Le Web des Identités : Permettre aux machines d’accéder à vos données

Dans un article précédent, nous avons abordé le Web des Données, dont le principe repose sur l’interconnexion de jeux de données qui permet de rendre des données structurées accessibles aux machines. Dans cet article, nous allons voir comment le Web social qui est en train d’émerger peut donner lieu à un Web d’Identités, qui est en clair un Web des Données appliqué aux personnes.

Le projet Linking Open Data soutenu par le W3C a été pas mal médiatisé grâce à ses avancées avec le Web des Données. Actuellement, toutes les bases de données qui participent au projet sont accessibles gratuitement et peuvent être réutilisées sans contraintes. Le projet se concentre avant tout sur sa croissance aujourd’hui. Dans un email, Chris Bizer a fait allusion à un éventuel modèle économique qui ferait payer l’accès à certain contenu.

L’approche du LOD est très pertinente pour du contenu statique ou du savoir encyclopédique, mais qu’en est-il de nos données personnelles ? Techniquement, modéliser notre identité, nos données de profiles, notre graphe sociale, nos groupes, notre flux d’activités et autres types de données personnelles est simple. Mais donner aux machines la capacité d’accéder à ces données n’est pas si simple à intégrer dans l’approche du LOD, parce qu’il y a toute une série de contraintes et de différences, telles que des paramètres de vie privée et de volatilité des données. Les utilisateurs veulent contrôler qui a accès à leurs données ou certaines parties de leurs données, et veulent être capables d’en bloquer l’accès pour n’importe quelle raison. Et des problèmes dus aux changements rapides et à l’obsolescence de ces données restent sans réponses.

C’est là que le Web social peut intervenir.

Le Web social émergeant

Il y a eu une époque où nous devions créer une nouvelle identité digitale pour chaque application sociale que nous voulions utiliser. Une application sociale fournit des services en rapport avec nos attributs sociaux. Chaque développeur d’applications mettait en place son système propriétaire de gestion des identités pour permettre aux utilisateurs de s’identifier, et créait son système propriétaire de gestion des données des utilisateurs. Les développeurs d’applications étaient jugés sur le  nombre d’utilisateurs et la quantité de données qu’ils possédaient si bien que chacun défendait son petit pré carré.

Les problèmes les plus évidents qui se produisaient alors étaient :

  • Des faibles taux de conversion pour l’enregistrement de nouveaux utilisateurs,
  • Les utilisateurs devaient créer plusieurs comptes,
  • Les utilisateurs devaient réentrer et synchroniser leurs données de profiles,
  • Des problèmes de vie privées, des possessions des données et d’incapacité à les exporter.

Malheureusement, pas beaucoup a changé depuis cette époque. Le fait le plus remarquable, peut-être, est le nombre croissant de services d’Identification Unique (SSO ou Single Sign-on) qui résout le premier problème pour les fournisseurs d’applications et le deuxième problème pour les utilisateurs.  De nouveaux développeurs d’applications peuvent externaliser cette fonctionnalité à une tiers fournisseur d’une solution de SSO. Les plus gros fournisseurs d’applications sont eux-mêmes devenus des fournisseurs d’identités en autorisant leurs utilisateurs à s’identifier avec le même identifiant sur des applications développées par des tiers.  C’est un phénomène qui s’est répandu assez vite au sein de ces quelques gros fournisseurs et qui a déclenché une véritable guerre des identités.

Au cours des années, beaucoup de fournisseurs d’identités, comme Google, Yahoo !, MySpace et Facebook ont ajouté le SSO OpenID en plus de leurs propres mécanismes d’identification.  En raison de la nature ouverte d’OpenID, beaucoup de fournisseurs indépendants ont trouvé séduisant d’intégrer les gros fournisseurs pour élargir leur audience, car il est très facile pour les utilisateurs de s’authentifier en utilisant OpenID. Aujourd’hui, ces fournisseurs d’identités autorisent un accès en mode « lecture » de certains fragments des données de profiles que les utilisateurs peuvent seulement consulter ou copier dans des applications tierces. Comme SSO et OpenID au début, cela a commencé avec des solutions propriétaires, mais aujourd’hui des formats et des protocoles ouverts d’échanges voient le jour, autorisant les applications à échanger et à synchroniser leurs données. Il y a entre autres :

  • L’API d’identification OAuth,
  • Le format d’échange des graphes sociaux FOAF (« Friend of a friend »),
  • Un format d’échanges des mises à jours de statuts Activity Streams,
  • Un format d’échange de contacts Portable Contacts.

