieusement, inter­net est une inno­va­tion tech­nique majeure. Les ser­veurs DHCP, DNS, les pro­to­coles réseaux WAN, etc, etc, ne sont pas un “bri­co­lage tech­nique”. je t’invite à dis­cu­ter au plus vite avec un ingé­nieur réseau.

    Autre point. Tu dis qu’internet est une appro­pria­tion sociale mas­sive de tech­niques pour des usages qui n’avaient pas été pré­vus. Internet peut être, le web sûre­ment pas.
    Je t’invite à relire “Weaving the web” de Tim Berners Lee. Le pro­to­cole HTTP contient une methode UPDATE qui per­met­tait en 1990 de mettre à jour les pages webs comme dans wiki­pe­dia. Les pre­miers navi­ga­teurs webs pou­vaient modi­fier le contenu des pages. Les tech­no­lo­gies ont été déve­loppé dans l’idée de créer un web social, le web 2.0 qui a émergé seule­ment 15 ans plus tard.

  4. Fabrice Epelboin

    @narvic

    Dans ma vision de la techno comme écosys­tème, j’entends — c’est vrai ce n’est pas for­cé­ment lim­pide — l’ensemble des tech­no­lo­gies digi­tales, du pre­mier tran­sis­tor des années 50 à YouTube, ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout réduit au “web2” ;-)

    C’est vrai que la vision ini­tiale de Tim Berner Lee était par­fai­te­ment en phase avec le web2, et d’une cer­taine façon, l’utilisation du web par les milieux scien­ti­fiques uni­ver­si­taires l’a toujours été, mais là, l’idée est de poser le concept d’un monde propre au numé­rique, un monde dont le lan­gage de base est le binaire, dans lequel un monde exté­rieur qui est celui de l’analogique, vient petit à petit inter­agir, de façon plus ou moins harmonieuse.

    De là à dire que je crée un mythe, c’est flat­teur ;-) Je n’ai pas cette pré­ten­tion, mais bon, pourquoi pas. Les mythes ont du bon, face aux popu­la­tions pri­mi­tives comme celle que l’on trouve à l’Assemblée, qui ‘rai­sonnent’ à l’aide d’autres mytho­lo­gies, ils per­mettent de don­ner des cadres et des réfé­rences, des codes et des prin­cipes, tout mythe n’est pas à reje­ter parce qu’il est un mythe :-)

  5. Fabrice Epelboin

    @Nicolas

    Dans le même “Weaving the Web”, il y a, si je me sou­viens bien, l’idée qu’un lien hyper­texte devait pou­voir être annoté et (ou?) com­menté. Une idée aban­don­née en cours de route mal­heu­reu­se­ment, mais avec un poten­tiel incroyable et encore rela­ti­ve­ment peu exploré/exploité… mais je suis sûr que je ne t’apprends rien ;-)

  6. manu

    Merci pour cette vul­ga­ri­sa­tion didac­tique et j’espère que les per­sonnes citées sau­ront y recon­naître la libre pen­sée et la clair­voyance qui l’anime.
    Pour aller dans ton sens, je pense que nous souf­frons aujourd’hui d’un vide cultu­rel et struc­tu­rel quant à la repré­sen­ta­tion que l’on se fait actuel­le­ment de la tech­no­lo­gie. Ce vide intel­lec­tuel est dû à une nou­velle forme de repré­sen­ta­tion de la cir­cu­la­tion de l’information : c’est la pre­mière fois que l’on pense un sys­tème com­plexe non pas de manière hié­rar­chique mais démo­cra­tique.
    Comme l’évoque Benjamin Bayart dans sa confé­rence sur le Minitel 2.0, ce sys­tème met l’intelligence à l’extérieur et la conne­rie au centre (http://www.fdn.fr/Internet-libre-ou-Minitel-2.html). Et depuis les débuts de l’histoire des repré­sen­ta­tions, c’est l’inverse.
    L’intelligence à l’extérieur signi­fie par­tage des connais­sances, dif­fu­sion libre et ouver­ture de l’information. Ce sys­tème échappe aux élites et c’est cela qui leur fait peur, de ne plus avoir cette main mise sur l’information qui donne accès à la connais­sance signi­fie la fin d’une chasse gar­dée mil­lé­naire.
    Il faut se battre et les empê­cher de contrô­ler les machines un peu “connes” qui sont au centre du sys­tème. Elles sont connes mais bien pen­sées, et sur­tout vul­né­rables.
    Pour finir : Quiconque sacri­fie sa liberté pour plus de sécu­rité ne mérite ni l’un ni l’autre, et n’aura aucun des deux (Benjamin Franklin)

  7. Fabrice Epelboin

    “Quiconque sacri­fie sa liberté pour plus de sécu­rité ne mérite ni l’un ni l’autre, et n’aura aucun des deux (Benjamin Franklin)”

    Ha… encore un reprise de Lawrence Lessig qui adore, lui aussi, cette cita­tion… J’ai très envie d’en faire une base­line pour owni tant cette phrase est d’actualité.

