Twitter annonce-t-il le reporting permanent en entreprise ?

Dans ‘Le Carnet d’Ysengrimus’, Paul Laurendeau touchait récemment du doigt un effet pervers de la mode grandissante du lifestreaming symbolisée par Twitter. Avec de plus en plus d’utilisateurs habitués à diffuser de façon continue leurs activités, que ce soit sur Twitter, Facebook ou ailleurs, nous pourrions voir arriver, demain, des entreprises demandant à leurs employés de rapporter l’avancement de leurs travaux de la même façon, un avènement du reporting permanent et du micromanagement quelque peu terrifiant.

A vrai dire, c’est déjà demain, c’était d’ailleurs le sens du commentaire que je laissais chez Paul, une société comme Auttomatic, qui est, entre autre, derrière Wordpress.com, utilise ce type d’outil dans son organisation et son travail au quotidien. C’est pourtant tout sauf un enfer : employés heureux, ambiance relax, c’est l’une des boites de la Silicon Valley pour laquelle beaucoup tueraient pour y rentrer.

Avec ou sans ces outils, l’ambiance de Wordpress aurait été la même, P2, leur version de Twitter orientée ‘outil de productivité’ n’est qu’un outil (un thème Wordpress, pour être exact), pas une philosophie, et encore moins une méthode. Ces dernières apparaîtront dans les années à venir, au cours de la décennie tout au plus, dans cette quête frénétique et sans limites à la productivité, une fois la première vague d’outils ‘web 2.0’ confortablement installés dans la vie professionnelle de chacun.

Reste que Paul Laurendeau marque un point, le compte a rebours est lancé avant la publication, sous un nom exotique, d’un nouveau manuel de management, prônant le temps réel au service de la productivité dans le tertiaire. Si de telles méthodes restent pour l’instant l’apanage de startups hypes, nul doute que d’ici une génération, elles pourront être appliquées un peu partout, et les conséquences pourraient être radicales en matière de climat social, de bouleversement des hiérarchies et des organisations, de quantification de la création de valeur au sein de grosses structures corporates.

A moins que ce type d’outil ne favorise des réseaux de petites structures qui s’assemblent au gré des projets. A vrai dire, de tels outils auraient – c’est une intuition plus qu’autre chose – tendance à favoriser ce mode de fonctionnement : des entreprises a taille humaine, fonctionnant en réseau, voir les groupements de micro-entreprises assemblées à l’occasion d’un projet.

Charles C. Mann, dans le dernier Wired préconisait à l’industrie automobile Américaine de se réinventer en se reconstruisant à travers le tissage de réseaux liant, aux coté des géants déchus de Detroit, des entreprises bien plus modestes, mais seules capables de leur apporter l’innovation qui leur faisait tant défaut. Cette réinvention de l’entreprise, et de la façon dont les grosses vont devoir, de gré ou de force, s’ouvrir aux petites pour survivre et s’adapter, ne pourra se faire sans une nouvelle génération d’outils collaboratifs. Le reporting permanent a toutes les chances de faire parti de cette panoplie.

Ce n’est pas pour demain (bien que l’offre existe dès aujourd’hui, et que les premières expériences sont en cours), mais une entreprise utilisant un Twitter-like pour fluidifier ses échanges d’information interne, voir externes, pourrait – pour peu que cela soit fait avec méthode – réaliser des gains de productivité phénoménaux – c’est là où je diverge d’avec Paul Laurendeau. Certes, sans méthode, on peut légitimement se poser la question des pertes de productivités induite par le reporting permanent qu’imposeraient demain les e-managers de la génération digitale, mais ne nous leurrons pas, les méthodes seront là, les manuels imprimés, et enseignés, dans les meilleurs écoles.

Wiki et blogs commencent à se frayer un chemin dans les entreprises, avec parfois des succès fulgurants, il n’y a absolument aucune raison que le reporting en temps réel n’y arrive pas un jour de façon massive. Pour le meilleur et pour le pire.

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20 commentaires pour cet article

  1. Yogsototh

    Dans une entre­prise comme dans celle dans laquelle je tra­vaille, twit­ter serait un vrai plus et pour toute la hierarchie.

