Axelle Tessandier participe à l’expérience Palomar5 à Berlin, une initiative inspirée aussi bien des Barcamps, des Thinktanks que des incubateurs de startups qu’elle qualifie de ‘do-tank’. Pour ReadWriteWeb, elle nous raconte cette aventure unique chaque semaine.
Travailler à Palomar implique avant tout y vivre, y rire, y penser, y créer. Tout le temps, en permanence sur un sujet aussi large que fascinant avec des enjeux énormes. Mon environnement professionnel, que je sois américain, canadien, indien, française, Qu’aimerais-je en faire ? Comment aimerais-je le redéfinir ?
Cette vie à la Fabrique dans ce processus de création permanent est sans aucun doute un des aspects de l’aventure que je préfère et qui la rend passionnante. Je ne crois pas que j’aurais souvent dans ma vie l’opportunité de faire partie d’une telle bulle d’inventivité, qui m’apprend autant sur mes méthodes de travail que sur moi-même.
J’aime cette idée d’intensité sur le projet, de cette deadline du sommet où nous devons présenter concrètement le résultat de nos réflexions sur le monde du travail de demain pour une génération que nous tous résidents nous représentons. Cela fixe une certaine responsabilité en ce qui me concerne.
C’est pour cela que j’ai été impatiente de commencer la semaine 2 à Palomar : Prototyping…. ou comment rentrer dans le vif de sujet avec un premier “Reality check” en fin de semaine, journée durant laquelle notre créativité et nos idées, même les plus dingues sont confrontées , et même parfois heurtées par la réalité. En effet, Palomar n’oublie jamais que nous ne sommes pas là pour partir dans les élucubrations les plus dingues ou pour parler, commenter, discuter pendant des heures, des semaines, des mois.
Nous sommes là pour faire, pour surprendre et dessiner des contours qui ne sont pas encore tracés. En tant que française, je crois que je suis obsédée par cet aspect là, ce qui me conduit parfois à une certaine véhémence au sein du groupe. J’ai été trop souvent confronté en France au manque d’action ou de volonté d’agir. On s’interroge beaucoup au pays des lumières… et on laisse les autres en allumer de nouvelles. Cette frustration guide probablement certains de mes comportements à Palomar .
LE reality check de vendredi représentait don le premier rendez-vous du Camp sur l’avancée de ses travaux. Une série d’experts, d’univers et d’âges différents, tous liés au secteur de l’innovation viendraient donc nous dire ce qu’ils pensaient de nos premiers projets. Les représentants de notre sponsor Deutsche Telekom se faisait aussi plus présent au sein de la Malzfabrik…
Cette semaine, et ce dès lundi 9h, m’a donc mis sous une certaine tension. mais cela n’était pas pour me déplaire. La semaine 1 avait été riche d’enseignements, d’inspirations, d’inputs. Il était temps d’en faire quelque chose. La patience n’est pas la plus grande de mes qualités. J’allais découvrir qu’à Palomar, il faut pourtant apprendre à se gérer soi-même, mais aussi les autres, leur vision parfois éloignée de la vôtre, leurs méthodes qui peuvent vous laisser perplexes.
Créer seul n’est déjà pas aisé. Cela demande de l’implication, de la passion, de la créativité, du temps, des sacrifices. Créer à 30 signifie en plus apprendre à faire des compromis sans se perdre, à accepter de ne pas avoir le contrôle sur tout sans que cela soit un drame, à calmer un égo qui parfois ne veut pas laisser place à la collaboration, à ne plus dire “mon idée” mais “notre création”. Et cela, pour nous tous.
C’est ainsi que les brainstorms se sont révélés aussi épuisants que passionnants pour moi. Nous étions là pour penser le monde du travail pour une génération Y qui ne se considèrent plus uniquement comme des travailleurs, mais comme des êtres à multiples facettes et envies. j’en avais suffisamment souffert pour être vraiment impliqué dans l’initiative Palomar.
J’avais décidé de m’investir totalement dans un projet qui me tenait à coeur et que j’avais décidé de présenter vendredi aux experts avec deux autres des Résidents. 17 idées allaient leur être présentées : Les premiers doutes sont donc survenus sur ma capacité d’investissement sur une idée ou une direction qui n’était pas la mienne à 100%. Je voyais certains de mes camarades mettre leurs noms sur 4 ou 5 projets différents.
Comment faisaient-ils, moi qui n’arrivait pas à penser à autre chose qu’une seule et unique présentation, qui y travaillait et y réfléchissait en permanence,devais-je changer de méthode ? ou eux qui ne s’impliquaient pas de la façon qu’il fallait ou que je souhaitais ?
Les premiers doutes, remises en question ont donc été la nouveauté de la semaine 2, et en même temps ils m’apparaissent tellement logiques, nécessaires dans un processus créatif qui s’étale sur 6 semaines. La semaine 3 serait peut-être celle de l’excés de confiance, quand on croit que son idée va révolutionner le monde plus vite que l’invention de l’éléctricité ? Nous verrons bien..
Je retrouvais donc mes réflexes, ceux qui vous apparaissent comme dans un miroir grossissant dans ce genre de contexte. Le premier conflit a eu lieu mardi, autour du “mur d’idées”, endroit sur lequel nous déposons, dès que notre cerveau nous en donne l’occasion, nos premières idées de projets , nos orientations pour réfléchir.

Moi qui me suis toujours vu comme une personne chaotique, j’ai cependant besoin d’une structure pour me laisser la liberté totale de l’être. Tout le monde n’était pas d’accord visiblement. Mes camarades et moi allions donc connaître nos premiers cris et désaccords, dans lesquels j’avoue, je n’étais pas la dernière à me jeter, pour ne pas dire le contraire. Et parfois, il faut savoir perdre la bataille, sans regretter de l’avoir livré. Mon agressivité sur certains de nos brainstorms donnait lieu aux premières explications et aux “Pardon, tout cela n’est absolument pas personnel ou contre toi”… La semaine 2 a donc été une ambiance assez « je t’aime moi non plus ».
La présentation de notre projet a aussi créé au sein de mon groupe de longues nuits, des conversations interminables, des frustrations et des conflits sourds qu’il faut avoir le courage de faire exploser. Mais sur scène vendredi, face à nos “juges experts”, la satisfaction, l’enthousiasme de recevoir leurs feedbacks, leurs conseils, emportait toutes les tensions de la semaine. J’avais donc récolté un nouveau surnom durant cette semaine : “le dragon”… ce à quoi je ne pouvais m’empêcher de répondre “ I am not a dragon, or a very nice one”-”Yes, of course. But still… a dragon” Tout cela se concluait donc par un éclat de rire. Cela finit de toute façon toujours comme cela à Palomar5, quoi qu’il arrive…
Vendredi, le monde extérieur est venu nous rendre visite, nous encourager et parfois nous ramener à la réalité pour certains projets. La fin de la semaine s’achevait sur une note qui nous plaisait . En ce qui me concerne je retiendrais ce que m’a dit l’un des experts : “Push and go further”’
Cela sera le motto de la semaine 3…
(Texte : Axelle Tessandier - ethicle.com – crédit photo : Carolin Seeliger)












