Retour sur la révolution Twitter en Iran

Gaurav Mishra est le fondateur de Media Redefined, une société de conseil en stratégie internet Indienne, il dirige des recherches sur la façon dont les média sociaux sont utilisés dans les pays de la zone BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et enseigne les média sociaux dans les affaires, le développement et la démocratie à l’Université de Georgetown. Ce billet a été traduit par Suzanne Lehn pour GlobalVoices.

Divers observateurs ont appelé les manifestations des ‘manifestations Facebook/ Twitter’, affirmant que les outils de médias sociaux ont été cruciaux pour l’organisation de ces manifestations (Clay Shirky sur TED BlogLev Glossman dans TimeMark Ambinder sur The Atlantic). Le  fil Twitter #Iran Election a de fait été hyperactif toute la semaine (Ben Parr sur Mashable).

Les sites de réseaux sociaux comme Twitter, Facebook et Delicious ont également été utilisés pour organiser des attaques par déni de service  (attaques DDOS) contre les sites gouvernementaux et pro-Ahmedinejad, dont Ahmadinejad.ir (Noah Shachtman sur Wired). Il semble que certains blogueurs aux USA encouragent aussi ces attaques DDOS (Nancy Scola sur TechPresident) et qu’une firme politique ayant son siège à Washington y prenne réellement part, dans une tentative inopportune (et illégale) d’activisme numérique (Evgeny Morozov sur Foreign Policy).

Des partisans d’Ahmadinejad utilisent eux aussi les blogs et Twitter pour expliquer pourquoi ils croient qu’il a gagné en toute légitimité (Hamid Tehrani in Global Voices).

Le gouvernement a tenté d’étouffer la contestation en bloquant plusieurs sites de réseaux sociaux tels que TwitterFacebook et YouTube, à côté d’un certain nombre de sites internationaux d’information (Richard Sambrook à la BBCAssociated Press).

D’autre part, le Département d’Etat américain aurait “demandé à Twitter de s’abstenir de fermer pour sa maintenance périodique programmée en ce moment critique” (Elise Labott sur CNNNancy Scola sur TechPresident).

Twitter est utilisé de nombreuses manières dans l’Iran post-électoral : pour organiser des manifestations, pour communiquer des informations de première main sur le terrain, pour attirer l’attention internationale sur les manifestations et pour modifier les choix prioritaires des organes internationaux d’information.

Quand la poussière retombera sur la crise des élections en Iran, on verra que Twitter aura été un outil plus utile pour les médias que pour l’organisation. On comprendra que Twitter n’aura pas vraiment changé grand chose en Iran en termes d’organisation des manifestations, mais qu’il aura joué un rôle important pour impliquer la communauté internationale dans le mouvement de protestation et concentrer l’attention des médias sur les manifestations (voir Evgeny Morozov sur Foreign PolicyDaniel Terdiman sur CNetMarshall Kirkpatrick et Fabrice Epelboin de RWW sur #CNNFail).

En fait, il y a moins de 10.000 utilisateurs de Twitter en Iran (Sysomos par BusinessWeek) et moins de 100 d’entre eux paraissent actifs. Avec un nombre aussi faible, il est tout à fait étonnant que leurs tweets aient généré un tel effet multiplicateur par les retweets etc… (Le nombre d’utilisateurs de Twitter en Iran pourrait être artificiellement gonflé à ce jour, à cause d’une campagne malavisée qui demandait aux gens de changer leur localisation Twitter pour Téhéran pour compliquer le ciblage des dissidents par les autorités iraniennes.)

Néanmoins, l’organisation sur le terrain se fait probablement par les téléphones portables et les réseaux autonomes, les mêmes réseaux qui étaient précédemment mis en oeuvre pour mobiliser les partisans de Moussavi à se montrer et voter pour lui.

Appeler les manifestations en Iran une ‘révolution Twitter’, c’est non seulement une diversion, mais aussi un danger, parce que cela réduit un mouvement de base légitime et largement soutenu à quelque chose qui commence à devenir un cliché, depuis la Moldavie.

A lire ailleurs…

Mary Joyce sur DigiActive.org utilise le cadre d’étude des médias sociaux des 4 Cs élaboré par l’auteur de ce billet, pour évaluer le mouvement, disant que : “ce mouvement a réalisé la Création de Contenu et la  Collaboration dans l’action Collective, mais sera-t-il capable de créer une Communauté qui fondera une action à long terme  lorsque l’élection iranienne aura disparu des grands titres ?”

Evgeny Morozov partage le scepticisme de l’auteur sur “l’affirmation que Twitter a contribué à l’organisation des manifestations” et estime qu’il a surtout servi “à rendre publiques la violence ou les manifestations et marches déjà prévues.”

Nancy Scola de TechPresident convient que, “comme nous l’avons vu en Moldavie, l’idée d’une “révolution Twitter” n’est pas toujours confirmée par les faits, au moins dans la mesure où le soulèvement n’aurait pas eu lieu sans cet outil.”

Brand Stone et Noam Cohen du NYT sont d’accord avec l’auteur pour dire qu’ “étiqueter de telles manifestations anti-gouvernementales, apparemment spontanées, comme une “révolution Twitter” fait déjà figure de cliché”.

Kara Swisher sur AllThingsD est fâchée du battage médiatique autour de Twitter “parce que c’est l’utilisation des outils par les gens, plutôt que les outils eux-mêmes, qui devrait être le point de mire.”

Ethan Zuckerman est effaré de voir “à quel point les journalistes de la presse de haute qualité posent tous les mêmes questions.”

