C’est une première, et en Suède, l’un des pays avec le niveau de corruption le plus faible du monde, cela pourrait bien donner lieu à un véritable incident diplomatique. Ce matin, le Svenska Dagbladet, le premier quotidien Suédois, une vénérable institution publiée depuis 1884, révélait que l’ambassade de France avait tenté d’influencer le vote de Camilla Lindberg, député Suédoise du Parti Libéral (centre droit).
Cette élue Suédoise s’était déjà fait remarquer en France pour s’être opposé à la deconnexion du serveur de ThePirateBay, estimant qu’il était nécessaire de « réviser la loi et d’obtenir une investigation claire ». Elle est proche d’Alexander Bard, philosophe, musicien, politique, fondateur du réseau Liberati, et grand théoricien de l’internet et de ses impacts sur la société.
La France repart à l’attaque du Paquet Télécom
Souvenez-vous, le paquet Télécom avait, en plein débat Hadopi, déjà posé problème au gouvernement Français car fondamentalement opposé à la loi Hadopi. La France avait réussi à l’époque à repousser le problème, quitte à donner un coup de frein à l’économie numérique du continent tout entier en retardant son adoption, mais il revient sur la table du Parlement Européen, et pourrait bien non seulement enterrer Hadopi mais également couper court à toute velléité de censure de la part d’un gouvernement Européen.
Autant dire une catastrophe et un désaveux humiliant (de plus) pour le gouvernement Français qui prend la direction opposée.
La député Camilla Lindberg raconte ainsi à la presse Suédoise comment un conseiller de l’ambassade de France l’a contacté “de toute urgence” pour lui faire la leçon, lui expliquant que son approche était “simpliste”. Etonnant car Lindberg est considérée comme particulièrement compétente en matière de technologie, et a été largement impliquée lors du débat sur le paquet Télécom.
Une pratique diplomatique « anormale »
“C’est très étrange” souligne la député Suédoise, qui n’hésite pas à qualifier le comportement de l’ambassade de France de “défaillance”.
Peter Esaiasson, politologue Suédois, estime de son coté qu’il est très rare que des ambassades étrangères essayent d’influencer directement un membre du parlement, il n’existe, à sa connaissance, pas de précédent historique en la matière.
Pour Christer Jonsson professeur à l’université de Lund, cette action diplomatique sort de l’ordinaire : “Ce n’est pas cohérent avec les bonnes pratiques diplomatiques. Cela relève de l’ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat”, “Si l’on veut faire des commentaires, on les adresse au gouvernement (…) les donner à un parlementaire en particulier n’est pas correct”.
De son coté, l’ambassade de France à Stockholm, par la voix de son porte parole Marc Sevier, a confirmé qu’une rencontre entre le conseiller Olivier Lacroix et la député avait bien eu lieu vendredi dernier au Parlement, “mais le sens de cette réunion n’était que de l’informer sur notre façon de percevoir internet et la façon de le réglementer, nous n’avons pas tenté d’influencer sa vision de quelque façon que ce soit”.
Doit-on comprendre qu’ils n’ont pas poussé jusqu’à proposer une mallette de billets à la député Suédoise ?
(image CC-by de IntangibleArts)













28 septembre 2009 à 23:14
En même temps, si elle en parle comme ça, c’est plutôt bon signe. Ca n’a pas marché.
28 septembre 2009 à 23:33
En même temps, tenter de corrompre un Suédois, c’est tout de même assez casse gueule ;-)
29 septembre 2009 à 1:21
Moui… moi je ne vois rien d’humiliant pour le gouvernement français à l’horizon, c’est plutôt les députés et les deux assemblées qui vont encore prendre un coup pour leur crédibilité.
Car enfin, l’exécutif propose et l’assemblée dispose. En tant que citoyen, je trouve vraiment bizarre qu’un député choisisse de sauver son investiture et sa carrière sur un vote qui va contre le bon sens. Il est normalement là pour assumer ce genre de risque, cela va de pair avec le pouvoir de représentation attaché à sa fonction, qu’il ne s’étonne pas si après les journalistes politiques parlent de « godillots ».
