Alors que l’UMP s’apprête à sortir un site de campagne communautaire dont beaucoup prédisent qu’il sera au pire un champ de bataille, au mieux une ‘zone verte’ à l’Irakienne, le conseiller en communication de la présidence se laisse aller à un parallèle entre Obama, Twitter, l’Iran et Hadopi, trouvant, par un procédé ‘dialectique’ connu sous le nom d’association libre un ultime moyen de justifier la loi Hadopi 2.
La rigueur du raisonnement prête à rire, mais les faits que Franck Louvrier met bout à bout – à défaut de les articuler – sont pour la plupart parfaitement inexacts. A priori, il ne s’agit même pas d’un mensonge, mais plutôt d’une ignorance crasse du sujet qu’aborde le conseiller en communication de l’Elysée : si l’on savait de quoi l’on parle en matière d’internet dans l’intimité du pouvoir, on en serait jamais arrivé là.
Les Iraniens se marrent
Enfin… Presque. A vrai dire, il y a en réalité très peu de chance que les Iraniens apprécient d’être ainsi instrumentalisés pour défendre une loi rédigée par des lobbies de l’industrie du disque refusant le temps qui passe avec autant de vigueur qu’une octogénaire Californienne à la veille de son ultime lifting. Pas plus qu’il n’apprécieraient de voir leur histoire contemporaine réécrite pour les besoins de la communication d’un chef d’état étranger.
La réalité de l’usage de Twitter, lors des émeutes suites aux dernières élections Iraniennes, est fort éloignée de ce que décrit le conseiller en communication de l’Elysée, il faut dire que les contresens qu’il aligne sont issus de la presse dans laquelle il publie sa tribune.
Il n’existe en réalité qu’à peine quelques centaines d’utilisateurs actifs sur Twitter en Iran, pas grand monde, en réalité. Et si le pouvoir a bel et bien tenté de polluer Twitter avec des ‘faux’, ceux-ci ont été presque immédiatement repérés, isolés et exclus. Leur impact a été nul.
A aucun moment, durant la ‘révolution verte’ Twitterisée, le pouvoir Iranien n’aura réussi à ne serait-ce que perturber le canal de communication établit par cette chaîne humaine établie à travers Twitter, et ce n’est pas faute d’avoir essayé, bien au contraire. Franck Louvrier peut se rassurer, il n’y a aucun risque de voir Tweeter menacé par des contrefacteurs, ceux-ci en sont exclus rapidement, ce type de communauté, comme la plupart des communautés sur internet, s’autorégule.
La réputation sur internet
C’est encore un aspect des réseaux et du web 2.0 qui aura échappé à l’Elysée et à ses conseillers. Sur le web, vous disposez d’un capital réputationel, et si vous faites n’importe quoi, votre réputation tombe à zéro assez rapidement. Du coup, votre pouvoir d’influence disparaît, ainsi que celui qui consisterait à manipuler l’opinion des autres.
Un drame pour un conseiller habitué à utiliser une presse au ordres pour faire précisément cela.

L’internet, ce foutu internet, n’obéit décidément pas aux même règles, aux même logiques, autant dire que les opérations à venir d’Elysée.fr et des « Créateurs du possible » sont très mal parties.
Dieu merci, Le Monde est là, et même si son tirage est inférieur à celui d’un journal municipal et ses statistiques de fréquentation aussi crédibles qu’un sondage Opinion Way, (autant dire fort éloignées de la réalité) il est (encore) lu (et cru) par bon nombre de parlementaires, or c’est bien à eux que la tribune de Franck Louvrier est destinée.
“Ce qui menace Twitter, c’est moins la censure que la contrefaçon, la copie”
Oui, sans le savoir, Franck Louvrier a raison. La copie, connue sur Twitter sous le nom de Retweet, est une véritable menace. Elle brouille la lisibilité de Twitter, diminue le nombre de caractères disponibles – déjà que 140 ce n’est pas beaucoup – oui, osons le dire bien haut, Franck Louvrier a raison, la copie menace Twitter, et il est temps de faire quelque chose.