Marc Ambinder de The Atlantic rappelle à la communauté du renseignement que la plupart des informations sur Twitter sont du bruit, et non de la veille automatique.

Tom Watson sur TechPresident nous rappelle qu’il y a des limites à ce que peut faire la technologie, “surtout quand des hommes et des femmes défilent dans des rues patrouillées par les troupes d’une dictature religieuse absolutiste, affrontant les fusils des soldats dans l’espace public et le gibet derrière les murs de la prison.”

Global Voices Cet article a été publié sur GlobalVoices. Il est sous licence CC-by-3.0

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6 commentaires pour cet article

  1. jcfrog

    Difficile d’avoir du recul sur ce phé­no­mène.
    La seule chose dont je sois sûr c’est qu’en tant que citoyen lambda j’ai été for­te­ment impliqué, au moins émotion­nel­le­ment, et c’est déjà quelque chose.
    Si on parle chiffre on va vite être déçu. Je res­sens glo­ba­le­ment que c’est tout de même une très bonne chose ce bain de tweets verts, avec toutes les réserves rece­vables qu’on peut lire par­tout.
    Et évidem­ment twit­ter ne sau­vera pas le monde, mais s’il l’implique un tant soit peu, c’est déjà pas mal à mon gout.
    Il n’y a pas de petits pro­fits, pour l’info aussi.

  2. Antoine Dupin

    Personnellement, je trouve que Twitter n’a pas changé nos modes de consom­ma­tion de l’information, et que l’Iran en est le meilleur exemple. Certes, de nom­breuses per­sonnes conti­nuent le com­bat, mais l’effervescence est tom­bée, on est passé à MJ qui a pas mal buzzé… 

    Twitter c’est un peu le 20h d’autrefois. Quand il y avait un truc vrai­ment grave, on en par­lait direct le len­de­main au bou­lot. Maintenant, on a juste à faire des RT. 

    Le mode de trans­mis­sion change, et fait ainsi entré l’information dans une sorte de “temps réel”, même si, sur des sujets graves comme MJ, on reste dans l’attente d’une confir­ma­tion sur des spé­cu­la­tions, l’information nous arrive avant le JT de 13h ou de 20h. 

    Le cas de l’Iran en ce sens a été vrai­ment inté­res­sant, parce qu’il a été sui­vit de MJ, mais aussi de conflits en Chine et Honduras qui n’ont pas été, ou trop peu, relayés, alors qu’ils y avait quand même de l’horreur à se mettre sous la dent. 

    L’Iran conti­nue de faire un peu buz­zer (voir les trend topics dans twit­ter), mais pour uti­li­ser le ser­vice quo­ti­dien­ne­ment, j’ai vrai­ment le sen­ti­ment que la twit­to­sphère française, ou une bonne par­tie, n’en a plus rien à battre (au revoir les ava­tars verts, au revoir les hash­tags #iranelection…) 

    Vraiment, ce cas est inté­res­sant. Nous sommes consom­ma­teurs d’une infor­ma­tion, et si celle ci a de plus en plus ten­dance à nous rendre consom-acteur, elle ne déroge pas à nos habi­tudes de consom­ma­tions qui suivent la masse, ne s’interessent qu’à la misère ou la mort avec une cer­taine faci­lité de pas­ser d’un sujet à un autre .

  3. jcfrog

    @Antoine: je ne suis pas d’accord sur le fait que Twitter soit le 20h, et encore moins d’autrefois. La dif­fé­rence c’est qu’ici c’est la “masse” comme tu dis qui est en salle de rédac­tion. Pour le meilleur ou pour le pire. Elle relaie ce qui l’intéresse. Je trouve à l’utilisation que le pire n’est pas vainqueur comme dans cer­tains autres mass media. Et c’est pour ce la que je serais plu­tôt à défendre le moineau.

    Et que le monde s’intéresse autant à MJ qu’aux conflits poli­tique, c’est la “diver­sité” de la vie.

  4. Antoine Dupin

    @jcfrog : Je suis du côté du moi­neau :) C’est de l’homme dont je parle. 

    Ce que je vou­lait dire, c’était que Twitter révo­lu­tionne le moyen de dif­fu­ser mais pas de consom­mer l’info. On passe très vite d’un conflit à un autre, et quand je par­lais du JT de 20H je par­lais en terme de consom­ma­tion. On va s’éprendre pour une guerre civile qu’on oubliera au pro­fit d’une autre. Et twit­ter ne déroge pas à la règle. Ce n’est pas le moi­neau que je pointe du doigt, mais la nature humaine, qui aime le spec­tacle. Twitter nous plonge un peu plus au coeur du conflit, de l’information (dif­fu­sion), mais elle ne change pas notre attrait pour tel ou tel sujet et notre faci­lité de zap­per cer­taines hor­reurs au pro­fits d’autres (hon­du­ras, chine par exemple). 

    Vive le moineau !

  5. jcfrog

    @Antoine: donc on est plu­tot d’accord ;)

  6. jcfrog

    @antoine: je jure que c’est un hasard, je viens de retom­ber la des­sus
    http://histotweets.wordpress.com/2009/07/01/histotweet-22-cervelle-de-moineau/

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  1. L’internet et son potentiel démagogique | ReadWriteWeb France :

    […] réécrite pour les besoins de la com­mu­ni­ca­tion d’un chef d’état étranger.La réa­lité de l’usage de Twitter, lors des émeutes suites aux der­nières élec­tions Iraniennes, est fort éloi­gnée de ce que […]

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