La FCC propose de nouvelles règles pour garantir la Net Neutrality

La FCC, l’équivalent Américain de l’ART, l’Autorité de Régulation des Télécom,  par l’intermédiaire de son secrétaire général, Julius Genachowski, a dévoilé vendredi dernier une série de nouveaux principes destinés de préserver la neutralité des réseaux et qui guideront ses décisions à l’avenir.

Comme l’a souligné Genachowski, l’ouverture a été le facteur clé qui a fait de l’internet le succès que l’on connait. Bien que la FCC n’ai jamais adopté de façon formelle de règles concernant la Net Neutrality, elle a promulgué quatre principes en 2005 qui allaient dans ce sens.

Ces principes vont désormais se traduire en règles de façon à les formaliser clairement, et deux principes supplémentaires seront ajoutés afin de servir de guide à l’ensemble du processus : la non discrimination et la transparence.

Parallèlement à cette initiative, la FCC a annoncé le lancement d’un nouveau site, OpenInternet.gov, qui permettra de se tenir informé de l’avancée de ses travaux.

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Pourquoi avons nous besoin de la Net Neutrality ?

Dans son discours, Genachowski énumère trois raisons pour lesquelles nous devrions tous être concernés par le futur de l’internet :

  1. une concurrence limitée entre fournisseurs d’accès à internet
  2. des fournisseur d’accès haut débit, qui généralement vendent de la téléphonie et l’accès à la télévision, et dont les intérêts peuvent diverger de ceux des consommateurs,
  3. la sophistication, au fur et à mesure que l’internet s’est développé, des outils de gestion du réseau, et le fait que ces outils ne peuvent, en eux même, donner les bonnes réponses à des problèmes de régulation, d’autant qu’ils soulèvent, par leur seul existence, de nouveaux problèmes.

En 2004, le Secrétaire Général de la FCC de l’époque, Michael Powell, avait proposé quatre principes (pdf) basé sur l’idée que les fournisseur d’accès à internet ne devraient pas être autorisés à  empêcher leurs abonnés d’accéder à quelque site que ce soit, pas plus qu’il ne devrait être autorisés à  connecter du matériel “non-nuisible” au réseau (entendez par là du matériel destiné à écouter ou filtrer internet).

Genachowski propose désormais d’ajouter deux principes supplémentaires à cette liste.

Le principe de non discrimination

Le cinquième principe de non discrimination énonce le fait que les fournisseurs d’accès à internet ne peuvent pas traiter de façon discriminé un contenu internet par rapport à un autre.

Cela signifie que les FAI ne serait pas autorisés à bloquer ou dégrader la qualité du trafic pour favoriser tel contenu ou telle application ou site internet. Un FAI ne pourrait pas, par exemple, offrir à ses abonnés un accès plus rapide vers un site de streaming musical ou vidéo et en ralentir un autre qui lui fait concurrence.

Le principe de transparence

Le sixième principe de transparence affirme que les opérateurs de réseaux haut débit doivent être transparents sur la façon dont ils gèrent leur réseau.

Aujourd’hui, il est courant de s’interroger sur la gestion que font les FAI du trafic qui passe sur leur réseau, et nombreux sont les opérateurs qui ralentissent le trafic des torrents. Google, l’un des plus puissants défenseur de la Net Neutrality (après le gouvernement Américain, tout de même), a même sorti un outil permettant aux consommateurs de vérifier si leur FAI trafiquait ainsi leur trafic (on parle de « traffic shaping »).

Si ce principe était adopté, cela obligerait les opérateurs de réseaux à révéler publiquement les manipulations qu’ils effectuent sur le trafic internet qui passe par leur réseau et les protocoles qu’ils bloquent ou qu’ils limitent.

