SAP avait annoncé il y a peu l’arrivée du temps réel dans l’entreprise, mais pour l’instant, seul le micro blogging a fait son chemin dans les plus avancées d’entre elle. Ce premier pas n’est cependant, de l’avis du panel réuni lors du RealTimeWeb Summit organisé par RWW, qu’une étape dans l’arrivée massive du web temps réel dans l’entreprise.
La question du moment se résume à cela : quelle sera la prochaine étape issue du web temps réel à franchir le seuil des usages en entreprises ?
Les travailleurs qui sont déjà des utilisateurs aguerris de Twitter l’utilisent déjà à des fins professionnelles, mais pour les néophytes, c’est à la limite de l’incompréhensible, et l’adoption est loin d’être évidente. La solution, pour une entreprise qui sent que le temps réel a quelque chose à lui apporter, n’est certainement pas de cloner Twitter.
Le fossé qui sépare les usages des technologies en entreprise et celui fait par le grand public se situe bien au delà de Twitter, en réalité : prenez une mashup, la plupart des cadres dirigeants d’une entreprise auront tendance à affirmer péremptoirement que cela leur est parfaitement inutile, mais mettez ces mêmes cadres aux cotés d’un spécialiste des média sociaux et faites les interagir, vous verrez milles opportunités de mashups surgir, parfaitement aptes à satisfaire des besoins ressentis par une multitudes de personnes au sein d’une entreprise.
Le fossé, en réalité, se situe dans la capacité à prendre du recul sur la réalité sous-jacente à des technologies qui peuvent ne paraitre que de bêtes phénomènes de mode pour qui ne les comprend pas en profondeur. Pour être parfaitement honnête, le fossé existe également entre le monde des spécialistes qui aiment à se draper dans un vocabulaire abscons et hermétique plutôt que de partager leur savoirs et s’intéresser aux problématiques des autres.
Preuve en est, les technologies temps réel existent parfois depuis des lustres dans les entreprises sans que ceux qui en fasse l’usage aient pris le temps de les faire découvrir à qui que ce soit. L’IRC, par exemple, est souvent utilisé dans le cadre d’une gestion de projet au sein d’un département IT. Il est également vrai que le département RH n’a certainement jamais prêté attention à ce que les geeks de la DSI pouvaient bien faire en termes d’usages technologiques, et qu’il se contentent la plupart du temps de faire semblant de croire qu’ils sont plus compétents qu’eux pour concevoir un progiciel, les traitant comme de simples exécutants et creusant par là même le fossé.
Mais l’IRC est une technologie obscure, peu attractive pour un néophyte, et une nouvelle génération d’outils, plus conviviaux, plus faciles d’accès, est en train d’élargir considérablement le public des usagers du web temps réel (si tant est que l’IRC soit du web, mais c’est une autre histoire).
Des outils autrefois cryptiques sont aujourd’hui sexy, compréhensibles et relativement faciles d’accès. De plus en plus de gens utilisent le web social, la notion de statut que l’on met à jour tout au long de la journée est désormais familière. Les applications d’entreprise qui ont utilisé cette métaphore sont désormais certaines d’être largement adoptées au sein des entreprises.
Nombreuses sont également les entreprises dont une partie plus ou moins significative de la force de travail n’est pas physiquement présente dans les locaux de la société. Là encore, le temps réel et la dimension sociale qui s’immisce un peu partout dans les logiciels utilisés par les employés peuvent apporter beaucoup, tant aux entreprises qu’aux employés. Quand on voit la façon dont ont évolué les smartphones ces dernières années, il ne fait aucun doute qu’ils sont prêt à devenir aujourd’hui un véritable cordon ombilical entre un salarié nomade et une équipe au sein de la quelle il travaille.
Reste que, par définition, l’arrivée des dimensions temps réel et sociales dans l’ensemble des outils et des usages technologiques de l’entreprise, s’il promet beaucoup de travail pour les SSII dans les décennies à venir, et très certainement des gains de productivité étonnants, doit nécessairement s’accompagner d’une réflexion sociale et d’une réflexion à long terme de la part de l’entreprise sur ce vers quoi elle tend, ce qu’elle veut devenir, et quelles étapes elle envisage avant d’en arriver là.
Tout comme l’irruption du PC, il y a quelques décennies, a profondément bouleversé le monde du travail, en particulier dans le tertiaire, l’irruption quasi simultanée du web social et du web temps réel promet un bouleversement de même amplitude. C’est une vague, il s’agit plus de savoir comment la prendre, quitte à changer de cap, qu’autre chose.
Cette réflexion est d’autant plus délicate que le temps de l’entreprise n’est pas du tout calé sur celui des technologies, en particulier les technologies sociales et temps réel, dont le rythme est frénétique.
C’est l’articulation intelligente de ces différentes composantes, au sein d’une réflexion globale, qui fera les succès et les échecs dans la grande mutations à venir. L’informatisation a été un profond bouleversement dans le quotidien de centaines de millions de travailleurs, mais pas vraiment l’internet. C’est clairement à travers les technologies sociales et le web temps réel que viendra un bouleversement similaire, appelé à restructurer la façon même dont on appréhendera une entreprise demain.