Dans le futur, les fournisseurs d’identités vont aller plus loin que le simple graphe social en autorisant la gestion d’attributs sociaux. Les utilisateurs pourront alors s’identifier sur des applications utilisant le système de leur fournisseurs d’identités de leur choix et pourront donner la permission à ces applications de lire ou même de synchroniser certains fragments de leurs profiles. Les frontières entre ces prés carrés vont alors s’estomper, et le Web social passera du patchwork qu’il est aujourd’hui à une véritable toile.

Le Web des Identités

Le Web des Données est un web décentralisé de jeux de données sémantiquement balisées. Une connexion est en réalité des données pointant vers d’autres données contenues dans une autre base par l’intermédiaire d’URIs, de la même manière que des sites pointent entre eux au moyen d’URIs. De cette manière, les machines peuvent consulter des jeux de données. De même, il y a de très fortes chances que les fournisseurs d’identités fassent référence à leurs utilisateurs  via des URIs. Une connexion sociale sera donc le résultat de l’URI d’un utilisateur pointant vers l’URI d’un autre utilisateur ou  fournisseur d’identités. Si l’utilisateur l’autorise, une machine pourrait donc accomplir des tâches en consultant successivement des profiles d’utilisateurs disponibles sur le Web des identités, de la même manière qu’elle le fait pour le Web des données.

Pourquoi en a-t-on besoin ? Les Web des identités est en fait un gigantesque graphe social qui englobe plusieurs fournisseurs d’identités. Si nous en finissons avec les prés carrés, nous aurons besoin d’une telle infrastructure pour effectuer toutes les recherches avec une dimension sociale. Voici quelques exemples de ce qui serait rendu possible :

  • « Quel est le meilleur livre que mon cercle d’amis a lu ? » : Cette requête pourrait aller chercher les achats de livres et les statuts de vos amis en lien avec des livres que vos amis ont rendu accessibles via des réglages de vie privées et ont classé dans leurs bases de données de livres.
  • « Prévenez-moi si certains de mes bons amis passe par Berlin » : Cette tâche permanente irait régulièrement consulter les géolocalisations de vos amis. Vous pourriez aussi autoriser vos amis à accéder à vos données. Cette tâche pourrait être couplée au Web des Données pour comprendre le sens de et la localisation de Berlin.
  • « Synchroniser mon carnet d’adresse » : Cette tâche permanente pourrait synchroniser en permanence tous les numéros et adresses de mes amis avec mon carnet d’adresse personnel.

Maintenant, c’est à vous ! A votre avis, quels services pourraient voir le jour grâce au Web des Identités et au Web de Données ?

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3 commentaires pour cet article

  1. Olyvyer

    Un grand nombre de ser­vices sont en effet sus­cep­tibles d’émerger en se ser­vant du réseau social des uti­li­sa­teurs comme d’un filtre. Un ser­vice inté­res­sant pour­rait être la visua­li­sa­tion de ces infor­ma­tions sur un sys­tème de navi­ga­tion GPS qui indique­rait par exemple les lieux appré­ciés unique­ment par “mes amis” (POI cus­to­mi­sés): lieux tou­ris­tiques, res­tau­rant, etc…

  2. Frédéric Nguyen

    Peut-on dire que Google Social Search s’appuie sur ce même principe ?

  3. Dominique Rabeuf

    Tout ceci est cor­rect dès lors que le pro­me­neur sur la toile est informé selon des enre­gis­tre­ments P3P http://fr.wikipedia.org/wiki/Platform_for_Privacy_Preferences
    Et que les éléments per­son­nels sont trans­mis de manière cryp­tée et dif­fi­ci­le­ment acces­sible à nos admi­nis­tra­tions sauf en cas de man­dat inter­na­tio­nal pour recherche dans le cadre de crimes répé­tés, tra­fic impor­tant de pro­duits et ser­vices dangereux/toxiques, com­pli­cité de géno­cide, escroque­ries de mon­tant volu­mi­neux sous cou­ver­ture gouvernementale,

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