Microsoft débarque dans le stream musical

Microsoft devrait lancer son propre service de musique en stream d’ici la fin du mois de juillet selon Emma Barnett du UK Telegraph. Le service devrait être proche de ce que propose Spotify, un service gratuit financé par la publicité avec une option payante permettant d’écouter de la musique sans pub, avec, bien sûr, la possibilité d’acheter des tracks et de les télécharger. Il n’est pas interdit de penser que le futur service de Microsoft serait construit sur la base de la technologie d’une autre startup du monde de la musique, Seeqpod, qui aurait été racheté par Microsoft récemment.

Peter Bale, de MSN, a confié au Telegraph que le service musical de Microsoft pourrait être embarqué dans la Xbox, ce qui est cohérent avec la volonté de faire de la Xbox un media player (Digital Hub, selon la terminologie Microsoft), et que l’expérience acquise avec le flop du Zune leur serait utile. Le service sera opéré par MSN, sans qu’il soit clair si une intégration à MSN Messenger soit prévue ou pas. Une telle intégration serait, au passage, une initiative plus qu’intéressante dans la recherche que font tous les acteurs du secteur d’une véritable dimension sociale de la musique.

Seeqpod se cache-t-il derrière l’annonce de Microsoft ?

La rapidité avec laquelle Microsoft s’apprète a lancer ce nouveau service, quand on sait à quel point les négociations avec les maisons de disque sont lentes, ne fait que renforcer les soupçons qui planent un peu partout sur le net d’une acquisition de Seeqpod par Microsoft. Seeqpod est un moteur de recherche musical assez impressionnant, qui fournissait qui plus est une API fort appréciée des developpeurs, mais la société a enchainé les procès et s’est rapidement retrouvée dans une position difficile. La société avancait qu’elle ne faisait que référencer les fichier musicaux mis en ligne par d’autres, un argument pas évident à défendre par les temps qui courent. Evidemment, si l’interlocuteur des maisons de disque, plutôt qu’une petite startup, devient Microsoft, les négociations changent du tout au tout, et un terrain d’entente semble plus facile à trouver.

Peter Bale annonce par ailleurs que le service de Microsoft offrira plus de choix que Pandora ou Last.fm et sera un concurrent redoutable. Microsoft n’a, selon les dire de Bale, pas d’idées arrêtées sur le modèle économique, entendez par cela qu’ils sont conscient que trouver le bon leur prendra du temps, et donc de l’argent, ce dont ils ne manquent pas.

Les choses sérieuses commencent

Après avoir vu une large part de leur industrie grignotée par Apple, c’est désormais à un autre géant de l’informatique que l’industrie du disque a à faire. Le paiement de redevances et de droits incroyablement élevés, initialement destiné à empêcher toute innovation sur le marché aura eu l’effet inverse : plutôt que de voir fleurir une multitude de startups en abaissant la barrière à l’entrée, l’industrie n’aura réussi qu’à faire entrer le loup dans la bergerie, le festin ne fait que commencer et le méchoui risque d’être savoureux.

Microsoft à tout son temps, et peut envisager sereinement de subventionner cette activité à perte pendant longtemps pour s’assurer la domination du marché, tout comme il l’a fait avec la Xbox quand il a décidé de se faire une place dans l’industrie du jeu vidéo. Il aura tout loisir, une fois sa domination assurée, d’imposer violemment ses règles, à la façon d’un Apple, nouveau maître des forges.

La stratégie qui aurait consisté à faire naître l’innovation pour l’acquérir à bas prix n’est désormais plus une option pour une industrie qui n’a plus comme seul recours que celui de se retourner vers le législateur pour obtenir, à travers des taxes, les ressources nécessaires à sa survie. La musique a toute les chance de devenir une affaire d’informaticiens dans la décennie qui arrive. Ce business, que l’industrie avait transformée en business de la distribution et de la reproduction, est en passe de devenir une affaire de technologie, comme l’a déjà montré Apple avec brio.