    Pour ceux qui n’ont pas vu la conf Minitel 2.0, ben vous savez quoi faire ce week end :-)

  8. narvic

    @ Nicolas et Fabrice

    Il y a sou­vent un pro­blème, à mon avis, avec cer­tains dis­cours assez exal­tés sur inter­net et la tech­no­lo­gie, qui sont sou­vent impor­tés des États-Unis, c’est l’utilisation de concept assez approxi­ma­tifs, qui sont au fond des méta­phores et des ana­lo­gies et pas des concepts consis­tants. Depuis quinze ans main­te­nant, les sciences humaines et sociales rament pour remettre un peu de cohé­rence dans ces dis­cours, mais c’est bien difficile.

    Le prin­ci­pal pro­blème est de lut­ter contre l’idéologie tech­ni­ciste, qui pos­tule que les tech­niques contiennent “en poten­tiel” les usages qui en sont fait, alors que des mil­lé­naires d’histoire nous prouvent que c’est faux : il aura fallu des siècles pour ima­gi­ner que la bous­sole était très utile à la navi­ga­tion et que les feux d’artifice pou­vaient aussi ser­vir à faire la guerre. Ou dit autre­ment, par un de nos vieux poli­ti­ciens plein d’humour : on peut tout faire avec une baïon­nette, sauf s’assoir dessus.

    L’usage qui est fait d’internet aujourd’hui, par exemple, est si loin du projet d’origine (une asso­cia­tion fruc­tueuse entre mili­taires et uni­ver­si­taires des­ti­née à répondre à leurs propres cahiers des charges et pas à révo­lu­tion­ner le monde), c’est que l’on en vient à dire aujourd’hui qu’”internet est tout cassé” (cf. sur Transnets aujourd’hui) car il ne suit plus une demande à laquelle sa concep­tion ne le pré­pa­rait pas.

    Autre exemple, l’ampleur des trans­for­ma­tions sociales entraî­nées par inter­net doit beau­coup moins aux tech­no­lo­gies elles-mêmes, qu’elles soient logi­cielles ou maté­rielles, qu’au mou­ve­ment en deux temps qui a consisté à ouvrir la pos­si­bi­lité d’un accès domes­tique au réseau, et puis le pas­sage au haut débit, sur­tout avec la tari­fi­ca­tion for­fai­taire, plu­tôt que le paie­ment au temps de connexion télé­pho­nique, comme je l’ai connu aux débuts. Sans ce phé­no­mène déci­sif, les tech­no­lo­gies étaient bien inca­pables d’entraîner un tel phé­no­mène social, et elles ne le conte­naient pas, même pas “en germe”.

    Ce qui est fas­ci­nant dans le déve­lop­pe­ment d’internet, c’est que l’idéologie liber­taire de cer­tains de ses concep­teurs d’origine ait pu sur­vivre à une explo­sion de l’usage pro­voquée par de moti­va­tions d’une toute autre nature : comme dit encore Pisani, dans son livre, le moteur d’internet ce n’est pas l’idéologie du par­tage gra­tuit de la connais­sance, mais le fait que les ado­les­cent amé­ri­cains se sont appro­priés le net pour en faire leur prin­ci­pal outil de socia­li­sa­tion. Et ils ont été, c’est moi qui ajoute, très for­te­ment encou­ra­gés à cela par les ven­deurs de maté­riel et de logi­ciel infor­ma­tiques et par les ven­deurs de connexions.

    Si aujourd’hui les indus­tries cultu­relles et média­tiques s’unissent pour s’opposer au phé­no­mène, ce n’est pas archaïsme ou par une quel­conque incom­pré­hen­sion de la nature ou de l’essence de la tech­no­lo­gie. Au contraire, elles ont par­fai­te­ment bien com­pris de quoi il s’agissait, et leurs attaques montrent qu’elles ont très pré­ci­sé­ment iden­ti­fié sur quels point ten­ter d’agir.

    La véri­table bataille qui se joue avec Hadopi n’est nul­le­ment celle de la liberté des inter­nautes et du par­tage des connais­sances : c’est un bras de fer entre les indus­tries de l’informatique et des télé­com contre celles de la culture et des médias, pour savoir lesquels vont empor­ter le plus gros mor­ceau dans la tonte des consommateurs.

  9. Yves (BeeBole)

    Très bon article. 

    Cependant, ajou­ter cette dimen­sion “écosys­tème” tend à com­pliquer le problème.

