ePolitique Culturelle ?

culture Nous allons à grands pas vers un monde où l’accès libre et gratuit à la culture deviendra, dans les nations les plus évoluées, un droit, au même titre que l’éducation.

Les raisons pour cela sont multiples et convergentes.

La première est le retour à la raison du politique, lent mais inévitable, ne serait-ce que par le jeu du renouvellement des générations et le besoin, pour les plus jeunes d’entre eux, à devoir assumer demain leurs décisions d’aujourd’hui, ainsi que, pour les plus ambitieux, à laisser une trace dans l’Histoire.

Culture pour tous ?

A vrai dire, l’accès libre et gratuit à la culture – celle disponible sous forme audiovisuelle ou musicale aujourd’hui, et sous forme de livres électroniques sous peu – est déjà une réalité pour beaucoup, et les effets s’en font déjà ressentir.

Une culture gratuite, dans certaines de ses formes dégradées tout du moins, car le P2P rend son coût de reproduction et de distribution nul et facilite l’émergence d’une économie de l’abondance, pour l’instant largement clandestine, mais qui ne pourra longtemps rester en dehors du système si celui ci veut survivre au XXIe siècle.

Une culture libre, car le choix, pour ceux qui la vivent dans la clandestinité, y est non seulement infiniment plus vaste que celui proposé par les circuits commerciaux, mais n’est pas dicté par autre chose que l’envie et la curiosité.

La fin d’une certaine forme de distribution

La seconde raison est une conséquence de la première. L’économie de l’abondance porte un coup à une économie de la Culture qui s’était, tout au long du XXe siècle, fait dominer par la distribution au détriment des créateurs.

Phonogramme, vinyle, CD puis mp3, chaque avancée technologique dans la distribution fut l’occasion pour elle de rogner un peu plus la part qui revenait aux créateurs, et ce jusqu’à l’absurde : l’arrivée de plein pied dans l’économie de l’abondance, un monde où la distribution et la reproduction ne coûtent plus rien, et ou les industriels peinent à justifier la part du lion qu’ils s’octroient, au point de la pousser les politiques à sacrifier des fondamentaux démocratiques pour préserver leurs intérêts.

Cette économie se recentre petit à petit sur les créateurs, et ceux-ci l’on bien compris. De l’autre coté de la Manche, les artistes anglais lançaient, la semaine dernière, un appel à l’arrêt de la loi Hadopi locale, soucieux, entre autre, de préserver l’avenir d’une économie dans laquelle ils sont bien plus impliqués que leurs confrères Français.

Mais les auteurs, compositeurs, interprètes et producteurs anglais qui dénoncent unanimement Hadopi soulignent un autre point critique : de telles lois détruisent le lien qui les uni avec leur public, et freinent le recentrage en cours de l’économie de la culture sur les créateurs, mettant ainsi en péril leur propre avenir.

Quelle puissance culturelle pour demain ?

La troisième raison sera, elle aussi, le fait du politique, le vrai, pas celui manœuvré par des lobbys, celui qui œuvre pour l’avenir d’un pays, pour le renforcement ou la construction d’une puissance, en l’occurrence culturelle, avec ses inévitables conséquences économiques : Hollywood et les Américains le savent bien, la culture a toujours été et restera demain le cheval de Troie du commerce.

Avec une économie de la culture recentrée sur les créateurs, les Nations qui aspirent à rester ou devenir culturellement dominantes vont devoir, dans les décennies à venir, miser non plus sur leur puissance en matière de distribution – nationale ou internationale – mais sur leur capacité à générer, en leur sein, du créatif.

La distribution sera inévitablement atomisée, puis probablement reconstruite par de nouveaux entrants, plus intelligents, plus souples, plus en phase avec leur temps : Apple et Google d’un coté, Bittorent et le P2P de l’autre, assurant à ce secteur un équilibre entre enjeux commerciaux purs et durs, et modèles alternatifs, la frontière étant toujours floue.

L’industrie du logiciel, dans laquelle l’open source a désormais une place conséquente, a connu et connait encore ce type de mutation, elle n’est en rien un cas à part, tout juste le précurseur d’un rééquilibrage – pour ne pas dire une mutation profonde – des règles du jeu économique de demain.