La licence globale (la vraie, pas l’ersatz actuellement en préparation) aurait été une riposte apte à défendre l’industrie contre le géant de Redmond, mais là encore, la lenteur et les atermoiements d’une industrie qui refuse le temps qui passe aura eu raison de sa dernière porte de sortie.

Une leçon pour l’industrie des contenus dans son ensemble.

Doit-on se réjouir ?

C’est une triste nouvelle pour l’industrie de la musique, même s’il est probable que les annonces, dans un premier temps, ressemblent à un heureux mariage (on se souvient des noces d’Apple avec ATT puis avec Orange et des déconvenues qui s’en sont suivies). Pour le secteur de la musique en stream, c’est probablement le début de la fin, la concurrence ayant désormais un aspect particulièrement effrayant, seul Wormee de Orange pourrait trouver dans la pseudo licence globale à venir une voie de salut.

Pour les internautes, c’est une excellente nouvelle. En adoptant des technologies proches de celles mise en œuvre par Spotify, un mélange de stream et de P2P, Microsoft, si cette approche technologique se confirme, sera dépendant d’une véritable Net Neutrality pour s’assurer du bon fonctionnement de son service, et ne manquera donc pas d’user de sa redoutable capacité de lobbying pour la défendre, redorant au passage un blason qui en a bien besoin.

A l’heure où les industriels du disque voient dans la censure de la Loppsi un ultime recours à la sauvegarde de leur industrie, l’arrivée d’un armagedon ne peut être que salué.

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7 commentaires pour cet article

  1. jean-lou bourgeon

    “Une leçon pour l’industrie des conte­nus dans son ensemble.”

    Qui sera donc : le livre. A n’en pas dou­ter. L’explication char­pen­tée de la sorte a du sens et si à la lec­ture du titre, j’avais une appré­hen­sion à relire les éter­nelles éloges qu’à l’habitude on écrit lorsqu’il s’agit de M$, je com­prends bien là qu’il en est tout autrement.

    Ainsi cette théo­rie illustre le machia­vé­lisme dans lequel M$ s’immerge.

    Bon, mais si c’est pour le bien du consom­ma­teur, passe pour cette fois…

    En revanche, je suis très très inquiet pour l’avenir de la filière livre (y inclus presse, mais c’est encore un autre volet dont l’agonie, les sou­bre­sauts, n’en finissent pas ; Rupert Murdoch a récem­ment déclaré que News Corp était dans un tel état que pas moins de 5 années seraient néces­saires pour reve­nir à l’équilibre…).

    Le livre donc avec les ater­moie­ments des défen­seurs coûte que coûte du papier/encre/offset ou roto/reliure machin/machin n’en démordent pas et refusent d’accepter l’idée même d’un par­tage “intel­li­gent”. Arc bou­tés sur la tra­di­tion et le refus d’essayer de com­prendre, de faire l’effort d’au moins appré­hen­der un e-reader est le symp­tôme que tout va mal.

    Les auteurs sont à la botte des éditeurs qui ont un pou­voir de séduc­tion (d’aimantage) incroyable : les auteurs sont à ce point dépen­dant des majors de l’édition qu’il ne pensent pas un seul ins­tant qu’il puisse y avoir d’alternative. Le cor­don n’est pas près d’être coupé !

    De jeunes auteurs, cou­ra­geux, inno­vants (c’est une fois de plus la clé : créer/innover) prennent des risques (sommes toutes mineurs) en s’auto-éditant, en créant un compte Paypal. Et ça marche, ça vend, ça uti­lise le marketing/buzz.

    Ce sont des jeunes plumes qui s’adressent aux jeunes en prio­rité mais pas que.

    Sans com­plexe, ils y vont et vendent et sont fiers d’appartenir à cette nou­velle race d’écrivains/illustrateurs issus du numé­rique. Ce sont les pre­miers à louer les ver­tus du paier (à l’inverse des conser­va­teurs du vélin qui refusent toute idée de partage).