    Les entre­prises cloi­sonnent de plus en plus leurs sec­tions, ainsi, on ne sait plus ce qui se passe dans l’entreprise (voir même dans le même cou­loir) et on a encore moins une idée des choix stra­té­giques de celle-ci.

    Pour le tra­vail de tous les jours, savoir qui fait quoi dans sa propre équipe en un coup d’oeil serait clai­re­ment un plus. Pour toujours perdre du temps à refaire quelque chose qui a déjà été fait.

    Pour les res­pon­sable, un moyen de savoir où en est l’avancement d’un projet sans perdre du temps en orga­ni­sant une nième réunion d’avancement inutile.

    Il faut voir que bien uti­lisé, le micro-blogging peut-être un moyen incroya­ble­ment effi­cace de résu­mer l’activité au sein d’une entre­prise. Il ajoute une plus value à ceux qui l’utilisent de bonne foi et n’enlève rien aux autres.

    Pour l’instant disons que ce serait un plus, même si on ima­gine aisé­ment les effets per­vers que ça peut entrainer.

  2. Archi_bald

    A une époque j’ai tra­vaillé dans une entre­prise où tous les jours, tous les employés devaient rem­plir une work­sheet excel détaillant 1/4 h par 1/4h ce qu’ils étaient en train de faire, avec trois objec­tifs: la “chasse au gaspi” (ah! deux heures sur le rap­port Tartempion, c’est beau­coup trop, réflé­chis­sons ensemble à com­ment amé­lio­rer ce temps minable), le “micro­ma­na­ge­ment” (qui fait quoi quand com­ment, his­toire qu’on s’organise mieux lors de la pro­chaine réunion inter­mi­nable) et acces­soi­re­ment la fac­tu­ra­tion des clients.
    C’était détes­table évidem­ment, mais tout le monde se cal­mait rapi­de­ment dans la mesure où cela ne ser­vait — en fait — pas à grand chose (per­sonne ne savait ce qu’avait fait le voi­sin, et la chef­taille n’avait que rare­ment le temps de dis­séquer toutes ces feuilles excel, d’autant que per­sonne ne savait se ser­vir d’excel et que la plu­part des employés impri­mait et rem­plis­sait les feuilles à la mano…)

    Un Twitter like, un wiki, ou n’importe quel outil d’information per­va­sif non contrai­gnant et uti­lisé de façon “non evil” serait un tel plus pour des équipes qu’on a presque du mal à com­prendre les réti­cences. Ah si. Les réti­cences viennent du fait que les gens aiment râler (la hié­rar­chie ne sait pas mana­ger, ne sait pas com­mu­niquer, ne sait pas recon­naître), mais que quand il s’agit de contri­buer, c’est par­fois dif­fi­cile d’être aussi trans­pa­rent qu’on vou­drait que les autres soient. Être effi­cace, c’est sur­tout le pb des chefs. Être imper­méable et non contrô­lable le prin­ci­pal souci des autres, sur­tout dans la géné­ra­tion X.
    C’est pourquoi je suis d’accord sur le fait que la révo­lu­tion vien­dra d’abord des petites équipes, voire des petites struc­tures orga­ni­sées en par­te­na­riats, et dans lesquelles tout le monde a inté­rêt à ce que ça soit plus rapide, plus effi­cace et plus transparent :-)

  3. Zackatoustra

    Tu dis que “wiki et blogs com­mencent à se frayer un che­min dans les entre­prises, avec par­fois des suc­cès fulgurants”

    Pour avoir tenté, un peu naï­ve­ment, certes, l’expérience de la “col­la­bo­ra­tion en entreprise”(http://friendfeed.com/zackatoustra/435ea637/la-blague-du-moment-dans-mon-equipe-projet-ta-doc), je me suis confronté à la hum…psycho-rigidité, non seule­ment du chef-chef( ça, je peux le com­prendre), mais aussi de cer­tains de mes collègues.

    Et, par ailleurs, à part quelques “études de cas” dans des star­tups hype, et des “papiers blancs” d’expert en exper­tise, je n’ai pas de “preuve concrète” de ces suc­cès fulgurants.