Demain, tous cultivés ?

Cela passera par l’éducation, par de la reconnaissance sociale, par divers aides, mais cela passera avant tout par l’accès offert à tous à la culture, sans distinction d’âge, de sexe, d’origine ou de patrimoine (et idéalement de nationalité, la France ayant toujours eu des visées universelles dans ses principes, voilà une occasion en or).

Plus une génération est abreuvée de culture, plus elle a de chance de voir apparaitre dans ses rangs des créatifs qui assureront, demain, une place dominante à la nation qui les a vu naitre. C’est mathématique et implacable, aussi implacable que la corrélation entre l’espérance de vie et l’accès au soins, qu’entre l’éducation gratuite et obligatoire et la croissance économique.

L’état Français l’a d’ailleurs bien compris, mais les moyens à sa disposition sont d’un autre âge et s’avèrent parfaitement inefficaces. Le ministre de la Culture a lui même mis en relief l’ineptie du dispositif de distribution de la culture actuel, en soulignant le décalage entre “Secret Story sur TF1 et Verdi sur France 2” lors d’une récente intervention à l’université d’été de l’UMP.

Qui peut un instant imaginer que la télévision soit apte à faire franchir un tel gouffre culturel à une génération toute entière ? Il existe, entre ces deux formes de culture, bien plus que le mouvement d’un doigt sur une télécommande.

Entre Secret Story et Verdi se trouvent une multitude d’étapes et autant de personnes, d’individualités, de contextes, de parcours et de goûts qui feront que les chemins qui mènent de la boite de conserve à la gastronomie seront aussi variés que ceux qui les emprunteront.

Seule une mise à disposition massive de l’ensemble des biens culturels tombés dans l’économie de l’abondance permettra la mise en œuvre de méthodes et de savoirs faire permettant de faire grimper toute une nation dans le train du XXIe siècle, celui des savoirs et de la culture.

Or la culture est aujourd’hui distribuée au compte goutte par les média d’état, et à dose homéopathique par les autres, et ce n’est pas tant – pour les premiers – une question de volonté qu’une question de moyens. Verdi n’intéressera jamais du jour au lendemain 30% de parts de marché, et le diffuser sur un mass média n’a tout simplement pas de sens, tout du moins pas aujourd’hui.

Le seul “média” qui permettrait de prendre par la main chaque téléspectateurs de Secret Story afin de les amener à Verdi, c’est internet, et le chemin – forcément individualisé – passerait nécessairement par une incroyable quantité d’œuvres culturelles intermédiaires, rendant le parcours hors de porté de la plupart des bourses.

La culture pour les riches !

Ce chemin est aujourd’hui le privilège de ceux qui cumulent l’atout d’être nés dans un milieu aisé et intellectuellement favorisé, de ceux dont les parents sont riches et cultivés, et, plus récemment, de ceux qui maitrisent la technologie. Il y a des exceptions, certes, mais force est de reconnaitre qu’elles sont rares, et que l’éducation Nationale, elle non plus, n’a pas et n’aura jamais les moyens d’une telle ambition.

Force est de reconnaitre également que ces deux barrières que constituent l’argent et le savoir, peuvent être très largement abaissées par internet, au point d’offrir à toute une population ce que Jules Ferry avait offert à la France à travers l’éducation gratuite et obligatoire, avec les conséquences que l’ont sait.

Internet et ses mécanismes de recommandations sociaux ou algorithmiques peuvent pallier – en partie – aux inégalités qui font que nombreux sont ceux qui naissent et grandissent dans un milieu pauvre en culture. Le P2P pallie déjà, lui, aux inégalités qui privent une large partie de la population d’un accès digne de ce nom à la Culture, et qui ne peuvent se payer le luxe de consommer autre chose que celle que déverse la télévision dans les foyers.

L’économie de la culture doit s’adapter, mais tous les économistes sont d’accord pour affirmer que le P2P n’a aucun impact sur son chiffre d’affaire, et même s’il ne sont pas plus écoutés que Copernic à la fin du moyen âge, ils échappent sans soucis au bucher, et tous ceux qui se sont donné la peine de se renseigner savent qu’ils ont raison.

