Au sein de l’université Pierre et Marie Curie, première université scientifique et médicale Française, le SGTICE a pour mission d’accompagner les mutations de l’enseignement liées aux nouvelles technologies et de mettre à la disposition des enseignants et des étudiants de nouveaux outils numériques (disclaimer : mon père, Yves Epelboin, est le directeur du SGTICE, voilà, c’est dit).
Les cours magistraux en vidéo
Depuis trois ans, le SGTICE filme et diffuse en ligne la totalité des cours des quatre deux premières années de médecine. Les étudiants peuvent ainsi les voir de chez eux, en direct ou en différé, en se connectant sur leur espace personnel sur le site «http://mon.upmc.fr».
Avec plus de 600 heures de cours enregistrés chaque année, l’objectif est avant tout d’apporter aux étudiants, parfois tributaires de conditions de transports difficiles en région parisienne ou obligés de travailler pour payer leurs études, un peu de souplesse dans leur organisation.
Qui plus est, le nombre d’élèves en première année de médecine ne permet tout simplement pas de les faire tous entrer dans un seul amphi. La solution de la vidéo était, ici, la seule à pouvoir apporter une réponse.
Un environnement collaboratif dédié à l’enseignement
Les cours de médecine sont aujourd’hui ceux qui utilisent le plus la vidéo, et représente une large partie des vidéo disponibles aujourd’hui, mais les sciences dures, elles, sont plus avancées dans l’utilisation de la plateforme d’enseignement à distance. A terme, c’est l’ensemble des enseignements de la fac qui trouvera dans ces technologies d’elearning un prolongement naturel.
Il ne s’agit en aucun cas – assure le patron du SGTICE – de préparer le remplacement des cours classiques, mais d’offrir une souplesse aux élèves dont les horaires imposés par les cours ne se concilient pas avec un emploi ou des conditions de transport difficiles.
Chaque étudiant dispose, sur mon.upmc.fr d’un un espace d’échanges entre enseignants et enseigné, en place depuis 2000 et sans cesse amélioré, notamment, lors de la rentrée 2007, avec l’introduction d’une nouvelle plateforme technologique, Sakai.
Les étudiants peuvent y trouver des documents et des compléments de cours (cours, tests et quizzes, devoirs, chat…) mis en ligne par leurs professeurs. Ils ont aussi la possibilité de déposer leurs devoirs et d’échanger avec leurs professeurs par email, par chat ou à travers un forum. Certains enseignants assurent même le contrôle continu des connaissances de leurs élèves à travers cette plate-forme.
Les échanges y sont nombreux : 11 000 étudiants s’y connectent régulièrement tout au long de l’année, et 450 cours trouvent un prolongement naturel sur cet espace d’échanges. Les serveurs enregistrent des pics de connexion à l’heure des cours qui y sont diffusés en direct, avec plus de 700 connections simultanées, et tournent avec 80 à 150 connexions simultanées de 7h du matin jusque tard dans la nuit, 7j/7.
Le nec plus ultra des plateforme d’elearning… est en open source.
Tous les cours disposent de documents en ligne, une partie d’entre eux est référencée dans Savoir en Ligne. au sein d’une plateforme d’elearning open source particulièrement évoluée appelée Sakai. L’université est le premier partenaire de Sakai en France et en fait l’utilisation la plus aboutie au sein de l’enseignement Français, l’université est également un gros contributeur à la communauté open source Sakai.
Mais Sakai ne s’arrête pas à l’elearning puisque la plateforme revendique la fonction d’outil collaboratif à destination du monde de la recherche. On peu imaginer que ces fonctionnalité seront tôt ou tard mis en œuvre et utilisés par les très nombreux chercheurs de l’Université, l’elearning n’étant que le commencement d’une utilisation bien plus vaste des outils collaboratifs au sein de l’Université.
Cours interactifs
L’Université met également à disposition des étudiants une quinzaine de salles informatique où les élèves peuvent consulter des cours interactifs sur le web en libre service. Tout au long de l’année, et de façon plus soutenue en périodes d’examens, des ateliers de révision sont organisés. Ils permettent aux élèves de revoir certaines matières ou sujets via ces cours interactifs, tout en étant accompagnés par un enseignant. L’objectif, ici, est de ne pas les laisser seuls devant leur écran et de leur offrir de la pédagogie, un accompagnement humain.
iTunesU, les cours désormais disponibles en mobilité
Les cours filmés sont désormais accessibles sur iTunes, à la façon des cours mis en ligne par une multitude universités à travers le monde comme Yale ou Oxford. Tous les cours ne sont malheureusement pas disponibles publiquement, beaucoup d’entre eux ne peuvent être visionnés que sur le portail de l’université et sont réservés aux étudiants qui se sont identifiés avec un mot de passe.
