Au cours d’une conférence TED qui a eu lieu cette année, Patti Maes, qui travaille au sein du groupe Interface Fluide du MIT Media Lab, nous a fait une démonstration d’un système portable (au sens de porter un habit) qui permet aux utilisateurs d’afficher et d’interagir avec le Web sur n’importe quelle surface, y compris le corps humain. La vidéo montre Pranav Mistry, le principal développeur du projet, en train de prendre des photos avec sa main, faire apparaître des critiques postées sur Amazon sur la couverture d’un livre, afficher directement sur son T-shirt des informations concernant une personne qu’il vient tout juste de rencontrer, et appeler quelqu’un en tapant le numéro de téléphone sur la paume de la main.
Dans une décennie seulement, il se peut que ces systèmes qui se portent soient la passerelle principale pour accéder à Internet.
Dans une présentation TED, Maes parle de son système comme d’un « sixième sens » – un sens qui nous donnerait une manière fluide et facile d’accéder rapidement à l’information relative à des situation ou des objets de la vie quotidienne.
Le système actuel, bien qu’un peu rudimentaire, pourrait voir son prix baisser jusqu’à 270€. En pratique, il est composé d’une webcam, d’un mini projecteur alimenté par une batterie, un miroir, un téléphone et de sortes de bouchons colorés situés au bout des doigts. Mais dans 10 ans, ce système pourrait être aussi petit qu’une montre : c’est selon Maes, le temps qu’il faut pour que ce genre de systèmes soient vraiment au point. On peut même imaginer un implant greffé dans le cerveau !
Ce type de produit va certainement surpasser de loin les capacités de nos téléphones actuels. Comme Maes le fait remarquer à juste titre, les téléphones actuels n’ont pas accès de manière simple à toutes les informations pertinentes dont nous avons besoin au quotidien. Un téléphone impose toujours à son utilisateur de changer son comportement.
D’autant plus que le Web tel que nous le connaissons aujourd’hui impose de ombreuses étapes manuelles comme le fait de visiter un site et de chercher une information. Dans 10 ans, nous espérons que le Web de Données aura fait du chemin et qu’on pourra, par exemple, consulter les informations sur un produit en dehors de son site officiel.
Lors de la conférence, Maes prend l’exemple de la recherche d’un livre dans une libraire. Aujourd’hui pour avoir accès aux avis des consommateurs, une personne doit sortir son téléphone portable, ouvrir la version mobile du site d’Amazon (ou son application dédiée) et chercher l’ouvrage. Alors qu’avec le système démontré, l’utilisateur n’aurait qu’à faire un mouvement de doigts et les classements d’Amazon apparaissent sur la couverture du livre (les commentaires apparaissant si on ouvre le livre).
C’est certainement la nouvelle génération d’interface Internet dans la mesure où cela supprime un certain nombre d’étapes pour accéder à des informations contextuellement pertinentes vis-à-vis d’une personne ou d’un objet.
Nous avons beaucoup parlé de capteurs cette année, parce qu’ils relient le monde réel à Internet. Les systèmes portables reposent beaucoup sur eux, par exemple les bouchons sur les doigts de Pranav. Ajoutez à cela, tous les autres points de connexions à Internet et cela devient un système très puissant. Par exemple, le livre aurait un code barre qui permettrait au système d’extraire des données d’Amazon via Internet.
Internet, un sixième sens
Comme un article de Wired l’explique bien cette année, beaucoup d’informations « qui nous aident à comprendre et à interagir avec le monde » ne viennent pas des 5 sens avec lesquels un humain nait. Elles viennent des ordinateurs et, de plus en plus, du Web. Le but de ce système développé par le MIT est « d’embarquer des ordinateurs qui nous apportent de l’information d’une manière naturelle, comme nos véritables sens le font déjà ».
Chez ReadWriteWeb, nous sommes vraiment fascinés par la nouvelle génération d’interfaces Internet telles que la Réalité Augmentée et la réalité croisée. Pour moi, ces engins portables sont les interfaces Web les plus impressionnantes que j’ai vu depuis longtemps. Regardez cette vidéo sous-titrée en français et dîtes-nous si vous êtes d’accord.
Note du traducteur
@JulienNakache : Je trouve cela vraiment révolutionnaire, notamment dans la mesure ou cela facilite plus que jamais la prise de « bonnes » décisions. Si sans faire le moindre effort, on sait qu’un produit n’est pas aussi intéressant que le chef de rayon le laisse croire et qu’en plus on peut le commander directement en ligne, plus personne n’aura d’excuses pour les achats compulsifs… Finalement, ce seront les consommateurs qui seront gagnants !