Une fois passé la surprise du bon sens contredit – non, la Terre n’est pas plate – l’idée que les pauvres qui consomment DivX et mp3 ne portent en rien préjudice à un marché dont ils sont exclu, et que les riches, eux, développent facilement des comportements addictifs vis à vis de toutes les formes de cultures qui compensent largement les pertes engendrés par ceux, restés hermétiques, ne voyant dans le P2P qu’un moyen de faire des économies, la réalité fini par apparaitre comme une évidence.

Oui, la Terre est ronde, et l’économie de la Culture de demain promet non seulement d’être florissante, mais mieux encore, d’apporter à l’humanité un surcroit de ce que des économistes Hollandais on qualifié de “bien être National” et estimé à plus de cent millions d’euros par an, alors que la pratique du P2P y est, là aussi, semi clandestine.

Revenir au moyen âge ?

Il est courant de croiser des adolescents dont la collection de mp3 rempli aisément un disque d’un Teraoctet – 100€ à l’achat de nos jours – le calcul est rapide : à raison de 5Mo le mp3, le coût – légal – d’une telle collection correspond au prix d’un appartement parisien.

Les forcer, par je ne sais quelle formule magique, à revenir à l’époque du disque qu’ont connu leurs parents revient, en utilisant un de ces parallèles démagogiques qui consiste à comparer à tout va le réel et le virtuel, à replonger une génération toute entière dans le tiers monde culturel, alors qu’ils vivent dans la richesse de l’économie de l’abondance.

Le même constat est vrai pour le cinéma, mais celui-ci a su adapter son modèle économique en temps et en heure, et – vous le savez certainement – le piratage massif de films comme “Le Ch’tits” ou “Taken” ne les ont en rien empêchés de réaliser des scores impressionnants et parfois même historiques au box office et à la vente en DVD.

Ne vous faites aucune illusion, les générations qui suivent, quelle que soit la propagande mise en place, ne feront, pas plus que leurs ainés, marche arrière sur le chemin de la culture pour tous.

La Culture demain ?

Quant aux mécanismes, algorithmes, réseaux sociaux, ou autres, qui feraient passer un peuple tout entier de Secret Story à Verdi, ils restent, en large partie, à inventer, et c’est une mission que l’industrie de la Culture – ainsi que son ministère de tutelle – feraient bien de prendre à bras le corps, sous peine de passer, une fois de plus, à coté de l’avenir.

A vrai dire, dans le secteur de la musique, ces mécanismes existent déjà à l’état embryonnaire. Last.fm, Deezer et consorts les ont mis en place et l’on assiste, dès à présent, à l’émergence d’une classe d’âge toute entière dont les compétences et la culture musicale stupéfient jusqu’au jury de la Nouvelle Star.

Naguère réservé aux vieux routards ayant passé leur vie à collectionner des vinyles, les encyclopédistes du rock n’ roll (ou de tout autre courant musical ou cinématographique) sont légions dans la génération Y, et seuls une infime partie d’entre eux ont payé pour la culture dont ils disposent. Les conséquences sur la qualité et la quantité de culture créée demain seront phénoménales.

Le fait que l’Etat et le ministère de la Culture fassent tout pour empêcher cela ne pourra durer bien longtemps, et est en grande parti lié à une incompréhension profonde des technologies auquel ils ont à faire, à leurs impacts sociaux, culturels, et politiques.

L’explosion sans pareille du business de concerts de toutes tailles, de l’intimiste donné dans un appartement converti à l’occasion, aux stades géants qui en ont fait une activité régulière, est une autre réalité de l’industrie culturelle qui échappe en large partie aux majors, et qui permet non seulement aux musiciens de vivre de leur art, mais embarque dans le commerce un nombre sans cesse croissant de créateurs pour qui une passion n’aurait, au siècle dernier, été qu’un hobby.

La création audiovisuelle, pratiquée par des centaines de millions d’individus sur la planète, et distribuée par YouTube ou Dailymotion, qui est, elle aussi, largement entravée par les même lobbys qui veulent museler toute une génération, promet demain un renouvellement des arts cinématographiques, du simple fait de l’explosion de vocations que cette activité, autrefois réservée à un petit nombre, aura suscité.

