Deux tiers des sites web censurés en Australie n’ont aucun rapport avec la pédophilie

L’Australie, autre grande démocratie séduite par les charmes du totalitarisme et de la censure, a une sérieuse longeur d’avance sur la France et sa loi Loppsi qui compte également, sous le prétexte de lutter contre la pédophilie, mettre en place des listes noires de sites web qu’il sera impossible de consulter sur le territoire national.

Malgré de nombreuses manifestations, l’opposition des fournisseurs d’accès à internet qui qualifient l’idée de ridicule et une opposition féroce des parlementaires Australien (bien moins godillots qu’au parlement Français) le gouvernement Australien a persisté dans la censure, et ni les quelques ratés dans la mise en oeuvre, ni la facture de 189 millions de dollars (environs 108 millions d’Euros) ne l’on arrêté.

La raison avancée là bas est la même qu’ici : protéger les innocents des sites pédophiles. Certes, là bas comme ici, le fait que les pédophiles, tout comme les téléchargeurs de mp3, n’aient qu’à utiliser des moyens simples de contournement pour devenir invisibles, chagrine quelque peu la police, qui s’était habituée a de spectaculaires coup de filets et qui va devoir revenir à des méthodes plus traditionnelles (et bien moins efficaces) pour traquer les pédophiles, mais tout cela n’a nullement freiné le gouvernement Australien.

Quand en février dernier, la liste des sites filtrés sur le réseau Australien a fait son apparition sur le web, la réalité des intentions du gouvernement est apparu en plein jour : moins d’un tiers des sites censurés avaient un rapport avec la pédophilie.

Bien que les représentants du gouvernement Australien ait admit les faits durant une audition au Sénat, leur seule réponse pour l’instant consiste à poursuivre en justice Wikileaks, un site web qui s’est fait une spécialité de révéler ce type de secrets d’Etat avec pour intention de lutter contre les atteintes à la démocratie et la corruption, ainsi que certains forums dont les utilisateurs s’échangeraient des liens vers la liste des sites censurés.

Une fois les dispositifs de censure mis en place, il est particulièrement tentant d’y ajouter ce qui déplait, et la dérive, en Australie, n’aura pris que quelques mois. A moins qu’il ne s’agisse d’une erreur, mais avec un taux d’erreur de 68%, on peut légitimement se demander si toute cette histoire de censure est une bonne idée. Une chose est certaine : ce ne sont pas les pédophiles qui sont visés, bien au contraire, ils seront grâce à cette loi, qui les obligera à adopter des usages plus sécurisés de l’internet (VPN, cryptage, etc), bien plus à l’abri des forces de police qu’ils ne l’ont jamais été.

(image d’ouverture © Julien Dorra, extrait de « Etudes Pornographique« )


Recommandez cet article à vos amis

et rejoignez nous sur Facebook et Twitter...



6 commentaires pour cet article

  1. Moggio

    Merci pour votre billet. Il faut prendre au sérieux ce que vous décrivez pour l’Australie. Sans vouloir passer pour naïf, il n’est pas impossible qu’il y ait des personnes en France travaillant à la « lutte contre la piraterie audiovisuelle » qui, disons, se réjouissent d’une certaine manière qu’il y ait sur les réseaux de pair à pair de nombreux « faux » films contenant en fait des extraits de films pornographiques voire des films pornographiques entiers, notamment lorsque ces films sont, d’après le moteur de recherche, censés « renfermer » des films d’animation ou des dessins animés pour enfants. Ils considèrent qu’ils disposent là d’un argument fort médiatiquement et auprès de parents soucieux de ce que peuvent regarder leur progéniture pour, en effet, contrôler et censurer ces réseaux. Et ils comptent bien s’en servir encore…

  2. Fabrice Epelboin

    J’ai déjà entendu parler de cela, mais malgré une adoration sans bornes pour Pixar et Dreamworks, sans même parler de Miyazaki, je ne suis jamais tombé sur ce genre de chose…