La principale raison pour restreindre ainsi leur accès est le problème des copyrights, qui ne sont toujours pas résolus : les cours utilisent très souvent des documents repris d’ouvrages qui sont protégés par le copyright, et contrairement à ce qu’il se passe en Allemagne, l’usage de document copyrighté à des fin pédagogiques n’est pas autorisé (c’était pourtant inscrit dans la loi DADVSI).
Le futur s’annonce tout aussi numérique
A venir sous peu (nous y reviendrons), la visio conférence sera disponible pour tous, à partir de son poste personnel, sur le lieu de travail ou au domicile. Cela fonctionne déjà pour le personnel de l’université et sera accessible aux élèves d’ici un mois.
L’ambition est de mettre en place un véritable tutorat à distance, l’université Pierre et Marie Curie est la première université au monde à généraliser cet outil, réalisé sur la base du projet EVO, issu du Caltech et du CERN. Basé sur le réseau de supercalculateur utilisé par le LHC (Large Hadron Collider) dont nous vous parlions l’année dernière.
Des outils Web 2.0 sont également à l’étude, mais ils ne seront pas mis en service avant 2010 ou 2011.














01 septembre 2009 à 11:26
Salut Fabrice !
Ce sujet m’intéresse, et j’en parlais il y a peu avec Caroline, et voilà ce qu’on se disais :
1. Les élèves sont gagnants : ils peuvent mieux s’organiser, travailler de leur côté plutôt que de venir perdre du temps en cours (si les profs sont mauvais).
2. Les profs, par contre, eux, sont les principales barrières à de telles mesures. Notamment si on leur propose de ne pas refaire leur cours l’année suivante, mais de passer les vidéos de l’année précédente pour les élèves. Ce qui permettrait au profs de gagner du temps sur leur temps de recherche : mais eux sont farouchement contre (en tout cas pour les exemples que m’a cité Caroline, à savoir les profs de Géographie/Environnement de Paris 1), car ils craignent que si ils ne font pas leur cours (même s’ils redisent exactement la même chose que l’année précédente), ils vont progressivement perdre leur emploi. De surcroît, les profs aiment bien que les élèves viennent en cours, et ils donnent en filigrane des indications sur ce qui sera donné en partiel, ce afin de favoriser les élèves venus en cours par rapport à ceux qui auront travaillé chez eux.
3. La mise en place de tels outils multimédia suppose de mettre des gens compétents à ces postes, et donc de bien les payer. Oulala !
Bref : à mon avis, ça ne va pas bouger concrètement de sitôt (à part à l’UPMC). On est en France, rappelons-le.
01 septembre 2009 à 19:11
1. Oui, c’est clair, les premiers gagnants sont les élèves… en même temps, c’est le moins que l’on puisse attendre d’une fac, non ? ;-)
2. Il y a des réticences, c’est clair, mais il n’y a pas un barrage et un front commun des profs contre l’elearning, loin de là. Par ailleurs, l’idée de remplacer les profs par de la vidéo fait doucement rigoler la plupart des enseignants (à commencer par le patron du service elearning). Même dans le cas d’un cours qui ne varie pas d’un iota d’une année à l’autre, il reste les TP, les devoirs, et une tonne d’autre chose à assurer pour les profs.
3. Il y a des gens super compétents, détrompes toi (bon, pas partout dans toutes les facs, je ne connais que l’UPMC de près), on peu trouver des gens plus attirés par un emploi stable (comme du roc, pour le coup, fonctionnaire) que par un emploi bien payé (mais très instable, surtout par les temps qui courent). Il y a peu d’endroits où l’on a l’occasion de mettre en place de tels projets qui ont un impact sur autant de gens. Ceci dit, c’est vrai qu’ils ont parfois du mal à recruter.
02 septembre 2009 à 11:41
Je vais tenter de répondre point par point.
1. Oui, les gagnants sont les élèves. Mais bon, les élèves, tout le monde s’en fout, c’est bien connu : cf les frais de fac illégaux, le fait que les profs travaillent d’abord pour remplir leur assiette (et pas celle de leurs « clients » qui sont les élèves), les enseignements dispensés qui n’ont rien à voir avec le monde du travail. Je peux faire une longue liste. J’imagine d’ailleurs que le smiley avec le clin d’oeil n’était pas anodin :-D
2. « il reste les TP, les devoirs, » -> qui sont très souvent assurés… par des thésards, et donc pas par les profs eux-même, et dont le taux horaire est moindre par rapport à celui d’un cours magistral.
Je suis de ceux qui pensent que la vidéo peut laisser davantage de temps pour les profs afin qu’ils se consacrent encore plus à leurs travaux de recherche (qui ont certainement plus de valeur que de répéter un cours déjà fait), mais c’est sûr que c’est moins robotique comme travail, moins « sûr », et donc ça va poser problème.
