Le 22 octobre 2009 se tenait à Issy les Moulineaux deux conférences importantes dans le cadre du World E-Democracy Forum 2009. Pour ceux qui n’y étaient pas, de nombreuses informations précises et intéressantes ont été diffusées, dont voici ce que j’ai retenu, rien que pour vous !
La première conférence avait pour thème l’identité numérique, illustrant le fait que le sujet de la e-administration est souvent mélangé avec la e-democracy, bien que complètement différent dans les usages et les aspirations (économie de couts versus recréation de lien social et de représentativité).
En tout cas, certaines informations sont toujours bonnes à prendre :
- Sophie Pernet-Lubrano, directrice d’étude à l’idate, a ainsi expliqué que 2/3 des non-internautes français pensent que l’usage des ordinateurs est une menace pour la vie privée, contre 1/3 des français déjà internautes. Son interprétation : l’expérience d’internet et des ordinateurs augmente la confiance en l’outil
- 25% des personnes victimes d’usurpation d’identité en France l’ont été à cause directement ou indirectement du piratage de l’ordinateur familial
- Karen Le Chenadec, directrice du département développement numérique des territoires de la caisse des dépots a expliqué quant à elle que 37% des français (soit 19millions) ont déjà fait une démarche administrative en ligne dans les derniers 18 mois
- En outre, le nombre de sites locaux (territoriaux) de services aux citoyens a augmenté de 30% depuis 2004
- De son côté, Nicolas Conso, de la direction Générale de la Modernisation de l’Etat (DGME), a indiqué que 150 000 comptes ont déjà été créé via la fonction « coffre fort numérique) proposée par mon.service-public.fr
- A noté également qu’il sera bientôt possible de s’inscrire sur les listes électorales de sa commune de résidence par internet (fini les longues queues d’attente le 31 décembre…)
Lors de cette conférence est également intervenu Hervé Mariton, député de la Drome, et chargé au sein de l’UMP de réfléchir à un nouveau volet à ajouter à Hadopi 2 d’ici mars 2010. Ce nouveau volet doit « éviter de rentrer dans le détail technique des hadopi précédentes », et plutôt résumer en 4/5 grandes phrases de nouveaux grands principes sur le droit d’auteur à l’heure du numérique, sans doute à inscrire dans la constitution…En effet, Hervé Mariton se fait peu d’illusions sur les résultats d’Hadopi 2 tel qu’existant car, selon lui, « peu de gens mettraient leur tête à couper sur l’applicabilité de la loi ».
Pour finir sur ce sujet, Mr Gunner LUND, ambassadeur de Suède, a ainsi rappelé que dans son pays, le but de la e-governance est de faire: « le plus simple possible pour le plus grand nombre de personnes » , avec pour objectif par exemple de diminuer la paperasse pour les entreprises de 25% ! On rappelera au passage que les pays scandinaves sont en avance sur la France avec 53% des Suèdois qui font leur déclaration fiscale par internet ou sms/textos
La seconde conférence avait pour thème « En quoi le numérique change-t-il la politique », avec de très bons intervenants internationaux.
Phil Noble, le fondateur de Politics Online, a commencé par rappelé que Barack Obama a fait une campagne révolutionnaire, dont les points les plus importants sont résumés dans “lessons from obama”, disponible sur Politics Online.
Il a également encouragé tout à chacun à s’investir dans un « ebay for global helping », appelé « Hope + : change the world online », sorte de bourse d’échange d’aide internationale, pour continuer à resserer les liens multipays bien engagés depuis la fin de l’ère Bush.
