Deborah Icamiaba est Brésilienne, elle est antropologue et sociologue
et vit à Sao Paulo.
Vous pouvez la lire (en portugais) sur son blog à Ressurgenciaicamiaba.
Ce billet a été traduit par Suzanne Lehn pour GlobalVoices.
Il y a un vaste débat pour savoir si l’avènement des livres électronique signifiera la fin des livres-papier. Les enthousiastes des nouvelles technologies (et les amoureux des arbres) prônent la substitution des premiers aux seconds, tandis que les nostalgiques arguent que les livres sont une invention parfaite parce que, où qu’on soit, au milieu d’une panne d’électricité ou en pleine mer, on peut toujours les lire. Y a-t-il donc une véritable concurrence entre ces deux médias écrits ?
Le plus grand auteur de best-sellers mondiaux, le Brésilien Paulo Coelho, est un grand supporter du livre électronique (anglais). D’après lui, la distribution gratuite de livres électroniques stimule en réalité les ventes de livres-papier, parce que les lecteurs commencent à lire sur leur ordinateur et dès qu’ils sont pris par l’intrigue ils courent à la librairie les acheter, car ils préfèrent toujours lire sur papier. Que vous aimiez Paulo Coelho ou non, c’est un fait qu’on ne peut ignorer ses conseils commerciaux.
Outre les titres qu’il met à disposition sur son site Internet officiel, où on trouve ses livres en huit langues, il y a aussi l’étonnant blog alternatif (anglais) où on peut trouver les titres de Coelho, même dans des langues où ils ne sont pas encore officiellement traduits, telles le serbe. Le blogueur Coelho Pirate explique :
Il n’y a pas de mal à ça, si vous voyez ce que je veux dire. Je viens de chercher ses livres sur Google et je vous montre ici ce qu’on peut trouver sur lui.
De plus, ce que je fais lui plaît. Si vous ne me croyez pas, vérifiez vous-même. —> Allez voir sa page de téléchargement gratuit avec mon ancien lien !
Est-ce que la diffusion de livre électroniques, ou d’extraits, fonctionne bien pour d’autres écrivains brésiliens aussi ? Y aurait-il une concurrence entre livre électronique et livre -papier pour des écrivains autres que le magique Coelho ? A voir l’univers des livres électroniques dans la blogosphère brésilienne, on s’aperçoit immédiatement que de nombreux auteurs mettent leur oeuvre à disposition en-ligne afin de faire parler d’elle. Il existe des sites Internet et des blogs créés uniquement dans ce but.
L’initiatve Overmundo (portugais) est un effort collaboratif lancé spécifiquement pour diffuser la production culturelle brésilienne qui n’est pas couverte par les médias traditionnels. Outre la conservation d’une base de données culturelle pour abriter les oeuvres, y compris les livres électroniques, le site Overmundo fournit la ressource de l’Overblog, un blog (portugais) pour débattre des oeuvres disponibles sur le site.
Une poétesse du Rio Grande do Sul, Me Morte, comme de nombreux [poètes], a mis à disposition sur l’Overblog son livre électronique de poèmes, intitulé Poemetos (portugais) et a obtenu un grand nombre de visiteurs. Un de ses fans, Dan Lima, lui a laissé le commentaire suivant :
“Me,
J’ai téléchargé votre livre et lu beaucoup de vos idées folles (vous vous dites gothique, mais vos textes sont absolument contemporains). Un langage moderne, culotté, une femme en voie d’affirmation d’elle-même, qui hurle, des poèmes d’exquise qualité… Je les lirai plus tard, au moment que je choisirai, «mon plaisir est littéraire, libertaire». Et c’est cela que provoquent vos poèmes : le plaisir, le flot des sensations et des mots…et esthétiquement, c’est excellent. Bravo !”

Le Portail de littérature et d’art Cronópios est une autre initiative collective (portugais). Ce portail est un mélange de librairie et de centre culturel, sur lequel les textes sont mis en ligne, et où dominent les blogs, puisqu’à chaque nouveau texte est affecté un blog spécifique (appelé un e-blog) qui doit être tenu à jour par l’auteur. Même si ces e-blogs ne reçoivent que peu de commentaires, il semble [en effet] qu’il y ait plus d’auteurs désireux de publier gratuitement en-ligne que de lecteurs désireux de les lire, un e-blog créé d’après le texte de la Brasiliada by Nicolas Behr (portugais) a reçu des retours inspirés de lecteurs :
« Nicolas Berh a jotakalizé braxilia avec son écriture acérée en couteaux de coton. Pour sûr, le Président Juscelino Kubitschek a construit Brasilia et les candangos en le regardant faire… »
A côté de ces initiatives collectives, il y a aussi des écrivains qui sont eux-mêmes blogueurs et publient pour leurs lecteurs leurs textes, ou des extraits, en ligne de façon indépendante. Des poètes brésiliens connus le font, tels que le poète Frederico Barbosa (portugais). Il met à disposition en livres électroniques toute sa production, même en traductions, mais il fournit aussi des liens à tous ceux qui veulent acheter des exemplaires papier. Avec une carrière confirmée, il ne semble voir aucune contradiction entre publication électronique et sur papier, sa préoccupation principale étant que sa poésie atteigne les lecteurs, selon les voies qu’ils préfèrent.
