La Loi, c’est le Code

Michael Kirby, qui fut juge à la Cour Suprême Australienne de 1996 à 2009, a durant un gala orga­nisé l’année der­nère par l’association des entre­pre­neurs de Internet Australien fait un long dis­cours sur la régu­la­tion de l’internet, au cours duquel il a cité la France à plu­sieurs reprise. Si vous lisez l’anglais, nous ne pou­vons que vous recom­man­der de le lire.

En voici un extrait qui a par­ti­cu­liè­re­ment retenu notre attention.

“Nous arri­vons à un moment dans l’histoire où de plus en plus, la loi sera expli­ci­te­ment exprimé non pas dans décrets, votés solen­nel­le­ment par le par­le­ment, et envoyés au Gouverneur géné­ral pour qu’ils soient pro­mul­gués, mais dans la tech­no­lo­gie elle-même. Ce que Lessig appelle le “Code”. Inscrit dans le Code, et valable sur le plan inter­na­tio­nal, effec­tif à tra­vers les fron­tières, d’une façon dont on ne pou­vait même pas rêver hier, la loi s’appliquera, appliquée par la tech­no­lo­gie elle-même.

C’est une évolu­tion nou­velle et très impor­tante. C’est une évolu­tion qui n’a pas été ini­tiée par des légis­la­teurs d’une façon démo­cra­tique. Il ne s’agira pas de régler des équi­libres et d’ajuster la balance entre un droit à l’usage, la liberté d’expression et la pro­tec­tion du droit à la pro­priété intel­lec­tuelle. Cela ne se fera pas ainsi. Cela se fera dans les grandes entre­prises, qui ne pen­se­ront qu’à pro­té­ger leurs intérêts”

Dans un pays comme la France, où le niveau de com­pé­tence en matière de tech­no­lo­gies est par­ti­cu­liè­re­ment faible parmi les légis­la­teurs et les poli­tiques, et à l’heure où la loi est sur le point, ici aussi, se s’inscrire dans le Code, nous manquons pro­fon­dé­ment de réflexion sur ce tour­nant, capi­tal et cri­tique pour l’avenir, que prend le pou­voir légis­la­tif et le pou­voir juri­dique, com­po­santes essen­tielles de notre démocratie.

code 2.0 de Lawrence LessigSi vous êtes l’un d’entre eux, ou que le sujet vus inter­esse, je ne sau­rait trop vous conseiller un livre essen­tiel : Code, de Lawrence Lessig, qui en est à sa seconde édition (d’où le 2.0).

Il est télé­char­geable gra­tui­te­ment sous forme d’eBook (en licence Creative Commons, bien sûr) ou dis­po­nible à l’achat chez Amazon. Il n’existe pas à ma connais­sance de tra­duc­tion Française, ce qui est fort regrettable.

16 commentaires pour cet article

  1. Louis

    Salut Fabrice !

    Projetterais-tu d’en réa­li­ser une fois encore la tra­duc­tion française ? (ça m’arrangerait beau­coup, à vrai dire, même si j’imagine que tu n’as pas que ça à faire)

  2. Florent

    Ah ! Je vais lire ce livre de suite ! :D
    Bel article, atten­tion cepen­dant aux quelques coquilles et autres fautes d’orthographes comme : 

    - “…et à l’heure où la loi est sur le point, ici aussi, se s’inscrire dans le Code…”

    “..ou que le sujet vus inter­esse, je ne sau­rait trop vous conseiller un livre essen­tiel..” (deux pour le prix d’une ;))

    Une petite relec­ture avant publi­ca­tion ne ferait pas de mal ! :D

  3. idoric

    @Louis
    > « Salut Fabrice ! Projetterais-tu d’en réa­li­ser une fois encore la tra­duc­tion française ? »

    À la dif­fé­rence majeure que « Free Culture » était sous licence CC-by-nc, alors que « Code (ver­sion 2.0) » est sous licence CC-by-sa. Le second étant sous une licence libre, j’aurais ten­dance à pen­ser que son éven­tuelle tra­duc­tion atti­re­rait plus de volontaires.

  4. Fabrice Epelboin

    Sauf que Culture Libre était tra­duit à 60 – 75% quand je m’en suis occupé, là, on part de rien… C’est un bou­lot colos­sal… J’ai peur de ne pas avoir le temps…

  5. Yann B

    Une petite pré­ci­sion en par­cou­rant le dis­cours de ce juge aus­tra­lien : lorsqu’il est fait allu­sion à la France, c’est à pro­pos de l’affaire Yahoo America et de la vente d’objet nazi. Cette affaire remonte déjà à plu­sieurs années, au début de la démo­cra­ti­sa­tion d’Internet. Elle tra­duit unique­ment l’inadéquation à cette époque entre le droit et Internet. Sans ren­trer dans les détails juri­diques de cette affaire, il me paraît assez impro­bable qu’une affaire de ce type soit jugée aujourd’hui de la même manière.
    Bref, arrê­tons de tirer sur le droit français, je ne crois pas et je suis même cer­tain qu’il n’est pas plus en retard que d’autres droits natio­naux (regar­dez la Russie et l’anarchie en matière de numé­rique qui y règne !).
    Suite au projet de loi Hapodi je sais qu’il est de bon aloi de tirer sur le légis­la­teur français mais ne mélan­geons pas tout !

  6. Fabrice Epelboin

    Oui, c’est vrai, le légis­la­teur Français a beau­coup évolué depuis, et il est en par­fait adéqua­tion avec les réa­lité d’internet…ou pas.