La vidéo de l’intervention de Patty Maes à TED
Une démonstration de SixthSense
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30 septembre 2009 à 10:18
Qui se rappelle du belge, de l’américain et du japonais
30 septembre 2009 à 10:20
Merci mon ami Google
Un Américain, un Japonais et un Belge…!!!?
Un Américain, un Japonais et un Belge sont assis nus dans un sauna.
Soudain, le bruit d’un ” beep ” se fait entendre.
L’ Américain appuie sur son avant-bras avec son index et le ” beep”
s’arrête.
Le Belge le regarde époustouflé.
L’ Américain lui dit : ” Je vous prie de m’excuser, c’était mon pager et j’ai la puce implantée sous la peau de l’avant bras.”
Quelques secondes plus tard, le Belge entend une sonnerie de téléphone.
Le Japonais met la paume de sa main contre son oreille et quand il a fini de parler il explique au Belge complètement suffoqué : ” Désolé, c’était mon portable et j’ai la puce implantée dans la main.”
Le Belge se sent vraiment ignorant aux yeux des 2 autres et décide de les impressionner au plus vite, il se lève,va aux toilettes et retourne au sauna avec du papier toilette qui pend aux fesses.
Les 2 autres le regardent en s’interrogeant.
Le Belge leur dit : ” Merde alors, j’ai encore reçu un fax !!
30 septembre 2009 à 10:30
Ah parceque porte des vetements avec capteur ne va pas changer le comportement de l’utilisateur ?
Tout depend comment c’est fait, je vous parie que si vous activez un tweet type :“sa fait du bien de se faire du bien” quand un mec se grattouille a un endroit perso je suis sur qu’il va pas le faire.
C’est trop conceptuel pour une application, de plus les utilisateurs ont besoin d’un support visuel claire.
Je pense que l’internet mobile aura sa place la ou l’internet portable ne peut venir. C’est deja le cas aujourd’hui avec le geek nomade qui va consulter un document sur son smartphone et editer un document Word sur son netbook ou ultra portable, bien que son smartphone assure aussi cette fonction.
Ps: Dsl pas d’accent je suis sur un clavier qwerty.
30 septembre 2009 à 11:09
Il faudra peut-être un peu plus de 10 ans pour inverser une tendance aussi forte que la mobilité, d’autant que le téléphone mobile d’ici là, devrait quasiment avoir conquis la planète (“1 habitant, 1 abonné à un opérateur mobile”).
Certes les dispositifs portables (pour parler de dispositifis incrustés dans les vêtements ou permettant de projeter des choses) vont se développer… Mais pour l’instant, ces interfaces sont encore fragiles : les projecteurs ne rendent pas l’information lisible dans toutes les conditions lumineuses par exemple. Les dispositifs tissés ou incorporés dans les vêtements ont également encore des effets limités. Et puis surtout, on a encore bien souvent besoin d’un téléphone pour transmettre les informations (même si une carte Sim et une antenne pourrait suffire).
C’est donc un peu rapide de dire que l’internet portable va balayer l’internet mobile. Nonobstant, l’interface de Patty Maes et de son équipe, oui, est fascinante (et déjà fonctionnelle)…
30 septembre 2009 à 11:27
C’est simplement la prédiction d’Adam Greenfield sur un web d’interactions et la disparition des interfaces. Je trouve pour autant lucide de parler de décennie, chaque jour qui passe nous montre que brasser des données et assurer une compréhension implicite des choses et vraiment compliqué. Au passage, on ne peut que s’interroger sur la domination embarquée dans cette vision de certains services (genre Amazon), et le marché que représente les conversations … Fascinant et puissamment interpellant !
30 septembre 2009 à 11:28
Hubert, tu notera que l’on ne s’est pas risqué à dater cette prédiction, en effet, 10 ans c’est le minimum ;-)
30 septembre 2009 à 11:29
@Alexis
Tu en as trop dit ou pas assez ;-) Développe !!!
30 septembre 2009 à 13:00
“une personne doit sortir son téléphone portable, ouvrir la version mobile du site d’Amazon (ou son application dédiée) et chercher l’ouvrage. Alors qu’avec le système démontré, l’utilisateur n’aurait qu’à faire un mouvement de doigts et les classements d’Amazon apparaissent sur la couverture du livre”
Passage discutable. La multiplication des terminaux va créer une vraie pénurie dans la visualisation de données (cf. browsing the web of data). Déjà qu’il est compliqué de créer des visualisations compatibles Firefox et IE alors quand vous ajouter les portables, l’iPhone, et toutes ces nouvelles magnifiques visualisations, il ne faut pas croire que l’expérience utilisateur de ces nouvelles interfaces sera toujours (pour tous les services) topissime.
