Ce livre parle du logiciel libre, plus connu sous l’appellation ‘open source’. Il est destiné à tous ceux qui veulent comprendre la dimension culturelle du logiciel libre. Two Bits explique comment le logiciel libre fonctionne et comment il a émergé en parallèle avec l’internet, aussi bien sous sa forme technique que sous sa forme sociale.
Comprendre le logiciel libre en finesse est la meilleur façon de comprendre les changements controversés et confus provoqués par internet, par la redéfinition du bien commun et du droit d’auteur, du logiciel, et des réseaux.
Que cela vous évoque l’email, le peer to peer, Wikipedia, Facebook ou Flickr, que vous pensiez à la prolifération des bases de données, au vol d’identité, aux problèmes liés à la vie privée, à la place des savoirs du passé, aux brevets sur les gènes, à la mort de l’édition scolaire, aux brevets innombrables liés aux médicaments pour guérir le Sida, ou bien encore à des initiatives comme MoveOn.org, à la Net Neutrality ou à YouTube, les problèmes soulevés par ces phénomènes ne peuvent pas être pleinement compris sans s’attarder sur l’émergence du logiciel libre.
C’est au cours de l’histoire du logiciel libre que ces problèmes sont apparus, comme la confrontation entre propriété intellectuelle et piratage, mais également celui de l’activisme politique et des logiciels sociaux, c’est là que ces confrontations ont eu lieu en premier. Vouloir comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui sans connaître ce qu’il s’est passé hier n’a aucune chance d’aboutir à une solution.
Les racines du logiciel libre remontent aux années 70, et croisent l’histoire de l’ordinateur personnel et de l’internet, mais également celle des technologies de l’information et de l’industrie du logiciel, de la transformation des lois sur la propriété intellectuelle, de l’innovation dans les organisations et le management et de la collaboration virtuelle, ainsi que de l’émergence des mouvements sociaux en réseau.
Le logiciel libre n’explique pas pourquoi ces changements ont eu lieu, mais plutôt comment les individus y ont répondu : en créant de nouvelles choses, de nouveaux usages, de nouvelles pratiques et de nouvelles façon de vivre.
Il existe de multiples théories pour décrypter pourquoi les choses sont ainsi : la globalisation, la société en réseau, l’idéologie de la transparence, une virtualisation du travail, une nouvelle terre plate, un empire… Nous croulons sur les explications du pourquoi, que ce soit sous la forme de mythes ou d’études universitaires, mais nous avons très peu d’informations sur le comment.
Comprendre comment le logiciel libre fonctionne n’est pas de l’ordre du travail académique, c’est une expérience qui transforme la vie et le travail de ceux qui s’y impliquent. Les personnes, y compris, pour ne pas dire tout particulièrement, ceux qui ne se considèrent pas comme des développeurs, des hackers, des geeks ou des technophiles, et qui en font l’expérience, en sortent transformés, comme s’ils entraient en religion.
Les logiciels libres, leurs créateurs, et leurs utilisateurs ne sont pas, en tant que groupe, contre la propriété intellectuelle, ou contre le gouvernement, contre le marché, en pratique, ils ne sont pas pour ou contre quoi que ce soit, en tant que groupe, et à vrai dire, il n’y a pas de groupe, pas d’entreprise, pas d’organisation, pas d’ONG ou d’agence gouvernementale, pas de syndicat professionnel ni de mouvement clairement identifié.
Le logiciel libre est pourtant public, au sens où il s’agit de rendre les choses publiques. Cet élément est une clé indispensable pour comprendre sa signification culturelle, son attrait, et sa prolifération. Le logiciel libre est public d’une façon bien particulière, c’est une façon de créer des objets technologiques extrêmement complexes de façon autorégulée, collective, et dans une indépendance politique totale. Ces objets sont disponibles publiquement, gratuitement et pour quiconque, ils font parti du bien public.
C’est une forme de travail qui se base sur l’égalité, la justice, l’équité, et la raison, et s’immisce dans le domaine complexe du logiciel et des réseaux, et le bourbier des lois sur la propriété intellectuelle.