    Ce n’est pas qu’il est de bon aloi de tirer sur le légis­la­teur Français, Yann, c’est que tu com­mente sur le blog qui l’a fait en pre­mier (on va dire que Numérama n’est pas un blog), qui a shooté deux dépu­tés et contri­bué à dézin­guer une loi (hadopi), donc c’est un peu nous qui avons lancé la mode, tu vois…

    Sinon, oui, il y a pire que la France : la Russie, la Chine, l’Iran… oui, c’est vrai, il y a pire, tu as raison ;-)

  7. Fabrice Epelboin

    Sinon, ras­sure toi, j’ai en stock pour la ren­trée des his­toires de légis­la­teurs à se tordre de rire… Pas sûr que la Russie soit un bon exemple, en fait. La Chine et l’Iran, oui, c’est mieux ici, c’est clair…

  8. Yann B

    Dans votre article vous citez Lawrence Lessig et son livre Code. J’ai com­mencé à le lire. J’avais déjà été pas­sa­ble­ment agacé par les pro­pos de cet auteur dans son livre sur la Free Culture (assez approxi­ma­tif d’un point de vue juri­dique). Je suis donc allé faire un tour sur sa biblio­gra­phie et je me rends compte qu’il a été l’assistant de juge Scalia consi­déré comme le juge de plus conser­va­teur de la Cour Suprême des Etats-Unis et qu’il a égale­ment tra­vaillé avec le juge Allen Posner, un adepte de l’école de Chicago (les néo libé­raux amé­ri­cains). Dis moi qui tu hantes et …

    En conclu­sion j’estime que pré­sen­ter cet auteur comme un pro­gres­siste comme vous le faîtes est plus qu’abusif !

  9. Fabrice Epelboin

    vous n’avez pas du dépas­ser le pre­mier cha­pitre de Free Culture, car il y a de longs pas­sages consa­crés a Scalia qui mettent tout cela au clair.

    En conclu­sion… LOL ?

  10. Yann B

    Si j’ai bien lu ces pas­sages au cours desquels il sou­tient le juge Scala dans l’optique de limi­ter les pou­voirs du Congrès mais sauf erreur de ma part je ne vois pas bien ce que cela change au final. A défaut merci d’éclairer ma lanterne !

  11. Fabrice Epelboin

    Je ne vois pas bien com­ment éclai­rer votre lan­terne, votre ‘argu­ment’, pour reprendre un terme juri­dique (amé­ri­cain, j’en conviens), est plu­tôt fai­blard. Il a été l’assistant d’un juge à la cour suprême (joli début de car­rière) qui est un affreux conser­va­teur (comme la moi­tié de la cour suprême), avec lequel il s’est lon­gue­ment frité par la suite, il est libé­ral, ok, et après ?

    Si vous vou­lez avoir un point de vue ‘socia­liste’ sur le même cor­pus de pen­sée, allez lire Kevin Kelly, il vend la même chose sous un angle que vous sem­blez qua­li­fier de ‘progressiste’ ;-)

    Au pas­sage, je me fous tota­le­ment du clas­se­ment en ‘pro­gres­siste’, ‘gauche’ ou ‘droite’, ce qui m’interesse c’est la remise en ques­tion du copy­right (ca reste à faire) et le fait d’attirer l’attention du légis­la­tif sur le fait que l’on ne peut pas légi­fé­rer sur de la tech­no­lo­gie sans la com­prendre (ça, c’est fait).

  12. Yann B

    Vous dîtes : “je me fous tota­le­ment du clas­se­ment en ‘pro­gres­siste’, ‘gauche’ ou ‘droite’, ce qui m’interesse c’est la remise en ques­tion du copyright”

    Je vous rap­pelle que la fin n’a jamais jus­ti­fié les moyens !

    En ce qui concerne Kevin Kelly, je ne vois pas bien le rap­port avec la remise en cause de la théo­rie du droit d’auteur. Il est vrai qu’il s’attaque aux concep­tions de Microsoft et com­pa­gnie mais de là à remettre en cause le droit d’auteur je crois que vous allez un peu loin.

    Oui à l’intelligence col­lec­tive mais non au dogmatisme !

  13. Fabrice Epelboin

    Kevin Kelly qui ne s’attaque pas aux droits d’auteur ???

    Il est temps de renou­ve­ler votre abon­ne­ment à Wired et de lire autre chose que la presse Française
    http://www.nytimes.com/2002/10/12/opinion/12KELL.html

  14. Yann B

    Pourquoi payer un abon­ne­ment ? Vive la Free Culture ;-)

  15. Fabrice Epelboin

    Déja répondu ;)
    http://fr.readwriteweb.com/2009/02/18/a-la-une/petite-lecon-anglais-luc-besson/

  16. idoric

    @Yann B
    > « Je vous rap­pelle que la fin n’a jamais jus­ti­fié les moyens ! »

    Tout au contraire, mais à la condi­tion de ne pas oublier en cours de route que la fin doit aussi être dans les moyens.

    (Sinon, excellent livre que je viens de ter­mi­ner, je n’ai pas perdu mon temps en le lisant :))

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  1. Today, August 4th | Radio-Londres :

    […] Shared La Loi, c’est le Code | ReadWriteWeb France […]

  2. A lire ailleurs de l’été : 10 juillet - 3 septembre | traffic-internet.net :

    […] . La Loi, c’est le Code Pour Michael Kirby, qui fut juge à la Cour Suprême Australienne de 1996 à 2009, “Nous arri­vons à un moment dans l’histoire où de plus en plus, la loi sera expli­ci­te­ment exprimé non pas dans décrets, mais dans la tech­no­lo­gie elle-même. Ce que Lessig appelle le “Code”. Inscrit dans le Code, et valable sur le plan inter­na­tio­nal, effec­tif à tra­vers les fron­tières, d’une façon dont on ne pou­vait même pas rêver hier, la loi s’appliquera, appliquée par la tech­no­lo­gie elle-même”. […]

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