Twitter a d’ailleurs bien entendu la complainte de Franck Louvrier. Sous peu, son API permettra d’intégrer directement le mécanisme de copie – de retweet – (ou de contrefaçon, question de point de vue) afin d’en faciliter l’usage et d’en démultiplier la force. Bientôt ce mécanisme de « buzz » dont Mr Louvrier chante les louanges sera encore plus puissant. De quoi se plaint-il donc, dès lors ?
De rien, en pratique. C’est un passage obligé dans ce qui lui fait office de démonstration pour passer de la révolution Iranienne, via de supposés copieurs de Tweet – ceux qui ont participé à la propagation des messages issus d’Iran -, amalgamés à un pouvoir Iranien qui aurait émis de fausses informations via Twitter (on met les deux dans le même panier, donc), qui lui permet, dans une démonstration plus qu’acrobatique, de rebondir sur Hadopi.
“il en va de même pour l’étudiant révolté des rues de Téhéran que pour l’artiste qui enregistre sa chanson à Paris : l’enjeu est de s’assurer que la vaste diffusion de son message n’étouffe jamais le lien qui l’unit à chacun de ses destinataires.”
Adieu donc viralité et réseau propre au web 2.0, on chante ici les louanges des bon vieux mass média d’antan, qu’il suffisait de contrôler pour s’assurer d’une certaine emprise sur l’opinion. Plusieurs commentateurs voient même dans les propos de Franck Louvrier l’annonce d’une labelisation de site s des sites d’information « sérieux » (entendez : contrôlés par des amis), afin d’aider les pauvres citoyens à distinguer entre une information officelle et une information qu’on préfèrerait cacher.
Échange de bon procédés pour Le Monde ? Alors que l’audience de son site web s’effondre, le journal – qui a passé Hadopi sous silence jusqu’au dernier moment (on se demande pourquoi… ou pas) – aurait bien besoin d’un tel label pour contrer la montée en puissance des blogs et autres « pure players » où l’information est plus… libre.

Reste que comparer des Iraniens qui risquent leur vie en défendant une certaine idée de la démocratie à Maxime Leforestier qui risque de voir son ISF diminuer l’année prochaine si ses ventes d’albums continuent de chuter, voilà que ne va pas contribuer à faire remonter l’image de la France en Iran, que ce soit sur le plan de la morale et de l’éthique ou celui de la rigueur intellectuelle.
“L’enjeu est la vérification des sources, dont la responsabilité repose sur la vigilance des professionnels de l’information”
Absolument, mais où sont-ils, ces professionnels ? Au Monde ? Il y a quelques mois, c’est en faisant un parallèle entre piratage et terrorisme que ce qui fut naguère un journal respectable justifiait Hadopi. La source ? Un lobby dirigé par les plus éminent néo conservateurs américain qui a beaucoup œuvré pour la guerre en Irak.
Faire passer les pirates pour les financiers d’Al Quaïda n’a pas marché, essayons donc de les assimiler au pouvoir Iranien.
Appliquer à ceux qui ‘partagent’ sur internet les même méthodes de dénigrement et de propagande que celle qu’avait appliqué Georges Bush à tous ceux contre qui ils souhaitait partir en guerre, la ficelle est un peu grosse, non ?
Le territoire médiatique qui semble se dessiner pour accompagner l’arrivée d’Elysée.fr dans la sphère des média semble curieusement familier pour ceux qui ont suivit l’évolution des média aux Etats Unis ces dix dernières année. Une fois de plus, la France est à la traine et suit ce qu’il s’y passe avec un temps de retard. Vivement Obama.fr.

Je résilierai bien mon abonnement au Monde… mais c’est déjà fait.
UPDATE: Maitre Eolas a également fait un excellent billet sur le sujet.













22 août 2009 à 16:06
Je ne peux que souscrire entièrement à tes propos.
À la lecture du « point de vue » de Louvrier tôt ce matin, et au delà de m’avoir gâché mon petit déjeuner, je ne savais quoi en penser:
Ignorance crasse, tentative — lié à un schéma/système de pensée complètement dépassé provoquant une attaque de panique dans les hautes sphères — d’utiliser les ficelles les plus grosses possibles quitte à ce qu’on le pende avec, ou, plus simplement, stupidité sans borne?