De son côté, André Santini, en sa qualité de maire d’Issy les Moulineaux, est venu rappelé que le président de Corée du Sud, avec B. Obama, a été le premier candidat élu grace à internet en 2002, grâce à un réseau des ombres (pas de meeting, réseau de supporters virtuels uniquement)
Face à l’approche parfois iconoclaste des nouvelles technologies, A. Santin a souhaité pointé du doigt les limites de la démocratie d’opinion pouvant résulter des nouvelles technologies de la communication : cette dernière puise sa légitimité dans le « bruit » versus la démocratie représentative qui puise sa légitimité dans le vote. Il existe donc un risque que la démocratie d’opinioin confisque la démocratie au peuple à cause de professionnels du lobby et de la manipulation d’opinion. En outre, la démocratie participative peut être limitée par le fait que les citoyens participent uniquement lorsque leurs intérêts sont en jeu, alors que, selon A. Santini, ils ne peuvent juger avec bon sens que lorsque leurs intérêts ne sont pas en jeu.
Peter Greenberger a pris la parole ensuite pour faire un retour d’expérience sur l’utilisation de google dans la publicité politique. Obama a ainsi dépensé 7,5M de dollars d’achat d’espace chez google (autant que son concurrent Mc Cain), levant « 15 dollars pour chaque dollar de pub placé chez google ». Obama continue, après l’élection, à maintenir sa présence en ligne via ses 1800 vidéos uploadées sur youtube. En outre, Obama utilise Google moderator, outil à la digg permettant de poser aux internautes de poser directement des questions à son administration.
Selon le directeur de la publicité politique de Google US, les campagnes électorales commencent de plus en plus tot (avant 1/3 mois avant, maintenant 6 à 12 mois avant) avec l’achat de mots clés ciblés très en amont.
Quant à Francis Pisani, auteur du blog transnets et résident à San Francisco, il a expliqué que l’engouement et l’implication autour de la campagne américaine a permi d’augmenter la participation aux élections de +25% en moyenne dans 16 états charnières.
En plus de la campagne, ce sont la gourvenance et les mouvements qui sont les plus impliqués par les nouvelles technologies. Ainsi, des mouvements « autonomes » se placent en contre pouvoir du gourvenement, dans un panoptique inversé de surveillance par les usagers et les citoyens des institutions publiques : exemple de newstrust.org, opensecret.org, mayormonitor, ou encore ratemycop.com
Puis Julien Didry, Maire de Bras-sur-Meuse (550 habitants), a partagé son expérience de maire 2.0, en toute simplicité et modestie : ainsi la commune dispose-t-elle d’un wiki et d’un blog, qui ont notamment permis au maire d’optimiser son travail, sachant qu’il est salarié du privé à côté.
Selon lui, la e-democratie sert la démocratie. En effet, il a décidé d’ouvrir les commissions municipales au public (peu de mairies le font alors que c’est possible), générant 55 inscriptions de non-élus dans les commissions municipales, afin de multiplier le « vivier de bonnes idées ».
Les 15 élus ont aussi tous été formé aux NTIC, afin de réaliser un conseil municipal interactif : 15jours avant le conseil, un préordre du jour est envoyé aux élus, qui l’amendent. 5 jours avant, l’ordre du jour est envoyé à 70% des habitants (connectés à internet et identifiés par la mairie). Ces derniers ont jusqu’à 22H30 la veille du conseil pour poser une question sur l’ordre du jour. Il existe sinon un numéro de téléphone spécifique pour laisser un message vocal. Jusqu’à 11 conseils municipaux sont réalisés par an pour faire tourner à plein l’intelligence collective et la participation locale. Enfin, un pôle numérique à va etre lancé à Bras-sur-Meuse en janvier pour éduquer les gens aux usages numériques, action jugée publique par le maire, réélu avec 91% des fois.
Quant à Jean Dionis, Député maire d’Agen et président du groupe de travail de l’Association des Maires de France sur les TIC, il a partagé ses questionnements sur la fonction d’élu à l’heure d’internet.
