La Maison Blanche s’attaque à la sécurité sur internet avec un Cyber Tsar

obama-vs-mam Alors que ce rôle en France est dévolu à une ministre de l’intérieur sans compétences particulière en la matière (en charge, en vérité, de faire passer la censure pour une mesure de sécurité), les Etats-Unis semblent avoir pris une toute autre posture face au problèmes de la sécurité en ligne, et se distinguent de la France en annonçant des mesures sans précédent pour prendre en main le problème.

Pas question de censure de l’autre coté de l’Atlantique, où la population, plus cultivée en matière d’internet, aurait du mal à comprendre le rapport entre filtrage et sécurité. Pas question de pédophiles non plus, il faut dire que tout comme le gouvernement Sarkozy, l’administration Bush avait déjà agité le spectre de la pédophilie pour justifier tout et n’importe quoi (avec CBS et NBC dans un rôle qui sera probablement dévolu à TF1, à moins que ce soit France2 qui s’y colle : de part et d’autre de l’Atlantique, on attend avec impatience de voir la campagne du gouvernement Français commencer, la loi Hadopi ayant eu le mérite de braquer tous les projecteurs sur la situation Française).

Non, rien de tout cela, mais un même constat : la sécurité dans l’univers du digital est devenu un problème sérieux, pire encore : une menace pour le pays.

Vendredi dernier, donc, le président Obama a annoncé la création prochaine d’un poste de ‘cyber tsar’ au sein de la Maison Blanche. Personne n’a encore été désigné pour le poste, mais Obama en a dessiné les contours lors d’un discours public, et sur la page YouTube de la Maison Blanche, un clip ressemblant fort à une bande annonce sur la cyber sécurité a fait son apparition (visible à la fin de ce billet). En plus du poste de Cyber Tsar, en charge des menaces sur le réseau, la Maison Blanche a également annoncé une campagne d’information pour attirer l’attention sur la cyber-sécurité et l’illettrisme digital, de plus en plus appréhendé aux Etats Unis comme l’équivalent, au XXIe siècle, de l’illettrisme du début du XXe dans les pays riches : un frein rédhibitoire à la croissance et à la démocratie, contre lequel il devient urgent de lutter.

La France, qui est parmi les mauvais élèves en terme d’équipement internet en Europe, mise plus sur des campagnes de de dénigrement de l’internet, destinées à faire peur et à profiter de l’illetrisme digital de la population et de la représentation Nationale pour faire passer des lois de censure et de surveillance, censés protéger les citoyens d’une menace pédophile imaginaire. NKM, toujours à contre courant, organisait, elle, un colloque sur un sujet connexe jeudi dernier, la solidarité numérique, seule lueur d’espoir de voir, enfin, le problème abordé dans le pays du siècle des lumières, et bonne occasion de déceler les blocages, qui n’ont pas manqué de se faire jour, dans une assistance plus proche de la maison de retraite que de la génération digitale.

Un Tsar au pays des Yankees ?

Le terme ‘Tsar’, utilisé pour désigner le nouveau poste à la Maison Blanche, peut sembler impressionnant, en réalité, d’un point de vue hiérarchique, le Tsar sera un conseiller spécial du président, sans pouvoir particulier ni autorité sur la répartition des budgets.

Dans son allocution, Barack Obama a réaffirmé sa volonté de construire un internet « libre et ouvert”, mais ses propos sont restés suffisamment flous pour que l’on ne puisse assurer avec certitude qu’il faille y voir une allusion à la neutralité des réseaux, tout juste s’agit-il d’un clin d’oeil adressé à une communauté particulièrement bienveillance à son égard, mais néanmoins très vigilante sur des sujets tels que la Net Neutrality, sur laquelle elle ne peut que rester inflexible. Là comme ailleurs, la différence qui existe avec la situation Française confirme le fossé qui se creuse de plus en plus entre les deux pays sur l’appréhension philosophique et politique de l’internet par les autorités et les élites des deux pays.

Cette initiative est par ailleurs décorellée de celle, à venir, de la part du pentagone, concernant la création d’un centre de commandement dédié aux guerres dans le cyberespace. Une initiative que beaucoup attendent aux Etats-Unis et qui souligne un peu plus encore le décalage Franco-Américain (et le prix qu’il y aura à payer si d’aventure ces guerres contre des Etats se généralisaient – le conflit Yougoslave ayant déjà permis aux USA d’expérimenter leurs premières cyber-armes).