En tous cas, on ne peut pas dire que l’UMP et le gouvernement n’ont pas de la suite dans les idées (souvenez vous de Donnedieu de Vabres et de ses propos/projets sur la labelisation).
PS: excellentes illustrations ^^
22 août 2009 à 18:13
Entièrement d’accord. Sauf qu’il s’agit d’une lettre signée Franck Louvrier et pas d’un article d’un journaliste du Monde. Devait-il ou non accepter de publier de telles inepties, certes on peut se demander…
22 août 2009 à 19:08
La bêtise crasse est a mon avis l’hypothèse la moins probable. Sans verser dans la théorie du complot, l’Internet a modifie les rapports de force et le champ de l’information est en train de se réorganiser. Les vieux pouvoirs n’abandonnent jamais leur place : ils se recyclent.
23 août 2009 à 7:18
Ma Liberté de Tweeter, prochain tube, à ne pas télécharger
23 août 2009 à 10:16
Cherchez l’erreur ou reflexions sur la faute de frappe.!
Je releve dans l’article ‘La réputation sur internet’
1- ‘Un drame pour un conseiller habitué à utiliser une presse au ordres pour faire précisé ment cela.’
2- ‘L’internet, ce foutu internet, n’obéit décidément pas aux même règles,’
3- ‘Appliquer à ceux qui ‘partagent’ sur internet les même méthodes de dénigrement et de propagande que celle qu’avait appliqué Georges Bush à tous ceux contre qui ils souhaitait partir en guerre, la ficelle est un peu grosse, non ?’
Ce n’est pas la premiere fois et ne vous meprenez guere, ce n’est en rien une particularite de notre ami Fabrice E.
Une faute de frappe s’est glissee dans ses mots.
En quoi est-ce important, direz-vous?
La conclusion que je veux en tirer va bien au-dela d’une simple erreur materielle. C’est un indicateur des exigences du travail du journaliste de l’ere internet: etre la et reagir dans l’immediat. Le pain doit etre servi a la sortie du four ou jamais.
Inevitablement, des fautes de frappe s’y glissent. c’est tout a fait pardonne et personne ne devrait s’en offusquer.
Oui, mais….
Si la faute de frappe est la, elle revelle l’absence de relecture, pis encore, l’absence de verification des editeurs, l’absence de reflexion.
Et l’on parle la d’articles diffuses a grande echelle qui peuvent aussi faire ou defaire une reputation.
C’est la course du journaliste avec le web 3.0 du genre Twitter et compagnie.
Je pense que c’est une etape de decouverte. les nouveaux medias vont finir par trouver leur place. Peut-etre vont-ils se consacrer davantage au journalisme de recherche et d’investigation pour se donner le temps d’une reflexion plus approfondie.
En attendant, soyons, nous lecteurs, vigileants, et gardons a l’esprit la celerite du billet delivre a l’instantane.
23 août 2009 à 10:24
En pratique, j’ai même en cours de dev un plugin qui permettra aux lecteur de réaliser cette étape de relecture, de la crowdsourcer en quelque sorte.
De là à cautionner ton rapprochement entre une mauvaise relecture et une absence de réflexion… cela me semble aussi rigoureux que le raisonnement de Franck Louvrier (no punt intended). Comme tu le sais, cette étape n’est pas réalisée par celui qui écrit dans la presse mais par un spécialiste, qui évidemment, n’existe pas sur le blogs.
Donc au final, chère clarinette, autant tu as raison sur la (très) mauvaise quelité de la relecture ici, autant le reste de ton raisonnement me parait (très) tiré par les cheveux.
23 août 2009 à 10:26
J’en veux pour preuve une multitude d’articles publiés ici qui ne sont pas du tout écrits sur le mode ‘réaction’ à l’actualité, qui ont été écrits patiemment sur une longue période, et qui sont tout autant truffées de fautes d’orthographes. L’investigation et l’orthographe, rien à voir (en tout cas en ce qui me concerne).
