Consultation publique sur l’internet du futur : trois priorités

En réponse à la consultation publique sur l’internet du futur organisée par le secrétariat d’Etat chargé de la Prospective et du développement de l’économie numérique, la Fing, Silicon Sentier et l’Isoc France, ainsi qu’un certain nombre d’individualités marquantes de l’internet français, ont choisi de produire ensemble une contribution publique.

J’ai eu l’honneur de participer à ces travaux dont je vous retranscrit ici les conclusions, en vous invitant à aller lire le long billet d’Hubert Guillaud sur Internetactu et à venir en débattre sur http://internetdufutur.wordpress.com.

Les trois priorités

Une approche technologique de l’internet du futur cherchera assez naturellement à répondre au plus grand nombre possible de demandes en termes de performance, de fiabilité et de sécurité.

En nous plaçant d’un autre point de vue, celui d’acteurs qui s’appuient sur l’internet pour innover et développer leurs activités, nous avons montré que cette approche pouvait avoir un coût caché : celui de rendre l’internet moins accessible, et surtout, moins ouvert à l’innovation.

* *

En évoluant, l’internet doit rester ce réseau doublement universel – ouvert à tous, ouvert à tout – et cette plate-forme d’innovation. Cela supposera souvent d’arbitrer, sur l’internet, en faveur de l’adaptabilité du réseau plutôt que de l’optimisation – quitte à faire le contraire sur certains réseaux dédiés, plus ou moins interconnectés avec l’internet “universel” et pour lesquels la capacité d’innovation n’est pas aussi essentielle.

Les conséquences sociales et économiques d’une diminution de la capacité de l’internet à fonctionner comme un moteur d’innovation ouverte, y compris pour de compréhensibles raisons de sécurité et de qualité, seraient profondément négatives.
Cet internet ne sera plus celui des seuls ordinateurs, du moins des ordinateurs tels que nous les connaissons. Etendre l’internet aux objets constitue un chantier prioritaire, mais il faut l’aborder dans l’esprit… de l’internet : c’est-à-dire faire des objets, non pas de simples terminaisons de chaines de valeur industrielles, mais des constituants à part entière d’un internet des humains et des non-humains, ouverts à leur tour aux transformations, aux détournements, aux agencements imprévus.

Enfin, l’internet est devenu une infrastructure si essentielle pour des millions d’individus, qu’il devient prioritaire de les y faire exister. Exister comme des sujets autonomes, capables d’y déployer leurs capacités, qui y possèdent une adresse (voire un domicile) stable, tout en bénéficiant des libertés élémentaires de disparaître, de se dissimuler ou de se réinventer.

* *

Universalité, accessibilité et ouverture à l’innovation d’où qu’elle vienne ; mise en réseau des humains et des non-humains ; émergence d’un “internet des sujets” : voici les trois attentes prioritaires que nous exprimons dans ce “cahier des charges” de l’internet du futur. Elles ne s’opposent pas à d’autres attentes, mais elles doivent être défendues avec suffisamment de force, comme des critères sur lesquels il serait grave, y compris du point de vue économique, de transiger.

En défendant une telle vision, la France proposerait une voie créative et ambitieuse, dans laquelle l’Europe pourrait prendre toute sa place.

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Rendez vous sur internetactu pour lire l’intégralité du texte.

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6 commentaires pour cet article

  1. Desirade

    Bien, bien, bien ! Lisons la suite, ça pro­met tout ça, ça sent bon l’espoir de voir les choses changer.

  2. Zigazou

    Ça a été cor­rigé après coup, mais il y avait une faute de frappe sur “prio­ri­tés” dans le titre.

    On pou­vait lire “piro­ri­tés”. Je me suis dit : lap­sus révélateur ?

  3. Fabrice Epelboin

    arg… allez savoir… ;-)

  4. Louis

    Mouai…

    En lisant ça, j’ai envie de dire : useless.

    Pourquoi ? Parce que l’innovation est natu­relle, et ce n’est pas l’état qui va nous faire croire qu’il est moteur d’innovation (ou créa­teur d’idées, alors là, je rigole bien).

    Au mieux, l’état peut se bou­ger pour garan­tir la neu­tra­lité du net et son ouver­ture (en gros, ne rien faire, et le lais­ser comme il était à l’origine), afin de lais­ser le ter­rain dans un état pro­pice aux innovation.

    Donc quand je lit que l’on invite à des réflexions autours de tels ou tels thèmes, l’internet du futur, toussa, je me dit qu’il serait bien que les zhommes poli­tiques se concentrent déjà sur la com­pré­hen­sion de l’internet du pré­sent… ce qui leur ferait com­prendre que… l’internet du passé était plus ouvert :-(