Pour Obama, le premier président réellement connecté de la planète (qui envoi des mails sur son Blackberry plutôt que des sms sur un Nokia), le cyberespace est “quelque chose dont nous dépendons pour notre quotidien”, mais, “paradoxalement, bien que le web nous permette de créer de grandes choses, il ouvre également la porte aux criminels”. Le cyber-crime aurait ainsi coûté 8 milliards de dollars aux Etats-Unis ces deux dernières années.

Le discours du président Obama s’est particulièrement focalisé sur les problématiques de vie privée, de vol d’identité, de lutte contre le hacking (les ‘black hat’, bien sûr), mais il a également insisté sur le rôle de médiation qu’aurait à assurer le futur cyber tsar entre le gouvernement et le secteur privé, ainsi que le rôle transversal du poste qui devra assurer une communication fluide entre différents ministères et agences gouvernementales. Enfin, le président Obama a assuré que la protection des “infrastructures digitales de la nation” serait “une priorité pour la Maison Blanche”.

Plus anecdotique, le président a également confié que les sites de sa campagne présidentielle avaient été attaqués l’année dernière (son organisation de campagne ayant réussi a juguler le problème et à en limiter l’impact). Un anecdote sur laquelle nous reviendrons et qui montre la voie de futures guérillas à venir à l’encontre de personnalités politiques ou de média dont les installations internet seront à l’avenir la cible des hackers (on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec l’attaque sur le site ‘jaimelesartistes’ avant le vote Hadopi, ou de celle programmée sur ce même site pour début juin par un consortium informel de hackers).

Que peut réellement faire le gouvernement Américain ?

Une initiative gouvernementale en la matière peu prêter à sourire (aux US, pas en France), tant aucune initiative ne pourra empêcher la moindre attaque de hackers. Même si l’idée de créer des passerelles entre de multiples ministères et agences gouvernementales, pour fluidifier la communication et les bonnes pratiques, semble excellente, la seule initiative qui puisse réellement faire avancer les choses concerne l’éducation et la lutte contre l’illettrisme digital. Ce n’est qu’ainsi que les citoyens américain pourront prendre pleinement la mesure des risques qu’il y a a faire tourner un système d’exploitation obsolète ou se passer d’un anti virus (ou bien encore donner son identifiant Facebook à n’importe quel site qui ressemble à Facebook, bien que cette attaque de hacker, très ‘populaire’ en France, n’ai pas provoqué de dégâts dramatiques).

Il est à noter qu’en matière d’éducation, notamment sur les problèmes de sécurité en ligne, le gouvernement Américain n’est pas en reste, et que le futur Cyber Tsar aura également pour mission de lancer des initiative dans ce domaine.

Le pentagone, dont l’initiative en matière de cyber sécurité devrait suivre sous peu, a lui plus de possibilités. Outre des moyens supplémentaires, que l’on s’attend a être très conséquents, pour mener des cyber guerres et mettre à mal les infrastructures internet d’ennemis ou de pays rivaux, des moyens supplémentaires, ainsi qu’une réorganisation, devraient être annoncés pour lutter contre de futures attaques visant les infrastructures américaines et mettre au point, probablement, de nouvelles cyber-armes.

En France, on se concentre exclusivement sur le coeur du problème : empêcher monsieur et madame Michu de tomber par inadvertance sur une photo pédophile. C’est bon de se sentir surveillés protégés.

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3 commentaires pour cet article

  1. Securité alarme

    Et voila, on va deve­nir de plus en plus contrôlé. Au départ avec la France et main­te­nant avec les états Unis, l’internet devient aussi un danger.

  2. Mayeutik

    Sauf qu’il seront sur­ement un peu moins con, sur­tout avec le NSA qui fait pres­sion contre le fil­trage pour éviter le chif­fre­ment de tout et n’importe quoi ^^
    (il ont déjà assez de mal avec skype ^^)

  3. Nikonoel

    Un anti­vi­rus ? Cela ne sert que si tu uti­lises un OS dépassé, le seul qui ne sait pas gérer cor­rec­te­ment sa sécu­rité, non ?
    :-D

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