30 septembre 2009 à 13:04
@Alexis, je ne suis pas très fan de cette idée de disparition des interfaces : car en fait, nos interfaces sont remplacées par d’autres (le clavier et la souris sont remplacées par des capteurs) qui nécessitent aussi leur langage, pour autant intuitives qu’elles paraissent… C’est assez bien expliqué par l’équipe du 6e sens, avec quelques codes hérités des écrans tactiles, qui je pense, auront du mal à s’imposer avec l’absence d’écran par exemple (comme la saisie à 4 doigt pour élargir quelque chose).
Sur la domination de certains services (comme Amazon, dans la vidéo de 6e sens), là encore, il est tout à fait envisageable de relativiser les choses. Aujourd’hui, on aurait pu faire cette même vidéo en puisant dans les API d’un LibraryThing ou d’un GoodReads par exemple. Cela souligne juste combien l’accessibilité des données est importante.
Quant à la force du “Rating”, comme l’évoque The Atlantic, force est de reconnaître qu’elle pose quelques problèmes de fonds (outre les problèmes d’interopérabilité qui sont plus concrets)… Si demain nous nous regardons les uns les autres à travers des dispositifs de réalité augmenté et que nous voyons seulement la manière dont les autres nous étiquètent, j’avoue que ça fait un peu froid dans le dos… “Regarderons-nous vraiment les gens avec des lentilles qui nous rappellerons les notes que les autres leurs donnent ? Nos données seront-elles attachées sans cesse non seulement à notre existence numérique, mais également à notre existence physique ? Pourrons passer facilement d’une identité l’autre, comme le propose élégamment le projet TAT ? Aurons-nous le droit d’en avoir plusieurs ?”
30 septembre 2009 à 22:58
Quelqu’un peut m’expliquer en quoi taper un numéro de téléphone sur sa main ; lire des critiques projetées sur un livre (entre deux blocs textes imprimés) ; ou encore lire sur un t-shirt (imaginez le bariolé, porté par une personne ronde) est il plus ergonomique que de lire sur un écran mobile ? Ça me rappelle un peu les fantasmes qui ont tourné autour de l’interface visible dans le film Minority report (interface qui doit faire très mal aux bras à l’usage — essayez de tenir ne serait-ce que 10 minutes avec les bras semis tendus dans le vide).
Il ne faut pas se laisser emporter par le bluff technique au détriment d’un minimum de réalisme ergonomique. Que la prospective passe outre le réalisme technologique, je veux bien (c’est le futur, tout est possible ;-) mais en revanche, passer outre l’ergonomie et ainsi faire moins pratique que ce qui existe déjà, ça n’a plus de sens. Lire sur un support plat, discret, vierge de tous parasites visuels, pas trop loin des yeux, c’est quand même pas si mal non ?
Dans la vidéo, le passage de la bibliothèque est éloquent : la personne sort les livres un à un pour visualiser les avis et les résumés de chacun en projection. Sur un appareil mobile classique, on lit d’abord les avis et les résumés (on peut même se permettre de le faire avant même de se rendre en rayon), on fait son choix et ensuite seulement, si besoin, on se dirige directement vers le livre recherché.
À la rigueur, personnellement, si l’on me parle d’une interface totalement intuitive, je pousserais le principe à fond et imaginerais d’avantage un système qui soit sans interface visuelle, basé sur les sensations (tant qu’à faire, autant garder la vue pour faire autre chose). Par exemple, un petit vibreur à chaque bras (sous forme de bracelets ou de bague par exemple) qui pourrait nous indiquer par un système de signaux vibratoires simples et discrets une direction, une alerte, un objectif, un appel électronique à suivre sur son smartphone ou je ne sais quoi d’autre. Je crois également qu’il ne faut penser complémentarité. Un tel système ne se substituerait probablement pas à une appareil de type Smartphone (tout comme un smartphone ne se substitue pas à un ordinateur portable), mais ce serait quelque chose qui apporte un confort ou des fonctions en plus. À mon avis, il ne faut pas chercher à tout mettre dans ce type d’interface intuitive et il y a des contenus qui s’y prêteront mieux que d’autres (par exemple, projeter ses photos perso devant tout le monde dans le métro, ce n’est pas très pertinent — alors qu’indiquer une direction sans se servir des mains, de la vue et de l’ouïe apporterait un gros plus par rapport à ce qui existe aujourd’hui, et ce n’est qu’un exemple).
