Nous allons à grands pas vers un monde où l’accès libre et gratuit à la culture deviendra, dans les nations les plus évoluées, un droit, au même titre que l’éducation.
Les raisons pour cela sont multiples et convergentes.
La première est le retour à la raison du politique, lent mais inévitable, ne serait-ce que par le jeu du renouvellement des générations et le besoin, pour les plus jeunes d’entre eux, à devoir assumer demain leurs décisions d’aujourd’hui, ainsi que, pour les plus ambitieux, à laisser une trace dans l’Histoire.
Culture pour tous ?
A vrai dire, l’accès libre et gratuit à la culture – celle disponible sous forme audiovisuelle ou musicale aujourd’hui, et sous forme de livres électroniques sous peu – est déjà une réalité pour beaucoup, et les effets s’en font déjà ressentir.
Une culture gratuite, dans certaines de ses formes dégradées tout du moins, car le P2P rend son coût de reproduction et de distribution nul et facilite l’émergence d’une économie de l’abondance, pour l’instant largement clandestine, mais qui ne pourra longtemps rester en dehors du système si celui ci veut survivre au XXIe siècle.
Une culture libre, car le choix, pour ceux qui la vivent dans la clandestinité, y est non seulement infiniment plus vaste que celui proposé par les circuits commerciaux, mais n’est pas dicté par autre chose que l’envie et la curiosité.
La fin d’une certaine forme de distribution
La seconde raison est une conséquence de la première. L’économie de l’abondance porte un coup à une économie de la Culture qui s’était, tout au long du XXe siècle, fait dominer par la distribution au détriment des créateurs.
Phonogramme, vinyle, CD puis mp3, chaque avancée technologique dans la distribution fut l’occasion pour elle de rogner un peu plus la part qui revenait aux créateurs, et ce jusqu’à l’absurde : l’arrivée de plein pied dans l’économie de l’abondance, un monde où la distribution et la reproduction ne coûtent plus rien, et ou les industriels peinent à justifier la part du lion qu’ils s’octroient, au point de la pousser les politiques à sacrifier des fondamentaux démocratiques pour préserver leurs intérêts.
Cette économie se recentre petit à petit sur les créateurs, et ceux-ci l’on bien compris. De l’autre coté de la Manche, les artistes anglais lançaient, la semaine dernière, un appel à l’arrêt de la loi Hadopi locale, soucieux, entre autre, de préserver l’avenir d’une économie dans laquelle ils sont bien plus impliqués que leurs confrères Français.
Mais les auteurs, compositeurs, interprètes et producteurs anglais qui dénoncent unanimement Hadopi soulignent un autre point critique : de telles lois détruisent le lien qui les uni avec leur public, et freinent le recentrage en cours de l’économie de la culture sur les créateurs, mettant ainsi en péril leur propre avenir.
Quelle puissance culturelle pour demain ?
La troisième raison sera, elle aussi, le fait du politique, le vrai, pas celui manœuvré par des lobbys, celui qui œuvre pour l’avenir d’un pays, pour le renforcement ou la construction d’une puissance, en l’occurrence culturelle, avec ses inévitables conséquences économiques : Hollywood et les Américains le savent bien, la culture a toujours été et restera demain le cheval de Troie du commerce.
Avec une économie de la culture recentrée sur les créateurs, les Nations qui aspirent à rester ou devenir culturellement dominantes vont devoir, dans les décennies à venir, miser non plus sur leur puissance en matière de distribution – nationale ou internationale – mais sur leur capacité à générer, en leur sein, du créatif.
La distribution sera inévitablement atomisée, puis probablement reconstruite par de nouveaux entrants, plus intelligents, plus souples, plus en phase avec leur temps : Apple et Google d’un coté, Bittorent et le P2P de l’autre, assurant à ce secteur un équilibre entre enjeux commerciaux purs et durs, et modèles alternatifs, la frontière étant toujours floue.
L’industrie du logiciel, dans laquelle l’open source a désormais une place conséquente, a connu et connait encore ce type de mutation, elle n’est en rien un cas à part, tout juste le précurseur d’un rééquilibrage – pour ne pas dire une mutation profonde – des règles du jeu économique de demain.
Demain, tous cultivés ?
Cela passera par l’éducation, par de la reconnaissance sociale, par divers aides, mais cela passera avant tout par l’accès offert à tous à la culture, sans distinction d’âge, de sexe, d’origine ou de patrimoine (et idéalement de nationalité, la France ayant toujours eu des visées universelles dans ses principes, voilà une occasion en or).