    C’est bien évidem­ment ce que sera le demain du livre avec, espérons-le, le numé­rique à 100% pour les scolaires/étudiants (ils s’échangent déjà très abon­dam­ment les cours magis­traux par clef USB inter­po­sée), le domaine de la docu­men­ta­tion tech­nique, les modes d’emplois, les tuto­riaux (agré­men­tés de vidéos très péda­go­giques), les maga­zines (sauf Beaux-Arts, design qui se jus­ti­fient sur cou­ché mat 155 g/m2).
    Et puis bien sûr la lit­té­ra­ture de gare (ce qui n’est pas péjoratif).

    Le reste étant majo­ri­tai­re­ment à base de bois déchiqueté, blan­chi au chlore et au péroxyde d’hydrogène pour faire le nique à ceux qui s’échine à pro­té­ger la Terre… Caprices de star, dans chaque lec­teur sur livre objet se planque un ardeur défen­seur de la pro­li­fé­ra­tion des gaz à effets de serre (bon, OK je repars vers la provoc…)

    Et puis du retour des users qui lisent sur rea­ders (Kindle, Sony, Booken,… iPhone et smat­phone) com­pris), la quasi tota­lité disent com­bien ils aiment retrou­ver le bouf­fant tout en appré­ciant for­te­ment l’encre électronique.

    Essayer c’est l’adopter. Tolérer l’autre, c’est quelque part une recon­nais­sance des valeurs d’humanisme auxquelles nous devrions tous aspirer ???

    Ceci est une valeur à laquelle je doute fort que M$ soit un jour le porte-drapeau.

  2. AbriCoCotier

    Assez d’accord avec l’analyse. Je reste enthou­siaste, pour deux raison.

    Soit Microsoft, de par son volume, est un élec­tro­choc pour l’industrie de la musique, et leur fait enfin com­prendre là où ils doivent aller (licences glo­bales & CC), soit ça se passe bien et ça fait un acteur de plus dans ce cré­neau, et donc plus de concur­rence face à Apple notam­ment, et donc l’internaute est gagnant.

    Bref : pour une fois, je vois un rachat d’une société par Microsoft d’un bon oeil.

    Et puis bon, de toute façon, Seeqpod était mort, si je me sou­viens bien, donc Microsoft ne fait que res­sus­ci­ter un beau projet !

  3. Domi

    Très bon article (imho).
    J’aime par­ti­cu­liè­re­ment l’analyse du fait qu’en refu­sant l’innovation, les majors se la retrouvent impo­sée pied et points liés…
    J’espère juste que MS ne se retrou­vera pas encore dans une posi­tion domi­nante, car on sait les abus qu’il tire de ce type de situation :-/

  4. Fabrice Epelboin

    Dans la mesure où l’industrie du disque a tout fait pour bloquer toute inno­va­tion, Microsoft a toute les chance de domi­ner sans par­tage. Objectivement, qui a-t-il en face ?

    Pandora, qui vient de lever 35M$ ? Une paille, Microsoft peut claquer cela en un mois si ça lui chante (la Xbox lui a couté un miliard de dol­lar, on n’est pas du tout dans les même ordres de gran­deur en terme de finan­ce­ment, et en terme de capa­cité à inno­ver, ou tout du moins à finan­cer l’innovation).

    Last.fm ? Ils ont perdu leur âme en se ven­dant à CBS depuis long­temps, ils sont en perte de vitesse depuis au moins un an, effec­tifs sérieu­se­ment réduit, plus de vision…

    Deezer ? Bonne chance :(

    Si l’industrie du disque avait per­mit à une mul­ti­tude de star­tups de voir le jour en abais­sant le prix de ses per­cep­tions plan­cher, sans même par­ler du mon­tant de ses pré­lè­ve­ments, et s’ils ne met­taient pas des années à négo­cier le moindre contrat, Microsoft aurait devant lui une concur­rence nom­breuse et des inno­va­tions dans tous les coins, mais c’est très loin d’être le cas, il faut bien le reconnaitre…

  5. AbriCoCotier

    Heu, par contre, Fabrice, je suis pas d’accord avec toi sur le fait que Deezer est mort.