Selon Genachowski, la FCC a “une obligation d’assurer que l’internet continue a rester un moteur de croissance pour l’économie Américaine et un pilier pour la démocratie au XXIe siècle. Nous avons l’obligation de nous assurer que l’internet reste un vaste espace d’innovation et d’opportunité”. Bien qu’il reconnaisse que pour certains l’innovation et l’investissement sont les raisons pour lesquelles le gouvernement ne devrait pas adopter ces même règles, Genachowski réplique que seul un internet ouvert bénéficiera à la fois aux consommateurs et aux entreprises, et qu’un internet ouvert est “la meilleure chose que l’on puisse faire pour faire la promotion de l’innovation et de l’investissement”.

Comme le note Kevin C. Tofel dans jkOnTheRun, il est important de souligner que tous ces principes s’appliqueront aux plateformes qui ont accès à internet, y compris les mobiles. Ceci pourrait avoir des implications majeurs pour les opérateurs mobiles. Pour en savoir plus sur ce sujet, jetez un œil  au billet de Tofel qui étudie en profondeur l’implication de la net neutrality pour les opérateurs mobiles et pour les consommateurs.

La France prend-t-elle la direction inverse ?

Une fois de plus, la France semble prendre, elle, une direction opposée. La campagne de pub d’Orange a été interprétée par beaucoup comme une attaque frontale à la Net Neutrality, fait aussitôt démenti par Orange, qui confesse ainsi que son agence n’a, de toute évidence, aucune compréhension des enjeux actuels de l’internet, ce qui est tout de même préférable, même si on a du mal à croire que au sein même de l’opérateur, personne n’ai tiqué.

Mais avec l’arrivée prochaine de la taxe-licence globale, qui mettra de facto les opérateur en position de distribuer eux même de la musique, la tentation sera grande de privilégier son service au détriment de la concurrence.

Nombreux sont par ailleurs les politiques attaquant frontalement le concept de transparence propre au Net, sans que l’on puisse, là aussi, affirmer avec certitude s’il s’agit d’attaque à l’encontre de la Net Neutrality ou d’une grande confusion sur la réalité de ce dont les politiciens parlent.

Toujours est-il qu’au moment où Barack Obama a pris des engagements fermes pour le respect de la Net Neutrality et où la plus haute autorité de régulation des télécom américaine pose les bases de ses principes fondateurs comme règle de base de ses futurs jugements, les positions Françaises sont plus qu’ambiguës.

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7 commentaires pour cet article

  1. Thierry Lhote

    Salut,

    D’abord tu éludes deux faits :

    Premièrement que la FCC est un orga­nisme vu par les tech­no­lo­gistes comme un orga­nisme bureau­cra­tique ayant mon­tré jusqu’ici son inef­fi­ca­cité et sa com­pré­hen­sion limi­tée de l’Internet. Inefficacité par exemple dans l’affaire du pro­vi­der Comcast où les uti­li­sa­teurs par leurs plaintes ont réussi à faire faire machine arr­rière au pro­vi­der bien avant que la FCC com­mence à faire pres­sion sur Comcast (la FCC n’avait même pas remarqué que le pro­blème était réglé, lol).

    Dans le cas de l’inutilité prou­vée d’un orga­nisme d’Etat, et sur­tout de son incom­pé­tence avé­rée, il est en revanche cer­tain qu’il soit tenté de prendre très au sérieux sa mis­sion et abuse de son pou­voir : allant jusqu’à modi­fier et appliquer une régu­la­tion en rap­port avec les meilleurs lob­byistes qui seront les quelques grands opé­ra­teurs Etats-Uniens, avec le risque de créa­tion d’une concur­rence faus­sée sur l’innovation et l’établissement de bar­rières d’entrées sur le mar­ché. Ce ne serait pas la pre­mière fois dans l’histoire des USA qu’un orga­nisme fédé­ral serve de relais au big business.

    Une excel­lente ana­lyse sur plu­sieurs pages qui date de Novembre 2008 (donc bien avant l’entrée en fonc­tion d’Obama) est à étudier sur le site du CATO Institute et met en valeur toute la noci­vité poten­tielle de faire repo­ser entre les mains d’un orga­nisme fédé­ral armé d’une régulation, 

    Maintenant, il y a d’autres problèmes.