Plus une génération est abreuvée de culture, plus elle a de chance de voir apparaitre dans ses rangs des créatifs qui assureront, demain, une place dominante à la nation qui les a vu naitre. C’est mathématique et implacable, aussi implacable que la corrélation entre l’espérance de vie et l’accès au soins, qu’entre l’éducation gratuite et obligatoire et la croissance économique.
L’état Français l’a d’ailleurs bien compris, mais les moyens à sa disposition sont d’un autre âge et s’avèrent parfaitement inefficaces. Le ministre de la Culture a lui même mis en relief l’ineptie du dispositif de distribution de la culture actuel, en soulignant le décalage entre “Secret Story sur TF1 et Verdi sur France 2” lors d’une récente intervention à l’université d’été de l’UMP.
Qui peut un instant imaginer que la télévision soit apte à faire franchir un tel gouffre culturel à une génération toute entière ? Il existe, entre ces deux formes de culture, bien plus que le mouvement d’un doigt sur une télécommande.
Entre Secret Story et Verdi se trouvent une multitude d’étapes et autant de personnes, d’individualités, de contextes, de parcours et de goûts qui feront que les chemins qui mènent de la boite de conserve à la gastronomie seront aussi variés que ceux qui les emprunteront.
Seule une mise à disposition massive de l’ensemble des biens culturels tombés dans l’économie de l’abondance permettra la mise en œuvre de méthodes et de savoirs faire permettant de faire grimper toute une nation dans le train du XXIe siècle, celui des savoirs et de la culture.
Or la culture est aujourd’hui distribuée au compte goutte par les média d’état, et à dose homéopathique par les autres, et ce n’est pas tant – pour les premiers – une question de volonté qu’une question de moyens. Verdi n’intéressera jamais du jour au lendemain 30% de parts de marché, et le diffuser sur un mass média n’a tout simplement pas de sens, tout du moins pas aujourd’hui.
Le seul “média” qui permettrait de prendre par la main chaque téléspectateurs de Secret Story afin de les amener à Verdi, c’est internet, et le chemin – forcément individualisé – passerait nécessairement par une incroyable quantité d’œuvres culturelles intermédiaires, rendant le parcours hors de porté de la plupart des bourses.
La culture pour les riches !
Ce chemin est aujourd’hui le privilège de ceux qui cumulent l’atout d’être nés dans un milieu aisé et intellectuellement favorisé, de ceux dont les parents sont riches et cultivés, et, plus récemment, de ceux qui maitrisent la technologie. Il y a des exceptions, certes, mais force est de reconnaitre qu’elles sont rares, et que l’éducation Nationale, elle non plus, n’a pas et n’aura jamais les moyens d’une telle ambition.
Force est de reconnaitre également que ces deux barrières que constituent l’argent et le savoir, peuvent être très largement abaissées par internet, au point d’offrir à toute une population ce que Jules Ferry avait offert à la France à travers l’éducation gratuite et obligatoire, avec les conséquences que l’ont sait.
Internet et ses mécanismes de recommandations sociaux ou algorithmiques peuvent pallier – en partie – aux inégalités qui font que nombreux sont ceux qui naissent et grandissent dans un milieu pauvre en culture. Le P2P pallie déjà, lui, aux inégalités qui privent une large partie de la population d’un accès digne de ce nom à la Culture, et qui ne peuvent se payer le luxe de consommer autre chose que celle que déverse la télévision dans les foyers.
L’économie de la culture doit s’adapter, mais tous les économistes sont d’accord pour affirmer que le P2P n’a aucun impact sur son chiffre d’affaire, et même s’il ne sont pas plus écoutés que Copernic à la fin du moyen âge, ils échappent sans soucis au bucher, et tous ceux qui se sont donné la peine de se renseigner savent qu’ils ont raison.
Une fois passé la surprise du bon sens contredit – non, la Terre n’est pas plate – l’idée que les pauvres qui consomment DivX et mp3 ne portent en rien préjudice à un marché dont ils sont exclu, et que les riches, eux, développent facilement des comportements addictifs vis à vis de toutes les formes de cultures qui compensent largement les pertes engendrés par ceux, restés hermétiques, ne voyant dans le P2P qu’un moyen de faire des économies, la réalité fini par apparaitre comme une évidence.
