Navigation dans le web des données (partie 2)

Points clés de la partie 1. Nous assistons aujourd'hui à une augmentation des contenus échangés mais aussi à une multiplication des moyens de les visualiser. La valeur des sites web ne réside plus uniquement dans l'accumulation de données mais également dans leur capacité à les enrichir et à les visualiser. On remarque l'émergence de visualisations exploitant des sources de données externes et bientôt capables d'exploiter plusieurs sources de données.

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Même si à l'heure actuelle nous sommes encore loin de surfer dans ce fameux web des données, on assiste doucement mais sûrement à la naissance d’un premier embryon. Le LinkedData est ainsi un merveilleux terrain de jeu pour expérimenter et étudier les problématiques de visualisation dans le web de demain.

La problématique principale n'est pas nouvelle: comment visualiser des données dans un format inconnu? Dans votre vie de tous les jours vous vous retrouvez régulièrement avec des données que vous ne pouvez pas, ou mal, visualiser. C'est le cas quand vous recevez un document .doc et que vous n'avez pas Microsoft World, ou un .pdf sans Acrobat Reader. C'est le même problème sur votre téléphone portable, certains sites sont difficilement consultables car vous les explorer avec une visualisation non-adaptée. Cette problématique va être de plus en plus présente, à la fois pour les utilisateurs, mais aussi pour les sites entre eux (qui devront vous fournir une visualisation). Dans un web où les données sont hautement connectées il est tout à fait possible qu'une de vos requêtes aboutisse à un résultat composé d'informations très hétérogènes. Il arrivera que vous ayez en votre possession toutes les données répondant à votre requête, mais malheureusement leur visualisation sera partielle ou non-adaptée.

A quoi ressemblerait une visualisation non-adaptée ?
Sûrement à quelque chose comme ça:

disco (600)

On a vu mieux pour afficher un profil non? Mais voila cette page est bien plus riche que n'importe quel profil puisque ce sont des données brutes. De ce profil vous pouvez accéder à un événement, puis au lieu de cet événement, puis aux itinéraires pour ce rendre à ce lieu et ainsi de suite... Vous pouvez explorer des « objets » très différents qui font tous partie du web des données. Une personne, un événement, un lieu, un voyage: comment visualiser des informations si différentes? C'est la problématique à laquelle font face des projets comme tabulator (du MIT) ou disco qui se définissent comme des generic data browser ou hyperdata browser.

Ces projets sont certes très utiles aux ingénieurs informaticiens mais pour démocratiser l'exploration du web des données, il faudra un peu plus qu'une visualisation générique. C'est là que rentrent en jeux les « viewers »: des visualisations spécialisées exploitant des données externes. Ainsi les données peuvent être stockées n'importe où sur le web, un viewer est capable de les récupérer, de les analyser et d'en créer une visualisation. Ainsi, que cela soit sur votre ordinateur, ou délégué à un service dans le cloud, l'accès à l'information peut se faire en 2 étapes: tout d'abord trouver l'information sous forme de données brutes puis visualiser ces données de manière adaptée.

De nombreux viewer existent déjà mais faut-il encore pouvoir trouver le bon viewer pour le bon type de donnée.

dataviewer (600)

C'est à cette problématique qu'essaye de répondre le data viewer directory. Ce site est l'application technique de cette article de prospection. Son objectif premier est de valider la thèse qu'il existe déjà des viewers sur le web. Dans un deuxième temps ce site permettra de suivre le développement des viewers et de faciliter l'indépendance entre visualisations et sources de données.

De plus dataviewer.org propose plusieurs services: "view this" permet de visualiser une URL contenant des données. Cela peut être un profil, un document, un flux RSS ou un autre des 12 types de données supportées. "get viewers" est une API retournant une liste de viewers compatibles avec votre donnée: à vous de choisir celle que vous voulez. La procédure d'ajout de viewers n'est pas encore automatisé mais vous pouvez déjà proposer vos viewers et vos formats de données.