Dans de nombreux pays anglo-saxons, on ne compte plus les groupes qui passent leur vie en tournée sans avoir sorti le moindre disque, et sans même passer à la radio : leur public étant exclusivement constitué de personnes ayant téléchargé – illégalement pour l’immense majorité d’entre eux – leur musique.

L’économie ne meurt pas, elle se transforme, et pour l’instant, sans les maisons de disque qui ont tout misé, au siècle dernier, sur la poule au œufs d’or du moment, le CD. Les œufs sont pourris, il est temps de changer de recette.

Il ne s’agit pas d’arbitrer entre des auteurs supposés lésés dont les plus prestigieux d’entre eux hurlent au scandale et demande aux gouvernements de stopper leur action, et de méchants pirates supposés régner dans une zone de non droit, mais entre la préservation des intérêts d’une industrie désuète et une mise à niveau culturelle promise à tous et pour tous.

A lire également :

  1. Autrans 2009 : comment sauver l’industrie culturelle ? ...

19 commentaires pour cet article

  1. Julien N

    Je suis tout à fait d’accord Fabrice.
    Internet et la culture et le savoir qui y cir­culent en abon­dance est une chance sans pré­cé­dent pour la démo­cra­tie. J’espère sin­cè­re­ment qu’Hadopi ne pas­sera pas. Mais je suis plu­tôt que le débat naisse et qu’il sus­cite un regain de réfléxion sur l’avenir de la culture !

  2. Benoît Pellevoizin

    Article inté­res­sant. De nom­breuses fautes d’orthographe cepen­dant. Et selon moi, la ques­tion de l’éducation res­tera tjrs cen­trale dans cette écono­mie de l’abondance, et l’éducation est sociale et pro­fon­dé­ment déter­mi­née. Je ne suis pas sûr que l’économie de l’abondance ait la capa­cité de chan­ger cela.

  3. Fabrice Epelboin

    L’économie de l’abondance peut aussi radi­ca­le­ment chan­ger l’éducation, et là aussi, de la même façon que la culture, pour­rait en faire un droit uni­ver­selle. La France, en offrant gra­tui­te­ment l’accès aux cours qu’elle stocke sous la forme de vidéo et de pla­te­forme ‘2.0′, pour­rait ainsi offrir à l’Afrique toute entière, en tout cas l’Afrique Francophone, un accès à un pré­cieux maté­riel éduca­tif. Pour cela, il suf­fi­rait de convaincre les profs réti­cents, et sur­tout, d’appliquer la DAVDSI qui pré­voyait une levée du copy­right sur le maté­riel pédagogique…

  4. ZaraA

    Deux cita­tions pour rela­ti­vi­ser cette chance qu’est “l’accès à la culture” :

    - la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié
    - Frauduleusement ils s’approprient les ouvrages des inven­teurs et les tré­sors des sages; culture, voilà le nom qu’ils donnent à leur rapine.

    Et enfin, le net est cher. Il a coût; l’hyper-circulation de la culture est une entre­prise des plus coû­teuse, pour les indus­triels (des Telco aux opé­ra­teurs cultu­rels), et les par­ti­cu­lier. Loisir de pro­vinces riches, et sur­tout incroyable vor­tex énergétique.

  5. Fabrice Epelboin

    Ha ha… Qu’en est-il de l’oubli à l’époque de l’hyper connec­ti­vité, voilà une notion qui est appe­lée à évoluer, non ?

    Pour ce qui est des coûts, c’est clair, il y en a et il va fal­loir les assu­mer. Licence glo­bale, rétri­bu­tion créa­tive, mécé­nat glo­bal ou simple taxe des­ti­née à com­pen­ser la fin de l’industrie de la dis­tri­bu­tion… A priori, on s’oriente vers la der­nière solu­tion, qui ne fera que repous­ser le pro­blème, mais tôt ou tard, il fau­dra le régler.

