Aux Etats-Unis, une étude (pdf) publiée par Pew Internet & American Life Project montre une nette évolution dans la population qui s’engage politiquement à travers les média sociaux. Depuis toujours, l’engagement politique aux USA est proportionnel aux revenus et au niveau d’éducation, mais si cela reste encore vrai pour l’engagement politique en ligne, les choses semblent évoluer.
De nouvelles formes d’engagement politique semblent faire leur chemin à travers les média sociaux et pourraient bien changer de façon radicale la démographie de ceux qui s’engageront dans l’action politique demain, soulignant l’enjeu qui agite ces dernier temps tous les partis politique en France.
Mettre à disposition des militants de nouveaux outils destinés à faciliter et optimiser cet engagement est un enjeux majeur pour tous les partis politiques Français en ce moment. Au mieux pour profiter de cette nouvelle forme d’activisme et pour recruter dans leurs rangs, au pire pour éviter que les jeunes nouvellement sensibilisés aux enjeux politiques ne soient séduits par des formes de militantisme plus en adéquation avec leurs préoccupations.
Même s’il est hasardeux de faire une transposition directe entre ce qu’il se passe de l’autre coté de l’Atlantique et ce qui ne fait qu’apparaître ici, les résultats n’en sont pas moins intéressants et pourraient bien présager de ce qui arrivera, tôt ou tard, dans l’hexagone.
Selon cette étude, 31% des utilisateurs de réseaux sociaux ont pris part à une activité militante, ce qui commence par des actions aussi simples que d’ajouter comme ami un politicien sur Facebook. En tout, près de 10% des internautes américains ont utilisé les réseaux sociaux pour s’engager de la sorte.
Une autre statistique particulièrement intéressante est celle qui révèle que 15% des internautes ont laissé un commentaire sur un site traitant d’un enjeu politique ou sociétal, ou publié une image, ou bien encore un billet sur un blog en rapport avec la politique.
Plus intéressant encore, bien que pas très surprenant, les jeunes adultes entre 18 et 29 ans sont bien plus susceptibles que leurs aînés d’initier une démarche militante à partir d’un réseau social. Ces jeunes cyber-militants sont également bien plus enclins à participer par la suite à des actes militants IRL (In Real Life).
Les média sociaux pourraient changer le terrain du jeu politique
Les média sociaux sont le terrain de jeu des plus jeunes utilisateurs d’internet, et même si la tranche d’âge des 18-24 ans est – en tant que groupe – moins intéressée par la politique, ils sont plus susceptibles que les autres tranches d’âge de participer à des discussions politiques. Près de 34% des jeunes adultes font un usage politique des réseaux sociaux, et 34% publient des contenus politiques sur internet.
Au final, les internautes de moins de 35 ans représentent 72% de ceux qui utilisent les réseaux sociaux à des fin politiques. Qui plus est, et c’est probablement là le point clé de l’étude, les différences en terme de niveau d’éducation et de revenus sont bien moins prononcées au sein de ce groupe que dans le groupe de ceux qui militent ailleurs que sur internet. On assisterait – en quelque sorte – à une démocratisation de la démocratie.

Ces tendances vont-elle s’affirmer ?
Une tendance à surveiller de près, selon Pew Internet, est la façon dont les jeunes continuerons à utiliser les réseaux qu’ils ont constitué une fois passés à l’âge adulte. Il sera également très intéressant de voir si le niveau de revenu et d’éducation cessera d’être un critère d’engagement civique, ou si les nouvelles technologies constituerons une nouvelle barrière à l’entrée pour ceux qui ne disposent ni des revenus ni de l’éducation nécessaire.

Où en est la France ?
Aucune étude équivalente n’a été menée en France, où la situation est radicalement différente, ou plutôt embryonnaire. Le pouvoir en place a fédéré contre lui une très large partie de ceux qui utilisent internet à des fins politiques, sans que quiconque n’ait réussi a fédérer ce mécontentement pour le transformer en force politique en ligne, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.
Avec l’arrivée de la Coopol du Parti Socialiste, du site du Nouveau Centre, qui devrait arriver incessamment, de celui de l’UMP promis pour la fin de l’année, sans oublier les Verts et le Modem qui disposent déjà de leurs sites sociaux militants (et des autres que j’oublie), les outils du parfait militant en ligne ne vont pas tarder à être disponibles en masse, mais va-t-on pour autant assister à une évolution dans le profil type du militant ?
Au vu du taux d’abstention en France, un quelconque changement dans le profil de ceux qui s’engagent en ligne et qui pourraient, du coup, aller jusqu’à voter, pourrait faire basculer bien des élections.
Les enjeux sont énormes, car le jeu politique est totalement différent sur les média sociaux par rapport à ce qu’il est – ou est devenu – dans les média qui firent, naguère, la pluie et le beau temps dans le Landerneau politique. Une ‘petite phrase’ n’y a pas le moindre impact, et la meilleure des prestations télévisées pourra facilement être remontée de façon à la mettre en parallèle avec d’autres pour souligner la moindre incohérence, et cela sera réalisé non plus par une petite élite disposant d’un temps d’antenne, mais par une horde de jeunes parfaitement capables de maîtriser les rudiments du montage vidéo et de diffuser leurs œuvres sur YouTube.
La première grande bataille militante Française en ligne fut sans nul doute le référendum Européen, la dernière en date est sans conteste Hadopi. On comprend pourquoi l’internet attire tant les convoitises et les craintes de la part d’une classe politique issue de la génération télévision.