Pour l'instant le service « view this » ne prend pas encore en compte la nature du terminal demandant la visualisation. Mais le viewer SimpleReader Mobile est bien l'exemple que les viewers spécialisées par terminal existent. Comme nous le disions dans la première partie, les terminaux ont tendance à se multiplier: parfaitement logique quand on cherche à être toujours connecté, à vivre dans un monde où internet nous accompagne dans toutes les situations, dans tous nos déplacements (la vidéo de Microsoft est saisissante sur ce sujet).

minority-report-interface (600)

Les fans de SF sont ravis, la réinvention de l'interface homme machine est une tendance lourde. De l'iPhone, en passant par la table tactile, l'olograme ou encore les "minority report interface", on ne compte plus les expériences de visualisation / gestion de l'information. La navigation dans le web des données pourrait donc être bien plus graphique et bien plus fun qu'on aurait pu le penser. La raison est simple: les pages webs ne sont plus centrales pour lier les informations les unes aux autres, les données étant naturellement liées. Et en enlevant les contraintes de l'HTML pour présenter les données, nous pouvons nous mettre à rêver aux interfaces utilisateurs de demain... Problème à court terme: il est déjà couteux pour un site web d'être compatible entre Internet Explorer et Firefox, alors imaginez le casse tête quand il faut créer des visualisations pour toutes ces plateformes, toutes ces interfaces.

Tiens puisque qu'on parle de couts, retour à la réalité, essayons de parler un peu business. Même si le web 2.0 n'a pas encore tout montré en terme de monétisation, le web 3.0 devrait apporter son lot d'opportunités. Ainsi je pense qu'il sera intéressant d'observer l'apparition (ou non) de view providers, services traitant exclusivement des données externes, se concentrant dans la production et la distribution de visualisations.

data3.0_viewprovider (600)

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Conclusion

Depuis toujours le web a eu pour vocation d'améliorer les communications entre humains et à faciliter la transmission du savoir. Depuis 1998, il est identifié que la prochaine évolution technologique du web sera le passage d'un web de documents liés vers un web de données liées. Depuis 2008, les technologies et les usages sont sorties du cadre purement académique et du monde de la recherche. Il y a quelques jours, le gouvernement anglais a mis en ligne un accès directe à des données brutes et leurs 5 millions de propriétés. Le web des données devient petit à petit une réalité.

Est-ce la naissance du web sémantique? Va-t-on vers la création d'une intelligence globale? Les machines vont-elles prendre le contrôle de nos vies? Un jour nous nous poserons peut être ces questions, mais soyons pragmatique, il ne faut pas louper cette opportunité et ignorer le progrès que représente le développement d'un web des données. Et dans ce web amélioré, c'est la visualisation de ces données qui permettra petit à petit de profiter de toute la richesse que le web a à nous offrir.

A propos de cet article

Certains auront remarqué que je joints à mes billets des perles issues du site pearltrees. C'est parfois pour retracer une chronologie d'événements, ou alors pour mettre en confrontation plusieurs point de vues. Et aussi pour faire un coup de pub pour ce produit pour lequel je travaille tous les jours (et parfois la nuit ;).

Cette fois ci le pearltree que je vous propose est un peu spéciale puisqu'il s'agit de la bibliographie complète de l'article (plus de 100 sources). Le pearltree « browsing the web of data » a été crée après la lecture de cette interview de Tim Berners Lee sur ReadWriteWeb il y a bientôt 4 mois. Au début il ne contenait qu'une perle, l'interview en elle même, et puis des articles sont apparus sur la visualisation de données, et les premiers viewers. Au fur et à mesure que mon analyse de la problématique s'affinait le pearltree changeait de nom, d'arborescence, de formes. Et plus je rajoutais des perles, plus je croisais d'autres utilisateurs de pearltrees ayant eux aussi des éditions sur le sujet ou des sujets voisins. Une expérience intéressante que je ne manquerais pas de reproduire !

Vous pouvez d'ailleurs retrouver toutes les perles de ReadWriteWeb sur le compte: http://www.pearltrees.com/rww/

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4 commentaires pour cet article

  1. Wolden Avro

    #2 à la hauteur du #1 ;)

    Je prendrai le temps de tout relire à fond mais je trouve que la question cruciale de la *présentation* n’est pas tout à fait posée comme elle doit l’être. Le web ce n’est pas (ou pas fondamentalement) des données *présentées* (à quoi elles ressemblent pour l’utilisateur), mais des données *structurées*. Donc je ne partage pas entièrement ton « c’est la visualisation de ces données qui permettra petit à petit de profiter de toute la richesse que le web a à nous offrir » de conclusion. Ne serait-ce que parce que la part de l’échange de données entre machines – échange totalement invisibles à l’homme dans le cadre de l’internet des objets (RFID, etc) – dépassera probablement assez vite celle des échanges homme-machine.