    Objectivement, la France ne sera pas le pays qui ini­tiera un début de solu­tion, et celle-ci ne pour­rait venir que d’un ensemble plus grand, l’Europe, les Etats-Unis, les Nations Unis… on peut rêver…

  6. Benoît Pellevoizin

    Fabrice quand je parle d’éducation, je parle des déter­mi­nismes fami­liaux par exemple. Un fils d’ouvrier ira moins télé­char­ger du Krautrock qu’un fils de cadre sup’.
    C’est bien l’abondance, encore faut il savoir sélec­tion­ner. On ne peut pas mettre au même niveau un mor­ceau de Lorie et un concerto de Bach. Or qui va te don­ner l’envie, et la pro­pen­sion à aller vers telle type d’oeuvre cultu­relle ? L’école ? j’en doute malheureusement.

  7. Fabrice Epelboin

    oui, l’école aura du mal, mais les méca­nismes de recom­man­da­tion, les réseaux sociaux, et Dieu sait quoi encore peuvent y arri­ver. On n’aura pas droit pour autant à une égalité par­faite, c’est évident, mais on fera avan­cer les choses, non ?

  8. Hubert Guillaud

    Hélas, rien ne montre pour l’instant que l’internet abaisse les bar­rières d’entrées que consti­tuent l’argent et le savoir. Il a même plu­tôt ten­dance à repro­duire les bar­rières socio-professionnelles exis­tantes, expliquent les spé­cia­listes : ce sont les CSP++ qui uti­lisent le plus et le mieux l’internet bien souvent. 

    Le télé­char­ge­ment mas­sif ne se fait pas néces­sai­re­ment sur l’oeuvre d’Ingmar Bergman ou l’encyclopédie uni­ver­sa­lis, mais plus assu­ré­ment sur les pro­duits les plus four­nis par les indus­tries cultu­relles d’aujourd’hui. Mais bon, ce n’est pas l’internet qui com­bat­tra seul la mas­si­fi­ca­tion de la culture telle que l’industrialisation l’a trans­formé depuis la fin du XIXe siècle. 

    Pour autant, oui, l’internet a un poten­tiel pour chan­ger notre rap­port à la culture, pas seule­ment en per­met­tant d’accéder gra­tui­te­ment à des conte­nus, mais sur­tout en per­met­tant à tous d’y accé­der. Reste encore que l’éducation notam­ment se mette en rang pour l’exploiter. Et sur­tout, que nous par­ve­nions à cou­per les robi­nets de l’industrie de la culture qui se déversent chaque jour plus mas­si­ve­ment dans les esprits de cha­cun… Oui, inter­net offre une alter­na­tive aux robi­nets. Mais pourra-t-elle ame­ner plus de gens vers une plus grande diver­sité cultu­relle, alors que l’internet est aussi l’un des pre­miers média à favo­ri­ser les agré­ga­tions faciles et les plus basses viralités ? 

    On peut le sou­hai­ter, mais pour l’instant je n’en ai pas vu la mesure…

  9. Fabrice Epelboin

    D’où l’idée de faire pas­ser la dis­tri­bu­tion dans les mains… du peuple… enfin, des foules…

    Je ne suis pas convaincu que l’internet n’arrive pas, à terme, à abais­ser ces bar­rières, une étude est sorti il n’y a pas long­temps sur l’implication en poli­tique, tra­di­tion­nel­le­ment cor­ré­lée au niveau de patri­moine, et qui montre que les choses sont en train de chan­ger, on est tenté d’extrapoler cela à la culture, non ?

  10. iWilex

    J’enseigne le droit de la culture à mes étudiants, mais aucun n’est capable de défi­nir ce qu’est la culture: ce qu’on y intègre, ce qu’on exclut… Bien malin est la per­sonne qui saura dire ce qu’est la culture dans sa glo­ba­lité, ce ne peut être qu’une défi­ni­tion per­son­nelles; d’où l’ironie et la schi­zo­phré­nie que peut ren­con­trer un minis­tère de LA culture. On aurait pré­féré un minis­tère des cultures…
    Ceci dit, Internet est un moyen d’accès A la culture (ali­néa 13 du pré­am­bule de la Constitution de 46), répon­dant aux impé­ra­tifs de la livrai­son de la culture… Mais est-ce que cela cor­res­pond à l’éducation cultu­relle (englo­bée dans le même ali­néa sous la for­mu­la­tion simple “éduca­tion”) ou à la décou­verte cultu­relle de Verdi? Finalement, Internet, son usage et la consom­ma­tion “cultu­relle” qui y est faite reste le reflet de la consom­ma­tion réelle pas­sée: on télé­charge (léga­le­ment ou illé­ga­le­ment) que ce que l’on appré­cie en fonc­tion de ce que l’on a entendu à la radio / télé­vi­sion ou alors de la musique dif­fu­sée dans sa/ses sphères sociales.