    Il faut prendre en compte, le retard constant du légis­la­teur et ceci sous tous les gou­ver­ne­ments occi­den­taux dans sa réac­tion aux évolu­tions d’Internet. Croire parce que c’est la “sainte” admi­nis­tra­tion Obama qui s’en occupe que tout d’un coup tout ce pénible prin­cipe ultra-vérifié va s’inverser, c’est de l’angélisme. A croire le cas Hadopi ne t’a même pas vacciné.

    Pour l’instant le meilleur moyen de lut­ter contre la dis­cri­mi­na­tion des ser­vices et paquets reste l’activisme des uti­li­sa­teurs et des asso­cia­tions spé­cia­listes. Une régu­la­tion étatique qui fonc­tionne par a priori, ne per­met pas la sou­plesse d’une réac­tion du public ou d’organismes du genre de l’EFF, ou de défen­seurs comme Google, qui ont une vision tech­no­lo­gique plus pro­fonde et savent faire la dif­fé­rence dans des cas trés com­plexes (et il y en a énor­mé­ment) entre un opé­ra­teur qui ne joue pas le jeu et un autre qui a des contraintes tech­no­lo­giques ou une inno­va­tion inté­res­sante à dis­po­si­tion qui peuvent être mal inter­pré­tés ou reje­tés par une régu­la­tion stricte.

    Un orga­nisme fédé­ral ne va pas faire la dif­fé­rence entre les tailles des opé­ra­teurs, le gars dans son café-restaurant du coin qui four­nit du free WIFI, pourra être assi­mi­lable à un ISP et donc être attaqué s’il n’a pas fait gaffe en réglant les règles de son Firewall (voilà un excellent moyen de tuer la concur­rence sau­vage des petits et limi­ter les dan­gers écono­miques du Free WIFI pour les gros opé­ra­teurs, posi­tion­ner la concur­rence sous un risque juri­dique aléa­toire impor­tant avec l’aide de la FCC).

    Jusqu’ici, on l’a bien vu dans la réponse à la crise finan­cière, l’administration Obama a marqué un grande révé­rence vis à vis du gros busi­ness. Ou sur la trans­pa­rence annon­cée, on a remarqué énor­mé­ment de reculs et de dif­fi­cul­tés à lais­ser ren­trer le citoyen dans le fonc­tion­ne­ment du bureau pré­si­den­tiel. Obama avait annoncé qu’il serait “accoun­table” par le public. Les amé­ri­cains attendent toujours

    Même s’il ne faut pas deve­nir parano et mettre tous les signaux d’alertes aux rouges, il faut cepen­dant res­ter sur ses gardes pour la suite et s’informer par des réfé­rences diverses et contradictoires.

  2. Fabrice Epelboin

    En même temps, tu avouera que c’est déjà pas mal qu’un orga­nisme, certes pas super effi­cace mais tout de même infi­ni­ment plus puis­sant que ce dont nous dis­po­sons ici, se pro­nonce de façon plu­tôt claire sur la Net Neutrality. Avoue que si l’ART fai­sait de même, on débou­che­rait le champagne.

    Pour ce qui est des petits pro­vi­ders, je n’avais pas remarqué ce pro­blème, ca reste à etu­dier… Enfin, tu passe à coté du point le plus fun de toute cette his­toire, à savoir la volonté de la FCC d’appliquer ces règle aux opé­ra­teurs mobile… On ima­gine le bor­del à venir si cela s’avérait une réalité.

    Sinon, pour l’activisme, fran­che­ment, on ne peut pas dire que l’on soit avare de ce coté là ;-)