    Ceci dit, le problème, si tant est qu’il soit vraiment important, va disparaitre rapidement. Les bons trackers Bittorrent (comme TPB) incluent désormais un système de gestion de la réputation qui permet d’identifier les releases officielles et les uploaders reconnus, et de toutes façons, la plupart des téléchargeurs Français sont désormais passés à autre chose, comme les direct downloads ou les newsgroups en SSL…

    Tout laisse à croire que le téléchargement va continuer au même rythme, mais pas en P2P. C’est dommage, technologiquement, c’est un grand pas en arrière, on avait là un labo de R&D qui nous a donné des choses comme Skype… Le P2P était une technologie qui permettait de mesurer facilement les échanges, et du coup de faciliter une répartition justes des droits en cas de licence globale, ce sera désormais impossible. Une fois de plus, les artistes seront les didons de la farce…

  3. Darkwalker

    et dire que j’ai des amis qui rêvent d’aller en Australie,
    moi je dis il faut faire une liste rapide et simple a comprendre des pays « dits » libre qui sont en pleine dictature par ordre alphabétique.
    1- Australie
    …..

    5-France
    …..
    8-Italie
    …..

  4. decembre

    Le censure, quelle idiotie.

  5. Ici ou Ailleurs

    Tout l’intérêt serait de savoir justement quels sont ces 68%.
    Savoir si c’est du porno déviant, des propos limites, de l’appel à la violence, etc.
    Ou bien de l’information subversive, ce qui est totalement différent.

    Du coup, sans le préciser, l’article n’apporte rien de nouveau c’est dommage.

    Ici ou Ailleurs

  6. Fabrice Epelboin

    Pas sûr que l’intérêt soi là, le fait de savoir que sous prétexte de pédophilie on censure discrètement tout autre chose est une information en soi.

    En l’occurrence, des jeux ‘ultra violent’ (GTA), des site porno (rien d’extrême) homosexuels, des site parlant de l’avortement, tout un tas de trucs qui n’ont aucun rapport avec la pédophilie…

18 Trackbacks For This Post

  1. Australie : Scandale de la censure de sites internet | keeg.fr - l'Actualité des Nouvelles Technologies :

    [...] via rww France [...]

  2. nitot's status on Wednesday, 03-Jun-09 13:12:26 UTC - Identi.ca :

    [...] Deux tiers des sites web censurés en Australie n’ont aucun rapport avec la pédophilie : http://ur1.ca/53zj [...]

  3. Twitter, Flickr, Blogspot, Youtube, Bing, Live, Hotmail censurés en Chine :

    [...] Pauvre Chine… Et dire qu’avec Loppsi, on aura surement le droit comme eux à un internet censuré ! Peut être dans une moindre mesure mais en même temps, on ne sait jamais à l’avance ce que fera le gouvernement avec ses jouets. Flickr censuré en France parce que “l’ami d’un ami qui connait des voisins qui ont vu une photo de mineur à poil au Touquet sur Flickr, a rempli le petit formulaire de dénonciation” , ça arrivera surement. Non, ne pensez pas que je fume la moquette… En Australie, pays démocratique, ils ont déjà commencé… [...]

  4. LOPPSI, « Zoin :

    [...] déjà allé très loin en australie par exemple, où un système similaire éxiste. (voir: Deux tiers des sites web censurés en Australie n’ont aucun rapport avec la pédophilie [...]

  5. L’Allemagne sur le point de censurer l’internet | ReadWriteWeb France :

    [...] par exemple ce qui s’est passé en Australie où 68% des sites censurés n’ont aucun rapport avec la pédophilie. Une information qui n’est apparue – pour l’instant – nulle part dans les média [...]

  6. L’Allemagne veut censurer internet « La Roche aux Loups :

    [...] par exemple ce qui s’est passé en Australie où 68% des sites censurés n’ont aucun rapport avec la pédophilie. Une information qui n’est apparue – pour l’instant – nulle part dans les média [...]

  7. Les pédophiles on bon dos… : L’Allemagne sur le point de censurer l’internet | AMIBe :

    [...] à lire aussi: En Australie où 68% des sites censurés n’ont aucun rapport avec la pédophilie. [...]