    Du coup, je me pose cette ques­tion: est-ce que le Net est vrai­ment un outil de démo­cra­ti­sa­tion de la culture, ou plu­tôt un vec­teur de “cultu­ra­tion socié­tale”? tout en sachant inexo­ra­ble­ment que la défi­ni­tion de la culture res­tera trop subjec­tive pour pou­voir por­ter un juge­ment objec­tif sur l’apport d’Internet dans l’élévation de la connais­sance cultu­relle (et du goût pour…)

  11. Fabrice Epelboin

    @iWilex

    “Culturation socié­tale”… tu peux développer ?

    (tout comme l’approche consti­tu­tio­nelle, d’ailleurs, forte intéressante)

  12. iWilex

    Oui, par­don, je me suis un peu emballé dans l’utilisation de mots qui ne veulent, à eux seuls, pas dire grand chose. Je me deman­dais donc si le Net était un vec­teur de déve­lop­pe­ment cultu­rel, de “tireur vers le haut” pour éduquer cultu­rel­le­ment les citoyens, à la manière des Maisons de la Culture ins­tau­rées par Malraux (cf son dis­cours à l’inauguration de la Maison de la Culture à Bourges: http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/dossiers/malraux2006/discours/a.m-bourges.htm ).

    Le pré­am­bule de la Constitution de 46 (qui est toujours d’actualité, puisqu’il fait par­tie du bloc de consti­tu­tion­na­lité) invoque “La Nation garan­tit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et à la culture.(…)”, mais ne défi­nit pas ce qu’est la culture. Idem dans les mis­sion du minis­tère: pas de défi­ni­tion de la culture…

    Du coup, dans ces exemples de la poli­tique publique française, l’objectif n’est pas de culti­ver, mais de rendre acces­sible la culture… Deux choses tota­le­ment dif­fé­rentes puisque les résul­tats divergent… Du coup, pourquoi inter­dire ou régu­ler le Net sur les conte­nus cultu­rels puisqu’il répond plei­ne­ment à l’objectif (un des objec­tifs, avec la conser­va­tion, valo­ri­sa­tion et éduca­tion) ministériel?

    Et l’autre ques­tion, qui reste irré­so­lue; celle débat­tue dans l’article: est-ce qu’internet éduque, cultive, désen­clave les strates sociales, par­ti­cipe au déve­lop­pe­ment du savoir com­mun et pour cha­cun, etc… ??

  13. Fabrice Epelboin

    C’est une approche (un jour­na­liste dirait un ‘angle’) vrai­ment inter­es­sante qui mérite un débat… du coup, tu es obligé de nous pondre un billet ;-)

    La réponse à Hadopi est vrai­sem­bla­ble­ment dans la consti­tu­tion, le conseil consti­tu­tion­nel nous l’avait souf­flé, mais expliqué par un juriste, ça prend tout son sens…

    Allez hop, au tra­vail, après cette trou­vaille, tu es obligé de nous étayer tout cela pour poser le débat de façon publique :-)

  14. Fabrice Epelboin

    NB: iWi­lex est l’auteur de ce billet.

  15. iWilex

    Vox Populi, vox Dei…
    Je vais essayer de te pondre quelque chose alors…

  16. Desirade

    La bête étant grosse sou­hai­tons qu’elle puisse sup­por­ter une bonne purge et n’en pas cre­ver tout à fait.
    La cha­rogne serait d’une insup­por­table puan­teur. Et à bien y regar­der nous n’avons pas tout à fait mérité ça.
    Ton billet Fabrice est à com­pa­rer avec celui-ci => Babozor sur les 40 ans d’internet http://bit.ly/12oIqF