    Ensuite, en théorie un même paquet de données resterait utilisable quel que soit l’user-agent utilisé (écran, vocal, mobile, client3D, etc.) si la façon dont celles-si sont structurées est porteuse de sens. A l’inverse, un paquet de données dont le sens, l’utilisation ou l’interactivité potentielle ne seraient portés que par l’*aspect du rendu* réduirait d’autant son périmètre de diffusion, et donc d’utilisation. En gros, plus des données ont *besoin d’être rendues d’une certaine façon et sous une certaine forme* pour être utilisables, moins elles sont utilisables… C’est à la fois tout l’enjeu pratique et immédiat de l’accessibilité et de l’interopérabilité (le « web universel ») et tout l’enjeu théorique futur du web « 3quelquechose » entre internet des objets, internet des données et internet des applis.

    Seulement voilà, une des grandes questions reste que l’interaction entre données issues d’outils et de producteurs différents ne sera massivement possible qu’à la condition qu’elles soient produites à partir de langages normés structurants… Or la quasi-totalité du contenu web d’aujourd’hui s’appuie sur un *langage de présentation* à très faible valeur structurante : HTML et sa sémantique rudimentaire. Faut-il d’abord tuer HTML ?

  2. Nicolas Cynober

    Salut Wolden, merci pour ton commentaire.

    Quand tu dis que « la part de l’échange de don­nées entre machines  dépassera pro­ba­ble­ment assez vite celle des échanges homme-machine » en fait… c’est déjà le cas depuis longtemps :). Et de fait la question cruciale du bénéfice du web des données c’est aussi la partie visible de l’iceberg. La partie invisible étant, certes indispensable, mais a très peu de valeur pour 99,9% des internautes.

    Je suis d’accord sur le fait « qu’un paquet de don­nées dont le sens, l’utilisation ou l’interactivité poten­tielle ne seraient por­tés que par l’*aspect du rendu* rédui­rait d’autant son péri­mètre de dif­fu­sion, et donc d’utilisation » et c’est d’ailleurs ce que je pousse dans l’article: l’indépendance entre données et visualisations. Les deux sont séparés, tu as donc à la fois accès aux données brutes et à une, voir plusieurs visualisations (donc pas de détérioration des données originales).

    Pour ce qui est de l’accessibilité, c’est un sujet très intéressant qu’il faudrait creuser. Mais dans la mesure où 99.9% des sites web ne valident pas le WCAG, on ne peut espérer qu’une amélioration :)

    Pour ce qui est de la structuration des données, je ne pense pas que cela passe par un enrichissement des languages de présentation existants. Il suffit de jeter un oeil à l’utilisation de RDFa ou des microformats, pour se rendre compte que l’échange de données brutes (type RDF) a (avis personnel) plus d’avenir. Et d’ailleurs le choix de HTML5 (vs XHTML2) montre bien la volonté d’accentuer le rôle de l’HTML pour présenter des données (plutôt que de les structurer).

  3. Johny B good

    Ca alors je ne comprend pas j’aurais juré que cet article est sorti signé fepelboin…

  4. Patrice Lamothe

    Les commentateurs en restent sans voix… la preuve qu’il s’agit d’un excellent article.

    La preuve surtout que tu parles bien d’une nouvelle frontière qui reste largement à explorer. Le Web de ses dernières années nous a tellement habitué à utiliser des listes (blogs, RSS, lifestream, status updates, aggregated feeds…) que beaucoup y ont vu l’horizon indispensable de la présentation de données. Ils commettent une erreur excusable mais bien réelle : voir le Web de demain dans celui d’aujourd’hui.

    Les listes et les tags sont au fond un moyen très rudimentaire d’organiser, de manipuler et de présenter des données. Ce moyen correspond aux capacités techniques du Web de la décennie 2000, mais certainement pas à ceux de la décennie qui s’ouvre aujourd’hui!

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