Pour le coup de chercher à influencer un parlementaire suédois ou autre, ce serait grave en effet si on lui avait proposé un cadeau, de l’argent, ou n’importe quoi en échange.
Cependant les suédois la jouent vraiment vierge effarouchée, et un peu hypocrites. On n’ira pas leur demander de jurer sur une bible si l’Etat suédois ne paye pas des lobbyistes auprès de la commission et du parlement européens…
29 septembre 2009 à 1:25
Je crois que tu sous estime à quel point les Suédois sont tatillons avec ce genre de choses. C’est clair qu’en France, cela n’est qu’une goutte d’eau dans un vase qui déborde depuis longtemps, mais là bas, ca fait du bruit. Sinon, oui, les Suédois ont les moyens de jouer les vierges effarouchés, eux.
Par ailleurs, je ne vois pas très bien de qui tu parles en matière de député, mais certainement pas de celle dont je parle dans cet article. Un député godillot, c’est justement un député qui vote comme on lui dit de voter, ce qui n’est pas le cas de cette député Suédoise, de toutes évidence.
Quand à ton appréciation du bon sens… tu dois te sentir bien seul avec lui sur le net, même à l’UMP, il a du mal à réunir une majorité… Ceci dit, la majorité n’a pas systématiquement raison, ça se trouve, la dictature et la censure a du bon et nous l’ignorons tous…
29 septembre 2009 à 8:10
Pardon de chipoter : ça fait un peu snob de faire encore semblant (à nos âges !) de traduire « digital economy » par « économie digitale ». A ma connaissance, l’économie numérique n’a pas la forme d’un doigt, ou alors il s’agit du majeur bien tendu – et dans ce cas il faut le préciser ;-)
29 septembre 2009 à 9:18
@nicolas
corrigé ;-)
29 septembre 2009 à 14:56
Le Monde en parle… comme quoi…
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/09/29/hadopi-une-deputee-suedoise-accuse-la-france-d-avoir-tente-de-l-influencer_1246566_651865.html
29 septembre 2009 à 16:06
Le problème, c’est que cette information qui fait le tour du Web est fausse à la base puisqu’il nous explique que Mme Lindberg a été très active sur le débat du paquet Telecom à l’UE.
On se demande juste comment ça se fait puisque cette dame n’est pas (et n’a jamais été) parlementaire européenne.
29 septembre 2009 à 16:11
Ha ? Certes, pas euro député, mais clairement experte en matière de régulation des télécom. C’est comme prétendre que Sarkozy ou Rogard n’ont pas eu d’influence sur le débat Hadopi parce qu’il ne sont pas députés… Une vision assez limité de ce qu’est l’influence dans un débat politique, non ?
29 septembre 2009 à 16:28
Quelques liens pour mieux saisir le rôle et l’influence de Lindberg sur la politique Européenne de la Suède en matière de technologie :
http://www.edri.org/edri-gram/number7.14/sweden-data-retention
http://torrentfreak.com/swedes-massively-protest-wiretap-law-080707/
http://www.radsoft.net/rants/20090525,00.shtml
http://citizenmediawatch.com/index.php/2008/11/11/camilla-lindberg-you-need-to-be-right-and-earn-the-trust/
29 septembre 2009 à 16:39
A lire aussi, concernant les positions de Lindberg et son leadership national sur la question du piratage :
http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/newsnight/8140895.stm
29 septembre 2009 à 17:01
J’admire beaucoup la Suède et la droitesse d’esprit de son gouvernement ainsi que de ses citoyens..
S’ils pouvaient nous donner un coup de pouce pour qu’on puisse reprendre nos liberté :D ;)
C’est pas une pétition contre la loi Hadopi qu’il faudrait faire, mais une pétition pour forcer ceux qui nous mettent la honte et qui font traîner la France ainsi que l’Europe à démissionner : on ne confie pas un poste de représentant à un irresponsable!