    En soi, je ne crois pas que Spotify ait un quel­conque ave­nir (je parle de long terme) rien que parce que c’est un logi­ciel desk­top, et qu’à par un navi­ga­teur, tout logi­ciel desk­top est amené à mou­rir tôt ou tard. D’où la péren­nité d’offres comme Jiwa et Deezer.

    Après, je suis d’accord sur le fait que seul le P2P sau­vera les sites dis­tri­bu­teurs de contenu de la faillite : là Spotify a rai­son et les sites comme Deezer et Jiwa ont tord.

    On se sou­viens donc de BitLet et de sa tech­no­lo­gie, et défi­ni­ti­ve­ment, il est cer­tain que le ser­vice de demain, si on veut en don­ner les spé­ci­fi­ca­tions, aliera ser­vice en ligne (type Deezer/Jiwa) et faible échange de don­née entre ser­veur et client (Spotify) : un hybride donc.

    Pour le reste, je ne sais pas si Microsoft et Apple sont sur le même cré­neau : Apple garde comme fond de com­merce la musique en mobi­lité (iPods & Cie), alors que Microsoft veut se pla­cer sur le ter­rain de la musique Desktop (écou­tée sur son ordinateur).

  6. Fabrice Epelboin

    Deezer et consorts ont un pro­blème de taille : en l’état de l’économie de la musique, il ne peuvent pas être ren­tables. Il arri­vera un moment où les inves­tis­seurs per­dront patience à finan­cer des star­tups qui ne font qu’engraisser les mai­sons de disque et payer des frais col­los­saux de bande passante.

    Pour ce qui est d’une appli desk­top, je ne suis pas du tout convaincu que ce soit rédhi­bi­toire. Avec une intré­gra­tion dans les Xbox360, ca ferait déjà 20 mil­lions d’utilisateurs, et si le player du futur sys­tème de Microsoft était inté­gré à MSN Messenger, cela ferait 330 mil­lions d’utilisateurs du jour au lendemain. 

    iTunes, de son coté, est une appli desk­top, et au dela de cela, le véri­table enjeu de la musique en ligne est ailleurs, il est sur les por­tables, une base ins­tal­lée qui se compte en mil­liards d’utilisateurs, mais pour arri­ver sérieu­se­ment sur ce mar­ché, il faut affron­ter les ISP et leurs for­faits data bridé. Là, Microsoft a des argu­ments et la taille néces­saire pour cela.

    Deezer, com­bien de divi­sion ? Il va leur fal­loir faire preuve de beau­coup d’imagination et d’innovation pour résister…

  7. Philippe DUPUIS aka WEBENTERTAINER

    Très bonne ana­lyse de la situa­tion de la filière de la musique enre­gis­trée : “Le paie­ment de rede­vances et de droits incroya­ble­ment élevés, ini­tia­le­ment des­tiné à empê­cher toute inno­va­tion sur le mar­ché aura eu l’effet inverse : plu­tôt que de voir fleu­rir une mul­ti­tude de star­tups en abais­sant la bar­rière à l’entrée, l’industrie n’aura réussi qu’à faire entrer le loup dans la ber­ge­rie, le fes­tin ne fait que com­men­cer et le méchoui risque d’être savou­reux.”
    C’est effec­ti­ve­ment l’immobilisme des majors qui conduit les opé­ra­teurs télé­com, ainsi que APPLE, MICROSOFT et cer­tai­ne­ment bien­tôt GOOGLE sur le mar­ché de la musique en ligne.
    Il alors est évident que les rap­ports de force s’inversent…
    Concernant l’avenir de DEEZER et SPOTIFY, entre autres, je pense que leur savoir-faire et une orien­ta­tion B2B leur per­met­tra de pré­pa­rer l’avenir serei­ne­ment et face à des majors affaiblies.

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