Franck Lirzin, ancien élève de l’Ecole polytechnique et diplômé de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, est ingénieur des mines, actuellement en poste à Marseille, en tant que chef de division développement industriel, et chargé de mission économie industrie auprès du préfet de région.
Stéphane Reiche, ancien élève de l’Ecole polytechnique, est ingénieur des mines, également en poste à Marseille, en tant qu’adjoint au chef du service prévention des risques, à la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.
Ensemble, ils ont rédigé un mémoire de troisième année dans le cadre de leur formation à l’école des Mines Paristech dont ils nous livrent aujourd’hui la primeur, une lecture indispensable pour y voir plus clair dans les conséquences que pourraient avoir les choix qui s’offrent à nous aujourd’hui en matière d’économie numérique, au sens large.
La numérisation des contenus culturels participe à un mouvement général de fluidification des échanges qu’il faut accompagner.
Films, musiques, livres, articles de journaux ou opinions individuelles ont aujourd’hui un point commun : ils peuvent être numérisés, diffusés sur Internet, et consultés sur de nombreux supports (ordinateur, téléphone, téléviseur, balladeur…).
Cette convergence de tous les contenus sur tous les équipements de réception perturbe en profondeur les industries culturelles et les médias et fait entrer en jeu les opérateurs de réseaux et d’autres acteurs de la « nouvelle économie ».
On assiste à un mouvement de fluidification qui voit les intermédiaires disparaître au profit de sites internet, les échanges être quasiment gratuits et beaucoup plus rapides. Certains en pâtissent, d’autres y voient une source de profits.
Nous avons étudié les modèles d’affaires des acteurs de l’économie numérique et n’avons identifié que huit types de financement différents, qui tous existaient déjà dans l’économie traditionnelle :
- Paiement à l’unité : boulangerie – iTunes Store.
- Abonnement : carte UGC – accès ADSL.
- Freemium : BDs qu’on peut lire à la Fnac ou emporter – presse en ligne.
- Taxation des échanges : douanes – eBay.
- Publicité : régie publicitaire – Google.
- Profilage commercial : carte de fidélité Carrefour – Gmail.
- Mécénat (financier ou apport en nature) : artiste – Wikipédia.
- Etat : France Télévisions – sécurité des réseaux
L’innovation est dans la capacité à les combiner et à les adapter au contexte de l’économie numérique. Il est difficile de faire payer ce qu’on peut trouver par ailleurs gratuitement, sauf à fournir un service à forte valeur ajoutée au consommateur (premium, facilité d’accès, choix étendu) ou à un tiers (publicité et profilage).
Le mouvement de fluidification implique une recomposition des rapports de force et de la chaîne de valeur au sein de l’économie numérique. Certains en profitent, d’autres craignent d’y perdre et tentent de freiner ou d’enrayer cette transition : par exemple, en contrôlant les échanges pour empêcher que les biens culturels puissent être échangés gratuitement, afin de pérenniser des modèles d’affaires menacés.
La fluidification liée à l’économie numérique soulève des questions redoutables :
- Comment garantir la qualité des contenus ?
- Comment financer les réseaux ?
- Comment assurer la sécurité du réseau et des échanges ?
- Comment maintenir les valeurs fondamentales de la démocratie comme la liberté d’expression et la liberté d’information ?
S’il nous semble illusoire de bloquer un mouvement de fluidification irrésistible, on peut cependant le canaliser.
La qualité des contenus peut être assurée par des modèles économiques comme le freemium, les produits dérivés, la publicité ciblée et le mécénat (financier ou par apport en nature).
Le financement des réseaux est d’abord un problème de négociation entre les gros acteurs et le régulateur et sera résolu tôt ou tard. Les véritables enjeux sont ceux de la sécurité (des pays, des entreprises, des internautes) et de la démocratie : entre une approche consistant à donner aux individus les moyens de leur auto-défense et la tentation d’une supervision centralisée à la Big Brother, la palette des solutions est large et doit pouvoir s’adapter à la culture et aux valeurs démocratiques de chaque pays. Une régulation ne saurait être moins complexe, mouvante, subtile et internationale que son champ d’application.
Cliquez ici pour télécharger le mémoire (pdf) et ses annexes (pdf)
(image CC-by de Viditu)











03 novembre 2009 à 21:10
Est-ce parce que Franck Lirzin est sorti major de l’X qu’il a droit au double titre de “diplômé de l’Ecole des hautes études en sociales sociales (sic)” ? Et parce que Stéphane Reiche n’était pas major qu’on lui a supprimé son titre de diplômé des Mines? Non mais, alors !
04 novembre 2009 à 0:48
non, je crois que c’est moi qui me suis emmêlé les pinceaux ;-)