    Même si elle est utile pour la com­pré­hen­sion de ce der­nier, le point phare qui devrait être mis en avant auprès de tous les artistes par exemple, c’est le “busi­ness model” qui se cache der­rière ces nou­velles technologies.

    Comme le dit nar­vic, la bataille est bien de savoir qui aura le plus gros mor­ceau et sur ce point, les artistes et poli­ti­ciens pro-hadopi ont été les din­dons de la farce.

    Je ne pense pas que les artistes US soient contre les lois de type hadopi, je pense plu­tôt qu’ils ont com­pris rapi­de­ment quels étaient les béné­fices des nou­velles technologies.

  10. Fabrice Epelboin

    @narvic

    Exalté je veux bien importé, non, cette idée de la techno comme eco­sys­tème est appa­rue dans mon dis­cours suite à un échange avec NKM qui voyait une guerre entre le Libre et l’économie hybride (au sens de Lessig), et où j’ai cher­ché une méta­phore qui puisse rap­pro­cher la techno de sa vrai pas­sion, l’écologie.

    Je ne vois pas par ailleurs pourquoi tu cherches à réduire ca au web2 et aux usages sociaux, encore une fois, ce n’est pas de ça dont je parle ici, tu te trompe de billet, ce n’est pas de Susan Boyle dont je traite ici ;-)

    @yves et narvic

    J’ai bien peur que non, le pro­blème de fond n’est pas tant de savoir qui des telco ou des major pren­dra les sous dans le porte mon­naie du consom­ma­teur, c’est de savoir si les états vont de ser­vir de cette bataille pour prendre le contrôle de l’information sur internet. 

    Allons nous, à par­tir d’un joyeux bor­del pseudo anar­cho je-ne-sais-quoi, vers la construc­tion d’une (e)démocratie ou vers une (e)dictature ?

    Je vous ren­voie sur cet autre billet pour conti­nuer la dis­cus­sion sur ce sujet, mais ne lais­sons pas l’arbre cacher la foret, le pro­blème est ailleurs. Le fait que la presse soit en crise pour — grosso modo — les mêmes rai­sons que les majors, ne faci­lite pas les choses car elle ne joue pas du tout le rôle de “wat­ch­dog” de la démo­cra­tie qui est censé être le sien (et les blogs n’ont pas ce pouvoir).

    A coté de cela, la dis­tri­bu­tion de l’argent entre telco et majors (et la mani­pu­la­tion des artistes qui pensent que le pro­blème vient des méchants fans), c’est pas grand chose. Les artistes qui vendent des mil­lions de disques ne retrou­ve­rons jamais un busi­ness aussi fruc­tueux, inter­net a ten­dance à être plus favo­rable aux petits groupes dont les coûts pour atteindre un public ont fondu comme neige au soleil. Que d’ex gau­chistes se réveillent radi­ca­le­ment à droite, c’est de la mise en scène de vieillards séniles par des forces dont le but est ailleurs. Hadopi n’est qu’un cache sexe pour Loppsi. Les véri­talbes enjeux sont là, les autres, à coté, ne sont fina­le­ment pas si grâves.

  11. Nugues

    Cet article a beau­coup de mérites. La luci­dité dont il témoigne fait plai­sir et donne de l’air, voire de la hau­teur.
    Je fais par­tie du monde cultu­rel, depuis 35 ans, je sur­nage dans ce mari­got. De plus en pro­vince.
    Je peux témoi­gner du fait qu’une forme de tota­li­ta­risme doux, très doux et très bien pen­sant y a toujours régné. Quand je dis très doux, il faut entendre très enrobé de dis­cours et de rhé­to­rique, mais très violent pour les contra­dic­teurs de ces dis­cours domi­nants.
    Alors je peux dire que ce vent d’ouverture sur l’extérieur, sur d’autres concep­tions qui ont enfin accès au public est une béné­dic­tion.
    C’est aussi ça qui est mis en très grand dan­ger par la tech­no­lo­gie : Le pou­voir des pen­seurs offi­ciels est en train de voler en éclats, ils n’aiment pas. C’est normal.

    Quelque chose de fon­da­men­tal se trans­forme dans la notion de pro­duc­tion artis­tique.
    Jusqu’au début des années 30, l’idée de culture était presque inexis­tante ailleurs que du point des sciences humaines nais­santes. C’était les artistes, les cri­tiques qui déte­naient le pou­voir esthé­tique et fai­sait la pluie et le beau temps. Puis la culture, notion floue et exten­sive s’est intro­duite par­tout, relé­guant les artistes au rang de simples pro­duc­teurs de biens cultu­rels quant aux cri­tiques ils ont dis­paru au pro­fit des pro­mo­teurs de modes.
    Et bon­heur indi­cible voici que débarque une tech­no­lo­gie qui fout en l’air tout le sys­tème car le public prend la parole. On ne peut plus le gaver, lui faire prendre les ves­sies de l’avant-garde pour les lan­ternes des révo­lu­tion­naires ins­ti­tu­tion­nels.
    Bien sûr qu’il va fal­loir revoir tous les modèles écono­miques de l’art et de sa dif­fu­sion. Cela ne peut que faire évoluer les choses. C’est parfait.