En effet, la complexité a grandi avec internet selon lui : la mairie d’Agen communique via un journal papier chaque semestre : 51000 exemplaires (qui coutent 21000EUR), envoyé à chaque foyer (110000 habitants), alors que la newsletter est envoyée chaque semaine à 6000personnes pour un cout quasi nul. Mais la mairie a encore besoin du papier pour garder le lien notamment avec les personnes plus agées qui n’ont pas internet
Son interrogation la plus forte tourne autour du parti politique à l’heure d’internet ? est-ce encore le lieu où se passe la formation (political schools) à la vie publique ? non selon J. Dionis. Est ce qu’un parti politique est toujours le lieu où se passe la sélection des candidats ? oui mais jusqu’ou sachant qu’en 2012 le PS va sans doute faire des primaires ouvertes à l’américaine où l’on va sortir du parti politique comme lieu de sélection du candidat … voilà qui questionne les partis politiques au cœur de leur raison d’être.
Enfin, en tant que siégeant à l’assemblée nationale, J. Dionis a expliqué que les députés ont perdu leur fonction traditionnelle de courroi de transmission de bas vers haut (à cause des sondages etc) et haut vers bas (à cause des blogs, de twitter etc). Mais du coup, que reste-t-il à la fonction de député ? selon lui, le métier doit évoluer vers un appréhension de la complexité du monde : en effet, de plus en plus de sujets complexes et techniques arrivent sur la table de l’assemblée nationale (ex : Hadopi), du coup, le député va devoir plus s’investir et digérer la complexité du monde pour lui redonner du sens…tout un programme !
Pour ceux que le sujet continue d’intéresser au plus haut point, M. Gunner Lund, a annoncé que dans le cadre de la présidence européenne de la Suède, l’ambassade suédoise va organiser une conférence le 2 décembre à l’Hotel de ville de Paris sur le thème « e-administration et e-dialogue, regard croisé Suède/France »













08 novembre 2009 à 18:48
Les nouvelles technologies sont un apport important dans le débat démocratique, l’accès aux informations, la possibilité d’y exprimer ses points de vue sont salutaires. Le citoyen doit toutefois rester prudent ; la qualité de l’information circulant sur le net est de qualité inégale, les renseignements que l’internaute donne sur lui-même se retournent parfois contre lui.
Par contre pour l’étape ultime de l’expression de la démocratie, c’est à dire le vote, les nouvelles technologies présentent bien des défauts, et sont intrinsèquement incompatibles avec le respect du « duo » contrôle citoyen/secret du vote. Tout contrôle citoyen sur un scrutin électronique anonyme étant impossible par définition, il est donc compréhensible que le vote dématérialisé soit de plus en plus contesté. D’autant qu’aucun débat véritable n’a été mené là où il a été mis en place.
De nombreuses informations montrent que ce n’est pas la panacée que d’aucuns prévoyaient :
- Frein ou arrêt total du vote électronique dans de nombreuses démocraties (Pays-Bas, Allemagne, Irlande. Belgique…) dont certaines l’utilisaient massivement depuis de nombreuses années.
- Baisse sensible de la participation lors des scrutins électroniques contrairement aux « promesses » (Vote Internet des représentants à l’Assemblée des français de l’étranger en 2009, consultations professionnelles et syndicales, Européennes 2009 dont la participation s’est dégradée de façon plus importante par rapport au scrutin 2004, dans nombre de villes ayant opté pour le vote électronique).
- Accroissement médiatisé des bugs ou fraudes informatiques dans différents secteurs (Etats, Banques, etc.) qui rend peu crédible un discours de sécurité totale sur un processus par nature invérifiable (secret de vote) et disposant de budgets faibles pour la sécurité (dépenses publiques) etc.
En conclusion, de plus en plus d’amateurs de progrès techniques, convaincus par les apports de la technologie pour la démocratie, savent reconnaître les limites à ne pas dépasser sous peine de mettre en danger la démocratie même ainsi que la légitimité des élus.
09 novembre 2009 à 10:54
@Transparence
Effectivement, le vote électronique n’est pas l’outil ultime de développement de la démocratie à l’heure du numérique. Il n’est qu’une optimisation (avec les limites que vous soulevez), et n’apporte rien de plus
Il vaudrait mieux creuser la piste d’initiatives comme mysociety.org (http://fr.readwriteweb.com/2009/11/06/nouveautes/mysociety-org-france/)