02 septembre 2009 à 1:20
je plussois, c’est avec un s ou en e ?
02 septembre 2009 à 1:21
ca dépend… le verbe c’est plussoir ou plussoyer ? /-)
02 septembre 2009 à 1:24
Et il serait temps que nos vieux politiques s’en rendent compte et prennent les décisions qui s’imposent en laissant la place aux générations d’en dessous qui visiblement sont davantage dans le coup…
02 septembre 2009 à 1:27
C’est pas pour tout de suite j’en ai peur…
02 septembre 2009 à 3:16
C’est « plussoir » (contraction de « plus pouvoir s’assoir »)
02 septembre 2009 à 7:19
On met tout le monde d’accord, on simplifie : +1 -:)
OUI, mais la télé est morte (ouf !)
Et pendant ce temps, des centaines, des dizaines de milliers de blogs (entreprise unipersonnelle par excellence, sans but lucratif de surcroît), dame le pion à le grande presse. C’est le défi au quotidien, le nécessaire contre-pouvoir qui, enfin, émerge.
Chacun dans son coin, chacun avec sa thématique, chacun pour soi…
Mais difficile d’être omniprésent partout et pourtant, pour contre-carrer les écrans de fumées (bon, OK c’est une obsession chez moi…) de la presse « aux ordres du chef suprême » ou aux blogs citoyen-politiques (tu saisis, Francis, ce que j’évoque, c’est du tout frais, la séquence ump 2.0…), il est temps de se poser la question d’un outil social-communautaire autour de valeurs.
Difficile je sais. Ici, nous échangeons, approuvons, argumentons autour d’un thème précis.
Avec nos référents culturels, politiques (souvent divergents mais le sait-on : avouer son appartenance politique, même au 3e millénaire est trop souvent un frein —mais en réalité qui s’en soucie, les clivages politiques sont bipassés par les idées qui nous relient les uns aux autres et c’est très bien ainsi—).
Alors, ce qui m’apparaît en filigrane, est simplement la lisibilité/visibilité à décupler. Propager des idées, tu l’évoques, est « réducteur », quand bien même l’audience sensibilise des dizaines de webacteurs.
Il manque cette dimension « élargie ». Il reste à inventer le modèle, via le « buzz », le marketing ; mais ne perdrions nous pas alors notre âme (celle de celui qui prêche dans le désert…) ???
Au-delà des égo (Maslow), le blog est une dimension de propagation encore très confidentielle mais rattaché au facebook, au twitter, au feedfriend, netvibes, tumblr, etc… ça le fera, tôt ou tard.
Et au-delà aussi du factuel (je sais, Fabrice que ton besoin de rationnel, le côté journaliste : citer ses sources est essentiel au sens de la crédibilité de RWW et de ton engagement, est incontournable), nous sommes tous une pichenette qui un jour fera vaciller le château de cartes…* un jour.
Le poète (en était-il un ?) disait : « Continuons le combat ».
* = la presse institutionnalisée ; même si nous en avons besoin, mais b… de m… qu’elle se dévête de son côté people, il y a tant de sujets sérieux pour ne pas dire graves, au premier rang desquels je place notre liberté.
02 septembre 2009 à 7:22
Ah j’oubliais : nous sommes tous des Che Guevara (oui, je sais, ça fait peur, mais bon, c’est la faute à Francis…)
02 septembre 2009 à 8:09
Etude très intéressante. En france, les politiques et les collectivités travaillent à développer des initiatives de coproduction de politiques publiques. Il s’agit là d’implication plus « cioyenne » que « militante ». Useo a réalisé une étude sur le sujet « Dialogue citoyen : la voie/x légitime des collectivités » http://www.useo.fr/publications.fr. Présentation de l’état des lieux des dispositifs de dialogue citoyen dans les 100 plus grandes villes de France et état de l’art des dispositif participatif (espace de dialogue, réseaux sociaux territoriaux).
02 septembre 2009 à 13:54
attention, le lien est mort,
pour obtenir le dossier : http://www.useo.fr/ puis en bas à gauche, ensuite renseigner un formulaire, le dossier est transmis par mail
02 septembre 2009 à 18:07
Lors de la dernière présidentielle américaine tous les candidats ont investit les médias sociaux avec des degrés de réussite qui variaient beaucoup. Trop souvent les politiciens (et le monde en général) pense qu’il suffit de s’ouvrir un compte Facebook et que tout est réglé: http://www.mohdi.com/2008/01/29/omama-flickr-hillary-flick-her/
Ceux qui réussissent sont ceux qui comprennent bien le phénomène. Mais c’est difficile de changer les façons de faire en politique. Engager un dialogue avec les citoyens? Quelle idée bizarre… :)