    Donc, for­cé­ment, j’accueille avec un peu de per­plexité l’annonce de l’avènement pro­chain du micro-management dans des struc­tures (projet, ser­vices, entre­prises) “normales”

  4. Tempsfuturs

    Je rejoins le pdv de Zackatoustra.
    L’usage et l’utilité des outils sociaux de micro-blogging and les entre­prises françaises sont très théo­riques et limi­tés à la lit­té­ra­ture pro­fes­sion­nelle des conseils et des stra­tèges. Ce n’est pas que ça ne marche pas, c’est que per­sonne n’en veux ici.
    La rai­son prin­ci­pale est que l’on passe beau­coup de temps au tra­vail sans réel­le­ment tra­vailler… Je sais que ça a l’air péremp­toire dit comme cela, mais ayant fréquenté plu­sieurs dizaines d’entreprises, grandes et petites, je conti­nue d’être sidéré par le manque de pro­duc­ti­vité des entre­prises françaises, sec­teur privé et sec­teur public confon­dus.
    Introduire un outil per­met­tant un repor­ting per­ma­nent asso­cié à une trans­pa­rence de l’activité pro­fes­sion­nelle de cha­cun pose des pro­blèmes autre­ment plus com­plexes qui remettent en ques­tion les rôles, les fonc­tions et les pro­ces­sus de déci­sion.
    Ce qui ne retire rien à votre démons­tra­tion claire et pertinente.

  5. Fabrice Epelboin

    @Zackatoustra J’ai oublié de dire que je ne par­lais pas d’entreprise Française ;-) Bein que, chez Dassault, avec BlueKiwi, ils font des choses inter­es­sante, et chez Publicis Conseil, leur uti­li­sa­tion du Wiki m’a bluffé, mais ca reste spo­ra­dique, c’est vrai. Aux US, c’est déja un peu mieux… Soyons patient, ca va arri­ver avec l’intégration mas­sive des digi­tal native et de la géné­ra­tion Y dans les entreprises.

    Chez Publicis Conseil, Palpitt a eu un rôle impor­tant dans l’évolution, avec Martin Menu (plu­tôt géné­ra­tion X mais très en pointe), et vrai­ment, c’est impressionnant.

  6. Laurent

    Hello ! je réponds à Damien ici sur l’idée de boucle :

    je trouve par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sant ce sys­tème de poten­tiel suivi via Twitter (ou de n’importe quel outil de micro­blog­ging inséré dans un sys­tème de wiki) de l’évolution du pro­cess dans une chaine de valeur.

    La ques­tion de la taille de l’entreprise ne me semble pas insur­mon­table : à par­tir du moment où chaque par­tie pre­nante connait son rôle dans le pro­cess, Twitter peut être un accé­lé­ra­teur du contrôle et de la remon­tée d’infos. Twitter et les logiques der­rière peuvent mettre à plat au niveau de l’information les fameux silos (je rejoins Yann). Une forme de divi­sion du tra­vail dans la pro­duc­tion effec­tive mais d’une cen­tra­li­sa­tion hori­zon­tale de l’information pour tous les acteurs.

  7. Tempsfuturs

    L’optimisme est de rigueur sur une vision comme celle-ci, mais j’en remet une louche. Un Twitter cor­po­rate pose deux pro­blèmes majeurs et occul­tés.
    — il génère une masse impre­nable de Data s’il est uti­lisé réel­le­ment par les col­la­bo­ra­teurs (et plus y en a et plus la plom­be­rie se bouche faci­le­ment),
    — il part du prin­cipe que tous les col­la­bo­ra­teurs sont volon­taires, sin­cères et recherchent l’efficacité.
    En France, ce der­nier point n’est pas gagné. Avec un chô­mage endé­mique qui touche toutes les entre­prises, une culture d’entreprise qui prend ses sources dans le ser­vice public et sur­tout une com­pé­ti­tion / méfiance entre col­la­bo­ra­teurs dans tous les écosys­tèmes cor­po­rate, on peut toujours rêver.
    La réa­lité est hélas net­te­ment moins exci­tante et il convien­drait d’abord de trou­ver un moyen de conver­tir (dans le sens reli­gieux du terme) les per­son­nels par un dis­cours si effi­cace et si brillant que la majo­rité adopte sans sourciller.