Cláudio Daniel, un autre poète connu, pour préparer le lancement de la deuxième édition de son recueil de poèmes Yumë, met à disposition un de ses poèmes (portugais) en guise d’appât :
Mes chers, dimanche 25 janvier à 16 heures, à la Casa das Rosas, aura lieu le lancement de la deuxième édition de mon livre Yumê. (…) Que tous ceux qui seront encore en vie, fassent une apparition ! Ci-dessous, un poème de Yumê.UN EGALE ZERO
a
Londres
(dans le métro) début août —
(quelqu’un) lit Schopenhauer
une fille aux cheveux verts
et les bouts (des seins) coeur-de-rose
ses habits marocains luxuriants
d’ (argent azuré)
et la lame (argentée)
de l’assassin
Même pour des auteurs néophytes comme Deborah Icamiaba (l’auteur de ce billet), mettre des textes à disposition en ligne prend tout son sens. Dans son blog littéraire (portugais), sur lequel elle publie régulièrement ses nouvelles, chroniques et poèmes, il y a quatre longs textes disponibles en fichiers PDF : les nouvelles A l’Intérieur de nous-mêmes, les courts romans Résurgence d’Icamiabia, Alchimie du Mid-West et le recueil de poèmes : Pré-poésie [poésie, prose et prouesse]. Chacun d’eux a eu son propre lancement électronique et a été rangé sur une «bibliothèque virtuelle» avec le message suivant :
«Pour obtenir ce livre électronique, ou tout autre, veuillez laisser un billet sur le blog.»
Même si son blog reçoit des centaines de visites par mois, peu de visiteurs commandent les livres électroniques d’Icamiaba. Le lancement qui a eu le plus de succès jusqu’à présent a été celui du recueil de nouvelles A l’Intérieur de nous-mêmes (à droite), pour lequel elle a reçu 13 commentaires. Ceci nous amène à penser que les lecteurs de blogs n’ont pas toujours envie d’acquérir des textes plus longs et plus denses.
Avoir des livres électroniques disponibles en-ligne n’a pas empêché Icamiaba de publier sur papier. Fin 2008, deux maisons d’édition ont souhaité publier sous forme de livre ses textes déjà disponibles en ligne.
Enfin et surtout, il faut mentionner que le gouvernement brésilien a créé en 2004 un site Internet pour mettre à disposition des livres des auteurs classiques lusophones, tels que Machado de Assis et Fernando Pessoa, même s’ils se vendent déjà très bien dans les librairies et les kiosques à journaux en éditions de poche populaires.
Les écrivains brésiliens, les maisons d’édition et le gouvernement parient sur la diffusion d’oeuvres littéraires sur Internet, en constatant qu’il y a plus de complémentarité que de concurrence entre les médias informatiques et papier – du moins à une époque où les lecteurs préfèrent toujours lire sur du papier.
Cet article a été publié sur GlobalVoices.
Il est sous licence CC-by-3.0
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15 août 2009 à 11:35
Avant d’aborder la lecture attentive de ce post, une première réflexion : si le Brésil, terre d’abondance d’arbres (vous suivez mon regard…) est en mesure d’être un relais d’opinion pour faire comprendre qu’il s’agit là de PARTAGER un territoire (la culture) entre la cellulose et les octets, alors, il nous donnera une bonne leçon… et l’espoir d’entraîner derrière lui les peuples du sud que, par égoïsme, nous “méprisons”, nous l’élite occidentale, gâtée, vautrée dans le luxe, incapable de partager, prédateur des ressources d’autrui, alors…
Notre outrecuidance vaut bien une “belle fessée”, n’est-il pas ???
15 août 2009 à 12:33
Oui, j’ai le sentiment que les pays ‘emergeants’ vont, dans la décénie à venir, nous donner beaucoup de leçons en matière d’innovation. Tachons d’être attentifs :)