    Les artistes sont de retour, les bons, les mau­vais. C’est le public qui fera les choix et non plus quelques fonc­tion­naires idéo­lo­giques de minis­tères qui orien­taient les esprits.

  12. Alain Pierrot

    Il me semble qu’il y a plu­tôt lieu de par­ler des tech­niques numé­riques dans un écosys­tème plus large, impliquant (intriquant ?) indus­tries de l’informatique, de la com­mu­ni­ca­tion, ins­ti­tu­tions poli­tiques, “indus­tries” cultu­relles et indi­vi­dus plu­tôt que de for­ger un concept de “LA tech­no­lo­gie comme écosystème”.

  13. Fabrice Epelboin

    @alain

    j’ai plu­tôt ten­dance à voir l’inverse, c’est à dire une indus­trie de la culture, de l’informatique et de la com­mu­ni­ca­tion au sein d’un écosys­tème qui les dépasse, même si, pour cer­taines de ces indus­tries, elles en sont en large par­tie à l’origine.

    @Nugues

    Pour rebon­dir sur votre constat d’un pre­mier point de rup­ture que vous situez dans les années trente, je vous ren­voi sur le pas­sage à une culture “read write” à une culture “read only”, jus­te­ment pro­voqué par la nais­sance de l’industrie de la culture, elle même por­tée par les tech­no­lo­gies (ana­lo­giques à l’époque) de repro­duc­tion indus­trielle de l’œuvre d’art (pho­no­graphe, cinéma, etc). Une lec­ture technico-historique de la culture théo­risé par Lessig (je vois d’ici Narvic hur­ler à l’importation de concepts étran­ger ;-), dans ce cas on pourra toujours de rac­cro­cher aux branches qu’avait mis en place Walter Benjamin en 1935 (un Allemand, tu me dira, mais c’est tout de même plus proche de nous ;-)

    C’est quand cette même indus­trie est pas­sée de l’analogique au digi­tal (en gros, le CD), qu’elle est entrée dans un nou­vel écosys­tème, et c’est quand on est passé d’un web “média” à un web “social” (en gros années 90 vs. années 2000), que tout à dérapé pour cette indus­trie (et là je rejoins Narvic, ce der­nier point n’est pas tant une ques­tion de révo­lu­tion tech­no­lo­gique qu’une affaire de trans­for­ma­tion radi­cale des usages).

  14. Nugues

    Juste un petit mot à pro­pos des rup­tures et des usages.
    Les rup­tures sont des défla­gra­tions qui induisent des usages.
    Pour remon­ter plus loin dans le temps, à la fin du 15eme Européen, quand se créé l’imprimerie.
    C’est cette rup­ture qui induit la Réforme de Luther et sur­tout sa pro­pa­ga­tion. En effet c’est à par­tir de là qu’il peut notam­ment dif­fu­ser la Bible en langues cou­rantes et donc la rendre com­pré­hen­sible, donc démon­trer que les églises ne res­pec­taient pas les évan­giles.
    Erasme, en même temps uti­li­sait ce même canal de dif­fu­sion pour éditer l’éloge de la folie. C’est cette ouvrage qui d’une cer­taine façon mit le feu aux poudres en Europe.
    Un très bon livre sur le sujet, c’est : Erasme de Stefan Zweig.
    En tout cas, ça du bien de pou­voir tenir des dis­cus­sions de cette nature.
    Je vous en remer­cie et vous dis bravo.

  15. Fabrice Epelboin

    Ha! Ravi de trou­ver quelqu’un qui par­tage mes thèses sur la dis­rup­tion intro­duite dans le catho­li­cisme par Guthemberg…

    Il nous fau­drait un spé­cia­liste pour aller plus loin sur le sujet parce qu’en ce qui me concerne, on est tout de même très loin de mes compétences ;-)

  16. salut

    Quelques peu hors sujet mais à pro­pos de “Weaving the web” de Tim Berners Lee et de l’idée (que je découvre ici) d’annoter chaque liens hyper­texte, c’est ultra fait depuis long­temps dans les forums…
    Mais sur­tout c’est la base même de face­book et twitter!

  17. Fabrice Epelboin

    L’idées de Tim ber­ner Lee — outre qu’il était ques­tion de l’intégrer dans l’architecture de base du web — était de pou­voir, là où le lien se situe, de per­mettre aux uti­li­sa­teur de le com­men­ter. Il y a encore beau­coup à construire sur ce concept :-)

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