Oui, la Terre est ronde, et l’économie de la Culture de demain promet non seulement d’être florissante, mais mieux encore, d’apporter à l’humanité un surcroit de ce que des économistes Hollandais on qualifié de “bien être National” et estimé à plus de cent millions d’euros par an, alors que la pratique du P2P y est, là aussi, semi clandestine.
Revenir au moyen âge ?
Il est courant de croiser des adolescents dont la collection de mp3 rempli aisément un disque d’un Teraoctet – 100€ à l’achat de nos jours – le calcul est rapide : à raison de 5Mo le mp3, le coût – légal – d’une telle collection correspond au prix d’un appartement parisien.
Les forcer, par je ne sais quelle formule magique, à revenir à l’époque du disque qu’ont connu leurs parents revient, en utilisant un de ces parallèles démagogiques qui consiste à comparer à tout va le réel et le virtuel, à replonger une génération toute entière dans le tiers monde culturel, alors qu’ils vivent dans la richesse de l’économie de l’abondance.
Le même constat est vrai pour le cinéma, mais celui-ci a su adapter son modèle économique en temps et en heure, et – vous le savez certainement – le piratage massif de films comme “Le Ch’tits” ou “Taken” ne les ont en rien empêchés de réaliser des scores impressionnants et parfois même historiques au box office et à la vente en DVD.
Ne vous faites aucune illusion, les générations qui suivent, quelle que soit la propagande mise en place, ne feront, pas plus que leurs ainés, marche arrière sur le chemin de la culture pour tous.
La Culture demain ?
Quant aux mécanismes, algorithmes, réseaux sociaux, ou autres, qui feraient passer un peuple tout entier de Secret Story à Verdi, ils restent, en large partie, à inventer, et c’est une mission que l’industrie de la Culture – ainsi que son ministère de tutelle – feraient bien de prendre à bras le corps, sous peine de passer, une fois de plus, à coté de l’avenir.
A vrai dire, dans le secteur de la musique, ces mécanismes existent déjà à l’état embryonnaire. Last.fm, Deezer et consorts les ont mis en place et l’on assiste, dès à présent, à l’émergence d’une classe d’âge toute entière dont les compétences et la culture musicale stupéfient jusqu’au jury de la Nouvelle Star.
Naguère réservé aux vieux routards ayant passé leur vie à collectionner des vinyles, les encyclopédistes du rock n’ roll (ou de tout autre courant musical ou cinématographique) sont légions dans la génération Y, et seuls une infime partie d’entre eux ont payé pour la culture dont ils disposent. Les conséquences sur la qualité et la quantité de culture créée demain seront phénoménales.
Le fait que l’Etat et le ministère de la Culture fassent tout pour empêcher cela ne pourra durer bien longtemps, et est en grande parti lié à une incompréhension profonde des technologies auquel ils ont à faire, à leurs impacts sociaux, culturels, et politiques.
L’explosion sans pareille du business de concerts de toutes tailles, de l’intimiste donné dans un appartement converti à l’occasion, aux stades géants qui en ont fait une activité régulière, est une autre réalité de l’industrie culturelle qui échappe en large partie aux majors, et qui permet non seulement aux musiciens de vivre de leur art, mais embarque dans le commerce un nombre sans cesse croissant de créateurs pour qui une passion n’aurait, au siècle dernier, été qu’un hobby.
La création audiovisuelle, pratiquée par des centaines de millions d’individus sur la planète, et distribuée par YouTube ou Dailymotion, qui est, elle aussi, largement entravée par les même lobbys qui veulent museler toute une génération, promet demain un renouvellement des arts cinématographiques, du simple fait de l’explosion de vocations que cette activité, autrefois réservée à un petit nombre, aura suscité.
Dans de nombreux pays anglo-saxons, on ne compte plus les groupes qui passent leur vie en tournée sans avoir sorti le moindre disque, et sans même passer à la radio : leur public étant exclusivement constitué de personnes ayant téléchargé – illégalement pour l’immense majorité d’entre eux – leur musique.
L’économie ne meurt pas, elle se transforme, et pour l’instant, sans les maisons de disque qui ont tout misé, au siècle dernier, sur la poule au œufs d’or du moment, le CD. Les œufs sont pourris, il est temps de changer de recette.