  17. Nicolas Cynober

    Effectivement même si la culture devient très faci­le­ment acces­sible ce n’est pas pour autant que nous deve­nons bou­lé­mique de culture. Je trouve très inté­res­sant la reflexion sur les étapes per­met­tant de pas­ser de Secret Story à Verdi. La reco­man­da­tion est un point capi­tal. Et les nou­velles formes de pro­pa­ga­tion de l’information (twit­ter et face­book) joue­ront un rôle cen­tral. Mais l’éducation a un rôle à jouer! L’éducation doit don­ner les clés pour accé­der, fil­trer puis syn­thé­ti­ser toute cette connais­sance, cette culture à porté de click. Seul pro­blème, com­ment for­mer des ensei­gnants déjà dépas­sés par leurs élèves sur ce sujet…

  18. N

    Je vou­lais appor­ter ma contri­bu­tion per­son­nelle sur la place du déter­mi­nisme social dans la culture d’un indi­vidu.
    Je suis pour ma part un enfant d’immigrés, qui sont main­te­nant com­merçants. Je le dis avec une petite pointe de tris­tesse : ils n’ont pas ou presque pas contri­bué à mon «éduca­tion cultu­relle». Ils n’ont reçu que peu d’éducation avant d’arriver, et n’ont jamais été par­ti­cu­liè­re­ment attiré par les pro­duits de la culture. Ce qui m’a «sauvé», c’est peut-être le fait qu’ils m’aient fait faire de la musique très jeune. Mais là encore, faire de la musique, ça n’est pas la connaître (mon érudi­tion en la matière est bien plus limi­tée que celle d’amateurs non musi­ciens), même si cela ouvre une for­mi­dable fenêtre.

    Cependant j’ai eu la chance d’avoir un accès à inter­net depuis mon ado­les­cence, et ce fut dès lors une sorte de «nais­sance» de la culture en moi. Étant de la géné­ra­tion Y, j’ai rapi­de­ment pris l’habitude de cher­cher tout et n’importe quoi sur la toile, de noter des noms d’artistes pour ensuite aller télé­char­ger leur musique et les décou­vrir, etc. Et ceci vaut pour toute la culture, pas seule­ment la musique. J’ai décou­vert tel­le­ment de choses grâce à l’outil… Je ne m’imagine plus sans lui, et j’imagine encore moins la somme de connais­sance à venir qu’il m’apportera.

    Donc pour répondre à l’interrogation de iWi­lex, Internet a eu pour moi les 2 fonc­tions : à la fois un accès à la culture, mais égale­ment un outil pour me «tirer vers le haut». Et c’est cette seconde fonc­tion qui me semble sou­mise à un déter­mi­nisme social. Car cette capa­cité à se tirer vers le haut est latente. C’est n’est pas inter­net qui nous tire vers le haut, c’est nous qui nous his­sons de notre propre ini­tia­tive. Internet est une échelle, pas un esca­la­tor. Et là, le milieu dans lequel on gran­dit et les ren­contre que l’on fait (notam­ment à l’école, pour un peu répondre à Benoît) sont déter­mi­nantes dans l’envie de se culti­ver et s’instruire.
    Et c’est là un tout autre débat qui s’ouvre…

    Mais si l’école devait nous apprendre quelque chose en par­ti­cu­lier, ce serait apprendre à être curieux de tout. Internet jouera alors son rôle…

  19. Fabrice Epelboin

    Magnifique contri­bu­tion. Merci :-)

    Même si je viens pour ma part d’un milieu ultra favo­risé cultu­rel­le­ment, j’ai le même par­cours avec le cinéma, si j’avais du me conten­ter de l’offre légale, je n’aurais pas vu le quart de la moi­tié de ce que j’ai aimé voir, je ne me serai jamais vrai­ment ouvert au cinéma asia­tique, par­ti­cu­liè­re­ment mal dis­tri­bué, inter­net per­met vrai­ment de s’ouvrir, et comme tu le sou­ligne si bien, une école qui appren­drait à deve­nir curieux suf­fi­rait à faire explo­ser le niveau cultu­rel en France.

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  3. L’accès pour tous à la culture, une nouvelle donne ! :

    […] bien . Ainsi je me pré­pare a inter­ve­nir samedi à Artischaud et en fai­sant ma veille je tombe sur cet article de Fabrice Epelboin, qui a lui seul résume toute une […]

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