3. Enfin, je suis sûr qu’il y a pleins de gens super compétents, mais je pense aussi qu’il faudra en recruter énormément si on veut généraliser le processus de l’UPMC à toutes les facs françaises. Or, ces gens, il faudra les payer. Et on reviens à un gros problème des facs…
(disclaimer : je suis râleur/défaitiste de longue date.)
02 septembre 2009 à 14:10
LOL :-)
Tu es surtout ingénieur si mes souvenir sont bons ;-))
C’est quand même super pessimiste comme vision de la fac, tu admettra.
Même si cela reflète certainement, si ce n’est une réalité, au moins bon nombre d’exceptions et sans nul doute une mauvaise image qu’ils n’ont jamais su gérer, voilà l’occasion pour eux de faire un pas dans le XXIe siècle.
Avoue que – pour ce qui est de Jussieu qui est clairement une vitrine plus qu’un cas typique – c’est plutôt réussi, non ?
02 septembre 2009 à 18:18
« La principale raison pour restreindre ainsi leur accès est le problème des copyrights, qui ne sont toujours pas résolus : les cours utilisent très souvent des documents repris d’ouvrages qui sont protégés par le copyright »
Le copyright touche le cours lui-même ! C’est la création intellectuelle d’un prof qui a construit son cours. Les documents repris d’ouvrages n’ont rien à voir !!!
02 septembre 2009 à 19:26
Eric, renseigne toi avant de dire n’importe quoi…
http://www.educnet.education.fr/dossier/livrelec/aspects-juridiques/loi
http://www.framasoft.net/article345.html
03 septembre 2009 à 0:08
Fabrice : Oui, d’une manière générale (je ne l’ai pas écrit clairement il est vrai), le travail fait à l’UPMC fait réver. Et il serait bon de le voir répliqué dans toutes les facs.
Pour le reste, oui je suis en formation d’ingénieur, mais Caroline est à la fac, et j’ai le tord d’avoir passé ma deuxième année de prépa à ses côtés en classe plutôt qu’en cours :-D
07 septembre 2009 à 11:04
L’université Pierre et Marie Curie c’est Paris VI ?
Il y a un nid pirates avec qui j’aimerais bien avoir une entrevue !
09 septembre 2009 à 5:42
Tout cela n’est pas bien nouveau jeunes gens. Je n’ai jamais été un élève assidu et certains de mes professeurs préféraient que je ne soit pas présent en cours. J’ai eu cependant la chance de disposer de beaucoup de livres à portée de main. Je n’ai jamais manqué d’argent pour me procurer des livres chez les libraires. J’ai même tenté de m’emparer de livres détenus par des bibliothèques, parce que ces livres n’étaient plus disponibles à la vente. J’ai choisi de poursuivre des études de mathématiques, les études d’ingénieur me prenaient trop de temps. Étudier les mathématiques ne coûte pas cher, quelques dizaines de livres suffisent à couvrir tout ce qui est enseigné jusqu’à la quatrième année après le bac. En 1975, tenter de faire quelque chose d’original dans un troisième cycle de mathématiques tout en s’initiant aux bonnes pratiques permettant de tenir le discours adéquat face à un jury d’oral d’agrégation demandait des efforts d’assiduité et de recherche documentaire d’autant plus que j’avais d’autres activités comme maître auxiliaire éternel remplaçant, père de famille, astronome amateur, joueur d’échecs assidu et bien d’autres choses. Ma principale qualité est le peu de temps que je dois consacrer au sommeil. Selon l’historique du navigateur que j’utilise sur l’ordinateur dont je me sert actuellement: le dernier document ouvert hier l’a été à 22h00, le premier document ouvert ce matin l’a été à 02h21. Attention ceci sans prise de substances particulières mis à part le café et le tabac. Dans les messages de cette file de discussion sont évoqués des sujets qui méritent d’être approfondis.
(1) On se documente à son rythme, selon ses horaires. C’est plus efficace et utile pour le plus grand nombre.
(2) La délicate gestion des droits d’auteur et ses multiples variantes selon les règles juridiques et administratives locales et globales.
(3) Le choix et l’entretien des moyens de mise à disposition de documents sur la toile.
(4) Les contraintes liées non seulement à la publication de document mais encore le suivi de leurs mises à jours et la prise en compte des questions posées par les lecteurs.
Mes observations.
(1) Est bien connu. C’est aujourd’hui envisageable pour les connectés à Internet.
(2) Suscite controverses et procès dans le monde entier.
(3) Reste beaucoup à faire pour tenter de faire les meilleurs choix.
(4) Au vu du nombre croissant de sites Web, blogs orphelins: ce n’est pas demain la veille.
J’ai repéré (je suis un fouineur) des professeurs d’université qui ont laissé de coté leur matière pour se consacrer à la traduction puis à la mise à disposition du public de documents théoriques concernant le Web.