Il ne s’agit pas d’arbitrer entre des auteurs supposés lésés dont les plus prestigieux d’entre eux hurlent au scandale et demande aux gouvernements de stopper leur action, et de méchants pirates supposés régner dans une zone de non droit, mais entre la préservation des intérêts d’une industrie désuète et une mise à niveau culturelle promise à tous et pour tous.
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15 septembre 2009 à 10:14
Je suis tout à fait d’accord Fabrice.
Internet et la culture et le savoir qui y circulent en abondance est une chance sans précédent pour la démocratie. J’espère sincèrement qu’Hadopi ne passera pas. Mais je suis plutôt que le débat naisse et qu’il suscite un regain de réfléxion sur l’avenir de la culture !
15 septembre 2009 à 10:30
Article intéressant. De nombreuses fautes d’orthographe cependant. Et selon moi, la question de l’éducation restera tjrs centrale dans cette économie de l’abondance, et l’éducation est sociale et profondément déterminée. Je ne suis pas sûr que l’économie de l’abondance ait la capacité de changer cela.
15 septembre 2009 à 10:51
L’économie de l’abondance peut aussi radicalement changer l’éducation, et là aussi, de la même façon que la culture, pourrait en faire un droit universelle. La France, en offrant gratuitement l’accès aux cours qu’elle stocke sous la forme de vidéo et de plateforme ‘2.0′, pourrait ainsi offrir à l’Afrique toute entière, en tout cas l’Afrique Francophone, un accès à un précieux matériel éducatif. Pour cela, il suffirait de convaincre les profs réticents, et surtout, d’appliquer la DAVDSI qui prévoyait une levée du copyright sur le matériel pédagogique…
15 septembre 2009 à 11:14
Deux citations pour relativiser cette chance qu’est “l’accès à la culture” :
- la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié
- Frauduleusement ils s’approprient les ouvrages des inventeurs et les trésors des sages; culture, voilà le nom qu’ils donnent à leur rapine.
Et enfin, le net est cher. Il a coût; l’hyper-circulation de la culture est une entreprise des plus coûteuse, pour les industriels (des Telco aux opérateurs culturels), et les particulier. Loisir de provinces riches, et surtout incroyable vortex énergétique.
15 septembre 2009 à 11:25
Ha ha… Qu’en est-il de l’oubli à l’époque de l’hyper connectivité, voilà une notion qui est appelée à évoluer, non ?
Pour ce qui est des coûts, c’est clair, il y en a et il va falloir les assumer. Licence globale, rétribution créative, mécénat global ou simple taxe destinée à compenser la fin de l’industrie de la distribution… A priori, on s’oriente vers la dernière solution, qui ne fera que repousser le problème, mais tôt ou tard, il faudra le régler.
Objectivement, la France ne sera pas le pays qui initiera un début de solution, et celle-ci ne pourrait venir que d’un ensemble plus grand, l’Europe, les Etats-Unis, les Nations Unis… on peut rêver…
15 septembre 2009 à 11:26
Fabrice quand je parle d’éducation, je parle des déterminismes familiaux par exemple. Un fils d’ouvrier ira moins télécharger du Krautrock qu’un fils de cadre sup’.
C’est bien l’abondance, encore faut il savoir sélectionner. On ne peut pas mettre au même niveau un morceau de Lorie et un concerto de Bach. Or qui va te donner l’envie, et la propension à aller vers telle type d’oeuvre culturelle ? L’école ? j’en doute malheureusement.
15 septembre 2009 à 11:29
oui, l’école aura du mal, mais les mécanismes de recommandation, les réseaux sociaux, et Dieu sait quoi encore peuvent y arriver. On n’aura pas droit pour autant à une égalité parfaite, c’est évident, mais on fera avancer les choses, non ?
15 septembre 2009 à 11:30
Hélas, rien ne montre pour l’instant que l’internet abaisse les barrières d’entrées que constituent l’argent et le savoir. Il a même plutôt tendance à reproduire les barrières socio-professionnelles existantes, expliquent les spécialistes : ce sont les CSP++ qui utilisent le plus et le mieux l’internet bien souvent.
Le téléchargement massif ne se fait pas nécessairement sur l’oeuvre d’Ingmar Bergman ou l’encyclopédie universalis, mais plus assurément sur les produits les plus fournis par les industries culturelles d’aujourd’hui. Mais bon, ce n’est pas l’internet qui combattra seul la massification de la culture telle que l’industrialisation l’a transformé depuis la fin du XIXe siècle.