Le fait que des pratiques portant de telles valeurs émergent de quelque chose d’aussi obscur que le développement logiciel pousse beaucoup de gens à se poser une question simple : comment ces usages peuvent ils être transposés à d’autres aspects de la vie, comme le cinéma, la musique, la science ou la médecine, la vie civile et l’éducation ?
C’est ce besoin de prosélytisme, et la facilité avec laquelle ces pratiques se répandent, qui font la signification culturelle du logiciel libre. Pour le meilleur ou pour le pire, nous utiliserons tous tôt ou tard du Libre.
Two Bits (en anglais, désolé), de Christopher Kelty, est disponible gratuitement en téléchargement ou sous la forme d’un livre papier chez Amazon.
A lire également :
- Le logiciel libre censuré par les USA en Chine ...
- Le hacking devient-il mainstream ? ...
- Impact positif du p2p : interview des auteurs de l’étude scientifique Néerlandaise ...
- Culture Libre de Lawrence Lessig, un ebook à télécharger pour comprendre les enjeux de la Culture du XXIe siècle ...
- Comment le monde du Libre à gagné la bataille d’OAuth ...
- Un rapport commandé par le gouvernement Hollandais conclu à un impact « très positif » du peer to peer sur l’économie ...
- Projet Manhattan 2.0 : les Etats-Unis préparent-ils la bombe libre ? ...








02 septembre 2009 à 10:17
Le mouvement du logiciel libre est quelque chose de récent à l’échelle de l’Histoire (logiciel oblige) mais la philosophie sous-jacente, me semble-t-il, est celle qui a permis l’évolution des idées, des sciences, des techniques, des arts… depuis l’origine. Non ?
Note: Le logiciel libre et l’”open source” sont deux notions différentes: un logiciel libre est a priori “open source”, l’inverse n’étant pas nécessairement vrai. (voilà c’est fait ;))
02 septembre 2009 à 10:25
C’est un débat intéressant… Trouver une filiation au Libre dans des mouvement précédents… Chris Kelly l’a inscrit dans l’histoire du socialisme, mais d’autres penseurs comme Lawrence Lessig s’y sont violemment opposé.
A priori, c’est une synthèse de plusieurs courants de pensée, et surtout une rencontre faite avec la technologie informatique dans un premier temps, puis l’économie de l’abondance qui a explosé avec internet…
A ma connaissance, en dehors de ces deux que je viens de citer, personne n’a fait de travail sérieux sur la filiation du Libre dans une perspective historique, si quelqu’un a une piste, je suis preneur…
02 septembre 2009 à 10:31
Ce n’est pas directement l’objet du livre, mais on trouve des pistes intéressantes dans “L’Ethique Hacker” de Pekka Himanen.
02 septembre 2009 à 10:34
Oui, en effet, c’est du coté des hackers qu’il faut aller voir…
http://www.freescape.eu.org/biblio/article.php3?id_article=114
04 septembre 2009 à 17:25
Je conseille également l’excellente suite d’essais d’Eric Raymond, co-créateur du terme “open source” (traduction de S. Blondeel et E. Fleury) :
- La cathédrale et le bazar : http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/cathedrale-bazar_monoblock.html
- À la conquête de la noosphère : http://www.linux-france.org/article/these/noosphere/homesteading-fr.html
- Le chaudron magique : http://www.linux-france.org/article/these/magic-cauldron/magic-cauldron-fr.html
Pour ce qui est des hackers, il a également produit :
- Une brève histoire des hackers : http://www.linux-france.org/article/these/hackers_history/fr-a_brief_history_of_hackerdom.html
- La revanche des hackers : http://www.linux-france.org/article/these/hackers_revenge/fr-the_revenge_of_the_hackers.html
Et pour ceux qui débutent, une bonne entrée en matière de Perlin et Noisette :
- La bataille du logiciel libre : http://labatailledulogiciellibre.info/spip.php?article1