  5. Philippe GAUTIER

    Tout comme la Commission Européenne, le gou­ver­ne­ment Français cherche ici à se proje­ter dans le long terme pour défi­nir une poli­tique d’accompagnement : en lançant cette consul­ta­tion il est dans son rôle, qui pour­rait le lui repro­cher ?…
    Cependant, compte tenu du sujet éminem­ment com­plexe (Internet), cette démarche consul­ta­tive – dans sa for­mu­la­tion — n’est-elle pas ambigüe ?
    En réflé­chis­sant à ce sujet, j’identifie deux types de réponses pos­sibles :
    1)
    La pre­mière (« gou­rou ») consiste à déve­lop­per des visions de l’Internet du futur et, moyen­nant un «gap ana­ly­sis», déduire les axes à déve­lop­per en matière de R&D, inves­tis­se­ments, posi­tion­ne­ment, for­ma­tion, etc.
    Cette réponse est celle qui, d’ordinaire, pré­side au pilo­tage des poli­tiques en matière de R&D des grands états, on la retrouve plus rare­ment dans l’élaboration des stra­té­gies indus­trielles des acteurs écono­miques (plus prag­ma­tiques).
    Elle est utile en matière de recherche fon­da­men­tale (hori­zon >5 ans), peu effi­cace en recherche appliquée (hori­zon 2 – 5 ans) et «hors sujet» en deçà de ces délais.
    Ce contexte est sou­vent pro­pice à l’expression ini­tiale des «gou­rous» qui dis­posent de la «vision du futur» (ou de bons appuis poli­tiques) et néces­site de parier sur le futur.
    L’histoire nous enseigne que la majo­rité de ces pré­dic­tions sont sou­vent réfu­tées par la suite…
    Les réponses jugées les plus per­ti­nentes (ou les mieux sou­te­nues) sont alors uti­li­sées comme objec­tifs et la poli­tique mise en œuvre s’attache à défi­nir les réponses – sou­vent nor­ma­li­sées ou stan­dar­di­sées — per­met­tant de pas­ser des «savoirs et moyens exis­tants» aux «projec­tions rete­nues comme objec­tifs».
    Cette approche peut bri­der la créa­ti­vité de cer­tains concep­teurs mais per­met à tout un écosys­tème (offi­cines de R&D, grands acteurs écono­miques, spé­cia­listes du lob­bying, asso­cia­tions, orga­nismes de nor­ma­li­sa­tion, etc.) de pros­pé­rer et (sur)vivre.
    Elle occulte néan­moins une réa­lité sou­vent obser­vée : celle de l’émergence d’innovations latentes qui créent des rup­tures et se tra­duisent – dans le sec­teur mar­chand – par des suc­cess sto­ries et des «stan­dards de fait» (je ne don­ne­rai pas de noms).
    Je cite pour l’exemple l’analogie sui­vante : «Un enfant naît en 1950. Ses parents pré­disent qu’il vou­dra deve­nir écri­vain. Ils mettent donc tout en œuvre pour amé­lio­rer les moyens exis­tants : stylo encre, papier, etc. En 1978, l’ordinateur se géné­ra­lise et, qui plus est, l’enfant pré­fère dan­ser plu­tôt qu’écrire des romans…»
    2)
    La seconde, plus prag­ma­tique, consiste à faire obser­ver par des experts objec­tifs les déve­lop­pe­ments déjà enga­gés par les acteurs de l’Internet (acteurs directs et indi­rects).
    En fonc­tion de la per­ti­nence de ces déve­lop­pe­ments et selon un constat « a pos­te­riori » (et non « a priori »), il s’agit donc de ver­ser des aides adap­tées (décon­nec­tées de tout clien­té­lisme ou lob­bying) et se réfé­rant à une grille de lec­ture fai­sant réfé­rence (sys­tème de valeurs com­munes).
    Il ne s’agit là que de favo­ri­ser des évolu­tions « sys­té­miques » (ou Darwiniennes) de sélec­tion et d’auto-organisation natu­relles : les idées inadap­tées ou far­fe­lues dis­pa­rais­sant d’elles-mêmes.
    Cette réponse (approche) est plus axée sur les écosys­tèmes rela­tifs à l’entrepreneuriat et un peu moins sur ceux qui relèvent de la « voyance ».
    En paral­lèle, la ques­tion à poser n’est pas :
    « Que devien­dra l’Internet dans X années » ?
    Mais :
    « Comment, en avançant, nous allons iden­ti­fier les bonnes oppor­tu­ni­tés et gérer la cohé­sion d’ensemble (sécu­rité, déon­to­lo­gie, …) » ?
    Pour les lec­teurs empreints de « sys­té­mique », la ques­tion est donc « com­ment allons-nous pilo­ter (gérer, assis­ter…) l’auto-développement de l’Internet » ?
    Je reprends, pour l’exemple, l’analogie sui­vante : « Comment – en tant que parents – allons-nous pilo­ter (assis­ter) le déve­lop­pe­ment de notre enfant ? Quelles valeurs allons-nous lui trans­mettre ? Comment allons-nous déve­lop­per ses capa­cité d’adaptation ?, … »
    Notre objec­tif est en effet de l’autonomiser afin pour qu’il puisse don­ner, une fois adulte, le meilleur de lui-même…
    Philippe GAUTIER (www.business2any.com)

  6. clement-37

    On en parle égale­ment ici : http://blog.octo.com/et-si-on-parlait-de-linternet-du-futur/
    A default d’avoir répondu à la consul­ta­tion, celle-ci nous a per­mis de lan­cer une dis­cus­sion très intéressante!

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