Pour autant, oui, l’internet a un potentiel pour changer notre rapport à la culture, pas seulement en permettant d’accéder gratuitement à des contenus, mais surtout en permettant à tous d’y accéder. Reste encore que l’éducation notamment se mette en rang pour l’exploiter. Et surtout, que nous parvenions à couper les robinets de l’industrie de la culture qui se déversent chaque jour plus massivement dans les esprits de chacun… Oui, internet offre une alternative aux robinets. Mais pourra-t-elle amener plus de gens vers une plus grande diversité culturelle, alors que l’internet est aussi l’un des premiers média à favoriser les agrégations faciles et les plus basses viralités ?
On peut le souhaiter, mais pour l’instant je n’en ai pas vu la mesure…
15 septembre 2009 à 11:35
D’où l’idée de faire passer la distribution dans les mains… du peuple… enfin, des foules…
Je ne suis pas convaincu que l’internet n’arrive pas, à terme, à abaisser ces barrières, une étude est sorti il n’y a pas longtemps sur l’implication en politique, traditionnellement corrélée au niveau de patrimoine, et qui montre que les choses sont en train de changer, on est tenté d’extrapoler cela à la culture, non ?
15 septembre 2009 à 12:01
J’enseigne le droit de la culture à mes étudiants, mais aucun n’est capable de définir ce qu’est la culture: ce qu’on y intègre, ce qu’on exclut… Bien malin est la personne qui saura dire ce qu’est la culture dans sa globalité, ce ne peut être qu’une définition personnelles; d’où l’ironie et la schizophrénie que peut rencontrer un ministère de LA culture. On aurait préféré un ministère des cultures…
Ceci dit, Internet est un moyen d’accès A la culture (alinéa 13 du préambule de la Constitution de 46), répondant aux impératifs de la livraison de la culture… Mais est-ce que cela correspond à l’éducation culturelle (englobée dans le même alinéa sous la formulation simple “éducation”) ou à la découverte culturelle de Verdi? Finalement, Internet, son usage et la consommation “culturelle” qui y est faite reste le reflet de la consommation réelle passée: on télécharge (légalement ou illégalement) que ce que l’on apprécie en fonction de ce que l’on a entendu à la radio / télévision ou alors de la musique diffusée dans sa/ses sphères sociales.
Du coup, je me pose cette question: est-ce que le Net est vraiment un outil de démocratisation de la culture, ou plutôt un vecteur de “culturation sociétale”? tout en sachant inexorablement que la définition de la culture restera trop subjective pour pouvoir porter un jugement objectif sur l’apport d’Internet dans l’élévation de la connaissance culturelle (et du goût pour…)
15 septembre 2009 à 13:11
@iWilex
“Culturation sociétale”… tu peux développer ?
(tout comme l’approche constitutionelle, d’ailleurs, forte intéressante)
15 septembre 2009 à 14:47
Oui, pardon, je me suis un peu emballé dans l’utilisation de mots qui ne veulent, à eux seuls, pas dire grand chose. Je me demandais donc si le Net était un vecteur de développement culturel, de “tireur vers le haut” pour éduquer culturellement les citoyens, à la manière des Maisons de la Culture instaurées par Malraux (cf son discours à l’inauguration de la Maison de la Culture à Bourges: http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/dossiers/malraux2006/discours/a.m-bourges.htm ).
Le préambule de la Constitution de 46 (qui est toujours d’actualité, puisqu’il fait partie du bloc de constitutionnalité) invoque “La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture.(…)”, mais ne définit pas ce qu’est la culture. Idem dans les mission du ministère: pas de définition de la culture…
Du coup, dans ces exemples de la politique publique française, l’objectif n’est pas de cultiver, mais de rendre accessible la culture… Deux choses totalement différentes puisque les résultats divergent… Du coup, pourquoi interdire ou réguler le Net sur les contenus culturels puisqu’il répond pleinement à l’objectif (un des objectifs, avec la conservation, valorisation et éducation) ministériel?
Et l’autre question, qui reste irrésolue; celle débattue dans l’article: est-ce qu’internet éduque, cultive, désenclave les strates sociales, participe au développement du savoir commun et pour chacun, etc… ??