Désolé pour la longueur, en espérant ne pas être trop confus et présomptueux ;-)
30 septembre 2009 à 23:20
@Alexis Mons, Hubert Guillaud
Je ne suis pas tout à fait au fait de la théorie de A.Greenfield, mais j’ai cru comprendre qu’il parlait de la disparition des interfaces physiques.
À ce titre, on assiste en effet à un effacement de l’interface physique avec sixth sense. Mais si l’interface physique “disparait”, l’interface reste. (Qui dit échange régulier entre 2 systèmes dit interface). Et qui dit interface et échange d’information dit langage.
Bref, on perd peut-être l’interface physique, mais le langage (au sens large du terme) et son apprentissage restent.
La question est de savoir si un tel langage réputé “plus naturel, plus intuitif” est réellement plus pratique.
Est-ce que prendre une photo en faisant le cadre avec ses mains est plus simple que de sortir son appareil et appuyer sur le bouton?
Pour le quidam peut-être. Mais imaginez-vous régler le zoom, le focus ou la luminosité de cette manière?
La question n’est pas tranchée.
Pour prendre un autre exemple, Mozilla travaille actuellement sur ubiquity, une extension pour firefox qui fournit une interface qualifiée de “naturelle” par Clubic (http://www.clubic.com/actualite-157996-mozilla-ubiquity.html). Une nouvelle interface graphique? Que nenni! De la ligne de commande, ce truc que les windowsien ont abandonné avec le DOS.
Il y a un lien non-linéaire, mais bel-et-bien existant entre l’efficacité d’un langage et sa durée d’apprentissage. Il reste donc beaucoup de travail aux ingénieurs pour minimiser le temps d’apprentissage sans sacrifier l’efficacité du langage.
Quand au choix de sixth sense de tout afficher directement sur les objets eux-même, c’est amha pertinent dans un certain nombre de cas (le “téléphone sur la main”, les avis sur les produits), mais pas dans d’autres (afficher un cloud de tags sur son interlocuteur, avoir besoin d’un mur pour visualiser des infos). L’écran a encore de l’avenir devant lui. Les systèmes de lunettes ou de lentilles à réalité augmentée eux aussi (c’est plus discret pour afficher des tags sur les gens :).
PS: j’ai écrit ce commentaire en même temps que le précédent, celui de Christophe D. et en fait, on dit a peu près la même chose amha.
02 octobre 2009 à 11:03
Pour rebondir sur mon propos et répondre à l’injonction de Fabrice, je suis dubitatif sur plusieurs points :
La disparition de l’interface est une chose, celle de ce avec quoi on interagit en est une autre. Même si l’iPhone démontre que l’adoption d’un nouveau langage peut se diffuser très vite, on est quand même en interaction avec un objet. Dans Natal, Microsoft efface toute télécommande et on “dialogue” directement avec l’écran, mais il y a quand même un écran, je veux dire un objet physique incarné.
Force est déjà de constater que le degré d’abstraction nécessaire à ce que l’on fait sur le web est déjà très élevé. La disparition de l’interface est-elle une simplification ? Je n’en suis pas sur du tout. Déjà, en terme pur de communication, l’homme a besoin d’incarner la chose avec laquelle il communique. Je trouve déjà que se dire qu’on va dialoguer avec des machines est une rupture assez puissante. Passer directement au fait que tout objet est doué de capacité de “dialogue” me paraît soulever d’énormes problèmes. Et je ne vous parle même pas de ce que ça peut faire dans nos têtes l’idée que les objets deviennent “conscients”, tout le temps, partout … J’aimerai bien le regard philosophes ou d’artistes là-dessus, que l’on dépasse le mirage technoïde !
En second point, ce qu’on voit dans cette vidéo, c’est l’importance du marché des données centralisées. Qui opère les données à chacune des représentations que cette vidéo nous présente ? Amazon pour la culture ? Facebook pour les gens ? parle-t’on ici du futur de nos actuels opérateurs téléphoniques ? quel est le contrôle gouvernemental, démocratique sur tout ça ? Les marques sont-elles prêtes à voir leurs produits mis en contradiction directe via réalité augmentée ? Je crains que cette projection ne soulève d’énormes freins et ne rencontre de puissants plafonds de verre.
Bref, c’est très stimulant, mais Rome ne s’est pas faite en un jour …
02 octobre 2009 à 13:14
Effectivement, tu soulève un point intéressant… Mais les marques vont elle encore garder longtemps un quelconque contrôle sur la façon dont on les utilise dans ces univers (et ne l’on-t-elle pas déjà largement perdu, ce contrôle).
Ceci dit, la confrontation réel/virtuel va relancer le problème d’une façon intéressante…