  8. Zackatoustra

    @Fabrice
    Je note les réfé­rences, c’est assez rare qu’on en ait des “prag­ma­tiques”.
    Dassault et BlueKiwi,
    Publicis Conseil, et leur Wiki.
    Je vais essayer de “contac­ter” Palpitt pour avoir des infos supplémentaire.

    @TempsFuturs
    “Un dis­cours si effi­cace et si brillant que la majo­rité adopte sans sour­ciller.”
    Wow, rien que ça.

    Moi, j’vous dis, si c’est une condi­tion néces­saire à l’adoption de ces pra­tiques, l’entreprise française 2.0 n’est pas enco­rée née…

  9. Tempsfuturs

    J’ai peut-être poussé le bou­chon… L’adoption des outils dits sociaux doivent suivre le même che­min que le cour­rier élec­tro­nique ou l’utilisation d’une inter­face uti­li­sa­teur gra­phique.
    Mais pour ce qui est de l’entreprise française 2.0, à moins d’avoir son siège prin­ci­pal à l’extérieur de l’hexagone, nous n’en aurons pas avant un bon bout de temps…
    Nous pas­sons notre temps à copier plu­tôt qu’à inno­ver. Et lorsque nous inno­vons, les hié­rarques de ce beau pays nous étouffent dans l’œuf…

  10. Fabrice Epelboin

    Je crois qu’on est tous d’accord la des­sus, l’entreprise 2.0 n’est pas née en France, par ailleurs, les dérives sont pos­sibles (c’est un euphé­misme), et il faut res­ter vigilants…

    Mais en même temps, on peut faire des trucs cool avec, très cool (mais pas dans une grosse boite avec des hié­rar­chies), je revien­drais la des­sus, ou j’accueillerais ici un blog­geurs (mys­tère, mys­tère) pour qu’il nous explique tout cela…

  11. Pierre

    toute le monde sous http://www.rescuetime.com/ ?

  12. Pierre

    il faut peut-être aussi regar­der du côté de https://www.yammer.com/ ?

  13. Fabrice Epelboin

    il y en a pas mal dans le genre, objec­ti­ve­ment, P2 de Auttomatic (une bête theme Wordpress) fait très bien l’affaire ;-) en tout cas pour commencer…

  14. Pierre

    ok on com­pare le nombre d’utilisateurs dans 6 mois : )

  15. br1o

    Si ça pou­vait élimi­ner les ques­tions du type : vous êtes sur quoi aujourd’hui ?

  16. Pierre

    ah si on sup­prime le nom des outils / url / pla­te­formes, il va y avoir un manque : )

  17. hadf

    Le suivi de twit­ter est for­te­ment chro­no­phage. Il n’est donc pas cer­tain que le gain réa­lisé en com­mu­ni­ca­tion com­pense la perte de temps à fil­trer le bruit. Sans comp­ter que le bruit est tel­le­ment assour­dis­sant sur twit­ter que cer­taines infor­ma­tions impor­tantes peuvent pas­ser inaperçu.

  18. Fabrice Epelboin

    Il fau­dra des outils pour fil­ter le bruit, c’est sûr, mais autant pour Twitter lui même, le pro­blème est loin d’être évident, autant pour un twit­ter d’entreprise réduit à quelques mil­liers d’usager tout au plus, c’est un peu plus facile à appré­hen­der, non ?

  19. Olivier

    Tu ne crois pas si bien dire, il y a des boîtes où le repor­ting a pris le pas sur l’activité… Peu importe la qua­lité du bou­lot si le repor­ting est bien fait…

  20. Fabrice Epelboin

    @Zackatoustra

    Tu peux aussi contac­ter Damien Douani, auteur chez R/W mais égale­ment direc­teur mar­ke­ting de BlueKiwi depuis peu, il a plein d’exemples sous la main. 

    Martin Menu et Palpitt chez Publicis conseil sont aussi des gens pas­sion­nants, avec des pro­blé­ma­tiques de mise en œuvre qui, au bout d’une heure de conver­sa­tion, donne l’impression de par­ler avec des types qui sont en train de lan­cer une star­tup à l’international… Le boss de Publicis, il faut le recon­naitre, sait don­ner l’opportunité à de telles ini­tia­tives dans sa boite (Menu y est pour beau­coup, c’est lui qui a poussé l’idée de l’utilisation du wiki).

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