  8. LOPPSI / LOPSI2… étape 2 d’HADOPI? » Cogitations Peckiennes :

    [...] Australie un tel système de filtrage existe déjà, avec les dérives que l’on sait : 2/3 des sites filtrés n’ont rien à voir avec la pédophilie… ce qui augure de bons présages concernant la [...]

  9. Les Etats Unis desserrent leur emprise sur l’ICANN | ReadWriteWeb France :

    [...] les différentes lois de censure et de filtrage de l’internet un peu partout dans le monde, notamment en Australie, où le filtrage initialement présenté comme censé bloquer les sites pédophiles censurent en [...]

  10. Gosual » Blog Archive » Filtrage du Net : jeux d’argent :

    [...] que moins du tiers des sites de sa liste y ont un rapport (voir aussi un article en français ici). À voir aussi sa proposition de bloquer l’accès aux sites qui proposent des jeux vidéo [...]

  11. | Futurs Numériques :

    [...] pour la bonne cause, mais les méthodes techniques et juridiques entrevues sont elles les bonnes (et ici) ? D’après ce raisonnement et certaines lectures bien renseignées, il nous apparait que [...]

  12. LE PEUPLE | Projet de loi Loppsi 2 sur Internet : Filtrage, fichage et piratage à tous les étages :

    [...] Selon le site Read Write Web, ce taux atteindrait même les deux tiers : « A moins qu’il ne s’agisse d’une erreur, mais [...]

  13. Projet de loi Loppsi 2 sur Internet : filtrage, fichage et piratage à tous les étages :

    [...] Selon le site Read Write Web, ce taux atteindrait même les deux tiers : « A moins qu’il ne s’agisse d’une erreur, mais [...]

  14. Hadopi, Acta, quand les lois servent d’abord les lobbies « Le blog d'Antoine Dupin :

    [...] apprend que le dispositif Australien n’a pas fait que de bloquer les sites pédophiles. Ce serait presque 2/3 des sites qui n’auraient aucun ou presque rapport avec ce genre de comportements. Imaginez ce qu’un filtrage peut [...]

  15. DEUX TIERS DES SITES WEB CENSURÉS EN AUSTRALIE N’ONT AUCUN RAPPORT AVEC LA PÉDOPHILIE « Libertes & Internets :

    [...] http://fr.readwriteweb.com/2009/06/03/a-la-une/sites-web-censures-australie-sans-rapport-avec-pedoph... [...]

  16. BLOG CITOYEN T7 » CITOYEN EDITO » LOPPSI 2 : La naissance d’un monstre sécuritaire et numérique sans contrôle ? Appel à la vigilance de tous les Chrétiens contre une société sous surveillance et sans garanties. :

    [...] Selon le site Read Write Web, ce taux atteindrait même les deux tiers : « A moins qu’il ne s’agisse d’une erreur, mais [...]

  17. Loppsi : le filtrage sans contrôle judiciaire adopté au Sénat – NUMERAMA.com - Le blog de vetetix :

    [...] hop, c’est parti pour un filtrage « à l’Australienne »… Mercredi soir, les sénateurs ont adopté l’article 4 du projet de loi Loppsi, en [...]

  18. Pétition du Parti Pirate contre la loi LOPPSI « Blog de benji1000.net :

    [...] effet, de nombreux abus de censure se sont déjà produits : on citera par exemple le cas de l’Australie, qui a adopté une loi similaire, mais dont deux-tiers des sites de la liste noire ne concernent [...]

  • A propos
  • Best of
  • Buzzing
  • Tags

ReadWriteWeb est un blog dédié aux technologies internet qui en couvre l’actualité et se distingue par ses notes d’analyse et de prospective ainsi que par l’accent mis sur les usages et leurs impacts sur les média, la communication et la société. Il est classé parmi les blogs les plus influents de la planète par Technorati et Wikio. Publié en cinq langues, il s'appuie sur un réseau de correspondants locaux en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis, en France, en Espagne, au Brésil, en Chine ainsi qu'en Afrique francophone. Ses articles sont publiés dans la rubrique technologie du New York Times.


Partenaires

hébergement infogérance Bearstech
ATLN Association Tunisienne pour les Libertés Numériques

af83



Tunisie média

Appli iPhone


 

Recommandés



Activité sur le site