23 août 2009 à 10:41
Wow!!! Je suis impressionnee par ta reaction ‘immediate’, c’est bien le cas de le dire.
Tout d’abord, permets-moi de te le rappeler, il ne s’agit en rien d’attaque personelle ni meme de remise en cause de la qualite de ton travail.
Oui, je le reconais, ca peut paraitre un peu tire par les cheveux, mais je pense que les fautes de frappes, comme tu le reconnais, sont la preuve de l’absence de
‘spécialiste, qui évidemment, n’existe pas sur le blogs.’
Ma remarque etait tres generale et je continue a penser que le journalisme traditionel avait l’avantage de soumettre a une relecture. C’est ce que nous juristes appelons ‘une paire d’yeux neufs’, un regard tiers qui scrutine le papier.
Je considere que c’est une garantie supplementaire de reflexion qui manque. Cela etant, je ne dis pas que c’est toujours un mal mais que parfois, ca peut etre dangereux de mettre la responsabilite de diffuser l’information – qui en devient par la-meme la verite diffusee- entre les mains d’une seule et unique personne.
23 août 2009 à 10:52
J’ai travaillé dans l’édition (incroyable avec un tel niveau d’orthographe, non ?), et j’ai eu la chance de bosser avec le grand gourou des correcteur du Monde de l’époque (début 90).
En pratique, le relecteur ne touche en rien aux contenus, juste à l’orthographe et à la grammaire, éventuellement à la structure d’une phrase, mais jamais au sens.
Quand au fait de faire passer un article par plusieurs mains avant leur publication, si c’était une bonne idée au départ, cela même aujourd’hui à une censure généralisée sur les média Français (en grande partie une autocensure), pas sûr du tout que cela soit au final une bonne chose…
Quand à savoir si le Monde va m’attaquer… Franchement, ils savent ce que c’est que l’effet Streisand et ils ne se risqueraient pas à cela, qui plus est, s’ils devaient attaquer à chaque fois qu’on dénonce leurs dérives, j’aurais déja au moins quatre procès sur le dos ;-)
23 août 2009 à 11:54
Il y a un argument que Fabrice aurait pu invoquer:
L’avantage des commentaires immediats de la part des lecteurs. Personnellemt, il m’arrive de m’instruire tout autant a la lecture de l’article lui-meme que par les commentaires et debat d’idees qui s’en suivent.
Rassurez-vous, je ne parle pas pour moi-meme, je ne commente que tres rarement.
C’est aussi le cas des informations revelees sur Twitter, elles sont rapidement confrontees a la verification par les autres membres,
23 août 2009 à 11:57
Absolument :-)
Au final, la grande différence aujourd’hui entre le blogging et le journalisme, outre le passage d’un contenu par une chaîne éditoriale complexe qui en assure tout autant la qualité que la censure, c’est l’interaction avec le visiteur, le community management, que la plupart des journalistes se refusent à faire.
Philippe Couve a écrit un excellent billet là dessus.
24 août 2009 à 21:11
Très bon billet. Donc je partage l’ensemble des conclusions.
J’arrivais d’ailleurs essentiellement aux mêmes dans le mien (ici http://h16.free.fr/index.php?2009/08/24/638-la-presidence-nous-parle-de-l-interweb )
24 août 2009 à 22:05
L’existence d’un correcteur dans les journaux du siècle dernier n’est pas fortuite : on ne voit jamais ses propres fautes d’orthographe, on voit très bien celles des autres.
25 août 2009 à 10:39
@adnstep
C’est ce que je me suis tué à expliquer à mes profs de français durant toute ma scolarité !Mais il voulais accepter cette excuse (bidon, lorsqu’on est un élève) ! ^^
En ce qui concerne le Monde, du certaine manière, il se doivent de publier ce genre de connerie : il donne la parole et tout le monde, même au pire…. Cependant, il devrait il y avoir un encart très visible pour indiquer que ce n’est pas le reflet de la pensé de la rédaction..
Enfin, je suis d’accord avec la réaction de FB… Comme la plus part des personne ici ^^