Il reste beaucoup de travail à effectuer pour en arriver là, à commencer par une sérieuse évangélisation des dirigeants, des cadres, mais aussi des représentant syndicaux, qui arriverons tôt ou tard dans l’équation du changement, et qui ont tout intérêt à y participer le plus tôt possible si l’on ne veut pas les voir endosser les habits du refus en bloc de toute évolution, car il y a là dedans une mine d’or en terme de progrès sociaux qu’il serait coupable de regarder passer sans rien faire, sous prétexte qu’à l’époque où cela s’est mis en place, “on ne savait pas”.
J’ai eu l’occasion d’évoquer ce problème avec plusieurs grands dirigeants d’entreprises, curieux des évolutions qu’allaient apporter ces technologies à leurs société, et quand le problème de la dimension sociale intrinsèque à ces technologies apparaissait clairement à leurs yeux, l’absence d’interlocuteur qualifié du coté de la représentation du personnel était vécu soit comme une opportunité, soit comme un problème. La plupart du temps, ce sont ceux des dirigeants en âge d’être encore aux commandes dans dix ans qui réalisaient le problème. Un problème posé sur le papier aujourd’hui est bien plus facile à résoudre qu’un problème inscrit dans des millions de lignes de code demain.
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16 octobre 2009 à 12:04
Merci Fabrice pour cette réflexion construite et argumentée (comme d’hab).
Le mouvement est en marche, certes, mais effectivement peu de dirigeants comprennent l’enjeu dynamique qu’il y a à intégrer les usages “particuliers” dans le monde “professionnel”…
Depuis deux ans justement, je travaille avec certaines entreprises qui l’ont compris pour monter des formations spécifiques, liant leur activité et le web 2.0 pour trouver la connexion entre les outils et les usages professionnels du web 2.0.
Cela va de la gestion de leurs contenus en ligne (rédaction pour le web, dynamisation, intégration du Rich Media) à la mise en place de veille et de circuits d’échange d’information via le RSS, Twitter et les Réseaux Sociaux. Pour les plus avancés, on parle de prospective, de stratégie et on essaie d’anticiper le “next step”…
Ensuite, il faut savoir trouver les angles, les solutions aux problématiques parfois différentes…
Cela me rappelle l’arrivée du Net il y a une dizaine d’années, quand des Directeurs refusaient d’avoir un PC sur leur bureau pour répondre aux mails, parce qu’ils avaient une Secrétaire pour les imprimer et taper leurs réponses… Le temps réel à l’époque aurait été une utopie, quoique le reste de l’entreprise avait déjà saisi l’outil “mail” pour ce qu’il était : un moyen d’échanger plus rapidement et plus intelligemment en coupant les séquences hiérarchiques inutiles et en impliquant les bonnes personnes sur un projet… aujourd’hui nous avons des solutions pour tout (ça me fait penser à la pub pour l’Iphone “il y a une application pour ça” ;) ).
Tu parlais d’évangélisation, il y a de ça… Beaucoup de pédagogie et faire en sorte que les bons messages arrivent aux bonnes personnes ;)
Le mouvement est en marche, reste qu’il faudrait juste pédaler un peu plus vite maintenant…
16 octobre 2009 à 12:28
Merci pour ce très bon article qui a le mérite de poser le problème dans ses différentes dimensions : humaine, fonctionnel et technique.
Pour permettre au Web social et au Web temps-réel de vraiment décoller dans les entreprises, nous n’échapperons pas à un effort de formalisation du ROI. Les pistes de gains sont nombreuses, mais restent encore le plus souvent qualitatives.
Autre élément : l’implication à grande échelle des salariés d’une entreprise suppose aussi de réfléchir aux incentives, de la même façon que l’on propose des remises lorsque l’on lance une offre grand public.
16 octobre 2009 à 16:24
Excellent article, très complet sur cette problématique.
En plus de la formalisation du ROI et la focalisation sur l’intérêt quantitatif au détriment du qualitatif tel que l’a souligné Michaël Tartar, il est nécessaire de se poser la question du processus d’adoption des nouvelles technologies et de leur impact sur la hiérarchie établie.
Comme une étude récente l’a démontré, ce n’est pas la génération Y qui est la mieux placée pour faire adopter des technologies qu’elle maitrise déjà dans sa vie privée. Cette génération n’est pas leader d’opinion et n’a pas le statut hiérarchique requis pour être pris au sérieux.
Ayant eu la chance d’effectuer un stage au sein d’une grande entreprise d’aéronautique concernant l’audit d’un système de RH en temps réel, le besoin de contrôle et de validation de chaque étape par le N+1 ou un autre responsable faisait perdre tout l’intérêt du temps réel.
Si l’on souhaite pouvoir profiter du plein potentiel du temps réel, il sera nécessaire de se libérer du poids imposé par un over-contrôle et laisser un peu plus d’initiatives à ses collaborateurs, mais il y a là encore, un fossé mental à combler…
16 octobre 2009 à 20:29
Oui, l’impact des ces outils sur ces outils va être, IMHO, dévastatrice, et les incentives ne vont pas être évidents à mettre en œuvre, et surtout, devront obligatoirement être négociées avec les représentants syndicaux, car ca va nécessairement rentrer dans le cadre des convention collectives, si je ne m’abuse…
Ces chantiers sont immenses, mais vont rapidement devenir urgents…