  3. Fabrice Epelboin

    Dans le JDN aujourd’hui :
    L’Asic a annoncé avoir ren­con­tré l’Arcep afin de deman­der au régu­la­teur d’affirmer les prin­cipes de la neu­tra­lité des réseaux en France, suite à l’engagement en ce sens pris par la FCC amé­ri­caine lundi der­nier. L’association s’inquiète en effet des inten­tions des opé­ra­teurs d’accès qui pour­raient être ten­tés d’entraver le conte­nus de cer­tains acteurs, notam­ment des pla­te­formes d’échange vidéos, par­ti­cu­liè­re­ment gour­mandes en bande pas­sante. Une situa­tion d’autant plus dan­ge­reuse pour le prin­cipe de libre concur­rence que les opé­ra­teurs pos­sèdent bien sou­vent des ser­vices concur­rents qui s’en trou­ve­raient alors pri­vi­lé­giés. “Nous avons besoin de solu­tions rapides, la sur­vie écono­mique des socié­tés est en jeu”, a pré­cisé Benoît Tabake, secré­taire géné­ral de l’Asic et par ailleurs direc­teur juri­dique et régle­men­taire de Priceminister à l’AFP.

  4. Thierry Lhote

    A noter que la FCC s’opposerait à la dis­cri­mi­na­tion qu’un opé­ra­teur effec­tue­rait sur le tra­fic d’un client, évidem­ment sauf en cas de mou­ve­ment illé­gal de fichiers (musique, vidéos copiées, etc.), dans ce cas l’opérateur ne risque­rait que des applau­dis­se­ments de la part de la FCC et peut-être même un bon point ;-)

  5. Thierry Lhote

    En tant qu’organisme fédé­ral des Etats-Unis, il faut quand même signa­ler que la FCC ne peut défendre et cou­vrir le peer to peer illé­gal et s’attaquer à l’opérateur qui aurait trouvé le moyen de lut­ter contre. Cela ne ren­tre­rait plus, évidem­ment, dans l’atteinte à la Net Neutrality, pareil pour la lutte contre tout agis­se­ment illé­gal.
    Cela risque sur­ement d’être la posi­tion de l’Europe à terme, sauf évidem­ment si une régle­men­ta­tion trop stricte vient à dimi­nuer ou geler les inves­tis­se­ments glo­baux en matière de réseau, ce qui est un autre problème…

  6. Fabrice Epelboin

    Sauf que — arrête moi si je me trompe — le tra­fic P2P n’étant pas illé­gal en soi, le seul moyen de détec­ter le tra­fic illé­gal serait le packet sni­fing, hors de prix et cou­tant énor­mé­ment en terme de perte de per­for­mances… (bien qu’il y ai une méthode à base de HASH, ce qui ne ferait que boos­ter le P2P crypté)

  7. Thierry Lhote

    Yep, exact qu’on n’a pas encore la puis­sance tech­no­lo­gique pour cela.
    Mais cela me per­met de rebon­dir, ce qui est arrivé à Comcast et bien vu par les obser­va­teurs de bon aloi : le fait qu’ils étaient sous-dimensionné par rap­port à un nou­vel usage, celui de la démul­ti­pli­ca­tion des télé­char­ge­ments illé­gaux de vidéo et de films qui tuait la bande pas­sante des autres uti­li­sa­teurs.
    Ils ont tran­ché dans ce pro­blème de conges­tion, en dégra­dant et ren­dant inuti­li­sable d’une manière ou d’une autre le p2p.
    Après peut-être s’étant mieux équipé, ils ont rou­verts les vannes sous la pres­sion média­tique et des utilisateurs.

    Et c’est un autre souci : la pos­ses­sion phy­sique d’un réseau ne signi­fie pas encore sa pos­ses­sion au niveau du contrôle. Comcast n’avait pas les moyens tech­no­lo­giques de dis­cri­mi­ner même entre gros et petits fichiers cir­cu­lant sur p2p. Or la FCC s’est com­porté et se com­por­tera vis à vis des opé­ra­teurs comme s’ils avaient le choix de leurs options et qu’ils avaient un contrôle qui n’existe pas sur les com­mu­ni­ca­tions de leur client.
    Cela peut débou­cher soit sur l’achat de tech­no­lo­gies pri­vi­lé­giant le contrôle, soit sur le gel des inves­tis­se­ments chez maints opé­ra­teurs, pour une ren­ta­bi­li­sa­tion maxi­male avec une qua­lité de ser­vice décroisssante.

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