15 septembre 2009 à 14:53
C’est une approche (un journaliste dirait un ‘angle’) vraiment interessante qui mérite un débat… du coup, tu es obligé de nous pondre un billet ;-)
La réponse à Hadopi est vraisemblablement dans la constitution, le conseil constitutionnel nous l’avait soufflé, mais expliqué par un juriste, ça prend tout son sens…
Allez hop, au travail, après cette trouvaille, tu es obligé de nous étayer tout cela pour poser le débat de façon publique :-)
15 septembre 2009 à 15:00
NB: iWilex est l’auteur de ce billet.
15 septembre 2009 à 15:18
Vox Populi, vox Dei…
Je vais essayer de te pondre quelque chose alors…
16 septembre 2009 à 5:44
La bête étant grosse souhaitons qu’elle puisse supporter une bonne purge et n’en pas crever tout à fait.
La charogne serait d’une insupportable puanteur. Et à bien y regarder nous n’avons pas tout à fait mérité ça.
Ton billet Fabrice est à comparer avec celui-ci => Babozor sur les 40 ans d’internet http://bit.ly/12oIqF
21 septembre 2009 à 14:09
Effectivement même si la culture devient très facilement accessible ce n’est pas pour autant que nous devenons boulémique de culture. Je trouve très intéressant la reflexion sur les étapes permettant de passer de Secret Story à Verdi. La recomandation est un point capital. Et les nouvelles formes de propagation de l’information (twitter et facebook) joueront un rôle central. Mais l’éducation a un rôle à jouer! L’éducation doit donner les clés pour accéder, filtrer puis synthétiser toute cette connaissance, cette culture à porté de click. Seul problème, comment former des enseignants déjà dépassés par leurs élèves sur ce sujet…
23 septembre 2009 à 14:26
Je voulais apporter ma contribution personnelle sur la place du déterminisme social dans la culture d’un individu.
Je suis pour ma part un enfant d’immigrés, qui sont maintenant commerçants. Je le dis avec une petite pointe de tristesse : ils n’ont pas ou presque pas contribué à mon «éducation culturelle». Ils n’ont reçu que peu d’éducation avant d’arriver, et n’ont jamais été particulièrement attiré par les produits de la culture. Ce qui m’a «sauvé», c’est peut-être le fait qu’ils m’aient fait faire de la musique très jeune. Mais là encore, faire de la musique, ça n’est pas la connaître (mon érudition en la matière est bien plus limitée que celle d’amateurs non musiciens), même si cela ouvre une formidable fenêtre.
Cependant j’ai eu la chance d’avoir un accès à internet depuis mon adolescence, et ce fut dès lors une sorte de «naissance» de la culture en moi. Étant de la génération Y, j’ai rapidement pris l’habitude de chercher tout et n’importe quoi sur la toile, de noter des noms d’artistes pour ensuite aller télécharger leur musique et les découvrir, etc. Et ceci vaut pour toute la culture, pas seulement la musique. J’ai découvert tellement de choses grâce à l’outil… Je ne m’imagine plus sans lui, et j’imagine encore moins la somme de connaissance à venir qu’il m’apportera.
Donc pour répondre à l’interrogation de iWilex, Internet a eu pour moi les 2 fonctions : à la fois un accès à la culture, mais également un outil pour me «tirer vers le haut». Et c’est cette seconde fonction qui me semble soumise à un déterminisme social. Car cette capacité à se tirer vers le haut est latente. C’est n’est pas internet qui nous tire vers le haut, c’est nous qui nous hissons de notre propre initiative. Internet est une échelle, pas un escalator. Et là, le milieu dans lequel on grandit et les rencontre que l’on fait (notamment à l’école, pour un peu répondre à Benoît) sont déterminantes dans l’envie de se cultiver et s’instruire.
Et c’est là un tout autre débat qui s’ouvre…
Mais si l’école devait nous apprendre quelque chose en particulier, ce serait apprendre à être curieux de tout. Internet jouera alors son rôle…
23 septembre 2009 à 14:56
Magnifique contribution. Merci :-)
Même si je viens pour ma part d’un milieu ultra favorisé culturellement, j’ai le même parcours avec le cinéma, si j’avais du me contenter de l’offre légale, je n’aurais pas vu le quart de la moitié de ce que j’ai aimé voir, je ne me serai jamais vraiment ouvert au cinéma asiatique, particulièrement mal distribué, internet permet vraiment de s’ouvrir, et comme tu le souligne si bien, une école qui apprendrait à devenir curieux suffirait à faire exploser le niveau culturel en France.